Chasse et randonnée : l’impossible dialogue ?

A l’aune du tragique et récent accident survenu le 10 octobre dernier en Isère, le houleux débat sur la cohabitation entre chasse et randonnée – et plus largement usagers de la nature – a refait surface, avec plus de virulence que l’an passé. On a l’habitude (malheureuse) des accidents de chasse entre chasseurs mais nettement moins des dommages collatéraux infligés à des promeneurs. Un jeune homme de 20 ans a pourtant bel et bien perdu la vie dans le massif de Belledonne, abattu par un chasseur qui l’a confondu avec un chevreuil. Pointés du doigt par l’opinion publique, les chasseurs représentés par leurs fédérations ont déjà levé leurs boucliers face au retour de la question du partage du territoire et du non respect des règles de tir par certains d’entre eux. Et pour le randonneur, que faire ? Attendre la fin de l’hiver ou marcher avec la peur au ventre ? Carnets de Rando essaie d’y voir plus clair dans cette situation complexe pour que notre activité favorite reste libre et sécurisée.

2010_randonnée et palombière

Il y a le mauvais chasseur…

Je me rappelle de ce matin de septembre 2010. J’avais dormi à la cabane du Bastidon, dans le massif du Lubéron, à l’entrée de la forêt des Cèdres. J’étais en train de le traverser d’est en ouest, pendant quatre jours. A l’aube je suis tiré de mon sommeil par des aboiements de chiens et des cris. Je sors précipitamment : les chasseurs sont partout et s’enfoncent dans la forêt avec une précipitation qui confine à la rage. C’est l’ouverture, j’avais zappé… Certains m’aperçoivent et me jettent un coup d’oeil mauvais. Ce même regard rencontré cette année lors d’une sortie en Ardèche par un chasseur au volant de son pickup, sur une piste. Ce même sentiment étrange et inhospitalier qui m’avait envahi en passant au milieu d’un groupe d’une douzaine d’individus armés qui s’étaient moqués de moi en Chartreuse, alors qu’ils étaient en faction à l’orée d’un bois. Chaque fois la sensation d’être accueilli comme un chien dans un jeu de quilles. Je ne suis pas le bienvenu et ces attitudes muettes et peu avenantes suffisent à me le faire comprendre.

2010_les inconnus

… Et il y a le bon chasseur

Mais je me rappelle aussi l’an passé, encore dans le Lubéron, après une autre nuit dans le Bastidon du Pradon, sur le flanc occidental du Petit Lubéron, j’avais croisé une battue au sanglier en descendant vers Oppède-le-Vieux. Et je cherchais aussi une cache de géocaching. Un chasseur était là, posté, avec son gilet orange et son fusil en position cassée. Salut amical, échange courtois. On se questionne, on plaisante. Il me rassure sur le fait que la battue est ailleurs que vers l’endroit où je me rends. Positif. Même scénario en Ardèche, vers le Rieussec. J’avais aperçu les gilets fluo de loin et m’étais approché pour me renseigner : une battue a lieu. Tant pis, je ferai demi-tour. Mais le contact était pro et à dimension humaine. Autant d’expériences, autant de différences : le chasseur ne peut pas être réduit qu’à une simple caricature.

2010_chasseurs

Les enjeux du débat

Les enjeux sont au-delà du cliché, quand bien même le cliché a la peau dure et, parfois, est une lamentable réalité. Ils vont au-delà de la question d’être pour ou contre la chasse, de son utilité ou de son absurdité. Ce qui nous occupe aujourd’hui tient à la cohabitation et au renforcement des règles, ainsi qu’à leur contrôle, pour permettre à chacun de vivre sa passion sans drame. La chasse, cette pratique historique, est un peu à la France ce que les armes à feu sont aux Etats-Unis : de l’histoire ancienne, presque une tradition. Le nombre de chasseurs est pourtant en baisse : moins d’un million désormais contre plus de deux millions il y a 40 ans. Cela fait toujours un million de personnes armées dans la nature me direz-vous. Alors, comment éviter les accidents ?

2010_panneau-chasse-en-cours-danger

Du côté des chasseurs

Pour commencer, ne chasse pas qui veut. L’obtention du permis de chasser auprès de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) est soumis à la réussite d’une épreuve théorique et pratique. Cette dernière place le candidat dans des scénarios de tir à blanc puis à balles réelles au cours desquels le non-respect des règles de sécurité – notamment le rangement de l’arme – est éliminatoire. Une fois le sésame en poche, voici notre nouveau chasseur dans la nature. Quels sont ces devoirs à compter de cet instant ?

– hors action de chasse, l’arme est déchargée et laissée ouverte notamment lors d’un regroupement avec d’autres chasseurs ou au croisement avec des promeneurs
les doigts ne touchent la détente qu’au moment du tir, c’est-à-dire après avoir épaulé et visé en identifiant la cible et en prenant en compte l’environnement général
pas de tir à hauteur d’homme au travers d’un écran végétal (haie, buisson…) ou sur un champ de maïs
– port recommandé d’effets fluorescents rouges

Voilà pour les principaux commandements et la théorie.

2010_Chasseur et randonneur

Du côté des randonneurs

S’informer semble déjà le plus important. Du côté des généralités, connaître les dates d’ouverture de la chasse dans son département constitue la première étape. Rendez-vous sur le site de l’ONCFS pour les connaître. Le jour-même de votre randonnée, pas facile de savoir si vous allez vous retrouver au coeur de la mêlée ou non. L’information sur le terrain est encore la plus pertinente : présence de voitures de chasseurs sur le parking, panneaux indiquant une battue en cours ou, plus éloquent encore, coups de feu devraient vous convaincre de renoncer à votre randonnée. Si vous croisez des chasseurs au cours de votre randonnée, renseignez-vous auprès d’eux sur le déroulement de la chasse. Toutefois, si aucun signe avant-coureur ne laisse supposer la présence de chasseurs, restez vigilants et appliquez les consignes suivantes.

restez sur les sentiers : ne jouez pas avec le feu en tentant l’azimut sanglier à travers la forêt ! Gardez ça pour le printemps !

soyez visibles et audibles : en période de chasse, évitez les tenues sombres ou kaki ! si vous êtes en groupe, parlez régulièrement. Si vous êtes seul et en milieu fermé principalement (forêt), n’ayez pas peur de vous signaler en parlant, chantant, criant. La méthode des petites clochettes accrochées au sac est utile. Le sifflet est une option à considérer également. Affirmez d’autant plus votre présence si vous entendez subitement des chiens se rapprocher.

évitez de randonner très tôt ou très tard dans la journée : les chasseurs, principalement en montagne, sont actifs à ces périodes où la visibilité est encore faible. Partez marcher un peu plus tard que d’habitude. Evitez également les jours de pluie : la luminosité y est plus faible et invite les animaux à sortir plus facilement. Un fait que les chasseurs connaissent également…

2010_danger en forêt

Et pourtant les accidents demeurent…

En dépit de ces règles élémentaires de sécurité, les accidents de chasse demeurent. Certes, leur nombre est en déclin et les fédérations mettent en exergue la nature peu accidentogène de l’activité en comparaison d’accidents survenus dans le cadre de la pratique d’une activité sportive. Un brin démagogique, celle-ci n’enlève rien au sentiment d’hostilité et de peur que peut ressentir le randonneur en pleine période de chasse. Aucun permis, aucun texte ne légifère malheureusement sur l’aspect humain. De la même manière qu’un jeune conducteur est tenté de passer outre la sécurité routière une fois son permis en poche, le chasseur fraîchement titularisé n’est pas non plus un gage de fiabilité absolue. Quand l’adrénaline prend le pas sur le respect des règles, l’accident n’est plus loin.

Seuls l’expérience, l’encadrement strict et le contrôle régulier des acquis sont en mesure d’empêcher, sinon de réduire, les accidents susceptibles de se produire

Voiture ou fusil, les deux sont des armes mortelles entre des mains inexpérimentées ou insuffisamment formées. Aucune formation n’est en mesure de permettre à l’individu d’anticiper l’infinie variation de situations de danger sur le terrain. Seuls l’expérience, l’encadrement strict et le contrôle régulier des acquis en sont en mesure. A l’heure où les loisirs de pleine nature explosent, comment est-il possible d’envisager une relation de terrain sécurisée entre randonneurs et chasseurs ? A défaut d’une cohabitation sans risque, le débat a rouvert la question de l’alternance de l’exercice du territoire. Une idée qui en fait ruer beaucoup dans les brancards qui voient déjà le spectre d’une limitation dans le temps de la période de chasse poindre le bout de son nez. L’accident de l’Isère de ce mois-ci va bien sûr faire déborder la polémique du côté des politiques. A ce titre, on devine déjà qui aura gain de cause.

2010_accident de voiture

En conclusion

Du bon sens. Du civisme. De l’ouverture d’esprit. Voilà ce qu’on a envie de demander avant d’instaurer des règles, forcément limitatives pour un camp ou pour l’autre, et qui ne feront qu’éloigner encore davantage deux conceptions de la nature que tout oppose. J’ai envie de demander aux chasseurs de condamner sévèrement tout membre de leur grande confrérie qui leur fait du tort par ses paroles ou ses actes. J’ai envie de leur demander de ne pas être ces mercenaires arrogants des forêts pour redevenir des gens courtois, capables de rassurer et de conseiller les non-chasseurs sur la conduite à tenir. J’ai envie de leur dire que la chasse n’est pas un exutoire mais une responsabilité. Que la troisième mi-temps, c’est après la chasse et pas pendant. Que sourire et engager le dialogue fait plus d’eux des hommes respectables que le quolibet et le sourire goguenard.

La tolérance : le maître-mot pour renouer le dialogue et réfléchir ensemble à comment mieux occuper sans risque l’espace

Quant aux randonneurs, je les invite également à élever le débat vers le haut. A dépasser la colère et l’émotion pour trouver des solutions viables. A noter que l’ONCFS met à disposition de tous un petit livret à destination des chasseurs et des usagers de la nature. Un petit rappel qui peut sembler bien maigre mais qui pose les bases d’un principe essentiel au dialogue et à la compréhension : la tolérance.

Sites à consulter

Le site de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage
La cohabitation entre chasseurs et randonneurs en 6 questions sur Randonner Malin

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20 Comments

  1. Sandrine Répondre

    On a déjà un bout de réponse : »présence de voitures de chasseurs sur le parking, panneaux indiquant une battue en cours ou, plus éloquent encore, coups de feu devraient vous convaincre de renoncer à votre randonnée ». Je me demande où est la cohabitation.

    1. carnetsderando Auteur de l'article Répondre

      Bonjour Sandrine,

      eh oui la cohabitation n’est pas forcément chose simple. Mais par cohabitation, il ne faut pas forcément entendre partage du même terrain au même moment. Je pensais davantage à une occupation du terrain raisonnée et alternée. Ou à une occupation distincte : chasseurs à un endroit, randonneur à un autre. Pour l’heure, on parlera davantage d’adaptation à l’autre que de cohabitation. J’ai pour habitude de faire demi-tour et de changer mes plans de rando quand les chasseurs sont là. Je sais, ce n’est pas marrant mais c’est aussi faire preuve de bon sens ! Les chasseurs n’occupent pas tous les secteurs et on peut assez facilement trouver une alternative à sa randonnée, nonobstant de reprendre un peu sa voiture !

        1. la fermiere Répondre

          il on tout les droits: sur votre propriétés, pour leur interdire de traverser mon champ ou sont en train de paitre mes chèvres il faut faire une demande auprès de la fédération de chasse et ces tout les 5 ans qu’il remettent a jour les interdictions donc il entre oublie de fermée ces Byzance

  2. lapuce Répondre

    Expérience similaire : il met arrivé de me retrouver à cheval au milieu d’une battue alors que j’avais croisé 2 chasseurs avant qui m’avait souhaité « bonne balade ». Au milieu de la battue j’ai demandé si je pouvais prendre le 1er chemin à gauche mais ma jument apeurée ne voulais pas s’approcher pour que je discute facilement… Conclusion : j’ai fait demi tour, repassé devant les 2 chasseurs qui m’ont « courte la balade » !
    C’est le même problème à pied : comment faire si au milieu de votre boucle de 15km vous tombez sur une battue et que la seule solution est de faire demi-tour ? cela peut vite devenir compliqué s’il n’y a pas de chemin pour continuer la boucle ou si cela revient à augmenter beaucoup la distance et par conséquence finir à la nuit ?
    Spécifiquement Côte d’or (je ne sais pas ailleurs, mais en Drôme ce n’est pas le cas par exemple), les chasseurs sont obligés de signaler leur chasse sur tous les sentiers concernés, sous peine d’amende. De plus, pour en avoir discuter avec un chasseur, en Côte d’Or en tout cas, il est conseillé de rester sur les sentiers balisés (PR ou GR), sentiers sur lesquels les chasseurs ne peuvent interdire le passage.
    A méditer !

  3. PERROD Jean Répondre

    Je suis en grande partie d’accord sur l’analyse qui est faite dans cet article. Cependant si on parle du petit nombre de randonneurs touchés par un accident, on ne sait pas quel est le nombre de randonneurs qui s’abstiennent de randonner les jours de chasse (et dans certains départements ces jours sont nombreux, très nombreux). Est cela le « partage » et la cohabitation ? N’est-ce pas plutôt le randonneur qui cède la place au chasseur ? Par ailleurs combien de fois trouvons des panneaux « chasse en cours » qui restent posés à longueur d’année ? Mon impression, quoi qu’on en dise est cependant que le chasseur prime nettement sur le randonneur. Il est vrai qu’il détient la force et le pouvoir de blesser (on parle surtout des tués, peu des blessés) voire de tuer.

    1. carnetsderando Auteur de l'article Répondre

      Bonjour Jean,

      Oui bien sûr que c’est le randonneur qui concède le plus de terrain au chasseur, soyons-en conscients. Comme je le disais dans le commentaire précédent, la cohabitation ne peut se faire exactement sur le même terrain de jeu. Dans un monde idéal, le territoire serait découpé en parties distinctes : les unes réservées à la chasse, les autres au reste du monde ! Tenter de faire cohabiter les deux dans le même espace est compliqué et, vous l’avez dit, déséquilibré. Mais à l’heure actuelle, on ne peut guère faire mieux !

  4. BARIOZ Jean-François Répondre

    Je ne suis pas anti-chasseurs, loin de là. Je reconnais volontiers qu’ils ont beaucoup progressé en termes de convivialité et de respect des règles de sécurité, et cela grâce à leurs dirigeants.
    Mais tout de même, vous dites que quand il y a 30 voitures de chasseurs, le randonneur doit faire demi-tour. Justement, l’autre jour à Revel, il y avait 30 voitures de promeneurs (comme souvent à cet endroit). Pourquoi le chasseur (habitant de la Commune) n’a-t-il pas fait demi-tour ?
    Grace à l’excuse des dégats des sangliers, la chasse se pratique jusqu’à 300 jours par an dans l’Isère. Et nous, on randonne quand ? Le respect mutuel, ça commence par le partage du territoire au profit de ceux qui ne menacent pas la vie des autres.

    1. carnetsderando Auteur de l'article Répondre

      Bonjour Jean-François,

      On sait malheureusement que l’équilibre est faussé. Il y a ce qu’on peut envisager sur le papier et la réalité du terrain. On sait tous les deux que ce sera toujours le randonneur qui pliera le premier et pas l’inverse. Comme je le disais dans un précédent commentaire, le partage du territoire ne pourra probablement pas se faire sur le même territoire justement. Les chasseurs ne sont prêt à aucune concession. Et cet entêtement mène le débat dans une impasse en même temps qu’il crispe davantage les protagonistes. Il n’y aura pas d’alternance non plus. La seule solution serait un partage qui réserve une partie de territoire aux chasseurs et une autre aux randonneurs. La régulation de la faune sauvage a bon dos pour justifier la chasse. D’autant que la prolifération des sangliers en France n’a pas une origine uniquement naturelle. Mais bon, ceci est un autre débat ! Les randonneurs et les chasseurs ce sera encore pour un moment du « je t’aime, moi non plus » avant que la volonté d’aller vers un respect mutuel et d’initier un authentique changement émerge.

  5. Gvdk Répondre

    Est-il souhaitable d’autoriser la circulation des armes dans des espaces multi-usages à des fins de loisirs ? Pour les questions de régulations… une chasse professionnelle à des fins scientifique et/ou de régulation est bien plus efficace : voir dans le Canton de Genève ou au Costa-Rica où la « chasse loisir » est interdite…

  6. Laponico Répondre

    En fait la solution serait peut-être d’interdire la chasse « de loisirs » (je ne comprends pas quel est le jeu de tuer des animaux).
    Quand à l’excuse « de régulation », je pense qu’avant l’homme les espèces animales se régulaient très très bien toutes seules, l’homme n’a fait qu’apporter sa m****.
    Mais sinon, étant donné que la chasse ne survit que grâce à son puissant Lobby, le bon sens serait de l’interdire les week-end, jours fériés et mercredi (jour des enfants), car au final, si les randonneurs ne dérangent personne, ne sont pas dangereux, ce n’est pas le cas des chausseurs !

  7. NIZZOLI Répondre

    Toujours le même débat sur le « partage » de la nature ! Je suis chasseur et lorsque je croise un randonneur, je suis courtois et s’il est au coeur d’une battue j’essaie de le dissuaderd’aller plus loin.
    Le problème avec les randonneurs n’est pas l’occupation du terrain, mais la légitimité de leur présence sur des espaces dont ils ignorent à qui ils appartiennent. Et qui sont souvent privés.
    Il faut savoir que les propriétaires de terrains ou de bois font partie dans la majeure partie des cas, d’une société de chasse. Et que les chasseurs paient à cette société le droit de chasse.
    J’ai eu l’occasion de rencontrer des randonneurs peu amènes et des chercheurs de champignons qui enfreignent allègrement les règles de la propriété privée.
    Les chasseurs sont plus tolérants qu’on ne l’imagine…et certainement plus que certains qui revendiquent un partage de ce qui ne leur appartient pas.

    1. carnetsderando Auteur de l'article Répondre

      Il faut savoir aussi que la Fédération de la Randonnée Pédestre fait signer des conventions de passage avec les propriétaires de certains de ces espaces privés. Ce qui permet aux chemins les traversant d’être balisés et donc autorise les randonneurs à s’y promener légitimement, de la même manière que les chasseurs qui ont payé à leur société de chasse. Je ne prendrai pas part au débat pour ce qui concerne les zones hors balisage où les randonneurs s’engagent sans nécessairement savoir si l’accès y est public ou privé. Comme vous pouvez le lire dans l’article, je pense faire preuve d’ouverture d’esprit en ne catégorisant pas les chasseurs à un seul profil et en amenant le débat sur le terrain de la conciliation et non de l’agression. J’ai eu, comme je l’écrit, l’occasion d’avoir des discussions agréables avec les chasseurs. Mais aussi de désagréables. Comme vous avec les randonneurs j’imagine. Le problème c’est qu’à chaque saison, c’est la sensation de guerre des tranchées qui l’emporte, chaque camp regardant l’autre avec défiance. La tolérance est la seule solution. Mais ce n’est malheureusement ni tous les randonneurs, ni tous les chasseurs qui sont capables d’en faire preuve. Le fond du problème demeurant le même : la perte de confiance sur le terrain dû à la cohabitation avec des gens manipulant des armes. Il faut comprendre ce regard aussi et les risques avérés – regardons l’an passé – qu’il représente. Merci en tout cas de votre réponse à cet article. La vision d’un chasseur est plus qu’intéressante. Cordialement.

  8. Paulo Répondre

    Chasseur depuis une dizaine d’année, je salue là un article plutôt cohérent et objectif. Si je devais y jouer les cassandres, je dirais que je me serais abstenu du « la 3ème mi-temps, c’est après, pas pendant ». En effet, lors des accidents de chasse bien rares (pour ne pas dire aucun) sont ceux où de l’alcool est présent. Quand je lis les articles, ceux qui mêlent arme de chasse et alcool se passent justement hors de la chasse. Accident de la route sur le retour, bagarre, tromperie, etc…

    Pour en revenir au « partage de la nature », j’ai lu le commentaire d’un cavalier qui s’inquiétait de ne pouvoir contourner une battue. Sauf à ce qu’elle se déroule avec 200 participants, une battue ne s’étale que rarement sur plus de 1500m, ce qui, très généralement, est aisément contournable. En outre, quand on se retrouve sur une battue, le plus simple est encore de suivre la ligne des chasseurs (en se signalant, ce qui ne coûte pas plus cher). Les chasseurs étant généralement postés tous les 30/50m, ils vous verront forcément de chasseur en chasseur.

    Enfin pour ma part, je dois dire que globalement, en 10 ans, je n’ai jamais eu d’accrochage à déplorer. Je croise des promeneurs, on se salue, on discute, et pis voilà… Personne n’est obligé de se foutre sur la gueule à longueur de journée. Des accidents arrivent, ils sont malheureux, mais personne n’irait demander l’interdiction du ski au motif qu’un enfant sur sa luge s’est fait percuter par un skieur irresponsable. De même, personne n’irait demander l’interdiction du vélo au motif qu’un cycliste aura blessé (ou tué) un piéton…

    Du côté des chasseurs, les levées de bouclier du partage de la nature s’expliquent notamment par le fait que, bien souvent, ils sont propriétaires des terrains pratiqués par les randonneurs (champs, bois, etc.), et donc à juste titre se verraient « expropriés » de leurs propres terres pour permettre à des randonneurs (ou autres utilisateur de la nature) d’y accéder gratuitement. Il faut donc prendre cela en compte. La nature n’appartient malheureusement pas à tout le monde, le droit de propriété existe encore dans ce pays.

    Pour faire du 0 risque, il faut viser les forêts domaniales, où les chasses sont très très très rares et organisées exclusivement par l’ONF.

    1. carnetsderando Auteur de l'article Répondre

      Merci pour ce commentaire solidement argumenté par l’expérience. On sait que le débat est sensible mais ce genre d’avis rassure et permets de savoir que la généralisation, du fait d’actes isolés, est totalement condamnable. La route est longue mais le dialogue reste possible entre chasseurs et randonneurs, dans certaines régions plus que dans d’autres assurément.

      1. fred Répondre

        fils de chasseur et petit fils de chasseur ,je comprends donc les chasseurs mais je ne perpétue pas la tradition familiale
        je voudrais simplement dire que ,en ete randonne en montagne devient difficile avec mon chien . parc regionnaux ,nationnaux,chiens
        patous ,entre nous les vaches en alpage c’est plus adpaté que les moutons …et l autonme nos amies les chasseurs
        alors si nous faisons les comptes sur 12 mois il nous reste l hiver «  »sympa  » jusqu au debut de l ete …puisque que les gars du Gard arrivent avec leurs moutons et leurs chiens..
        Je salue quand mème l’initiative du préfet de la Savoie qui a instaurer des nouvelles règle depuis l accident tragique du mont revard « le préfet de l Isère est bien moins courageux …

        1. carnetsderando Auteur de l'article Répondre

          Bonjour Fred,

          La relation randonneur/berger/patou mériterait en effet elle aussi un topic à part entière. C’est pas tout rose non plus de ce côté. J’ai moi-même assez d’expérience dans le domaine pour en parler. Je me garde ça dans un coin de la tête pour les jours où je suis en panne d’inspiration.

    2. FranckJ Répondre

      Un bon commentaire qui rappelle les bases.
      En effet les chasseurs sont bien souvent propriétaires ou locataires des terrains chassés (hors ACCA). Ils paient donc pour acheter/louer le terrain, payent ensuite des taxes dessus (taxe foncière), l’entretiennent.
      En France selon ONF, 74,1% des forêts sont privées.
      Les randonneurs veulent un partage de ce qui ne leur appartient pas, dans lequel ils n’ont pas investi. Ils bénéficient en règle général d’une tolérance qui ne leur est pas due pour 6 mois de l’année mais râlent quand même. Si je vous prête ma voiture allez-vous râler que le plein n’est pas fait à rabord ?
      Sinon il existe quelques forêts publiques : Domaniales, Communales.
      Allez-vous dans les jardins de vos voisins pour prendre leurs salades pour en plus râler et leur dire qu’ils ne vous ont pas laissé un passage assez large pour accéder à leurs tomates ?
      Alors oui vous voulez des solutions….cherchez des solutions sans priver les propriétaires de leur bon droit.
      Pourquoi les randonneurs/quadistes/vététistes ne montent-ils pas des associations pour acheter/louer des terrains en commun plutôt que de râler qu’ils ne profitent pas assez des biens des autres ?

      Pourquoi cette remise en place ? Parce fils de propriétaire (non chasseur) :
      – Pas une semaine ne passe sans que je doive ramasser les déchets des promeneurs (barres vitaminées, bouteilles, etc…)
      – Intrusions de chasseurs
      – Cueilleurs de champignons abusifs/agressifs
      – Motocross qui n’hésitent pas à faire des dérapages dans les champs cultivés.
      – Clôtures de bétail ouvertes…

      Pour moi, pas de souci pour tolérer les randonneurs s’ils restent respectueux et ne privent pas le propriétaire de la jouissance de son bien.

  9. robin Répondre

    Une petite anectote au passage , j habite dans les alpilles dans une propriété entouré de champs de mais et de riz . Les chasseurs tuent tellement de cochongliers lors des battus qu ils ne savent plus qu en faire . Solution , un gros trou au tractopelle pour les enterés . Quel art que la chasse , quand je les croisent alcoolisés avachis dans leurs 4×4 le fusil posé sur la portiére prés à tué tout animal protégés ou pas .
    Un bon chasseur est un chasseur mort .

  10. Gérard Fresser Répondre

    A notre époque, la chasse ne se justifie plus. Elle est d’un autre temps ! Quand on parle de disparition massive de la biodiversité, il serait temps d’arrêter le massacre. Dans la liste des 89 espèces chassées, figurent le merle, le grand tétras, la mamotte…Arrêtez, bientôt il n’y aura plus rien pour nos enfants.
    Victor Hugo au XVIIIe disait déjà:
    A un homme partant pour la chasse
    Oui, l’homme est responsable et rendra compte un jour.
    Sur cette terre où l’ombre et l’aurore ont leur tour,
    Sois l’intendant de Dieu, mais l’intendant honnête.
    Tremble de tout abus de pouvoir sur la bête.
    Te figures-tu donc être un tel but final
    Que tu puisses sans peur devenir infernal,
    Vorace, sensuel, voluptueux, féroce,
    Échiner le baudet, exténuer la rosse,
    En lui crevant les yeux engraisser l’ortolan,
    Et massacrer les bois trois ou quatre fois l’an ?
    Ce gai chasseur, armant son fusil ou son piège,
    Confine à l’assassin et touche au sacrilège.
    Penser, voilà ton but ; vivre, voilà ton droit.
    Tuer pour jouir, non. Crois-tu donc que ce soit
    Pour donner meilleur goût à la caille rôtie
    Que le soleil ajoute une aigrette à l’ortie,
    Peint la mûre, ou rougit la graine du sorbier ?

    Dieu qui fait les oiseaux ne fait pas le gibier.
    Victor HUGO (1802-1885)
    Alors, TUER POUR JOUIR, est-ce encore vrai ,
    Gérard
    chercheur en chemins, (sans gilet pare-balles)

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