Chemin de Régordane : 250km sur le GR®700

A une époque où la notion de pèlerinage retrouve un nouveau souffle à l’aune de la mutation de nos sociétés, le GR®700 pourrait apparaître comme un chemin spirituel de plus. Il n’en est rien. Si l’ombre de l’ancien Chemin de Saint-Gilles demeure invariablement accolé à ce GR®, le Chemin de Régordane a bien davantage à proposer que la résurrection d’une ancienne tradition chrétienne. Le nom de Régordane résonne comme une chanson héroïque, soufflant un parfum d’aventure et de découverte. Une aventure à la portée de tout un chacun et des découvertes nombreuses, tant matérielles qu’immatérielles, à faire tout au long des 250km de cette voie qui relie le Puy-en-Velay (Haute-Loire) à Saint-Gilles (Gard). Je vous la fais découvrir intégralement.

Difficulté : assez facile | Longueur : 253km | Durée : 12 jours | Dénivelé : 3600m

LA HAUTE-LOIRE

Distance : 48km | Durée : 2 jours | Dénivelé : 950m

  • Jour 1 : Le Puy-en-Velay – Costaros : 22km
  • Jour 2 : Costaros – Langogne : 26 km

Dans l’esprit de beaucoup, Puy-en-Velay rime avec Compostelle. Pourtant, la célèbre ville de Haute-Loire n’est pas que le point de départ du pèlerinage historique. C’est aussi l’épicentre de grands itinéraires de randonnée qui y puisent leur source. C’est le cas du fameux Chemin de Stevenson – ou GR®70 ; c’est également celui du GR®700, plus connu sous le nom de Chemin de Régordane. Le nom ne vous dit rien ? Il fut pourtant, en son temps, le quatrième pèlerinage le plus important de la chrétienté, derrière Jérusalem ou Rome. Car la Régordane, elle aussi, peut s’enorgueillir d’une histoire. Ou plutôt de plusieurs, entremêlées au fil des siècles, qui contribuent aujourd’hui à planter le décor d’une nouvelle aventure qui traverse trois départements et près de mille ans d’histoire.

Bon à savoir : avant de démarrer votre périple sur le GR®700, n’hésitez pas à visiter l’Espace Randonnée « la Croisée des Chemins », situé rue du Collège au Puy-en-Velay, à deux pas du départ Place du Plot. Toute l’équipe aura a coeur de répondre aux dernières questions que vous pourriez encore vous poser sur le Chemin de Régordane. Vous y trouverez également des guides, topos et du matériel pour votre randonnée. [voir le site web]

Où dormir au Puy : la grande ville de Haute-Loire dispose d’une batterie d’hébergements pour tous les budgets. De l’hôtel à la chambre d’hôtes, libre à chacun de trouver la formule qui lui correspond le mieux. Pour cette aventure itinérante, je privilégie la plupart du temps les petits gîtes. Sur Le Puy, ma préférence va au gîte d’étape des Capucins qui propose des nuitées pour les individuels à partir de 18,50 euros ainsi qu’une batterie de services en annexe.

regordane
Le Puy-en-Velay, point de départ du Chemin de la Régordane

Cette aventure démarre officiellement place du Plot, fameuse pour ses marchés, dans la ville-basse du Puy-en-Velay. Mais, avant de s’élancer, le randonneur avisé mettra à profit sa présence ici pour visiter la perle du Velay dans ses moindres recoins. Au rang des incontournables, la chapelle Saint-Michel-d’Aiguilhe, la cathédrale Notre-Dame et son cloître, sans oublier l’Hôtel-Dieu, lui aussi classé au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’UNESCO. Ensuite, et seulement ensuite, il sera possible de tourner le dos à la cité pour s’en aller sur les premiers kilomètres de la Régordane en Haute-Loire. Une fois les derniers faubourgs laissés derrière soi, le voici donc dans la campagne du Velay, berceau de la lentille éponyme, l’un des joyaux gastronomiques locaux qu’on aura loisir de savourer le soir, à l’étape. Costaros et Landos en sont de fières capitales, posées sur un socle dont on oublierait souvent l’origine volcanique si un horizon de sucs se déployant à l’est ne venait nous le rappeler. L’Ardèche et l’Auvergne ne sont évidemment pas loin.

Du Puy-en-Velay à Pradelles, le GR®700 déroule le fil de son itinéraire dans un univers bucolique imprégné par la culture de la lentille, précieux or vert qu’on cultive et récolte ici depuis le 17ème siècle

Des étangs – celui du Pechay – et des narces – celles de la Sauvetat – officient comme représentants des milieux humides sur ce vaste plateau agricole. L’itinéraire du GR®700 s’invente ici un passage entre parcelles et champs, sur des sentiers parfois tapissés de pouzzolane. Je franchis le ruisseau de la Mouteyre en-dessous des Uffernets, mon pas bercé par le ronronnement des tracteurs alentours. La ruralité du territoire s’affiche ouvertement. Les balises de la Régordane viennent plus loin se mêler pour la première fois à celle du Stevenson. Les deux itinéraires font cause commune jusqu’à Pradelles, halte incontournable avant de plonger vers la Margeride. Pradelles, classé parmi les Plus Beaux Village de France. Cette ancienne place forte affiche ses murs de pierre et ses arcades face à la vallée du Haut-Allier et accueille les voyageurs et les pèlerins depuis des siècles. Depuis le belvédère de la Croix d’Ardennes, on contemple la Lozère qui nous ouvre ses portes pour les prochains kilomètres.

Où dormir à Costaros : une bonne adresse à Costaros c’est la chambre d’hôtes Régord’Âne. Le GR®700 passe juste devant en plus ! Les propriétaires, Fabienne et Jean-Pascal vous y accueillent avec leurs deux ânes. On y rentre 4 personnes maximum, aussi pensez à réserver ! Prévoir 42 euros pour 1 personnes (nuitée + petit-déjeûner) ou 62 euros pour 2. Ne passez pas à côté de la table d’hôte proposée pour seulement 16 euros/personne. Vous pouvez même demander un panier pique-nique pour l’étape du lendemain (8 euros) Contact : 04.71.57.13.06

Où dormir à Langogne : à Langogne, c’est hôtel ou chambre d’hôte. Mon bon plan c’est d’appeler avant Aurélie qui tient le gîte des Crémades, un peu plus haut, à Brugeyrolles, pour voir si elle peut vous récupérer et vous monter au gîte. Moi je m’arrête tout le temps là-haut quand je suis dans le secteur. La nuitée est à 17 euros. C’est une vraie adresse de randonneurs, on y est trop bien calé et on mange super bien. Si vous avez du jus, vous pouvez y monter aussi à pied bien sûr ! Le téléphone c’est le 04.66.46.39.32. Vous dites que vous appelez de la part de David de Carnets de Rando.

GR700 Régordane
Passage devant le village de caractère de Pradelles avant de basculer vers la vallée de l’Allier et la Lozère

LA LOZERE

Distance : 67 km | Durée : 4 jours | Dénivelé : 1200m

  • Jour 3 : Langogne – Luc : 16 km
  • Jour 4 : Luc – La Bastide-Puylaurent : 15 km
  • Jour 5 : La Bastide-Puylaurent – Villefort : 23 km
  • Jour 6 : Villefort – Génolhac : 13 km

Une belle – mais longue – descente me conduit le lendemain sur le pont enjambant l’Allier, frontière naturelle entre les deux départements. Me (re)voici à Langogne, déjà visitée lors de ma découverte du GR®470. Le temps est meilleur ce coup-ci et donc plus propice à savourer les ambiances médiévales de cette cité lozérienne qui mérite la visite. En s’élevant ensuite vers Brugeyrolles, le marcheur attentif sera peu à peu témoin des variations du paysage. Des bois et des forêts hantés par les chevreuils et les cris des geais ceinturent plus fréquemment des parcelles visiblement plus réduites. Au-delà des Fagoux, je suis même littéralement absorbé par les arbres. L’atmosphère forestière, ses jeux de lumière et ses chants d’oiseaux rendent la marche plus paisible encore. La sylvothérapie n’est pas seulement une tendance : les arbres nous font du bien. J’aime marcher sous leur regard passif et dans le murmure de leurs feuillages caressés par le vent.

Tous les pas ramènent en Lozère ! Les GR® y sont nombreux et y marcher donne chaque fois la sensation de fouler du pied les derniers espaces sauvages et préservés de France. A son tour le GR®700 s’y fraie un chemin, pour le plus grand plaisir des randonneurs

Ma route vers le sud s’interrompt en pleine forêt domaniale de la Gardille. Les balises y perdent le nord et m’expédient vers l’est, en direction de Luc et de son château. Quelle agréable découverte ! Le spot est propice à la pause, à la détente et à une plongée dans l’Histoire. Nous sommes ici, pour rappel, dans l’ancienne province du Gévaudan qui toisait, jadis, celle du Vivarais ! Passée entre de nombreuses mains, cette place forte jadis prospère sera transformée en chapelle dès 1878. Le sentier descend ensuite rapidement sur le petit village de Luc, ma seconde étape lozérienne sur ce GR®700.

Où dormir à Luc : il y a deux petits gîtes où dormir à Luc. Celui de la Huchette (04.66.46.65.79) avec 6 couchages répartis sur 2 chambres (29 euros la nuit) et celui de Lou Pascalou, 6 places également et tarifs à l’identique (06.88.97.60.05)

chateau de luc régordane
Sous mes pieds, la vallée de l’Allier et le village de Luc, contemplés depuis les remparts du château. Un chouette lieu pour savourer une pause.

S’ensuit un jeu de montagnes russes jusqu’à la Bastide-Puylaurent, pour éviter le bitume et les rails qui courent dans le fond de la vallée de l’Allier. Une belle rivière, qu’on croise une dernière fois à La Bastide avant d’attaquer la longue ascension vers le Haut-Chassezac. Les mollets sont désormais affutés par plusieurs jours de marche. Le chapitre le plus sportif de l’itinéraire se profile désormais à l’ombre des reliefs annonçant les Cévennes.

Où dormir à La Bastide-Puylaurent : j’ai deux adresses pour vous à La Bastide-Puylaurent. La première est une incontournable, une plaque tournante pour les randonneurs. C’est l’Etoile. L’établissement, situé dans un ancien hôtel de villégiature, fait également chambres d’hôte et met un dortoir à dispo. 15 places en tout. 50 à 70 euros la nuit en demi-pension. Ici, c’est « randonneur-friendly ». Le téléphone : 04.66.46.05.52. Autre bon plan : le Gévaudan, un petit gite d’étape pour 12€ par personne avec des chambres correctes de 2/3 places. Demi pension possible pour 35€. Contact par téléphone au : 04.66.46.04.60

Astuce : en cas de mauvais temps, de mauvaise forme ou de toute autre forme d’imprévu, sachez qu’il est possible de raccourcir l’étape jusqu’à La Bastide-Puylaurent en suivant le balisage du GR®de Pays du Tour de la Margeride qui reste en fond de vallée de l’Allier jusqu’à Rogleton, puis celui du GR®70, de Rogleton à La Bastide.

Sur les hauteurs de Prévenchères, le chemin vient effleurer les Cévennes avant de se tourner vers le Chassezac.

Il faudra s’acquitter d’une très longue journée de marche pour rejoindre en une fois l’exceptionnel village de La Garde-Guérin. Des heures passées sous le couvert des résineux, puis une belle section dans les espaces dégagés dominant Prévenchères avant de replonger à l’ombre d’une haute pessière, à l’abri de la morsure du soleil. Le Chassezac n’est ici qu’un petit torrent turbulent qu’on traverse sur une passerelle. Lorsqu’on le retrouvera plus tard, il aura creusé ces impressionnantes gorges qui entaillent le plateau de La Garde et qu’on peut admirer, fasciné, depuis le sommet de la tour du village. Un village qui mérite largement la visite, voire l’étape. Combiné à la démesure du paysage, c’est assurément l’un des grands temps forts de ce GR®700. Héritier d’une histoire passionnante, la Garde-Guérin déploie ses belles rues empierrées et ses maisons restaurées au regard émerveillé du visiteur. Une fin de journée ici, les yeux dans les yeux avec les gorges du Chassezac, les oreilles remplies de l’écho du torrent grondant en contrebas, entre instantanément au panthéon des meilleurs souvenirs de cette randonnée.

Bon à savoir : l’association G.A.R.D.E., créée en 1981 et à l’origine du projet de restauration du village, est aujourd’hui la garante de l’animation culturelle et de la valorisation du lieu. Lors de votre passage, vous pouvez ainsi bénéficier de passionnantes visites guidées pour approfondir votre découverte de cet incroyable village. C’est à partir de 5 euros par personne. Infos et réservations : lagardeguerin@gmail.com ou 06.74.97.22.32. D’autres animations sont inscrites au calendrier culturel. N’hésitez pas à consulter leur site internet : peut-être aurez-vous la chance de pouvoir assister à l’un d’eux.

gr700 régordane
Aperçu du village médiéval de la Garde-Guérin, entièrement restauré. Sa visite est un incontournable et la vue du sommet du donjon imprenable.

L’étape du lendemain n’a pas à rougir en comparaison. Après avoir tourné le dos à La Garde-Guérin, c’est l’éclat bleuté du lac de Villefort qui percute ma rétine. Descendu depuis les grands espaces du plateau de La Cham, le sentier balcon rejoint rapidement les rives du lac, enjambant le barrage posé sur l’Altier. La Lozère offre ici un paysage de gorges profondes et de sommets boisés et couronnés de croix et de chapelles. Villefort elle-même porte le souvenir du tracé historique de la Régordane. Pour le suivre, il faudra négliger le balisage et traverser la ville par ses rues de la Bourgade, puis de l’Eglise avant de basculer par le Vallat du Collet en direction de Saint-André-Capcèze. Sur le chemin, la trace des anciennes charettes qui empruntaient la Régordane sont encore visibles, ancrées dans la pierre du chemin et immortalisées par « le Charroi de Nîmes », une chanson de geste du 12ème siècle dédiée à la voie. Puis survient Vielvic et sa longue rue traversante. Quelques minutes plus tard, à la faveur d’un petit pont jeté sur la Cèze, le randonneur a quitté la Lozère pour faire son entrée dans le Gard.

Où dormir à Villefort : Villefort possède son petit gîte. Il se nomme les Sédariès, se trouve dans un village vacances et vous coûtera 20,50 euros la nuit. Le menu du soir est à 24,50 euros. On les joint au 04.66.46.25.20. De mon côté, j’étais à l’hôtel à Villefort, à l’hôtel Balme plus exactement. Une adresse sympa dans un hôtel ancien avec un grand escalier, des planchers en bois et une grande salle de restaurant. Un peu vintage mais l’accueil est bon et la cuisine créative et gustative. Tarif : chambre simple à partir de 45 euros.

Bon plan : vous pouvez aussi organiser votre plan de route de manière à dormir à La Grade-Guérin. Il n’y a qu’une seule auberge mais c’est l’adresse historique ! Celle-là même où dormait déjà les pélerins de jadis ! Ambiance médiévale assurée ! L’établissement s’appelle d’ailleurs l’Auberge La Régordane. Pour celles et ceux qui veulent couper en deux l’étape La Bastide-Villefort c’est une option à retenir. En sachant que vous pouvez également dormir sur Prévenchères et aussi Albespeyres (à 30mn de la Garde-Guérin à pied) dans le mignonet petit gîte d’étape de la Butinerie. Renseignements : 04.66.46.06.47.

lac de villefort GR700
La descente vers le lac de Villefort, après avoir quitté la Garde-Guérin, réserve de très belles vues sur les Cévennes et le Mont-Lozère au marcheur

LE GARD

Distance : 138 km | Durée : 6 jours | Dénivelé : 1400m

  • Jour 7 : Génolhac – Le Mas-Dieu : 29 km
  • Jour 8 : Le Pradel – Vézenobres : 25 km
  • Jour 9 : Vézenobres – Moussac : 15 km
  • Jour 10 : Moussac – La Calmette : 23 km
  • Jour 11 : La Calmette – Nîmes : 18 km
  • Jour 12 : Nîmes – Saint-Gilles : 28 km

Le changement de la Lozère au Gard se joue tout en nuances. Nuances végétales avec des essences plus adaptées à la chaleur, nuances sonores avec des concerts enthousiastes de cigales. Le premier village gardois est Concoules, sur la route reliant Villefort à Génolhac. Génolhac, étape essentielle sur ce GR®700. Difficile de demeurer insensible au charme des ruelles médiévales de cette cité millénaire posée au pied du Mont-Lozère et qui bat au pouls de la Régordane. Elle dessert plus loin la vallée du Luech, rafraichissant cours d’eau que le randonneur cotoiera quelques kilomètres, notamment à Pont-de-Rastel, avec son vieux pont et sa filature à soie. Puis c’est la Ribeyrette qui servira de fil bleu à la marche après Chamborigaud. Une patiente ascension forestière par de jolis chemins confidentiels mènera alors ensuite le pèlerin au col de Portes, surmonté de son château. Un fier édifice, restauré avec amour et classé aux Monuments Historiques. On l’appelle ici le Vaisseau des Cévennes, du fait de sa forme unique, semblable à une proue de navire pourfendant le sol. Sa position stratégique en faisait une sentinelle de poids sur le Chemin de la Régordane.

Après une centaine de kilomètres de marche, les portes du Gard s’ouvrent enfin au pèlerin sur la route de Saint-Gilles. Nouveau département, nouvelles ambiances, nouvelles senteurs. L’entrée dans le Gard renouvelle intégralement les envies de découverte du marcheur

Le tracé moderne n’est pas toujours l’héritier du tracé historique. Les priorités d’hier – facilité de passage, praticabilité et rapidité – ne sont pas celles d’aujourd’hui – esthétique du chemin, intérêt patrimonial, charme du paysage. Mais, on l’a vu dans les deux précédents départements, il subsiste parfois des bribes de cette voie originelle. C’est le cas en traversant plus bas l’Affenadou par sa rue principale. Les contes et récits demeurant au coeur du projet Régordane, le GR®700 se plait donc souvent à s’écarter de ses origines pour raconter les territoires qu’il traverse. Rien d’étonnant donc, au-delà de Laval-Pradel, de faire son entrée dans les anciennes mines à ciel ouvert de Mercoirol. On y découvre, non sans surprise, d’énormes bassins d’eau émeraude, re-colonisés aujourd’hui par la végétation. Un lieu étonnant, parfois écrasé de chaleur, mais dont, personnellement, j’ai apprécié le charme contrasté. L’histoire industrielle de cette partie du Gard pourrait faire l’objet d’un chapitre complet. Le randonneur marchera désormais dans son souvenir jusqu’à Alès, prochaine grosse agglomération sur sa route.

gard mercoirol régordane
Passage inattendu dans les anciennes carrières de Mercoirol, dans le Gard. L’ancien site industriel s’est transformé en charmant milieu naturel. Un moment que j’ai apprécié sur la route d’Alès.

Où dormir à Génolhac : pas de gîte d’étape à Génolhac, dommage. Il y a deux hôtels sur place. Ma recommandation irait pour le coup à la chambre d’hôte du Mas Nouveau.  Le lieu est splendide en effet : vous serez accueillis dans une ancienne ferme templière rénovée par la propriétaire. Une bâtisse avec de l’histoire. De quoi faire le lien avec la Régordane.

Où dormir au Mas-Dieu : à la sortie de l’ancienne zone industrielle de Mercoiriol vous attend une petite chambre d’hôte : le Faubourg, peu avant le Mas-Dieu. Pour réserver : 04.66.54.88.16.

Avant d’atteindre Alès, une belle marche ombragée attend le randonneur à la sortie du Mas-Dieu. On y retrouve les bosquets denses de chênes blancs et de buis, caractéristiques de la France Méridionale. Un tamis de lumière y rend la randonnée agréable. Jusqu’à apercevoir Alès et son Crassier, terril aux allures de volcans, qui rappelle le passé et l’identité industrielle de la grande ville. On y entre par le très beau pont de Rochebelle, au pied de la colline de Notre-Dame-des-Mines. Alès est une succession de ponts enjambant le Gardon qui porte son nom. La ville est hétéroclite, dissimulant son patrimoine derrière les remparts de ses HLM. Rebutante au premier regard, Alès nécessite de la curiosité pour dévoiler son caractère et son dynamisme. Y faire étape plutôt que de chercher à la quitter trop vite pourrait bien vous réserver quelques bonnes surprises. La traverser est, en revanche, une entreprise de longue haleine dont les derniers kilomètres sont fastidieux. Les pèlerins des origines devaient à l’époque profiter de paysages plus champêtres que ceux des zones commerciales modernes. Il faudra attendre Saint-Hilaire-de-Brethmas pour laisser enfin derrière soi les turpitudes de la civilisation moderne.

régordane vézenobres
Le superbe village de Vézenobres, dans le Gard, accroché à sa petite colline. Une bourgade médiévale dont on ne peut que tomber amoureux.

Personnellement, je me languis de retrouver bientôt Vézenobres, fleuron des villages gardois sur la route qui me conduira ensuite à Nîmes. Découvert lors de ma randonnée sur le Chemin Urbain V, Vézenobres m’avait charmé par son côté intimiste. Les retrouvailles sont donc heureuses. J’aime l’aspect compact de ce bourg médiéval accroché à sa colline. Il marque aussi la sortie définitive des Cévennes et l’abdication des reliefs. Vézenobres est un jalon sur ce GR®700, davantage encore qu’Alès. A compter de maintenant, le marcheur va s’immerger à nouveau dans une ambiance champêtre, alternant petits chemins tracés entre des haies et promenades oxygénantes parmi des champs garnis de coquelicots. On flâne de village en village, le pas léger et l’esprit reposé : Ners, Cruviers-Lascours, Moussac, Saint-Chaptes… En rive gauche du Gardon, sur lequel on a toujours plus ou moins un oeil, l’itinéraire traverse les vignes et collectionne les coups d’oeil sur le petit patrimoine. Des étapes paisibles, un peu chaudes parfois, mais toujours intéressantes.

Où dormir à Vézenobres : Vézenobres est un village de charme et dispose donc d’une belle collection de chambres d’hôtes à la hauteur du lieu. Pour les budgets un peu plus serrés, je vous recommande le gîte d’étape Entre Lune et Soleil. 35 euros la nuit + le repas à 13 euros + le petit-déjeuner à 5 euros. C’est le meilleur rapport qualité-prix pour l’endroit.

Où dormir à Moussac : vous n’aurez pas le choix si vous décidez de faire étape à Moussac. Ce sera Au Cochon qui Tête, une adresse à l’ambiance bourgeoise largement recommandable et au nom plutôt rigolo. Ce n’est pas un gîte mais une chambre d’hôte. Le restaurant est situé sur place.

Russan n’est plus très loin. Avant de le rejoindre, une petite variante par le belvédère du Castellas s’impose. Ce n’est pas le tracé du GR®700 mais se priver du panorama sur les Gorges du Gardon serait regrettable. Il faudra traverser une bonne section de maquis pour l’atteindre, mais le spectacle vaut amplement l’effort investi. Entre Collias et Russan, le Gardon a creusé un canyon d’une vingtaine de kilomètres. C’est un lieu extraordinaire, moins impressionnant que les Gorges de l’Ardèche mais plus confidentiel. Le découvrir donne chaque fois l’impression d’entrer dans le cercle des détenteurs d’un secret bien gardé. Je ne l’aurais manqué pour rien au monde. Il suffit ensuite de retourner sur Russan en suivant les balises du GR®63 pour retrouver l’itinéraire de la Régordane. Une fois le pont sur le Gardon franchi, le randonneur prend la direction de La Calmette. C’est au sortir de cette jolie commune gardoise que le GR®700 infléchit enfin sa route vers le sud-est et s’élance pour sa partie finale.

régordane russan gardon
La variante du Belvédère de Castellas : l’endroit le plus approprié pour un tête-à-tête avec les splendides Gorges du Gardon que le Chemin de Régordane traverse à la sortie de Russan

Les capitelles commencent à fleurir sur le parcours. Ces anciens abris de fortune pour les bergers ne passent pas inaperçues. Entièrement construites en pierre sèche, elles jalonnent le Chemin de Régordane depuis le Clos de Gaillard jusqu’aux Bois des Espesses, étonnant petit espace naturel accolé à l’agglomération nîmoise. J’ai souvent coutume de dire qu’entrer dans de grosses agglomérations en suivant un GR® est une entreprise pénible. La faute au bitume, à la circulation et à des paysages urbains peu favorables à la rêverie. Ce n’est pas le cas de Nîmes qui enchaîne les surprises. A la sortie du déjà très agréable Bois des Espesses, on grimpe rapidement sur le Mont Cavalier et la Tour Magne, porte d’entrée des Jardins de la Fontaine. On ne peut rêver mieux pour rejoindre le centre de la grande ville du Gard. Un bain de nature où de grandes et belles allées ombragées s’entremêlent à de larges escaliers royaux. Des passages plus secrets se découvrent ici et là, tous desservant l’esplanade principale et ses jeux de fontaines. Je franchis la haute grille de sortie du parc avec des étoiles dans les yeux.

La découverte de la ville de Nîmes compte parmi les moments urbains que j’ai préféré sur ce Chemin de Régordane. Prendre le temps d’arpenter les rues, faire une pause à l’ombre des petites places, flâner à l’ombre de ses grands monuments : Nîmes va réconcilier le randonneur avec la ville, c’est certain !

Le centre historique de Nîmes survient juste après. D’abord les Quais de la Fontaine, puis la Maison Carrée dans le prolongement de la rue Auguste. Les monuments sont resplendissants, témoins éclatants du passé romain de la ville et de la région toute entière. Libre à chacun de vivre Nîmes à sa manière. J’ai choisi de plonger dans les rues du centre ancien. Après celle de l’Horloge, je déniche une petite place accueillante au pied de la Cathédrale de Notre-Dame-et-Saint-Castor. Un endroit parfait pour se mettre dans la peau des nîmois et siroter un café en regardant la foule aller et venir. Je continue par la Place du Chapitre et la rue du même nom pour me mettre en quête des Arènes, le monument le plus symbolique de la ville. Je les trouve en pleine effervescence, festival de musique imminent oblige. Face à elles, le musée de la Romanité, tout récent, exige une visite pour mieux comprendre comment le grand empire a durablement imprégné l’histoire de Nîmes. Je termine ma visite par l’Esplanade Charles-de-Gaulle et l’église Sainte-Perpétue. A l’instar du Puy-en-Velay, quelques 200 kilomètres plus au nord, Nîmes ne peut se contenter d’une lecture superficielle. Une journée de découverte me paraît le strict minimum pour s’y immerger.

Où dormir à Nîmes : alors je vais être honnête avec vous, à Nîmes, je l’ai joué grand prince puisque j’ai dormi à proximité des Arènes, à l’hôtel Appart’City. Du tout confort, à proximité de tout, à un tarif finalement pas si inabordable puisque les tarifs démarrent à 88 euros la nuit. Quand on vient de marcher plus de 200 km, se faire de petits plaisirs prend tout son sens ! Si vous ne voulez pas casser la tirelire, sachez qu’il y a une Auberge de Jeunesse sur Nîmes où vous dormirez pour 21,90 euros la nuit, petit-déjeûner inclus !

Où manger à Nîmes : je partage avec vous deux coups de coeur sur le centre historique. Le premier c’est la Bodeguita du Royal Hôtel, tout près de la Maison Carrée. Un endroit convivial pour prendre l’ambiance décontractée et chaleureuse de Nîmes. Le second, moins connu mais super sympa, c’est le W, sur le Square de la Couronne, derrière l’église Sainte-Perpétue. Le patron sait soigner ses clients, l’extérieur est frais en été et l’intérieur, soigneusement décoré, affiche des expositions temporaires d’artistes locaux.

nîmes gard les arènes
Le passage des Arènes, point d’orgue de la découverte de la ville de Nîmes. Rarement ai-je pris autant de plaisir à visiter une ville en rando.

Quitter Nîmes pourra, en revanche, compter parmi les épisodes les moins enthousiasmants de ce GR®700. Même si l’itinéraire a été amélioré pour éviter les routes passantes, il sera difficile de faire fi d’un tracé peu exaltant, au moins jusqu’aux environs de Caissargues. Au-delà, le marcheur fait son entrée dans les Costières, un univers de cultures fruitières et de vignes où le Chemin de Régordane se taille un passage par l’entremise de longues pistes carrossables. Certains s’acquitteront de ces derniers kilomètres sans entrain, avec pour seul objectif de boucler l’itinéraire. Les autres l’intègreront comme le dernier chapitre d’un livre ouvert en Haute-Loire et le considèreront comme un nouveau territoire sur lequel poser des yeux curieux. Il faudra ainsi une bonne journée de marche pour traverser les Costières et entrer à Saint-Gilles, terminus du Chemin de Régordane. En l’absence d’un mobilier spécifique, je vous recommande de finir ce pèlerinage à l’Abbatiale, splendide, où repose le tombeau de Saint-Gilles. Après tout n’était-ce pas là que les pélerins de jadis venaient eux-même conclure leur longue route ? Vous, comme moi, sommes au final les maillons d’une chaîne de marcheurs immémoriale.

Où dormir à Saint-Gilles : Saint-Gilles, comme Nîmes – quoique plus modestement – ne manque pas d’adresses où dormir. Pour terminer cette aventure, j’ai choisi l’Hôtel du Cours, à proximité de la gare SNCF. Le restaurant est au pied de l’hôtel. J’y ai passé une agréable soirée. Pour ceux et celles d’entre vous qui tenez au maximum à rester dans l’ambiance pèlerin, ce sera le gîte La Pause du Pèlerin.

LE GR®700 EN 10 POINTS CLES

  1. Un GR® abordable : avec environ 3600 mètres de dénivelé positif à parcourir en 12 jours, soit 300 mètres de dénivelé quotidien en moyenne, le LE GR®700 ne compte pas parmi les GR® dits « sportifs ». Il est même à la portée d’un marcheur moyen qui souhaite découvrir l’itinérance.
  2. Un chemin de pèlerinage historique : il fut jadis le 4ème chemin de pèlerinage le plus emprunté de la chrétienté, derrière Compostelle, Rome et Jérusalem. C’est dire le rayonnement que la Régordane avait il y a près de 1000 ans. En l’empruntant, le marcheur ressuscite le pèlerinage, suivant la voie tracé par des milliers d’autres avant lui.
  3. Une alternative au GR®70 : ils se chevauchent fréquemment tous les deux mais suivent pourtant des chemins séparés. Le GR®70 fait carton plein chaque année. Le GR®700 se présente donc comme une alternative à un itinéraire ultra-fréquenté. En faisant le pari de traverser la Haute-Loire, la Lozère et le Gard comme le Stevenson mais à sa manière, le GR®700 joue les outsider et pique au vif la curiosité du marcheur.
  4. Des sites inédits à découvrir : si le GR®700 repose sur un assemblage de sentiers déjà existant jusqu’à Villefort, il suit ensuite sa propre route et propose des espaces nouveaux au randonneur : la vallée de la Cèze, la Haute Vallée du Luech et le Rouvergue, entre Portes et Alès. Il recoupe ensuite les GR®6 et 63 jusqu’à La Calmette. La partie menant à Nîmes, via le Clos de Gaillards et le Bois des Espesses, est en revanche un tracé inédit.
  5. 2 grandes villes sur la route : le Chemin de Régordane donne l’opportunité au marcheur de découvrir en profondeur deux agglomérations françaises essentielles de par leur place dans l’Histoire et de par leur patrimoine. Je veux parler du Puy-en-Velay, ville de départ exceptionnelle, et de Nîmes qui mérite largement qu’on lui consacre une ou deux journées de visite.
  6. Un chemin qui se marche et se raconte : pour les randonneur/ses qui aiment associer leur marche à des histoires, le GR®700 sera un véritable cadeau. Outre l’histoire générale de la voie – et sans oublier « le Charroi de Nîmes » auquel elle est associée – c’est plus d’une dizaine de récits parallèles, tous en lien avec la Régordane, qui sont à découvrir et à replacer dans leur contexte pendant la marche. Des petites histoires, des anecdotes contées qui donnent un relief supplémentaire à l’itinéraire. A retrouver sur le site de l’association.
  7. Une large palette d’hébergements : du Puy-en-Velay à Saint-Gilles, le chemin comporte une offre conséquente d’adresses où faire étape. Les établissements cités dans l’article ne sont que des suggestions basées sur ma propre expérience. Libre à chacun de découper sa randonnée selon ses goûts et son budget. Ce qu’il faut savoir c’est que le GR®700 fait partie de ces itinéraires qui comptent suffisamment d’hébergements en chemin pour permettre un découpage aisé. Liste complète des hébergements
  8. Une solution pour transporter les bagages : si vous le souhaitez, il est possible d’assurer le transport de vos bagages à chaque étape. Le service de la Malle Postale est en effet disponible sur le GR®700. Un atout non négligeable pour celles et ceux qui souhaitent voyager légers et profiter du chemin.
  9. Un GR pour les amoureux de patrimoine : si l’Histoire immatérielle est au coeur du GR®700, ses traces physiques dans le paysage sont nombreuses. Le patrimoine à découvrir et collectionner au fil de l’itinéraire est nombreux et ravira les amoureux de vieilles pierres. Parmi les plus importants : les monuments du Puy-en-Velay, le château de Luc, la Garde-Guérin, le centre historique de Nîmes et l’abbatiale de Saint-Gilles. On ajoutera les nombreux villages de caractère traversés : Pradelles, Langogne, Génolhac, Vézenobres, Moussac, Russan, La Calmette…
  10. Un GR encore peu fréquenté : vous en avez assez des GR® sur-fréquentés car trop populaires ? vous êtes à la recherche d’un itinéraire encore peu fréquenté et qui n’exige pas un niveau physique ou technique trop élevé ? Le GR®700 est fait pour vous ! Les amoureux du calme et de la solitude vont apprécier. Profitez-en pendant que c’est encore le cas !
lac de villefort château de castanet
Moment de pause contemplatif sur les rives du lac de Villefort, en Lozère. De l’autre côté du lac se dresse le château de Castanet.

– INFOS PRATIQUES –

Topo-guide à emporter : GR® 700 – Chemin de Régordane, nouvelle édition, format : 20 x 13,5 cm, 144 pages, édité par la Fédération Française de la Randonnée Pédestre (15,40euros) à découvrir et à commander sur l’‘Espace Topo de la FFRandonnée

Meilleure saison : Mon reportage a été réalisé entre juin et juillet. Le GR® 700 peut être pratiqué toute l’année mais la meilleure période reste le printemps, entre les mois de mai et de juin, avant l’arrivée des grosses chaleurs quand la végétation est encore jeune et les champs fleuris. En été, on veillera à bien s’hydrater et à se protéger du soleil, en particulier dans le Gard où la chaleur peut être plombante. L’automne reste une solide option sur le plan des températures. L’hiver c’est plus tristounet et les hébergements ne sont pas tous ouverts.

Liens utiles : Pour vous informer en amont sur les différents sites, villages ou monuments, présentés dans ce reportage, voici une série de liens pour aller plus loin.

  • Le Chemin de Régordane a été réhabilité grâce aux efforts de passionnés bénévoles regroupés au sein d’une association. L’association et son site web vous permettront d’en connaître davantage sur les origines du chemin. Vous pourrez également découvrir les fameux récits évoqués dans le reportage par monsieur Olivier. Le site met également à disposition des outils et des infos pour organiser sa randonnée. Indispensable.
  • On n’oublie pas les trois portails territoriaux qui permettent de mieux connaître les départements traversés et de trouver des infos complémentaires sur la randonnée dans chacun d’entre eux. Je veux parler de la Maison de la Haute-Loire, de Lozère Tourisme et de Gard Tourisme. Une mine d’or.

Voici également les sites internet respectifs des principales villes traversées :

Accès et mobilité : le GR®700 a de nombreux atouts mais l’un d’eux, et non le moindre, concerne son profil adapté à la mobilité douce. Entendez par là les – nombreuses – possibilités de le rejoindre ou de le quitter par les transports en commun. Le Puy-en-Velay est accessible en train. Le train, un moyen de transport récurent au fil du parcours. On croise ainsi la ligne Le Cévenol à Langogne et on peut l’emprunter jusqu’à Nîmes via les gares de Luc, La Bastide-Puylaurent, Génolhac, Chamborigaud, Alès et Nîmes. Cela signifie que vous avez loisir de segmenter ou d’aménager votre randonnée sur le GR®700 à votre guise. A Saint-Gilles, une ligne de bus (la n°42) vous permettra de retourner sur Nîmes pour y prendre un train.

EN BREF

Une variante intéressante au classique GR®70 qui permet de revisiter la Haute-Loire, la Lozère et le Gard. Un itinéraire également très accessible – pas trop long, pas trop dur – pour des marcheurs que la grande randonnée pourrait intimider. De beaux chapitres paysagers tout au long du parcours et une proposition de patrimoine à découvrir au fil du chemin conséquente. Un GR® très agréable, parfait pour les débuts ou fin de saison.

 

by-nc-ndCe reportage Carnets de Rando, sous licence Creative Commons, est la propriété exclusive de Carnets de Rando. Son usage à des fins non commerciales est autorisé à condition de mentionner son appartenance au site www.carnetsderando.net. Pour toute autre utilisation, merci de me contacter.

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