Cirque de La Coquille : le petit secret (bien) gardé du Pays Châtillonnais

La Coquille, c’est le nom de ce petit ruisseau qui prend son élan vers une Seine encore jeune. C’est aussi le nom d’un vallon bucolique et intimiste entre Étalante et Aignay-le-Duc, ancien fief des premiers Ducs de Bourgogne. C’est enfin – et surtout ! – le nom donné à un cirque où prend leur source eau et légendes.  Le Cirque de la Coquille, c’est un endroit hors du temps, géologiquement unique ici, en Pays Châtillonnais. L’un de ces petits havres de paix offerts par la Nature aux hommes pour échapper à l’agitation perpétuelle de leur monde. C’est le but de ce voyage à pied qui va me transporter des grands espaces céréaliers contemporains aux strates d’un calcaire oolithique antédiluvien. Un périple naturel et historique au décor inattendu et au patrimoine insolite où les rencontres ont tout autant de valeur que l’histoire des lieux.

Difficulté : assez facile | Distance : 12 km| Dénivelé : 235 m| Durée : 4 à 5h | Carte : IGN TOP 25 1/25000è 3021O Aignay-le-Duc


Avec aujourd’hui moins de 300 habitants au compteur , Aignay-le-Duc pourrait passer, aux yeux d’un visiteur inattentif venu y prendre le départ du circuit de la Coquille, pour l’une de ces bourgades somnolentes qu’on trouve nombreuses dans le paysage rural de la France. Mais qu’on ne s’y trompe pas : si Aignay est assoupie, c’est, sachez-le, sur un lit de trésors oubliés et un épais matelas d’Histoire ! Imaginez donc qu’ici, il y a de ça un peu plus de deux cent ans, donc peu après la Révolution, une batterie de plus cent métiers à tisser produisait près d’un kilomètre et demi de toile par jour !

Inscriptions au-dessus des portes, encorbellements, anciens remparts et anciennes tours, sans oublier fontaine et lavoirs : Aignay livrera ses secrets à qui voudra bien se donner la peine de les chercher.

Les curieux/ses de patrimoine auront donc à cœur, avant ou après leur randonnée vers le Cirque de la Coquille, de dénicher les vestiges de cette époque révolue – et de plus anciennes encore – aux fins de réhabiliter Aignay comme bien davantage qu’une simple ville de départ et d’arrivée. Ne vous fiez pas aux apparences : les premiers Ducs de Bourgogne avaient ici leur château – d’où l’extension « le Duc » au nom de la commune – et si Louis XI n’avait pas décidé de le démanteler, on pourrait probablement encore l’apercevoir aujourd’hui.

La Coquille

Accompagné de Meryl et de Régis, déjà compagnons de marche sur la randonnée au Val des Choues, je croise la Coquille peu de temps après avoir tourné le dos à la belle église du 13ème siècle, à la pierre blonde et aux drôles de têtes qui jaugent le passant depuis l’extrémité des archivoltes où elles ont été sculptées. C’est un affluent du Revinson, lui-même affluent de la Seine dont la source n’est pas si loin du Cirque de la Coquille.

Conjuguée au passé comme au présent, la Coquille occupe à Aignay une place toujours prépondérante. Et c’est ce petit ruisseau, long d’un peu moins de dix kilomètres, qui tient le haut de l’affiche de cette randonnée.

Depuis le petit pont routier qui l’enjambe, je découvre un cours d’eau étroit, vif et peu profond, qui détale et disparaît entre deux rangées de vieilles maisons en pierre. En indécrottable curieux que je suis, je m’aventure de l’autre côté du pont, des fois qu’il y ait quelque chose à voir ou un plan à faire. Bonne pioche ! Planqué en contrebas se dévoile l’un des deux lavoirs d’Aignay. Je vous l’ai dit : la commune ravira les chasseur/ses de patrimoine !

Le départ officiel vers le Cirque de la Coquille, sous la forme d’un mobilier flambant neuf arborant schéma et explications, ferme provisoirement le chapitre de la visite d’Aignay. Nous voici à l’intersection des rues de la Planchotte et du Duesmes mais ce n’est ni l’une, ni l’autre, qu’il faudra suivre : pour nous ce sera à bâbord toute, par la montée de la rue Saint-Michel qui, après avoir longé le cimetière, dit au revoir à la petite ville en se transformant en un beau chemin ombragé et bordé d’un vieux mur de pierre moussue. Un ombrage cependant provisoire qui précède un grand bain de céréales.

L’horizon agricole, élément identitaire fort du Châtillonnais au même titre que le bois ou la pierre, place le/la marcheur/se dans la peau d’un Magellan de la monoculture céréalière.

Le sillon clair du chemin aide à garder le cap dans ce vaste océan mouvant de vagues d’or et de roux. La vigie, quant à elle, gardera un œil rivé sur les balises afin ne pas manquer les changements de cap requis aux intersections. Notre trio progresse ainsi d’un bon pas dans cet immense terrain découvert où chauffe le soleil de la Côte-d’Or, salutairement rafraîchi par une petite brise qui glisse sans entrave le long des ondulations du relief.

Lors de notre passage, à la mi-juillet, les champs ont déjà presque tous été fauchés. Un pessimiste aurait cédé à la facilité d’y contempler un paysage dénudé. Mais pas l’optimiste réjoui que je suis ! Ces grandes étendues labourées me rappellent des passages de Saint-Jacques et du GR®65 dans le Tarn-et-Garonne où l’on peut voir des colonnes de pèlerins avancer lentement. À l’instar de Compostelle, j’aime, grâce à l’image, replacer l’humain-marcheur dans l’infini de son environnement.

Mer, montagne, forêt, plaine ou, comme ici, champs : le paysage change mais la façon de l’admirer à sa juste valeur demeure. Il n’y a pas de mauvais décor : il n’y a que de mauvais regards.

Le mariage des courbes du paysage et des lignes du chemin n’en finissent pas de composer un cadre dans lequel faire évoluer le randonneur. Et je ne cesserai jamais de louer notre chance de vivre dans un pays offrant autant de possibilités d’immersions. Je marche, je cours, je tourne autour de Régis et de Meryl, tantôt sur leurs talons, tantôt loin au milieu de pieds de maïs fauchés. Là où certain(e)s se borneraient à ne rien voir, je crée les pièces d’un puzzle visant à restituer le plaisir qui peut surgir à naviguer dans ces grands espaces nus pour qui creuse plus loin qu’un trop rapide aperçu.

« Tu arrives à filmer ce que tu veux ?« , m’interroge Régis, le directeur, je le rappelle, de l’Office de Tourisme du Châtillonnais. « Mais carrément !« , réponds-je avec enthousiasme. Filmer me fait chaque fois retrouver une âme d’enfant et une excitation à créer sans borne. « Il y a de trop bonnes lignes pour composer des plans et vous replacer dans cette immensité. Regarde ! » Je fais défiler les trois dernières séquences enregistrées sur l’écran de ma caméra. Régis ne cache pas son étonnement. « C’est fou comme un œil extérieur offre une perspective différente sur l’environnement!« , me dit-il en regardant les plans filmés.

« Tu arrives à me faire redécouvrir des paysages, qu’à force de passer devant tous les jours, je ne regardais plus avec le même œil ! »

Je garde en tête qu’un chemin reste un chemin. Qu’il soit à travers champ, forestier ou qu’il franchisse un col d’altitude, l’appel qu’il suscite en nous est identique. Il y a définitivement de la magie à s’interroger sur sa destination finale, sur la surprise qui attend au bout et sur le décor renouvelé qu’il offre à chaque fois. J’ai toujours aimé confronter l’infinie petitesse de l’humain à celle, gigantesque, des éléments. À l’instar des déserts, les étendues agricoles détiennent ce secret qui permet à l’âme de se diluer dans l’immensité et le néant. Et c’est précisément la sensation qui m’enveloppe lors de cette section de marche entre Agnay et la Pothière vers le Cirque de la Coquille.

La Coquille

La Pothière, prochain temps fort de l’itinéraire, s’atteint après une descente qui nous fait passer de l’étage céréales à l’étage des hommes. Nous voici dans la vallée du Revinson, invisible derrière une épaisse rangée de feuillus venus y tremper leurs racines. Coincé entre deux coteaux apparaît un vaste bâtiment, au plan carré, bien abrité derrière de hauts murs qui masquent l’intérieur au regard inquisiteur du visiteur. Vu de l’extérieur, l’ensemble tient plus du château que de la ferme. Une analogie qui a du sens puisque l’endroit est qualifié de ferme-forte et est classé aux Monuments Historiques depuis 1988.

Sur notre route se dresse La Pothière, un bel exemple de ce qu’on a appelé les fermes-fortes dans la France  du 15ème siècle qui s’extirpait, non sans peine, du Moyen-Âge

N’entrait pas qui voulait au 15ème siècle, époque de sa construction. Des gardes veillaient au grain au-dessus de son unique entrée et pouvaient même vous tirer dessus si besoin. L’accueil a heureusement bien changé en 2021 et, sur rendez-vous, il est possible de visiter cet étonnant bâtiment, typique de l’architecture bourguignonne de l’époque et ancien rendez-vous de chasse du Prince de Condé. Si le patrimoine fait partie de vos dadas, voici une aubaine à côté de laquelle il serait regrettable de passer, doublée d’une agréable pause sur le chemin du Cirque de la Coquille qu’il serait tout aussi dommage de manquer.

La Coquille

Derrière l’épaisse porte en bois à deux vantaux se découvre un porche voûté imposant dont le plafond est constitué de lourdes lattes de bois. Au-delà de ce passage, on fait notre entrée dans la grande cour carrée autour de laquelle s’articule l’ensemble de la ferme. À gauche, l’ancienne salle des gardes rappelle la nature hybride des lieux : manoir Renaissance, relais de chasse mais surtout ferme ! Pour situer le contexte, le  16ème siècle mourant voit enfin la sortie de la dépression de la fin du Moyen-Âge. L’économie rebondit et la valeur des ressources agricoles, qui attise les convoitises, est férocement protégée. La ferme-forte était née.

Granges, étables, écurie se succèdent au cours de la visite. Elles semblent avoir été désertées hier tant leur état est quasi intact. Une sacrée surprise.

Le pigeonnier, assez monumental en moellons de pierre plate, arbore une quantité faramineuse de boulins. Rappelons qu’un boulin correspond à une alvéole et qu’il abrite un couple de pigeons. La richesse et la puissance se mesuraient donc, à l’époque, au nombre de boulins et à la taille du pigeonnier. Pas de doute, ici, à la Pothière, il y avait de l’oseille ! La visite s’achève par les pièces de vie de la ferme où on relève un four à pain et un séchoir à fromages. Je demande si le lieu n’est pas à vendre : toutes ces vieilles pierres me rendent nostalgique. J’en quitterais presque montagne et Provence pour venir y passer de belles soirées d’été dans l’intimité de cette grande cour !

Je coupe court à ma rêverie de vie de ferme en Pays Châtillonnais : c’est qu’on n’est pas encore rendu au Cirque de la Coquille ! On remercie notre aimable guide et on entame l’ascension de la petite route qui relie la Pothière à la départementale et qui fend la partie sommitale du coteau. Retour provisoire à la planète céréale. Juste le temps de traverser la route et d’opérer la bascule en versant oriental par le bien taillé Chemin de Comme qui, très rapidement, fait son entrée dans le petit bourg d’Étalante. C’est de là, qu’en un aller-retour indispensable, le/la randonneur/se pourra goûter au charme inattendu d’un des lieux les plus insolites du Châtillonnais.

La Coquille, croisée au début de la randonnée à Agnay-le-Duc, prend ici sa source dans le cadre séduisant d’un site naturel protégé dont on ne soupçonnerait absolument pas l’existence au milieu de cette hégémonie agricole.

Au terme d’une ravissante allée de hauts arbres à l’ambiance apaisante s’ouvre un cirque de 70 mètres de haut, ceinturé de pentes d’éboulis calcaires. À sa base, dans un écrin de verdure luxuriante, l’eau cristalline de la Coquille s’élance en petites cascades depuis l’obscurité d’une résurgence souterraine, appelée localement douix. Le site est, avouons-le, un petit coin de paradis parfaitement propice à tirer le pique-nique du sac. L’irruption soudaine de l’eau et de cet amphithéâtre lumineux sur le parcours comblera, soyez-en assuré(e)s, les amateur/trices de spots nature méconnus et confidentiels.

La Coquille

La Coquille

Alors pourquoi Cirque de la Coquille, me demanderez-vous probablement comme je l’ai demandé à mes accompagnateurs ? Encore un rapport avec Saint-Jacques ? C’est une hypothèse confirmée mais ce n’est pas la seule. Les marnes – strates de roches sédimentaires imperméables composées de calcaire et d’argile – sur lesquelles coule la Coquille, auraient servi de collecteurs pour les nombreux fossiles contenus dans les couches plus fragiles qui se sont déposées par-dessus. Il faut imaginer un temps où la mer recouvrait entièrement l’endroit, Étalante y compris. De nombreux animaux – notamment des mollusques à coquille – ont donc été ensevelis dans ces sols jusqu’à ce que l’érosion, bien plus tard, commence à les dégager. C’est peut-être aussi cette prolifération, en aval de la source, de découvertes de fossiles à coquille, qui a pu donner son nom à l’endroit.

Si l’empreinte de la Nature est bien présente, celle de l’homme peut encore, pour les plus attentifs, s’y entrapercevoir également

C’est aussi à cet endroit que fut mis en œuvre, au 18ème siècle, le premier des moulins à utiliser la force motrice du cours d’eau. D’autres suivront, balayés par le temps et l’oubli aujourd’hui. Le lieu dégage une telle énergie que je ne peux m’empêcher de demander s’il n’y a pas une légende ou des rites païens qui lui ont été associés. « Tu as visé juste !« , me glisse Méryl. « Ici perdure la légende de la fée Greg, une dévoreuse d’enfants. » Incroyable ! Une Baba Yaga châtillonnaise, ici, au Cirque de  La Coquille ! L’histoire complète, qui semble toute droite sortie du film The Witch, fait partie du décor et a été versée aux archives de la Côte-d’Or en 2016.

La Coquille

Quelques lacets et un fil étroit permettent ensuite d’aller profiter de la perspective depuis le rebord de la corniche calcaire. J’ai la surprise d’y croiser une Linaire des Alpes ! Mais que fait-elle ici ? « Ça n’a peut-être pas l’air aujourd’hui, en plein été, mais les conditions peuvent être très froides ici l’hiver.« , m’explique Meryl. « Il n’est pas rare de trouver sur ces pentes raides et peu fertiles des espèces justement adaptées aux conditions difficiles. » Non sans stupéfaction, j’apprends donc qu’en plus de la Linaire des Alpes, on peut également débusquer au Cirque de La Coquille de la Gentiane Jaune, de la Germandrée des Montagnes ou encore de la Carline Acaule.

Il serait dommage de venir jusqu’ici sans emprunter le sentier – escarpé pour la région – qui boucle par le haut du cirque. Le petit bonus alpin qui donne un cachet supplémentaire à l’itinéraire.

De la flore alpine ici ? Ça alors ! Qui l’eut cru, n’est-ce pas ? Un endroit décidément étonnant, le seul de ce type sur le territoire, où les conditions géologiques ont autorisé cette coupe franche, presque chirurgicale, dans le sol. Et de révéler ainsi la nature de ces strates sur lesquelles s’est façonné le décor contemporain. Un petit secret (très) bien gardé, dissimulé derrière Étalante que nous rejoignons à nouveau une fois redescendus de notre perchoir. Bref retour sur nos pas jusqu’au pied du Chemin de Comme avant de nous élancer dans la dernière partie de cette randonnée par le vallon… de la Coquille forcément !

La Coquille

Au-delà du Cirque de la Coquille, on continue de baigner dans le calme de la nature, prolongé en bruit de fond par le discret clapotis du ruisseau. On entraîne dans notre sillage le sifflement des oiseaux qui s’ébattent dans les bosquets denses bordant ici et là le sentier. La trace flirte avec le pied des coteaux, à l’orée des sous-bois et des cultures, dévoilant tour-à-tour deux vals, ces échancrures profondes – comme précédemment le cirque, l’érosion en moins – qui officient comme gouttières pour des cours d’eau anonymes venant  ensuite gonfler la Coquille. Val Profond d’abord, Valencières derrière.

Notre trio se fait petit à l’ombre de bosses géantes qui défendent l’accès, tout là-haut, aux espaces agricoles battus par le vent

Un dernier coude et le sentier surgit dans les faubourgs supérieurs d’Aignay. Une position qui rappelle la nature « en pente » de cet ancien bourg médiéval. Et une perspective de choix pour profiter des vues sur les toits en tuiles de Bourgogne au-delà desquels émerge le clocher de l’église Saint-Pierre et Saint-Paul. Huit cent ans d’histoire sous nos yeux dont un regard affûté peut encore distinguer les détails dissimulés au détour des rues du village. On regagne le véhicule laissé devant la mairie d’un pas léger avec, glissée dans le sac à dos, la satisfaction d’une randonnée réussie et rondement menée. Fin de l’histoire ? Pas tout à fait…

« David on va t’amener à l’Abbaye d’Oigny.« , me disent en chœur Régis et Meryl. « Ce n’est pas loin d’ici et c’est vraiment un endroit à découvrir quand on vient de La Coquille. » D’une nature peu difficile à convaincre, j’acquiesce à l’idée et me glisse docilement à l’arrière de la voiture de l’Office. L’Abbaye d’Oigny est à deux vallées d’ici. Pour le rejoindre, on doit d’abord sauter le Revinson afin d’atteindre la vallée de la Seine dont la source est à peine plus loin, quelques kilomètres au sud, en-dessous de la commune de Chanceaux. J’aurais aimé pouvoir y aller mais l’emploi du temps du jour ne le permettait pas. Je ne perdrai pas au change, comme vous le constaterez.

La visite de Oigny est une excellente surprise. Et pas tant par le site en lui-même que par l’histoire à laquelle il est associé via l’entremise de ses étonnants copropriétaires : la famille Korobetski.

Je commence depuis le début en résumant Oigny. Personne ne sera surpris d’apprendre que c’est une poignée d’ermites qui défriche le site au 12ème siècle. Toujours dans les bons coups les ermites, on leur doit beaucoup aujourd’hui. L’essor et la prospérité de l’abbaye se jouent dans le demi-siècle qui suit avant que la Guerre de Trente Ans ne sabote tout. Il faut attendre 1680 pour que de grands travaux y soient à nouveau entrepris… avant qu’un sérieux incendie endommage à nouveau le site en 1840… En 2017, les Korobetski, tombés sous le charme des lieux, rachètent un tiers de la propriété et y démarrent un projet assez incroyable. C’est à ce moment de l’histoire que nous arrivons.

Quelques mètres après le portique d’entrée, un concert de marteaux donne le « la » au milieu d’amas de pierres et d’échafaudages. On est en 2020 et les opérations de restauration battent leur plein. Ce sont les deux frères, Sylvain et Sigfrid, qui nous accueillent pour la visite. Classeur rempli d’archives, de documents et de schéma en mains, Sylvain feuillette avec nous le fruit de leurs recherches et de leur projet de réhabilitation. Sa voix posée tout autant qu’assurée nous fait le récit résumé de cette aventure d’une vie. « C’est parti d’un coup de cœur. Notre famille nourrissait l’envie d’acquérir un bien de caractère depuis des années. Notre mère cherchait notamment à créer un jardin paysager. On est tombé sur l’annonce de la vente de Oigny et, en mars 2017, c’était signé. »

L’Abbaye d’Oigny c’est avant tout une histoire de famille. Un vœu commun finalement exaucé et qui se transforme aujourd’hui en un incroyable projet de vie.

Depuis tout ce temps, Oigny livre petit à petit de nouveaux secrets à ses copropriétaires qui doivent s’improviser archéologues. « À la base moi j’ai fait de l’ingénierie mécanique!« , me raconte Sigfrid. « Mais on est curieux et on n’a peur ni d’apprendre, ni de se salir les mains. » « Moi j’ai juste fait une année d’histoire de l’art, en option, mais rien de plus !« , poursuit Sylvain. Je suis littéralement épaté : le discours des deux garçons est solide, riche de connaissances acquises au cours de leurs recherches. S’ils ne m’avaient pas révélé la vérité, je les aurais tous les deux imaginés avec un Master d’Histoire en poche ! Je n’en reviens pas de la façon dont la passion peut animer l’esprit humain au point d’y engager toute son énergie et sa vie.

On déambule dans les jardins à l’italienne, le cœur du projet de la famille. Il y a même un cours d’eau qui le borde, le séparant d’un versant boisé où un ancien escalier à double volée est en pleine rénovation. « C’est la Seine ce cours d’eau !« , m’annonce Sylvain avec une pointe d’amusement face à mon regard stupéfait. « La Seine passe dans votre jardin ?« , lui demande-je sidéré. « Et dans ces bois, là-haut, on va devoir faire appel à des archéologues car on a mis à jour des murs dont on ne parvient pas à connaître l’origine. » Qui n’a jamais rêvé de jouer à Indiana Jones dans son propre jardin ? « Initialement on avait plus dans l’idée des petits sentiers botaniques mais, au regard de ce qu’on est en train d’excaver, le projet final vise maintenant à la reconstitution de tout un jardin historique. On s’adapte ! »

Découvrir l’histoire humaine derrière l’histoire des pierres éclaire le passage à l’Abbaye d’Oigny d’un jour différent et immensément plus profond

L’énergie des deux frères, l’enthousiasme de leur récit, la décontraction derrière la rigueur : tout ça contribue à faire de cette visite à Oigny un moment de rencontre passionnant. On s’éternise volontairement jusqu’à l’intérieur des bâtiments. « On vit une époque où on a l’habitude de vouloir voir les choses terminées.« , ajoute Sylvain. « Du temps des moines, les travaux prenaient parfois plus que le temps d’une vie. Alors on essaie d’être un peu dans cette optique, à faire et à donner ce qu’on peut, selon le temps qui nous est imparti. Et après nous cela continuera. » Dans les tuyaux, en plus des jardins et de la visite du site : des chambres d’hôte dans d’anciennes cellules monastiques et la production de miel. Chapeau les frangins ! Je vous souhaite tout le bonheur du monde dans ce projet pharaonique des temps modernes !

VENIR EN PAYS CHÂTILLONNAIS

En voiture

Le point d’ancrage pour cette escapade au Cirque de la Coquille, c’est la très belle ville de Châtillon-sur-Seine qui, a elle seule, mérite la visite. J’y reviendrai dans un prochain article. Châtillon est un point assez central dans un cercle disposé autour de Dijon, Troyes, Auxerre, Chaumont et Langres. On peut donc le rejoindre facilement depuis la plupart des axes.

Pour les sudistes, comme moi, on arrivera nécessairement par l’autoroute l’A6, on sortira à Dijon et on rejoindra Châtillon par la D971 (6h environ). Dijon sera également le point de passage en arrivant depuis le Jura ou Mulhouse (3h30 environ). Pour le Grand Est, en revanche, on passera plutôt par Chaumont puis par la D65, qui devient ensuite D965 (environ 4h depuis Strasbourg). Le Nord contournera Paris pour passer par Troyes et descendre sur Châtillon par la D671, qui devient ensuite D971 (5h depuis Lille). Les Parisiens, eux, descendront par l’A6 via Auxerre puis, par la sortie 20 et la D965, tireront sur Châtillon via Tonnerre (3h environ). Auxerre sera aussi point de passage pour les Bretons, en passant d’abord par Orléans (8h depuis Brest). Le Grand Ouest et Sud-Ouest, quant à eux, préféreront viser Clermont-Ferrand ou Moulins pour rejoindre d’abord Nevers, puis en diagonale Avallon pour attraper l’A6, la suivre au sud jusqu’à la sortie 23 puis, via Montbard et la D980, rejoindre enfin Châtillon (7h30 environ depuis Bordeaux).

En train/bus

La gare de Châtillon-sur-Seine n’est plus en service. Il faut passer par la gare de Montbard (30mn en voiture de Châtillon) puis prendre la ligne 126 jusqu’à Châtillon. Accessibilité également depuis Dijon avec 5 trains par jours (environ 1h30 de trajet et un tarif allant de 15 à 20 euros). Pour celles et ceux qui arriveraient en train depuis Dijon, c’est la ligne 124 (jusqu’à 7 départs quotidiens) qu’il faudra emprunter.

ACCÈS À AIGNAY-LE-DUC

Depuis Châtillon-sur-Seine, suivre la D971 en direction de Dijon. Traverser et/ou dépasser successivement Buncey, Chamesson, Nod-sur-Seine, Aisey-sur-Seine puis, enfin, Saint-Marc-sur-Seine. Peu après la sortie de Saint-Marc, à une intersection, suivre à gauche la D901 jusqu’à Aignay-le-Duc, via Beaunotte. Stationnement possible devant la mairie, à côté de l’église. (35 minutes en voiture) En bus, possibilité d’emprunter la ligne 124, précédemment citée, entre Châtillon et Aignay (un départ quotidien TLJ à 17h05 + un le mercredi à 12h05). Attention, cependant, car s’il est possible d’aller à Aignay, il peut être plus difficile d’en repartir !

La Coquille

CIRQUE DE LA COQUILLE : LE TOPO

Le descriptif complet de l’itinéraire vers le Cirque de la Coquille – descriptif pas-à-pas + carto – est disponible sur le site Bouger Nature en Bourgogne, site officiel des loisirs nature en Côte-d’Or. Vous pourrez également y télécharger le fichier GPX ou KML afin d’intégrer la trace à votre GPS, si nécessaire. Pas besoin, donc, de faire de double emploi ici quand les choses sont bien faites ailleurs !

RECOMMANDATIONS PARTICULIÈRES & DIFFICULTÉ

La rubrique ne fera pas couler beaucoup d’encre cette fois. Ce circuit vers le Cirque de la Coquille ne présente en effet aucune difficulté particulière. Un minimum de vigilance sera juste requis si vous entreprenez la petite boucle qui escalade le cirque. L’espace de quelques minutes, le parcours se fait un peu plus « alpin » et il serait malvenu de glisser de 70 mètres pour avoir manqué d’attention et/ou de prudence aux abords de la corniche. La Coquille est, par ailleurs, un espace naturel protégé. Vous y trouverez de belles aires de pique-nique en pierre de taille. Respectez les lieux et remportez vos déchets. Attention également aux éventuels coups de soleil au milieu des champs !

La Coquille

LE CIRQUE DE LA COQUILLE : AVIS PERSO & CONSEILS

Pour aller à l’essentiel, je vous donne mes réponses aux questions que vous seriez probablement amené(e)s à vous poser suite à la lecture de ce reportage.

Il est vraiment joli ce cirque de la Coquille ?

Alors je préfère mettre les choses au clair tout de suite. Le Cirque de la Coquille, ce n’est ni Gavarnie, ni Navacelles, ni le Fer-à-Cheval. L’UNESCO ne l’a pas encore classé. Donc ne vous mettez pas en tête de débarquer dans un site É-NOR-ME ! C’est même plutôt l’inverse. S’il y a un terme qui qualifie bien La Coquille, c’est celui de confidentiel. En y arrivant, on a l’impression de partager un secret bien gardé par les locaux. La Coquille se camoufle presque jusqu’au dernier moment dans le paysage. C’est précisément l’intimité du lieu qui le rend attachant. C’est l’un de ces endroits où le stress et l’agitation du monde n’ont pas leur entrée. Et géologiquement, rapporté au reste du territoire, c’est un site à la configuration absolument unique. Un lieu frais et verdoyant où plane une aura de mythe. Les âmes sensibles aux énergies s’y ressourceront sans doute encore plus que les autres. Pour celles et ceux qui connaissent, il y a à La Coquille un peu de la sérénité du Val des Nymphes, près de La Garde-Adhémar, dans la Drôme. Alors réponse, oui, il est joli et c’est un spot à découvrir absolument si vous êtes de passage dans le coin.

Faut quand même un peu s’intéresser au patrimoine pour faire cette rando en entier ?

Oui, un peu c’est vrai. Du moins il faut de la curiosité. J’ai en effet du mal à imaginer l’intérêt qu’il y aurait à simplement passer devant la ferme-forte de la Pothière ou encore à traverser Agnay sans pénétrer plus au cœur de ces sites afin d’en percer les secrets d’histoire. Ces haltes et visites donnent du sens au parcours. Elles en donnent d’autant plus si on a sous la main un(e) spécialiste pour guider notre œil et structurer notre travail de visualisation. Réservez donc bien à l’avance vos visites à la Pothière et/ou informez-vous sur les possibilités de visites guidées à Aignay auprès du Bureau d’Information Touristique local : 03 80 91 13 19. Et si le patrimoine ce n’est pas votre truc, contentez-vous d’une simple visite au Cirque en aménageant l’itinéraire à votre convenance.

La Coquille

Traverser des champs, c’est pas pénible à la longue ?

Après les ambiances forestières du Parc National de Forêts, au Val des Choues, ce circuit au Cirque de La Coquille est une véritable rupture. En s’y attaquant, depuis Aignay, on y ouvre un nouveau chapitre de la découverte du Pays Châtillonnais. Alors oui, il y a des champs à traverser dans une première partie. Mais ce n’est quand même pas la Beauce ! Et, dans l’optique de comprendre le territoire dans lequel on évolue, c’est un passage obligé. Et c’est loin d’être un fardeau ! Soyez sensibles à l’espace procuré, aux courbes du terrain, aux couleurs selon la saison. Ressentez l’immersion. Inversez la perspective pour faire l’expérience de l’immensité de ces terres inlassablement cultivées par les hommes. C’est une part importante de l’histoire du Châtillonnais et vous êtes au cœur du sujet ! Vivez-le comme tel !

Et le détour par Oigny, ça vaut donc vraiment le coup ?

Ici c’est Carnets de Rando et pas Stéphane Bern ! Je fais de mon mieux pour synthétiser un moment, un ressenti et partager mon expérience d’un lieu tout en le contextualisant dans l’histoire quand il s’agit d’un monument. Mais, souvent, j’aimerais écrire davantage, raconter plus d’anecdotes, retranscrire tout ce que j’ai enregistré sur place parce que j’y ai passé un super moment. Ça a été le cas à Oigny avec les frères Korobetski. L’histoire derrière l’histoire, le contact facile avec les deux gaillards, leur désir de partage sans regarder à la montre, les mille et une anecdotes à raconter… Visiter Oigny c’est avant tout un désir de rencontre. L’élément humain est tout aussi important que la découverte des lieux proprement dite. C’est un équilibre qui confère à la visite une dimension supplémentaire. La randonnée est un prétexte, un moyen de se faire raconter des histoires en découvrant des sites. Et, assurément, celles que Sylvain et Sigfrid ont à partager, leurs personnalités, leur accès facile, font d’un passage à Oigny un moment inoubliable. Je persiste et signe : allez-y, sans hésitation !

CIRQUE DE LA COQUILLE : HÉBERGEMENT ASSOCIÉ

Les Clos d’Orret (testé & approuvé)

À quelques minutes d’Oigny, au-dessus de la vallée de la Seine et à la frontière des grands espaces agricoles, se tient le petit hameau d’Orret. C’est là qu’Anne-Lise et Jacques Cavin ont minutieusement et superbement restauré une ferme qui était, précisément, une ancienne possession de… l’abbaye d’Oigny ! La boucle est bouclée ! Le lieu est un havre de paix et de nature. On y prend le repas avec les hôtes sous un grand préau ombragé. Jacques est un fin musicien dont l’instrument favori est… l’orgue ! Peut-être aurez-vous la chance de l’entendre jouer lors de votre passage. Les chambres, calmes et spacieuses, invitent au repos du marcheur et les bons petits plats d’Anne-Lise font mouche. J’ai passé avec eux une excellente soirée, remplie – une fois encore – d’une foule d’histoires et d’anecdotes succulentes. Une belle étape après une journée de randonnée au Cirque de La Coquille. Tarifs : à partir de 74 euros la chambre double et de 24 euros la table d’hôtes. Mail : chambres@clos-orret.com – Tel : 03.80.96.59.21 ou 06.19.30.27.40

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