Découvrir le GR®42 (3ème partie) : la Camargue Gardoise

La Camargue Gardoise, c’est le dernier chapitre à effeuiller sur le GR®42. Beaucoup s’imagineront que le meilleur est derrière eux, que ces ultimes kilomètres vont être ennuyeux, qu’ils sont là pour boucler un parcours et tant pis pour le plaisir. Ce serait marcher avec des oeillères que de considérer ce tronçon gardois sous cet angle. La Camargue Gardoise est un territoire vivant et riche d’une longue histoire. Des villes et villages au patrimoine étonnant attendent le marcheur. C’est un nouveau regard qu’il lui est demandé d’avoir pour savourer ce dessert à sa juste mesure. Et un rythme adapté, plus lent, pour prendre le temps. Le temps d’être curieux, le temps de mieux comprendre. Le temps, finalement, d’embrasser la Camargue Gardoise avec le même enthousiasme que les Cévennes précédemment. On essaie ensemble ?

Difficulté : moyen | Longueur : 160km | Durée : 7 jours | Dénivelé : 1705m

Tourner le dos à Laudun et au Camp de César, c’est enterrer la partie « relief » du GR® 42. A compter de maintenant, chaque kilomètre franchi rapproche un peu plus le marcheur de l’ultime chapitre de son itinérance : la Camargue Gardoise. Il y aura bien quelques petits soubresauts d’ici là : le Roc Trouca, peu après Roquemaure, les escarpements dénudés précédant l’arrivée sur Aramon, le surprenant petit massif de l’Aiguille, à la sortie de Comps, au sein duquel s’abritent une table d’orientation, une abbaye, des cavités troglodytiques et un bélier férocement territorial. Mais, plus loin, ça en sera fini. L’horizon se bornera à la coiffe hirsute des vignes et le rare dénivelé se cumulera en franchissant quelques ponts et passerelles.

Passé Comps et le petit massif de l’Aiguille, les derniers reliefs s’inclinent face à l’hégémonie du plat. Cultures, vignes et plantations succèdent aux bois et forêts. Le dernier visage paysager du GR® 42 se dévoile à travers des canaux et des roselières.

Sur ce terrain où la valeur de l’effort se mesure au nombre de pas effectués durant la journée, le randonneur pourra savourer à sa juste valeur un patrimoine très facilement accessible. Pour échapper à la chaleur potentielle, des haltes salvatrices dans les nombreuses villes et villages jalonnant le parcours seront les bienvenues. Autant d’occasion d’aller à la rencontre des multiples trésors que ces oasis ont à offrir aux visiteurs. Ca commence à Villeuneuve-lès-Avignon, magnifique endroit que la proximité d’Avignon ne devrait pas faire occulter. Le fameux pont de la célèbre chanson la reliait jadis à la Cité des Papes. Aujourd’hui, le Pont Daladier a pris le relais, avec moins de panache, et la ville contemple sa voisine en rêvant d’autant d’attention. Les amoureux de patrimoine n’y seront pourtant pas lésés. Voici, à mon sens, le trio de tête des sites à y voir absolument.

  • la Chartreuse du Val de Bénédiction : ce n’est certes pas le Palais des Papes mais c’est juste en face et c’est loin d’être négligeable. Après celle de Valbonne, voici une autre Chartreuse à découvrir, datée du 14ème siècle. Sous l’égide d’Innoncent VI, son histoire retiendra davantage ses développements fastueux que sa rigueur monastique. On déambule avec délectation dans ses halls, cloîtres et chapelles. On admire ses peintures dans la chapelle des Fresques. Aujoud’hui, les artistes ont remplacé les moines dans les cellules. En résidence tout au long de l’année, ils s’offrent aux visiteurs le temps d’une exposition ou d’un concert. Un lieu idéal pour conjuguer histoire de l’art, sacré et culture.
  • la Tour Philippe Le Bel : si les crues du Rhône ont englouti le Pont d’Avignon, la tour Philippe Le Bel, elle, est toujours là. Droite et fière, elle incarne le souvenir de cette lutte entre pouvoir royal et épiscopal qui fit rage au Moyen-Age. Le monument, du haut de ses 27 mètres, continue de toiser la Cité des Papes aujourd’hui encore. Classée aux Monuments Historiques, elle jouait également un rôle de péage pour les nombreux marchands et passants qui souhaitaient rejoindre Avignon en empruntant le Pont Saint-Bénezet, alias le Pont d’Avignon. De belles salles voûtées accueillent régulièrement des expositions artistiques et son toit-terrasse jouit d’un panorama exceptionnel sur Villeneuve-lès-Avignon, Avignon et la vallée du Rhône.
  • Le Fort Saint-André : sentinelle massive, posée au-dessus de la ville au sommet du Mont Andaon, le Fort Saint-André évoque le souvenir d’un pouvoir royal aujourd’hui éteint. Un étalage de puissance face à une Provence ennemie et insolente. Quand celle-ci rentre finalement dans les rangs, à la fin du 15ème siècle, l’édifice devient place forte militaire pour des garnisons. Les Monuments Historiques le sauve de son abandon après 1792. On y entre par une porte gigantesque, encadrée par deux tourelles menaçantes. A l’intérieur, jeux de pistes, visites et animations se succèdent pour faire du lieu un patrimoine vivant. On y partage ses expériences sur les réseaux sociaux avec un hashtag. Philippe Le Bel aurait sûrement apprécié !
villeneuve les avignon
De gauche à droite, et de haut en bas : (1) la Chartreuse-du-Val-de-Bénédiction, (2) la Tour Philippe Le Bel, (3) le Fort Saint-André et (4) les fresques de la Chapelle des Fresques

Après Villeneuve-lès-Avignon, le GR® 42 rejoint Aramon. Petit par la taille, mais grand par ses découvertes, le village constitue une étape agréable sur l’itinéraire. Eglise, halle, hôtels et maisons privées, croix remarquables et tombeau, Aramon déploie un catalogue de patrimoine remarquable. Il inscrit durablement cette partie finale du GR® 42 dans un rythme où la curiosité et l’amour des vieilles pierres doit succéder à l’intérêt paysager. Un peu plus loin viennent Théziers, puis Montfrin avant de traverser le Gardon et de piquer plein sud en direction de Comps, puis de Beaucaire, ville-frontière avec le quatrième département visité par l’itinéraire : les Bouches-du-Rhône.

Après Beaucaire, le GR® 42 fait son entrée dans les Bouches-du-Rhône. Une parenthèse en Provence, au pays de Daudet et des cigales. Ca n’a l’air de rien mais on vient d’entrer dans une nouvelle région.

On peut choisir de faire étape à Beaucaire, de profiter de son charmant petit port qui ouvre sur le canal du Rhône à Sète, de visiter son impressionnant château jouxté par sa Tour Polygonale. Ou on peut choisir de traverser le Rhône pour atterrir plutôt à Tarascon, une autre belle ville dont le nom a déjà des accents de Provence. Et ainsi faire durer le plaisir de changer de région. L’Occitanie est derrière nous. Nous voici, l’espace de quelques jours, en Provence-Alpes-Côte-d’Azur ! Pour ne rien manquer lors de votre passage, voici mes recommandations au fil du parcours.

  • Tarascon : à l’évocation de Tarascon, on pense plus généralement au gentil héros d’Alphonse Daudet, qu’à l’effrayante Tarasque dont la légende hante encore les pages d’histoire de la ville. Cité provençale riche d’art et d’histoire, Tarascon accumule les bonnes adresses où assouvir sa soif de patrimoine. Si je ne dois en garder que trois – il faut aussi savoir faire des choix – je vous recommanderai le château du Roi René, pour son histoire, son atmosphère, sa richesse et sa très belle vue sur la ville. Ensuite la collégiale Sainte-Marthe, un ensemble roman façon Provence dont l’histoire reste liée à sa Sainte, triomphatrice de la Tarasque. Et, enfin, le Musée Souleïado dédié à la tradition textile et à l’art de vivre en Provence. Il abrite une vaste collection de planches du 18ème siècle ainsi que l’une des dernières ciergeries de France. Remarquable.
  • Le Moulin de Daudet : non, on ne peut décemment pas passer là, en Provence, à Fontvieille, et faire l’impasse sur le Moulin de Daudet. Alors oui, il n’est pas tout à fait sur le tracé officiel du GR® 42 mais il en est tellement proche qu’on ne peut que culpabiliser en ne faisant pas le petit effort requis pour lui rendre visite. Bon, je vous l’accorde, ce n’est pas le « vrai » moulin de sieur Alphonse. Mais c’est une réplique rudement bien faite de ces petits moulins qui, jadis, étaient si nombreux en Provence, lui conférant son identité, et dont était tombé amoureux le fameux écrivain.
  • Hypogée du Castelet : ne laissez pas l’ennui de frapper le bitume quelques temps vous faire passer à côté de ce vestige funéraire néolithique. Peut-être ne serez-vous pas sensible à ce témoignage des rites de nos lointains aïeux ? C’est pourtant un privilège de contempler ces tombes collectives qui comptent parmi les plus grandes d’Europe, rendez vous compte ! Moi je trouve ça émouvant d’imaginer nos ancêtres enterrant leurs défunts, avec déjà des croyances, des peurs et des espoirs, préparant le terrain pour les civilisations à venir. Il y a une histoire de racines là-dedans. Et du respect à manifester. Et un souvenir à honorer.
  • Abbaye de Montmajour : échappez-vous quelques heures de la route – fastidieuse, avouons-le – pour gravir la colline de Majour où un bel ensemble religieux domine Arles, la plaine de la Crau et les Alpilles toute proche. Le roman, le gothique et le classique ont fusionné dans cette envoûtante abbatiale dont le caractère unique n’a pas échappé à l’UNESCO. Un lieu frais, un lieu saint où savourer une pause méritée avant de franchir les portes d’Arles.
  • Arles : résumer Arles à un paragraphe désuet a des apparences de sacrilège. La grande ville de Camargue, capitale d’Art et d’Histoire, invite le randonneur à poser le sac à dos le temps de quelques heures ou, encore mieux, d’un ou deux jours. Ce n’est pas de trop pour s’immerger dans cette très agréable ville du sud et en comprendre l’identité. Bien sûr un survol rapide par les Arènes, le Théâtre Antique et l’Hôtel de Ville contenteront les moins difficiles. Les autres se plongeront dans l’histoire des quartiers de la ville et de ses monuments classés : cloître, primatiale, cryptoportiques, Alyscamps, tours… Impossible, par ailleurs, d’occulter le visage culturel d’Arles : musées et galeries abritent de nombreuses expositions qui la consacrent comme un carrefour majeur des Arts en Provence.
patrimoine Bouches du Rhône
de gauche à droite, et de haut en bas : (1) le Château de Tarascon, (2) l’Abbaye de Montmajour, (3) les Arènes d’Arles et (4) le Moulin de Daudet, à Fontvieille

Le GR® 42 quitte Arles par le canal du Rhône, qu’il ne quittera plus jusqu’à Saint-Gilles. A partir d’ici, c’est un nouveau rythme qui s’installe pour le marcheur. On cale sa cadence sur le pouls de la Camargue. La lenteur est le meilleur atout du randonneur pour capter l’esprit de ce lieu d’union entre la terre et l’eau. Une histoire d’amour entre éléments où s’est naturellement invité l’homme. Aux forces incontrôlées de la nature, aux élans passionnés de la mer et du vent, les camarguais ont opposé leur savoir-faire et leur ingéniosité. Au fil des siècles, ils ont dompté la région et l’ont transformée en mine d’or pour en faire un carrefour florissant d’économie agricole maritime. Riz, sel, élevage en constituent les trois piliers fondamentaux. A cela s’ajoutent une culture et un folklore qui font aujourd’hui de la Camargue un territoire à part dans l’Hexagone.

La Camargue Gardoise est, pour moi, un mystère que je me plais à explorer. Mystère car mon goût habituel pour les pics, crêtes, pointes et cols s’efface devant une horizontalité insondable qui ne cesse pourtant de me fasciner.

D’aucun trouveront l’entreprise longue. Peut-être fastidieuse. Pourtant, quelle atmosphère lorsqu’on devine, de l’autre côté du canal, l’une des plus grandes roselières de France. On y entend des bruissements furtifs, des becs qui claquent, des ailes qui s’agitent. Une vie invisible s’y déploie, faisant frémir les roseaux plus fortement que le vent. Parfois une plate-forme a été bâtie au bord du chemin pour prendre un peu de hauteur et contempler, à hauteur d’aigrette, ce vaste paysage qu’aucun relief ne vient fermer. Plus qu’une randonnée, la Camargue est une expérience. Ici, de mauvaises langues vous diront que la Camargue Gardoise, ce n’est pas la Camargue. Les guerres de clochers perdurent au-delà du Rhône, de Philippe Le Bel et des Papes. Pour moi, en tout cas, pas de discrimination : qu’on soit côté Bouches-du-Rhône ou côté Gard, la Camargue se respire à plein poumons.

camargue gardoise
La Camargue Gardoise à l’infini. Ici entre Saint-Gilles et Gallician, sur les bords du Canal du Rhône à Sète.

Le temps d’une petite passerelle rappelant le style Eiffel et nous voici à Saint-Gilles, une ville-étape obligatoire avant de continuer vers Aigues-Mortes. Pour le néophyte, le passage à Saint-Gilles pourrait paraître anecdotique. Mais il est bon de rappeler qu’on est ici au carrefour de trois GR® et notamment au terminus du fameux Chemin de Saint-Gilles, autrement connu sous le nom de « Chemin de Régordane« , le quatrième lieu de pèlerinage du monde chrétien après Rome, Jérusalem et Compostelle au Moyen-Age. Nous en reparlerons plus précisément dans Carnets de Rando cet automne, à l’occasion d’un reportage et d’un article spécial. La randonnée a donc ici une histoire et il serait préjudiciable de considérer Saint-Gilles comme une ville parmi d’autres sur ce parcours.

Saint-Gilles : les pèlerins identifieront immédiatement ce lieu, tenu en haute estime par les marcheurs portés par la foi. Le nom résonnait au Moyen-Age avec le même prestige que Rome ou Jérusalem. C’est dire avec quelle déférence et intérêt on se doit de faire son entrée  dans cette belle ville du Gard.

Je rencontre Philippe Brunel, le directeur de l’Office de Tourisme de Saint-Gilles. Un homme passionné, sincère et chaleureux. L’hôte parfait pour arpenter les rues de la commune et me faire poser les yeux et les pieds au bon endroit. Il me conduit devant l’Abbatiale, le joyau de Saint-Gilles où est abrité le tombeau du saint éponyme. Au moment de mon passage, l’édifice était en cours de ravalement. Une opération nettoyage qui permet à la pierre lumineuse de sa façade de rayonner dans la belle lumière de la fin de journée. Malgré les travaux, c’est l’illumination. Qui pour demeurer insensible à ces portiques richement travaillés, au gigantisme de l’église haute et de l’ancien choeur et, cerise sur le gâteau, à cette énorme crypte, l’une des plus grandes dans son genre ? Les pélerins s’y recueilleront pendant que les amateurs de passages « secrets » tourneront en rond dans l’escalier à vis, la curiosité atypique de l’abbatiale.

abbatiale Saint-Gilles
La façade de l’Abbatiale de Saint-Gilles, avec ses trois grands porches richement décorés de sculptures pour certaines assez amusantes ! En fin de journée, c’est encore plus beau !

Je quitte Saint-Gilles par le sud, à travers des champs de coquelicots. Ambiance champêtre. Le pas est libéré et léger. Je glisse jusqu’à l’entrée du château d’Espeyran, aux allures de Moulinsart. On peut, sur demande, y admirer de belles pièces datées d’avant la Révolution Industrielle : des hippomobiles en parfait état de marche prennent le frais dans des garages privés. Propriété de l’état depuis 1963, Espeyran abrite le plus important site de conservation de microfilms et d’images numériques des Archives de France. C’est là que j’ai donné rendez-vous à Anthony, mon camarade de marche incontournable dès que je suis dans le Gard. Anthony, vous aviez déjà fait sa connaissance dans l’épisode de Carnets de Rando consacré à la section gardoise du Chemin Urbain V. Il a répondu présent une fois de plus pour m’accompagner jusqu’au Grau-du-Roi.

Coquet petit château à l’allure Renaissance, Espeyran ouvre son oasis arborée et verdoyante de 13 hectares au marcheur curieux. Qui soupçonnerait que sont abritées ici les Archives de France ?

La route reprend le long du Canal du Rhône. Ici, la notion de lacet ou de virage est un concept. On peut éventuellement parler de « courbe » mais, la plupart du temps, la rectitude-attitude impose son style. Une agréable léthargie s’installe. Une forme de douceur de vivre qui transparaît dans la répétition du paysage. Ou sur les ponts de ces petits bâteaux de plaisance qui chaloupent dans le port de Gallician. Des vélos improvisent un slalom entre des groupes de marcheurs. Le terrain est naturellement propice à pédaler. Effort différent, vitesse différente. Le deux-roues a quelque chose de grisant ici. Je me prends moi-même à rêver d’une selle et d’un guidon pour rejoindre la prochaine étape : la Tour Carbonnière. Une tour de plus sur l’itinéraire ? Pas exactement. Je n’en attendais rien. La surprise n’en fut que plus grande.

camargue gardoise
La Tour Carbonnière dans toute sa splendeur, dressée sur la départementale qui traverse les marais. Un paysage frappant et un monument accrocheur

Droite comme un I, solidement ancrée au-dessus d’un océan de marécages, la Tour Carbonnière en impose. La route la contourne de part et d’autre aujourd’hui. Mais essayez d’imaginer ces siècles oubliés où, au terminus d’une longue chaussée, elle était le seul et unique passage pour se rendre à Aigues-Mortes. Avant-poste des remparts de la cité gardoise, elle fut naturellement utilisée comme péage. La lucrativité de la taxe en fit un objet de convoitise au fil des ans. Son contrôle alla de mains en mains, parfois pour le meilleur – les moines de Psalmodi – parfois pour le pire – les religionnaires, des brigands assumés. Aujourd’hui le randonneur peut librement endosser le costume d’un capitaine imaginaire et contempler, tout en haut de la tour, l’étrange et ensorcelant paysage de marais qui ceinture tout l’édifice. Des passerelles enjambent les eaux stagnantes pour permettre au marcheur de survoler les marais, tout en évitant la route. Riche idée, et au passage très ludique.

Magnifique passage que celui de la Tour Carbonnière. Une vigie dressée dans les marais. Un véritable phare dans cet univers à la fois saumâtre et lumineux où s’ébat toute une avifaune gracieuse et fébrile.

La Tour Carbonnière n’est qu’un prélude à l’entrée dans Aigues-Mortes. Une frénésie touristique baigne la cité médiévale à la pleine saison. Derrière les remparts et la Porte de la Gardette s’ouvre la Grande Rue, aujourd’hui dédiée au sacro-saint tourisme. Les Champs-Elysées gardois s’étirent au gré des boutiques de souvenirs et des restaurants jusqu’à la Place Saint-Louis, illustre figure locale et fondateur des remparts. C’était au 13ème siècle, une période imprégnée par les Croisades. Juché sur la muraille qui ceinture la ville sur plus d’un kilomètre et demi, j’essaie d’imaginer la Terre Sainte et ce qu’elle représentait alors. Les salins entrent dans mon champ de vision. L’époque a bien changé. Des visiteurs en short, la casquette vissée sur la tête pour se protéger du soleil, ont remplacé les chevaliers en armure que la Foi faisaient embarquer pour des aventures souvent sans retour. Depuis le sommet de la Tour Constance, c’est le terminus du GR® 42 que je contemple désormais. Le Grau-du-Roi est juste là, presque à portée de main.

aigues mortes
La boucle des remparts permet d’avoir une vue privilégiée sur le village d’Aigues-Mortes. Tout en s’imprégnant de cette ambiance particulière qui fait de cette cité médiévale du Gard une singularité.

Anthony et moi récupérons la rive droite du canal du Rhône, en empruntant le Quai des Croisades, le bien-nommé. Une dernière étape nous attend avant l’arrivée : la Maison du Grand Site de France de la Camargue Gardoise, un espace d’informations, doublé d’un écomusée, pour mieux cerner l’identité de ces terres aux apparences faussement désolées. Vous n’en soupçonnerez pas la richesse avant d’avoir parcouru les panneaux et le sentier thématique mis à disposition. Nous l’empruntons jusqu’au belvédère. C’est plus fort que moi : s’il y a quelque chose à gravir, tour, rempart ou simple belvédère, c’est pour moi. Celui-ci présente une forme insolite, s’entortillant sur lui-même comme la spirale d’une galaxie, jusqu’à la plate-forme terminale où la vue se libère dans toutes les directions. Le ciel est un peu gris, la lumière un peu triste. Je fais fonctionner mon imagination pour voir le lieu sous un jour plus heureux.

La Maison du Grand Site de France est une dernière invitation à s’immerger dans les paysages de la Camargue Gardoise. L’accueil y est chaleureux, les informations nombreuses et l’endroit bien pensé. Ce serait dommage de s’en priver !

Enfin les derniers pas sont là. Un peu fébriles. Nous faisons notre entrée dans le Grau-du-Roi en accompagnant le manège des bâteaux qui rentrent de leur pêche en mer. Le pont bascule du port s’ouvre lentement pour laisser passer un chalut, moteur au ralenti, devant une foule de badauds. Un nuage de mouettes excitées suit l’embarcation à la trace dans une cacophonie assourdissante. Notre arrivée passe totalement inaperçue en marge de ce spectacle ! L’endroit sent la mer à plein nez, les chaussées sont encombrées de cordages et de filets. Ici on brasse du poisson et le dresscode tend plus vers le loup de mer que vers le randonneur. Direction le bout de la jetée, territoire des pêcheurs. Le ton est amusé et gentiment blagueur à notre encontre. On sympathise avec les locaux en leur expliquant qu’ici c’est le terminus pour nous. 452 kilomètres parcourus depuis Saint-Etienne. Le plaisir de l’accomplissement se perd dans le reflux des vagues. Ce GR® 42, c’était décidément une belle aventure.

– INFOS PRATIQUES –

Distances à couvrir : pour atteindre Saint-Gilles et les portes de la Camargue Gardoise, il vous faudra parcourir quelques 120km depuis Laudun. Le découpage suivant est proposé :

  • 1er jour : Laudun – Villeneuve-lès-Avignon (27 km, 390mD+, 8h)
  • 2ème jour : Villeneuve-lès-Avignon – Aramon (19 km, 400mD+, 6h)
  • 3ème jour : Aramon – Beaucaire (23 km, 400mD+, 7h15)
  • 4ème jour : Beaucaire – Arles (24 km, 200mD+, 7h)
  • 5ème jour : Arles – Saint-Gilles (24 km, 160mD+, 6h40)

Parvenu à Saint-Gilles, il vous faudra ensuite traverser la Camargue Gardoise, soit plus de 40 km encore à parcourir. Je propose les étapes suivantes pour cet ultime tronçon.

  • 1er jour : Saint-Gilles – Saint-Laurent-d’Aigouze (26 km, 90mD+, 6h15)
  • 2ème jour : Saint-Laurent-d’Aigouze – Le Grau-du-Roi (15km, 65mD+, 4h30)

Cartes

  • IGN TOP25 1/25000è 2940OT Bagnols-Sur-Cèze, Pont-Saint-Esprit, Forêts de Valbonne et de Méjannes
  • IGN TOP25 1/25000è 3041OT Avignon, Châteauneuf-du-Pape
  • IGN TOP25 1/25000è 2942OT Nîmes, Beaucaire
  • IGN TOP25 1/25000è 2943ET Arles, Parc Naturel Régional de Camargue
  • IGN TOP25 1/25000è 2943OT Saint-Gilles, Vauvert
  • IGN TOP25 1/25000è 2843OT Aigues-Mortes, La Grande-Motte

Topo-guide à emporter : GR® 42 – Du Pilat à la Méditerranée par les Balcons du Rhône, 1ère édition, format : 20 x 13,5 cm, 144 pages, édité par la Fédération Française de la Randonnée Pédestre (15,90 euros) à découvrir et à commander sur l‘Espace Topo de la FFRandonnée

A consulter sur le web : pour une découverte globale, des chiffres et l’accès au tracé complet de l’itinéraire, rendez-vous sur la page dédiée au GR® 42 sur le site officiel MonGR.fr. Pour un récit d’expérience plus détaillé sur l’intégralité du parcours, rendez-vous sur le journal de voyage de Robert et Gisèle qui ont été parmi les premiers à le parcourir.

Meilleure saison : Mon reportage a été réalisé au mois de mai. Le GR® 42 peut être pratiqué toute l’année, ainsi que l’a expliqué Claudette Baumes dans le précédent épisode. Mais la meilleure période reste le printemps, entre les mois de mai et de juin, avant l’arrivée des grosses chaleurs quand la végétation est encore jeune et les champs fleuris. L’automne reste une solide option sur le plan des températures.

A qui s’adresse cette partie du GR® 42? : les amoureux du dénivelé et les accros aux reliefs vont grincer des dents. Est-ce vraiment imaginable de randonner dans ces terres plates ? Presque plates, ajouterais-je, car le dénivelé n’est pas non plus inexistant. Pour beaucoup, l’intérêt du GR® 42 n’ira pas plus loin que Laudun, un grand maximum. En revanche, les flâneurs et les passionnés de patrimoine jetteront leur dévolu sur cette ultime section, particulièrement riche en haltes historiques. Les monuments classés sont légion et l’histoire de la région aussi épaisse qu’un roman de Victor Hugo. Soyez curieux, faites des pauses et plongez dans l’histoire des communes et des lieux traversés. C’est passionnant !

l'aiguille comps
La vue plein cadre sur le Rhône depuis le sommet de L’Aiguille, juste après Comps. L’un de mes coups de coeur sur cette partie de l’itinéraire.

Liens utiles : Pour vous informer en amont sur les différents sites, villages ou monuments, présentés dans ce reportage, voici une série de liens pour aller plus loin.

  • Découverte générale du Gard : Gard Tourisme, portail officiel du tourisme dans le Gard
  • Camargue Gardoise : si l’épisode de Carnets de Rando et l’article ont définitivement titillé votre curiosité à l’égard de la Camargue Gardoise, je vous invite à poursuivre votre découverte par la visite du site du Syndicat Mixte. Vous y trouverez beaucoup d’infos ainsi qu’une présentation de la Maison du Grand Site, après Aigues-Mortes, qu’on aperçoit dans le reportage.
  • Villeneuve-lès-Avignon : découverte de la ville, activités, programme d’animations, hébergements et restaurants. Toutes les infos touristiques sur la commune sont regroupées sur le site de l’Office de Tourisme.
  • Chartreuse Notre-Dame-du-Val-de-Bénédiction : visite virtuelle du monument, agenda des artistes en résidence, rencontres avec le public et événements. Le portail officiel de la Chartreuse avec également les infos pratiques : horaires, tarifs, accès…
  • Fort Saint-André : l’actualité du fort et toutes les infos nécessaires pour préparer votre visite sont en lecture sur le site du monument. Egalement une section pour approfondir vos connaissances et un portail pour les réseaux sociaux.
  • Aramon : le site de la mairie conjuge les infos citoyennes à des pages tourisme bien faites destinées à découvrir l’histoire de la commune, ainsi que son patrimoine. Chaque monument est détaillé dans un encart spécifique. De quoi bien appréhender le potentiel d’Aramon.
  • Beaucaire : la mairie de Beaucaire a mis en ligne un joli site de présentation de la commune. Les infos estampillées tourisme sont regroupées dans un onglet « Notre Ville », riche de nombreuses rubriques informatives. Parmi elles l’histoire de Beaucaire, son patrimoine, ses traditions et ses solutions d’hébergements.
  • Tarascon : j’aurais aimé vous envoyer vers le site dédié à Tarascon mais Avast me le catalogue direct comme porteur de « menaces ». On évite donc d’y naviguer…
  • Abbaye de Montmajour : le site de l’Abbaye est bâti sur le même canevas que celui du Fort Saint-André. Normal, tout ça est géré par le Centre des Monuments Nationaux. Donc si vous avez déjà navigué sur celui du Fort, vous ne serez pas dépaysé. Pour les autres : présentation, actualités, éléments pour préparer sa visite, infos pratiques… Tout y est !
  • Arles : Arles, c’est du lourd. La ville reçoit plusieurs dizaines de milliers de visiteurs par an. Il fallait donc une interface solide et exhaustive pour présenter les lieux et traiter les demandes de renseignements en amont. Vous trouverez donc quasiment tout sur le portail d’Arles Tourisme y compris un module de réservation en ligne pour vos hébergements et une billetterie pour vos futures visites. Du grand art ou, plutôt, du grand Arles !
  • Saint-Gilles :Saint-Gilles aussi a son site internet. Plus compact, moins « arty’ que le voisin des Bouches-du-Rhône, mais tout aussi exhaustif. On y conjugue les principaux verbes employés dans le monde du tourisme : visiter, séjourner, découvrir, bouger, savourer ou sortir. Les infos sur l’Abbatiale s’y retrouvent notamment.
  • Château d’Espeyran : des questions sur cet étrange château au milieu de la Camargue Gardoise ? Direction le micro-site du château qui, en 4 grandes thématiques, dresse le portrait de l’intéressé : les collections, les paysages, l’archéologie et les services au public.
  • Aigues-Mortes : 2000 ans d’Histoire résumés en un seul site, c’est possible. Le portail officiel de l’Office de Tourisme d’Aigues-Mortes vous fait entrer en Terre de Camargue, à la découverte de sa cité médiévale. Principales infos, où dormir, où manger, la découverte du lieu dans ses grandes lignes. De quoi bien préparer sa visite.
grau du roi
Le bout de la route ! Vous n’irez pas plus loin que l’extrémité de cette jetée en arrivant au Grau-du-Roi. Sortez le champagne : c’est la fin de votre aventure, félicitations !

– MES PETITS CONSEILS –

  • Ralentissez : n’abordez surtout pas cette dernière partie sous la contrainte, en vous disant que ces ultimes kilomètres ne sont à faire que parce qu’ils sont marqués sur le topo. La Camargue Gardoise mérite tout autant votre attention que les précédentes sections du GR® 42. On a un peu trop tendance à associer la qualité d’un itinéraire de randonnée à l’extravagance de ses paysages. C’est faire peu d’honneur aux territoires les plus « plats » qui, malgré leur faible « sex-appeal » ont tout autant d’histoires à raconter que les autres. A condition de bien vouloir les écouter. Pour mieux les entendre, ralentissez. Au rencart les envies de sprint. On lève le pied et on profite !
  • Visitez : les villes qui jalonnent cette partie de l’itinéraire renferment véritablement de petits trésors de patrimoine. Prenez également le temps de les visiter. Ne vous contentez pas d’un examen de surface et plongez dans leur histoire. Le GR® 42 c’est aussi ça.
  • Moustiques : piqûre de rappel, ici, vous êtes en territoire moustique ! Selon la saison, cela peut potentiellement devenir ennuyeux. Pensez à vous protéger. Ici, plus qu’ailleurs, avoir un petit spray répulsif anti-moustique dans le sac à dos n’est pas un gain de poids à porter.

EN BREF

L’aventure se termine dans les vagues méditerranéennes, comme souvent. Ce dernier chapitre n’est peut-être pas aussi spectaculaire que les précédents mais il a le mérite d’offrir un visage différent à cette itinérance. Une proposition faite au randonneur d’aller à la rencontre d’un territoire atypique qui a plus à offrir qu’un trop rapide coup d’oeil pourrait le faire croire.

 

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