Dévoluy Inside : le Circuit du Puits des Bans

L’usage courant, dans le Dévoluy, est souvent de n’avoir d’yeux que pour ses sommets. Une mauvaise habitude qui conduit, généralement, à passer à côté de ce que le massif a à offrir à l’intérieur. Dans le creux paisible de ses terres, le Dévoluy n’abrite pas que des fermes et des stations de ski. J’y ai recensé trois spots – que je tiens pour incontournables – qu’il est possible de relier en une seule et assez longue randonnée afin de rentrer dans le club de ces privilégié(e)s en quête d’une expérience plus intime du massif : le panorama de la Crête des Baumes, les étonnantes Gorges du Rif et, enfin et surtout, l’univers frais et aquatique du Puits des Bans. Un tiercé de points d’intérêts marquants, rassemblés autour d’un sentier étonnamment varié. Entre forêt, prairie et rocher, partez à la découverte du Dévoluy de l’intérieur.

Difficulté : moyen (un passage technique) | Distance : 16 km | Dénivelé : 910m | Durée : 6h | Carte :  IGN TOP 25 1/25000è 3337OT Dévoluy, Obiou, Pic de Bure

Matin calme dans le Dévoluy. L’une de ces journées où la Nature s’éveille en douceur, bercée par le vol des geais et la mélodie entraînante des pinsons. Les notes de la cloche de Saint-Étienne-en-Dévoluy sonnent neuf heures. Sur le petit sentier qui s’élève en douceur au-dessus des Étroits (photo ci-dessous), Jimmy, le berger australien, galope avec l’énergie de qui veut dévorer le monde. Aujourd’hui, mon reportage s’ouvre aux canidés. Aurélie, la maîtresse de Jimmy, randonneuse des Bouches-du-Rhône et lectrice de Carnets de Rando, a répondu à l’invitation de m’accompagner sur cette tournée dévoluarde vers le Puits des Bans. Elle fait la paire avec Lætitia, stagiaire à l’Office de Tourisme du Dévoluy et déjà candidate à la marche lors du reportage dans les Vallons de Bure, qui a re-signé pour être des nôtres sur cette nouvelle journée de randonnée.

Trop habitué à regarder vers les sommets plutôt que vers l’intérieur des terres, le marcheur se prive potentiellement de découvertes qu’il pourrait bien regretter amèrement de ne pas avoir faites !

Je suis en terrain connu aujourd’hui. Ce qu’on a choisi de montrer, c’est le cœur battant du Dévoluy, son for intérieur. Trois spots, parmi les plus essentiels, qui ne soient ni des sommets ni des cols mais qui témoignent de l’identité du massif. Des endroits près desquels il est possible de passer sans les voir, sans même douter de leur importance ou de leur potentiel. Car ici, comme souvent en montagne, le regard des visiteur/ses se porte souvent vers le haut. C’est donc à une inversion de points de vue que j’invite le public avec cette randonnée totalement modulable. Ni Aurélie, ni Lætitia ne connaissent un seul des trois principaux jalons que j’ai l’intention de rallier en une seule et longue boucle. Dans la fraîcheur et l’ombre matinale du Bois de Boucherac, j’entraîne donc mon duo de marcheuses en direction du premier objectif de la journée : la Crête des Baumes.

SPOT #1 : LA CRÊTE DES BAUMES

Ce relief à l’altitude modeste – un petit 1720 mètres d’altitude – est l’expression d’un massif à deux visages : doux, boisé et vert en face Est, mais rocheux, vertigineux et abrupt en face ouest. Le Collet du Tat, posé au pied de sa raide face sud, est le point de passage névralgique entre les deux plus importantes entités touristiques locales : la Joue du Loup, d’un côté, et Superdévoluy de l’autre.

Si le Dévoluy avait un centre, pas de doute, ce serait probablement la Crête des Baumes

Autant dire que c’est un objectif fédérateur où faire converger, plutôt facilement, les nombreux/ses marcheur/ses débutant(e)s à la recherche d’une randonnée familiale et accessible pour découvrir le Dévoluy. Rappelez-vous, l’hiver 2013, je vous avais déjà amené en raquettes au sommet de la Crête des Baumes pour Carnets de Rando. Sept ans après, me revoici en chemin pour son sommet, cette fois en été.

L’ascension est homogène mais pas facile pour autant. Bien à l’ombre sous les rangées gentiment ordonnées d’épicéas, le chemin suit la ligne du thalweg tracé entre le sommet dit « le Puy » et la Crête des Baumes proprement dite. La régularité quasi-militaire de la pessière semble ici être l’oeuvre d’un paysagiste maniaque. Dans le creux aplani de cette poitrine boisée, le/la promeneur/se se sent comme dans un cocon.

La partie méridionale du Collet du Tat est l’image d’Épinal de la montagne qui se vit en famille

L’espace s’invite entre les troncs des résineux, révélant des clairières où les tables de pique-nique fleurissent comme les boutons d’or. Les sous-bois lumineux ont des allures de jardins fleuris pour les promeneurs en transit entre les deux stations du Dévoluy.  La pente guette pourtant dans l’ombre, prompte à surgir dès qu’on tourne le dos à ces aires de détente. Dans sa partie septentrionale, le relief renoue un instant avec la rudesse de la montagne.

Un épisode transitoire. Pelouses et prairies succèdent rapidement à la forêt, rouvrant l’horizon jusqu’alors limité aux pointes en flèche des épicéas et à leurs cônes huileux de résine. À l’approche de la Crête des Baumes, la bordure occidentale du Dévoluy pointe le bout de ses sommets. Un alignement impeccable de pointures locales – Obiou, Aupet, Grand Ferrand – qui alternent avec des vallons tout aussi fameux : Mas, Narrites, Truchière, Charnier…

À la recherche de l’endroit parfait pour un coup d’oeil à 360° sur l’intégralité du massif ? Ne cherchez plus : c’est au sommet de la Crête des Baumes que ça se passe !

Si la Crête des Baumes a autant de succès, ce n’est pas seulement du fait de ses espaces de pelouses d’altitude apaisées. C’est aussi – et beaucoup – de celui de sa fantastique position centrale qui permet, en un seul coup d’oeil, de parcourir du regard l’intégralité du massif. Une vision panoramique unique de laquelle n’échappe aucun des sommets du Dévoluy. Quel autre massif français peut se targuer d’offrir cette possibilité à ses visiteurs au prix d’un effort aussi anecdotique ?

Perché au-dessus de la Joue du Loup et de Superdévoluy, on prend conscience de ce qu’est le Dévoluy : un fer-à-cheval géologique dont l’intérieur, tout en pentes douces et en espaces lumineux, a été travaillé par l’homme. Un jardin d’altitude naturellement barricadé derrière de  massifs remparts naturels : la ligne Obiou-Garnesier à l’ouest, celle Faraud-Lieraver à l’est et le massif socle Aurouze-Bure au sud.

Ainsi est le Dévoluy : une enclave qui a longtemps su se faire oublier entre Vercors et Écrins, protégée par des sommets qui l’abritait du monde extérieur

Au nord, la Souloise, encadrée par le Gicon, le Pierroux et la Tête de Lapras, ouvre un étroit chemin de garde protégeant de toute invasion de masse.  Un petit paradis de montagne, aux accès limités, dont le secret de l’existence a longtemps, et farouchement, été conservé. Le tourisme a changé la donne. Aujourd’hui le Dévoluy a le désir d’être connu tout en veillant à conserver cette identité historique qui fait encore aujourd’hui tout son charme.

La descente de la Crête des Baumes est expéditive. Au long et prudent cheminement forestier de l’aller succède une dégringolade en règle par un sentier raide taillé dans la face sud. On arrive ainsi avec élan sur la petite plate-forme du Collet du Tat où des tables d’orientation et des mobiliers ludiques sont là pour occuper les pauses des passants. On est ici sur une variante du GR® de Pays qui fait le Tour du Dévoluy, une belle boucle de 4 à 6 jours pour découvrir l’essentiel du massif.

Le Collet du Tat, c’est le point de passage obligé pour les marcheur/ses qui se rendent de Superdévoluy à La Joue-du-Loup. Un chemin de transit taillé pour les familles.

Ce n’est pourtant pas elle que nous suivrons, lui préférant les sentiers ouverts dans le secret des sous-bois déroulant sous les barres rocheuses escarpées de la face ouest de la Crête des Baumes. Un moment intime et ombragé qui rompt provisoirement avec les vues ouvertes. L’ambiance du sous-bois est douce et propice à la flânerie et c’est un agréable single qui nous dépose, sans effort, sur les hauteurs du hameau du Courtil. Le deuxième chapitre de la journée s’ouvre.

SPOT #2 : LE PUITS DES BANS

Un visage plus rural du Dévoluy se découvre une fois la route départementale 17 laissée derrière nous. Champs ordonnés, toits des fermes et aboiement des chiens, chemins nettoyés et bouquets de coquelicots… L’empreinte de l’homme, invisible peu de temps auparavant dans les chaos raides de la Crête des Baumes, se révèle. L’itinéraire s’y taille un chemin discret et étonnant.

Le Dévoluy ce n’est pas que de la montagne : ce sont aussi des générations d’hommes et de femmes qui ont aménagé le massif pour produire le nécessaire à leur subsistance. C’est aussi ce visage qui se dévoile au cours de cet itinéraire.

Le sentier se dissimule le long d’une avancée en crête sinueuse qui s’étrécit dangereusement au-dessus du hameau de Malimort. Des panneaux « Danger » rappellent à l’ordre le/la marcheur/se dont l’attention aurait provisoirement été détournée par le charme certain de ce tracé à l’allure clandestine. Brutalement, le passage s’effondre, soutenu par des cordes et des aides et visiblement dégagé par des coups de pelle et de pioche. Celui-là, c’est certain, il a fallu aller le chercher pour que ça passe !

Je souris en repensant à René, l’ouvreur et le gardien de tous ces chemins, qui m’avait accompagné sur la Pierre Baudinard deux jours plus tôt. « Tu verras j’ai mis des cordes pour aider à la descente« . Je l’imagine, seul et heureux dans sa montagne, en train de tailler, couper et pelleter pour équiper ce passage de son invention. Un dévouement désintéressé qui nous permet aujourd’hui de franchir ce pas scabreux en toute sécurité.

Un tracé malin mais requérant un minimum de vigilance va se chercher un passage un poil aventureux là où on ne l’attend pas. Une nouvelle bonne surprise sur ce circuit !

Une sécurisation qui, par extension,  permet également de créer une liaison vers le Puits des Bans tout proche. À bientôt plus de midi, la chaleur de cette fin de mois de juin est déjà étouffante. Je fais retenir les estomacs du groupe, leur intimant encore quelques minutes de patience jusqu’au Puits des Bans. La présence d’eau, de fraîcheur et la promesse d’un spot agréable aide à convaincre.

Puits des Bancs

Le grondement de l’eau, amplifié par les gorges toute proches, annonce l’arrivée imminente. Un panneau amusant avise le/la visiteur/se de l’aspect plus aventureux du terrain à venir. Une manière de rappeler que, derrière la beauté du lieu, un accident peut très vite arriver. On descend prestement le sentier qui amène à la rivière. Le chaos du Puits des Bans surgit entre deux rangées de falaises.

La Souloise, c’est LA rivière du Dévoluy. Ici, les degrés en trop sont évacués par une série de petits rapides qui ponctuent la rivière. L’endroit a cette allure de spot secret qu’on a la sensation d’être le seul à connaître.

Née sur les hauteurs du col de Rabou, la Souloise se taille des gorges spectaculaires à trois reprises et sur seulement 25 kilomètres, avant le Drac dans l’immense Lac du Sautet. C’est un repère de pêcheurs à la mouche et de quêteurs de fraîcheur. C’est le seul point d’eau véritable du massif. Si vous devez vous tremper les pieds dans le Dévoluy, ce sera nécessairement ici dans la Souloise !

Puits des Bancs

C’est en tout cas ce qu’on fait instinctivement après avoir déballé le pique-nique. Jimmy, lui, y pique carrément une tête, le regard rempli de joie et la truffe luisante. Dans le secret de gorges à la végétation dense, on cède à la méditation ou à la baignade. C’est la seconde fois, après les Étroits, que la Souloise force le passage, créant un assez large couloir encadré par des versants raides de près de 200 mètres de haut.

Loin de la sécheresse minérale de ses strates ultimes, le Dévoluy délivre ici le visage d’un jardin d’Eden

Jimmy patauge dans l’eau avec l’insouciance béate des chiens heureux de vivre. Bercés par le flux de l’eau, on échappe littéralement au temps qui passe. Je dois pourtant battre le rappel au bout d’un moment. Parce qu’il reste du chemin à parcourir d’abord ; poussé par une crainte muette d’un possible orage ensuite. Les pieds à nouveau arrimés aux chaussures, on se remet en ordre de marche.

Puits des Bancs

L’itinéraire qui s’échappe/plonge du/vers le Puits des Bans est étonnamment sportif. Traverser la Souloise sur de gros pois rocheux écroulés et pourvus de barreaux solides en constitue une première étape ludique. J’aime ce genre de passage, immédiatement joueur. Le Dévoluy en comptabilise une belle brochette. La via ferrata des Étroits en est le parfait esprit de synthèse  encore une fois tracée avec la complicité de la Souloise.

Le Puits des Bans c’est le passage joueur, sportif et technique de cette randonnée. Une formalité pour les spécialistes, possiblement une petite épreuve pour les autres

Plus haut, une main courante dans le rocher annonce la fin des mains dans les poches. Pour se hisser jusqu’à l’entrée du Puits des Bans – puis ensuite vers Le Collet – il va s’agir de ne pas avoir peur de grimper. Une première rampe courte et sans difficulté dessert ainsi la plate-forme cavernicole où les amateurs de spéléologie pourront s’introduire dans l’intimité de la montagne.

Puits des Bancs

En l’absence de Martinho, le monsieur spéléo du Dévoluy, qui n’a pas pu participer à ce reportage, nous n’entrerons pas dans le Puits des Bans. Les curieux/ses, sans équipement mais avec une frontale, devraient pouvoir s’aventurer sur les premiers mètres de la caverne, jusqu’au petit lac souterrain qui se traverse ensuite en canot pneumatique.

L’endroit se prête particulièrement bien à l’initiation à la spéléo et permet, pour les débutants, d’atteindre la profondeur de 70 mètres sous terre

Comme nous ne sommes ni l’un, ni l’autre, j’entraîne Aurélie et Lætitia sur la suite de l’itinéraire. Les amateurs d’échelles et de pas un peu plus escarpés que les autres – et que la traversée de la Souloise sur les blocs, précédents, n’auraient pas rassasiés – devraient être aux anges.

Puits des Bancs

Un ressaut plus raide que le précédent s’envole brusquement alors que le sentier vient cogner contre le rocher. Une volée de barreaux permet de franchir l’obstacle. Pour des bipèdes dégourdis, le passage ajoute une pincée supplémentaire de fun à la journée. Pour un quadrupède poilu peu familier des accrobranches, une logistique supplémentaire sera en revanche requise !

Jimmy est-il le premier chien à franchir avec succès les échelles du Puits des Bans ? Le canidé foufou ne cache pas sa fierté d’en être sorti avec brio !

L’effort n’est cependant pas terminé. Pour rejoindre le Collet depuis le Puits des Bans, plus haut, il va falloir monter. Et monter fort. La trace tire sans ménagement sur le dessus des falaises bordant ces gorges de la Souloise. Elle flirte même parfois avec le vide. Le coup d’œil sur cette virgule rocheuse, abondamment boisée, vaut le détour. On souffle et on s’extasie à la fois. Derrière nous, la masse d’à-pics de l’Obiou fronce les sourcils, cernée de nuages noirs corbeaux.

Puits des Bancs

SPOT #3 : LES GORGES DU RIF

Notre trio déboule sur les hauteurs du Collet trempé d’effort. « Pas évident ce passage et cette montée pour les familles, non ?« , m’interroge Aurélie. Non, elle a raison, pas si évident. Et aussi un peu technique, parfois glissant et sensiblement exposé par endroit. Des éléments à prendre en compte avant de suggérer le Puits des Bans en tant qu’objectif grand public.

Un aller-retour depuis la route ou bien depuis le sentier balisé qui mène au Puits des Bancs depuis Saint-Disdier, pourra être préférable pour celles/ceux que des passages un peu trop athlétiques et/ou moyennement aériens peuvent effrayer

Le Collet s’est agrandi depuis mon dernier passage. Il fait bon vivre ici sous le soleil du Dévoluy, au terminus de cette petite route qui vient buter contre les pentes du Gicon, au pied de l’énorme brèche de Faraud. Je lève la tête vers celle-ci, ouverte au terme d’une pente soutenue. C’est la première étape d’un itinéraire alpin menant encore au-dessus sur des sommets sans nom mais diablement alléchants. Là-haut on est sur le fil entre Champsaur et Dévoluy.  Un autre monde, de roc et de gaz.

Puits des Bans

Moins alléchant est le goudron baigné d’une chaleur morne qui attend à la sortie du hameau. Une étape transitoire obligatoire pour aller chercher le sentier qui traverse les terrasses de Faraud. Je préfère la considérer comme une parenthèse reposante entre deux tranches d’effort. Car il faudra encore monter pour rejoindre le point de départ. Qu’on se rassure : rien d’aussi intense que le Puits des Bancs !

Le sentier du GR® de Pays du Tour du Dévoluy propose, par la suite , une ascension douce et régulière, tout en lacets équilibrés, sous le couvert ombragé de grands résineux

Le retour fugace des rochers ravive quelques secondes le souvenir du Puits des Bancs avant de s’évanouir dans le creux d’un thalweg protecteur qui, plus haut, fait jaillir le sentier au cœur des grandes prairies de Faraud et du Noyer. Changement d’étage, changement de décor. Le Dévoluy apprivoisé par les hommes est de retour, couronné par la silhouette du Lieraver, entre menace et fascination. Encore un candidat à l’aventure sauvage sauce Dévoluy !

Cette dernière partie renoue avec l’espace dévoluard. La barrière familière et occidentale du massif nous fait face. Le col de l’Aup, à main droite, celui de Rabou à main gauche. Et, au centre, une drôle de bosse rocheuse qui oscille entre terre et ciel comme un gros lombric à demi-enterré. Le bruit de l’eau émerge à nouveau à travers la végétation. Jimmy, plus à l’aise que nous, file à sa rencontre à travers les grandes herbes.

Comme les chemins, les cours d’eau tracent leurs propres routes à l’intérieur du massif. Ici c’est le Rif, qui a donné rendez-vous à la Souloise pour façonner l’un des plus remarquables canyons du massif

On s’engage dans les gorges du Rif comme dans un couloir où le sol se dérobe brusquement à la vue. Le torrent, encore à portée de main quelques mètres plus tôt, a maintenant disparu plusieurs mètres en-dessous, dans le creux obscur et étroit d’une profonde faille. Seules restes les falaises, modestes mais remarquables, où luisent les spits des nombreuses voies d’escalade qui y ont été ouvertes.

Une solide barrière de bois permet d’oser un regard dans les abîmes des Étroits. Le cliquetis des mousquetons et l’écho des voix des ferratistes à l’œuvre sur le parcours de funambule qui y a été inventé pourra probablement parvenir à vos oreilles. C’est en se penchant au-dessus du pont jeté entre ses deux versants qu’on prend réellement conscience de sa profondeur. Évidemment ce n’est pas le Verdon, mais les Étroits ne laissent pas indifférents. Tout comme cette randonnée dont on peut sortir fourbu mais forcément réjoui.

Terminer sa randonnée par les Gorges du Rif a de l’allure. Le lieu est une source d’étonnement car très fréquemment insoupçonné

Cet itinéraire permet de faire la démonstration que le Dévoluy n’existe pas uniquement par ses sommets ou ses parcours techniques. Comme souvent, l’envie d’altitude et de challenge fait passer trop vite à côté de petits trésors qui se plaisent à rester invisibles. Leur donner un peu de lumière pour rappeler qu’ils ne sont pas seulement que des options c’est aussi leur offrir une part de la légitimité qu’ils ont le droit de revendiquer ici, dans le Dévoluy. Et j’espère que vous saurez les apprécier à votre tour en allant à leur rencontre !

ACCÈS AU DÉVOLUY ET AUX ÉTROITS

Spécial Mobilité Douce

Pour celles et ceux qui veulent se passer de voiture, on peut arriver déjà à Gap par une combinaison de train et de bus. Les accès se font soit depuis Marseille avec un train jusqu’à Manosque puis un autre qui assure la ligne jusqu’à Briançon (on peut ainsi venir en train depuis Briançon) ; soit depuis Aix-en-Provence TGV suivi d’un bus ; soit directement en bus depuis Marseille. On peut aussi venir depuis Grenoble en train et s’arrêter à Veynes. Horaires et tarifs sur le site des TER Sud PACA. Depuis Gap ou Veynes, il est alors possible d’utiliser une navette Zou, après l’avoir réservée, pour rejoindre le Dévoluy.

En voiture, depuis Gap

Depuis Gap, au sud, il faut suivre la direction verte Orange/Valence par la DD94. Peu avant Veynes, la D937 tourne à droite vers le Dévoluy via le Col du Festre. Possibilité, depuis la vallée du Rhône, de rejoindre Nyons (Vaucluse) puis, via les Gorges de Saint-May et Serres, de rallier Veynes – qu’on traverse direction Gap – pour prendre à gauche la fameuse D937 direction col du Festre. Poursuivre par la D17 et suivre la direction Superdévoluy jusqu’à Saint-Étienne-en-Dévoluy. Le parking des Étroits se trouve moins d’un kilomètre sur la gauche avant d’arriver à Saint-Étienne (attention, c’est bien celui du haut du canyon, pas celui du bas de la via ferrata !).

En voiture, depuis Grenoble

Depuis Grenoble, au nord, l’entrée principale sont les Gorges de la Souloise : après avoir quitté la N85 à l’entrée de Corps, la route D537 contourne le lac du Sautet au nord puis bascule plein sud par une route magnifique jusqu’à Saint-Disdier. Poursuivre jusqu’aux Étroits par la D537. À l’intersection du pont de la Souloise, monter à gauche, par la D17, direction Superdévoluy jusqu’à Saint-Étienne-en-Dévoluy. Le parking des Étroits se trouve moins d’un kilomètre sur la gauche avant d’arriver à Saint-Étienne (attention, c’est bien celui du haut du canyon, pas celui du bas de la via ferrata !).

Par le col du Noyer

Un col franchit la barrière orientale du Dévoluy : le col du Noyer. Beaucoup de GPS envoient les gens par-là. Sachez, avant de vous engager, que le col du Noyer est une route de montagne assez étroite sur la fin et, surtout, qu’il est fermé en hiver. Autrement, il s’attrape depuis la N85 – la Route Napoléon entre Gap et Grenoble – après avoir dépassé Saint-Bonnet-en-Champsaur, en tournant à gauche par la D17 direction Poligny, Villeneuve puis Le Noyer. De l’autre côté, on descend vers Saint-Étienne-en-Dévoluy. Traverser tout le village et trouver, à droite, le parking des Étroits peu après la sortie, après la chicane du pont.

Puits des Bancs

CIRCUIT DU PUITS DES BANS : LE TOPO

Depuis le parking, traverser la route et monter en face par une route goudronnée. Plus haut, s’engager à droite par un chemin balisé jaune qui part à contresens, à droite, à flanc dans une pente d’herbe (1).

Rejoindre l’intersection des Étroits (2) et monter à gauche en suivant la direction Bois de Boucherac et Crêtes des Baumes. D’abord tranquille, le chemin monte ensuite plus franchement jusqu’à déboucher sur un beau replat (table de pique-nique) (3). Continuer par le large chemin qui s’ensuit en tenant la droite et rejoindre un gros carrefour de pistes qui fait face, en contrebas, à Superdévoluy (4).

Suivre la piste qui repart complètement à droite en montant. Dans une épingle à gauche, quitter la piste et poursuivre par un chemin orienté nord. Plus haut, laisser ce chemin pour un sentier qui le quitte en ascendance dans la forêt à gauche (5). Vers 1600m ce sentier se réoriente sud-ouest en longeant la Crête des Baumes. Rejoindre l’extrémité de celle-ci au niveau de l’antenne (6).

Après les antennes, se diriger un peu à gauche en tenant le bord de la crête et repérer le sentier balisé jaune qui descend, doucement d’abord puis plus sèchement, pour rejoindre le Collet du Tat (7).

Descendre ensuite nord en suivant la piste direction l’Auche. Bien rester sur celle-ci et laisser le GR® de Pays partir plus loin à gauche vers la Joue-du-Loup. Plus bas, la piste fait un lacet à gauche puis en rejoint une autre (8) : suivre alors NNE le chemin qui part plutôt dans la forêt, balisé jaune, direction l’Auche.

Toujours bien rester sur ce chemin balisé qui va peu à peu descendre en suivant le pied de la Crête des Baumes. On croise une petite source sur la droite, en léger contrebas du sentier, aux alentours de 1450/1400m (signalée par un triangle bleu sur ma carte ci-dessus). Rejoindre l’intersection de l’Auche (9).

Partir à droite et atteindre la route. La suivre à gauche en remontant. Plus haut, repérer côté droit la suite de l’itinéraire balisé (flèche signalétique, point coté 1313 sur IGN) (10) et s’y engager. Suivre intégralement ce tracé jaune qui va chercher plus loin le fil d’une crête boisée. Au niveau d’une ruine qu’on passe à gauche, on atteint une zone équipée. Prudence requise. Se laisser glisser en suivant les équipements, rejoindre à nouveau un bon sentier et atteindre la route (11).

La traverser et continuer à descendre. Au niveau d’un panneau signalant une zone requérant de l’attention, basculer par le sentier à droite et, très vite, rejoindre le cours de la Souloise (12).

Rester à gauche du cours d’eau en suivant le sentier qui s’engage à flanc de rocher. De l’autre côté descendre en s’aidant des équipements en place et piquer de suite à droite pour s’approcher du premier gros bloc écroulé qui permet de franchir la Souloise. Le traverser et s’aider des barreaux pour passer le suivant. Atteindre l’autre rive.
Continuer par le sentier en montant à gauche. Franchir, plus haut, une première rampe rocheuse (main courante) et arrondir dans la cavité où se trouve l’entrée du Puits des Bans. Continuer par le sentier et venir plus loin buter, à main droite, contre un ressaut rocheux équipé de barreaux. L’escalader et poursuivre ensuite l’ascension par un chemin sportif.

La pente se couche un peu mais reste forte tandis que le sentier flirte avec le bord des ravins. Il remonte ainsi longtemps, parfois signalé par des cairns sur les parties les plus minérales, avant de déboucher, après un ou deux rapides lacets, sur un large chemin herbeux. Suivre celui-ci à droite et atteindre Le Collet (13).

Suivre toujours tout droit la route D517 qui traverse, puis quitte, Le Collet. Un kilomètre après la sortie du hameau, repérer le balisage rouge et blanc du GR®93 mais également le rouge et jaune du GR® de Pays du Tour du Dévoluy qui quitte la route à gauche pour s’élever en forêt (poteau signalétique)(14).

Après quelques lacets agréables en forêt, le sentier s’élève à flanc de manière plus rectiligne avant de rejoindre un thalweg qu’il s’emploie à remonter jusqu’aux prairies sous Faraud. Il débouche sur une large piste (15).

La suivre en descente à droite et, plus bas, avant qu’elle ne remonte, suivre le chemin à gauche, direction Gorges du Rif et Saint-Étienne-en-Dévoluy (16). Plus bas, à proximité du torrent du Rif, à une patte d’oie, s’engager à droite direction Gorges du Rif (17). Le sentier poursuit sa descente et fait son entrée dans les gorges. Les suivre jusqu’au pont. Remonter dessus et atteindre immédiatement le parking du départ.

Puits des Bancs

RECOMMANDATIONS PARTICULIÈRES & DIFFICULTÉ

Ce circuit, qui permet d’enchaîner trois spots remarquables de l’intérieur du Dévoluy, peut se révéler un peu long pour des marcheur/ses peu entraîné(e)s. À leur usage, il est néanmoins tout à fait possible de le moduler afin de profiter séparément des trois lieux présentés dans cet article. Les Gorges du Rif peuvent ainsi être explorées en aller-retour depuis le parking des Étroits. Le Puits des Bancs peut être atteint en aller-retour depuis la D117 (11) ou depuis le sentier balisé au départ de Saint-Disdier sans avoir à emprunter la partie difficile du sentier depuis Le Collet. Enfin, le tour de la Crête des Baumes peut également s’effectuer seul. Il suffit, à l’intersection de l’Auche (9) de prendre à droite direction Les Étroits (2).

Sur l’itinéraire, vous retrouverez deux passages particuliers qui demandent davantage d’attention que les autres. Le premier, au bout de la crête qui domine Malimort, peu avant le Puits des Bancs, dessert un à-pic plongeant près duquel s’aventure le sentier au fil d’un passage étroit et brièvement accidenté. Le passage, signalé par des panneaux « danger », est cependant équipé sur toute sa longueur pour sécuriser la progression. Néanmoins courir, glisser ou y faire un faux-pas n’est pas recommandé. Le second concerne le Puits des Bancs. Équipé lui aussi – une première fois pour traverser la Souloise et une seconde pour passer au-dessus du rocher de la caverne – il nécessite malgré tout le minimum syndical d’engagement. L’avertissement pourra faire sourire les habitué(e)s de ce style de passage mais devra être pris au sérieux par celles/ceux qui le sont moins ou pas du tout.

L’intégralité du parcours comporte trois sections distinctes de dénivelé : la première, pour monter à la Crête des Baumes, et la troisième, pour atteindre les terrasses de Faraud, sont de difficulté moyenne et réalisables pour une grande majorité de marcheur/ses. La deuxième, qui relie le Puits des Bans au Collet, est raide et assez sportive. Le terrain, avec la proximité relative des falaises, pourra impressionner et/ou fatiguer des personnes peu familières de ce style de terrain. Un élément à prendre en compte si vous décidiez de faire cette boucle dans sa totalité. À signaler qu’une petite source se découvre à la descente de la Crête des Baumes – triangle bleu entre (8) et (9) – mais nulle part ailleurs. La chaleur pouvant rendre cette randonnée difficile, on veillera à en prendre le départ avec suffisamment d’eau et à l’éviter les jours d’orage ou de pluie.

CIRCUIT DU PUITS DES BANS : AVIS PERSONNEL

Je suis de ceux qui pensent que la connaissance d’un territoire passe par la curiosité d’en découvrir le moindre recoin, quand bien même le-dit recoin ne paraît pas, de prime abord, avoir l’envergure souhaité pour une randonnée. S’autoriser à se laisser surprendre peut parfois pourtant donner lieu à de très belles surprises. C’est assurément le cas pour ce circuit du Puits des Bans. Aurélie me le confiait en conclusion, autour d’un rafraîchissement pris à la Joue-du-Loup : « Il n’y a pas grand-chose à jeter sur cet itinéraire, à part peut-être la route ? Encore que ça permet de se reposer un peu. » Je ne peux que lui donner raison tant cette boucle invite à des lectures variées.

Vous pensez que ce circuit n’est pas majeur dans le Dévoluy car moins spectaculaire que ne peuvent l’être les sommets ? Fatale erreur d’appréciation ! Reconsidérer l’intérieur du Dévoluy ne pourra qu’être source de tout aussi excellentes découvertes

Je connaissais déjà, je l’ai dit, la Crête des Baumes. Mais l’hiver, recouverte de neige. En été c’est une redécouverte. Ce n’est plus la même. Et ça reste un oppidum naturel doté d’une vue panoramique étonnante. Je connaissais aussi les Gorges du Rif – une double entorse à la cheville en chutant dans une voie d’escalade ça ne s’oublie pas – et le Puits des Bans – un sauvetage de drone crashé dans un sous-bois suspendu au-dessus du vide, ça ne s’oublie pas non plus ! Mais le fait de pouvoir enchaîner les trois était inédit. Et la qualité des sections de sentiers entre chaque spot m’a sincèrement bluffé. J’en profite donc pour féliciter René, auteur de ces ouvertures intelligentes qui donnent un aperçu réel de l’étage humain du Dévoluy. C’est une boucle que je recommande vivement à qui souhaite une exploration plus intime de celui-ci.

Puits des Bancs

HÉBERGEMENT ASSOCIÉ

Le Lieraver (testé et approuvé)

C’est le dernier hébergement collectif de Saint-Étienne-en-Dévoluy. Contre vents et marées, Philippe et Joëlle accueillent les randonneurs et les skieurs dans ce grand bâtiment qui ressemble à un refuge. Simplicité et convivialité sont de mise. Ici on ne se prend pas la tête et on a le sourire aux lèvres et le rire facile. Une cuisine familiale est servie le soir venu. Un espace détente attend les hôtes à l’étage, tout en haut du gîte. Le Lieraver offre 39 couchages répartis essentiellement en petites chambres de 2 à 6 personnes. Le genre d’endroit où on se sent vite à l’aise. La demi-pension est proposée pour 40 euros. Infos et réservation : 04.92.58.91.87 / 06.32.30.12.63 ou par mail : lieraver@wanadoo.fr

EN MARGE DE LA RANDO

Spéléologie au Puits des Bans

Vous avez aimé le Dévoluy sur terre ? Vous allez l’adorer sous terre ! Le massif est un énorme gruyère de près de 600 cavités, soit les 3/4 de celles des Hautes-Alpes. Avec ses chourums, il expédie le visiteur jusqu’à 210 mètres sous la surface du sol. Rien que le siphon terminal du Puits des Bans totalise une bascule de 123 mètres. Le Dévoluy a également mis en place sa rando souterraine, baptisée Via Souterrata. Une ligne de vie y accompagne le randonneur cavernicole pendant une heure dans un milieu karstique étonnant équipés d’échelons, de passerelles et de ponts de singe. Marc Casali et Martinho Rodrigues sont les deux spécialistes locaux de ces univers sans lumière. Plus d’infos sur le site du Dévoluy.

Via Ferrata des Étroits

Il y a deux parcours tracés dans les Étroits. Le premier, la traversée des Baumes est évalué « Assez Difficile ». Sans doute du fait de son échelle inversée dès le départ car, ensuite, elle se fait bien et les accompagnants peuvent même suivre la progression des ferratistes depuis la route. Avant d’arriver sous le pont, un échappatoire. Au-delà, c’est l’enchaînement avec la voie dite Vertigo qui s’enfonce dans les Gorges du Rif. Ambiance immédiatement plus étroite, sombre, quasi-spéléologique. Également montée en grade de la cotation qui passe à « Difficile ». Il est possible de louer son matos dans les magasins de sport de Superfévoluy et de La Joue-du-Loup en juillet/août. Un parking au départ et pas de marche d’approche rentrent également parmi les atouts de ces itinéraires très sympas.

Escalade aux Gorges du Rif

Comme je vous le disais dans l’article, il est possible de grimper dans les Gorges du Rif. Réparties sur deux secteurs, le site totalise une trentaine de voies allant du 4c au 7b. Tout y est très bien équipé pour la pose de moulinettes, l’initiation ou l’escalade sportive. L’exposition et l’accessibilité du site – parking et proximité de Saint-Étienne-en-Dévoluy – complètent sa nature incontournable pour tous les amoureux de rocher.

AUTRES ITINÉRAIRES À PROXIMITÉ

Les Vallons de Bure
La Brèche de Faraud
Le Col de l’Aup
Le Lieraver

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