Landmannalaugar : la route des sources chaudes

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On arrive au Landmannalaugar en bus. Mais pas n’importe quel bus. Un bus amphibie. Un drôle d’engin pour un drôle de nom. Landmannalaugar – qui demeure à mes yeux le mot le plus facilement prononçable de l’île – signifie littéralement « les bains chauds des gens du pays ». On quitte la route 26, au niveau de l’observatoire volcanologique de l’Hekla, ce titan endormi promis à une entrée en éruption prochaine. De la fenêtre du bus, il ressemble ni plus ni moins à une grosse colline noirâtre et indolente. Qui soupçonnerait, qu’en son sein, d’énormes quantités de roche en fusion sont en train d’envahir sa chambre magmatique en allant jusqu’à déformer le sol de la face nord ? Certainement pas moi, trop occupé à poser un regard candide et émerveillé sur ce pays que je découvre seulement depuis ce matin.

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Le bus est désormais secoué dans tous les sens par les ornières de la piste F208. Cela fait bientôt deux heures que l’Hekla a disparu, effacé par des reliefs qui semblent surgis d’une autre planète. Mon éternel besoin de comparer ce que je découvre à quelque chose de déjà vu est dans une impasse. L’Islande est une plongée dans l’inconnu d’un univers modelé depuis toujours par des forces universelles dépassant l’entendement humain. L’empreinte laissée par le volcanisme est partout et rappelle au voyageur qu’il se promène sur le couvercle d’une marmite en ébullition permanente. Je regarde l’étendue froide du grand lac de Frostastaðavatn, situé à la confluence de trois anciennes coulées de lave. Sa présence annonce la proximité du camp de base du Landmannalaugar.

Terminus

Un petit bout du monde, posé dans le coude de l’immense rivière Jökulsgilskvisl déployée en multiples bras. Terminus des bus et des 4×4 franchissant avec prudence les sections submergées de la piste. Des dizaines de tentes multicolores ont fleuri sur ce sol aride autour des baraquements du refuge. Ici on parle toutes les langues. Les trekkeurs de la planète entière ont envahi l’Islande pour en découdre avec sa randonnée la plus mythique : le Laugavegur, « la route des sources chaudes », le seul et unique itinéraire correctement balisé à ce jour sur l’île. Quatre à cinq jours de trek au coeur des montagnes de rhyolite pour rallier Thörsmork, au sud. Une sorte de mini-GR20 jeté en défi aux aventuriers qui veulent gagner leurs galons de trekkeurs en Islande.

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Après s’être acquitté de la taxe pour camper, on jette notre petite tente au milieu des autres. Un coup d’oeil inquiet et interrogateur au ciel, d’un bleu azuréen copié sur celui de la maison : à quelle sauce vas-tu nous croquer pendant ce trek ? Le climat islandais est réputé changeant. La douche froide y est tout aussi célèbre que les bains chauds. Le charme un peu particulier du pays, nous a-t-on assuré. Je ne suis pas vraiment pressé de le vérifier. J’invite Raphaèle à un petit tour du propriétaire. Nous empruntons un petit sentier aménagé au milieu des linaigrettes qui nous ramène vers la route. J’y ai repéré tout à l’heure le départ d’un sentier qui prend de la hauteur par rapport au site. Rien de tel pour dominer notre monde et découvrir notre futur terrain de jeu.

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De roche et de flammes

Il s’agit de l’itinéraire du Sudurnamur, une boucle d’une demi-journée autour du camp de base. Le sentier ne ménage pas nos jambes ankylosées par le voyage et le vent à un petit goût d’arctique qui nous maintient les poumons bien ouverts. Les yeux, en revanche, miroitent d’émerveillement. Pas la peine de monter très haut pour embrasser le paysage. Les tentes ne sont plus que de petits points colorés déposées sur un peu de verdure. Une monstrueuse coulée de lave semble ramper juste derrière tandis que les sillons argentés du Jökulsgilskvisl coulent à travers un désert minéral. Partout autour, des pans de montagne ruisselants de vert ou défigurés par l’érosion. Le Landmannalaugar tout entier semble lutter entre la vie et la cendre. Au-delà de cette bataille invisible, les dômes étincelants de glaciers lointains barrent l’horizon. La neige, la roche et le feu. Les trois composants fondamentaux de ce territoire islandais.

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En fin de journée, je suis allé me perdre dans le chaos labyrinthique de la coulée de lave s’élevant au-dessus du camp. La pyramide sombre du Blahnukur est dressée juste au-dessus. La trace plus claire d’un sentier escalade son arête jusqu’au sommet. Au coeur de ces entrailles figées et envahies par des lichens moussus, ma solitude ne croise qu’un couple furtif de lagopèdes. Le froid se fait plus mordant maintenant que le soleil décline. Ses dernières lueurs inondent des versants austères d’un soudain éclat doré. L’espace de quelques secondes, le Landmannalaugar se recouvre d’or. Puis la nuit est là, qui jette son ombre froide sur le camp. Il est temps de regagner la tente. Demain est notre premier jour de marche. (à suivre…)

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Comments

  1. Super! j’y vais du 16 mai au 2 juin. pour une rando aussi jolie.
    Faut dire aussi qu’en septembre la région de Myva est très spéciale aussi.
    montage photos sur mes voyages fares raja si ça vous dit.
    Entre temps, je vais me contenter de la marche de la lune 😉

    1. salut ! Super l’Islande, un grand souvenir, vraiment. Fin mai tu auras certainement encore un peu – voire pas mal – de neige dans certains secteurs, notamment le Landamannalaugar dont je parle ici. Mais, avouons-le, l’Islande c’est beau à toutes les époques ! Un pays résolument à part ! Bon voyage et merci de ton commentaire !

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