Massif du Taillefer : y’a pulka !

Experience Pulka, le retour ! Voilà un petit moment qu’on essayait que nos routes se recroisent avec Damien. C’est chose faite et dans le massif du Taillefer. Le Taillefer, vous connaissez ? C’est ce colosse discret enchassé entre Belledonne et l’Oisans, aux portes des Ecrins. Un socle mastoc que délimitent l’Alpe-du-Grand-Serre, le col d’Ornon et la vallée de la Romanche. L’hiver on y vient à ski ou à raquettes, à la journée ou en nomade. C’est la formule itinérante, mais tranquille, que propose Damien en formule week-end. Deux jours et une nuit dans l’univers forestier du Taillefer. Une belle porte d’entrée pour s’initier à ce massif et à l’itinérance à pulka.

Difficulté : facile | Longueur : 14 km | Durée : 2 j | Dénivelé : 400m | Carte : IGN TOP25 1/25000è 3360OT La Mure, Valbonnais

Une vieille histoire

Le rendez-vous était fixé le matin sur la route menant de l’Alpe-du-Grand-Serre aux chalets du Poursollet. En hiver, elle est fermée à moins de deux kilomètres des dernières maisons de la commune de la Morte. Terminus sur un vaste espace qui officie comme parking pour les promeneurs et les skieurs. C’est là, à la fin du mois de mars, que je retrouve l’ami Damien, ses enfants, et un groupe de clients de Expérience Pulka pour un week-end hivernal aux allures de fin de saison.

Damien, c’est Experience Pulka et c’est aussi RandoPays. C’est avant tout une personne lumineuse qui vit et fait vivre le voyage avec une passion intacte depuis des années. Une belle âme, humble et chaleureuse, au contact de laquelle il y a toujours quelque chose à apprendre.

Depuis notre première micro-aventure en pulka sur les Hauts Plateaux du Vercors , en 2015, on n’avait jamais rompu le contact avec Damien. Au-delà de la relation professionnelle, c’est un vrai coup de cœur humain qu’on a eu cette année-là, à l’occasion de ce premier reportage. C’est donc tout naturellement que j’ai accepté cette invitation, davantage festive que rigoureusement commerciale, à aller trinquer avec lui, et en pulka, à la fin de l’hiver dans le massif du Taillefer.

Le Taillefer, en soi, était un atout supplémentaire. C’est un sommet – et un massif – que j’affectionne. J’en voyais la silhouette massive chaque jour depuis mon ancien quotidien chamroussien. Une face rocheuse robuste, émergeant de la vallée de la Romanche, au-dessus du plateau de l’Arselle, dont le soleil matinal faisait rosir les parois sombres. Un joli trône, qui se méritait en randonnée, juché à plus de 2800 mètres d’altitude. Un petit paradis à l’automne, avec ses chapelets de lacs égrenés dans une zone si morcelée que sa représentation sur l’IGN est toujours demeurée à mes yeux saisissante. Revenir y errer en pulka était une occasion unique de le revoir et valait bien le déplacement express depuis mon domicile provençal.

Pulka style

Damien présente au groupe le modus operandi d’un voyage en pulka. Découverte pour les uns, rappel pas inutile pour les autres. Depuis 2015, il a fait évoluer son matériel. Damien est un bricoleur de génie. Le maniement du matos a, grâce à lui, gagné en confort. Les pulkas sont chargées : les vivres, les affaires personnelles, les tentes et, élément le plus lourd, le poêle. Tout trouve sa place dans ces petites barquettes orange qu’on sangle et qu’on protège de la neige et de l’humidité. Garder les affaires au sec reste le nerf de la guerre de l’itinérance en hiver, la garantie d’une soirée sans claquer des dents. Le froid semble pourtant tenu à distance quand on tire sa pulka derrière soi. Si la charge sait se faire oublier en glissant sur la neige, l’effort restant à produire et les températures agréables évoquent davantage le printemps tout proche que les rigueurs de l’hiver.

La traversée de la forêt est une tâche de longue haleine. Avec des pulkas pas question de jouer aux sangliers dans ces grandes étendues de résineux jonchées de débris végétaux. La route, encore largement enneigée, demeure l’endroit le plus facile et le plus pratique pour progresser. La pulka, si elle n’a pas forcément besoin d’un passage très large, a en revanche besoin que celui-ci soit le plus dégagé possible. La pente doit également rester modérée. Et les gros dévers sont à proscrire pour limiter les risques de bascule. Une cadence et un terrain réguliers sont les meilleurs alliés.

La pulka, c’est une invitation au nomadisme hivernal. C’est rendre possible ce qu’on suppose précisément difficile : effectuer une itinérance en autonomie complète et sous la neige

L’idée du week-end n’est clairement pas à l’effort mais au partage d’un bon moment. Damien n’oublie cependant pas qu’il est accompagnateur et en profite pour diriger nos yeux sur des détails que la concentration ou l’ignorance nous auraient faits manquer. Ainsi en est-il de ces crottes de loups, pourtant bien mises en évidences sur le blanc de la neige. Le loup est un invité régulier du Taillefer, massif encore sauvage dans lequel il trouve un terrain de chasse à sa hauteur de prédateur. On prie secrètement pour une empreinte ou, mieux encore, une rencontre. On peut toujours rêver !

À 1700 mètres d’altitude, peu avant d’entrer dans la Combe Oursière, on domine plus ouvertement la vallée de la Romanche. Une zone de ravines abruptes, secteur authentifié d’avalanches, qu’il faut traverser sans trop traîner. On attendra d’être passé pour jeter un coup d’oeil à Belledonne, qui se dévoile de l’autre côté de la vallée, à la faveur du plateau de l’Arselle, de la Croix de Chamrousse et des Grands Vans. Séchilienne, posé dans la vallée, se tient à l’écart du grand couloir d’éboulement calé sous les pentes méridionales du Mont Sec. Une menace permanente et sous haute surveillance pour cette commune.

Plus fermé et linéaire que les Hauts-Plateaux du Vercors pour la progression hivernale, le versant nord du Taillefer est surtout un lieu de découverte et d’initiation pour les marcheurs et les familles souhaitant découvrir l’activité pulka sans risque

Après Combe Oursière, la route perd une centaine de mètres qu’il faut regravir à la patience jusqu’au lac Punay. Il est déjà plus de 16h lorsque nous atteignons la petite prairie enneigée où a disparu celui-ci. On est loin du compte pour atteindre le lac Fourchu ! Plus de deux heures de marche nous en séparent encore. Un effort inutile estime Damien, qui préfère nous faire poser le camp ici. Objectif : s’alléger pour évoluer ensuite plus librement. « Le Fourchu, même quand on avance fort, représente une grosse journée de marche avec les pulkas« , m’explique-t-il. « On a tout intérêt à profiter du soleil pour s’installer et être confort ce soir« .

Un bivouac dans la neige

L’expérience a parlé. Un camp de base dans la neige est plus long à poser qu’un bivouac en plein été. D’abord il faut préparer le terrain en le tassant. Ensuite il faut gérer la tente dortoir, un ensemble assez costaud pour accueillir une dizaine de personnes. Un boulot qui prend un peu de temps. Mais c’est la tente mess qui réclame le plus de travail avec le calage du poêle et de la cheminée et la tranchée intérieure à creuser pour façonner une assise circulaire. Des artistes de la pelle se découvrent. Théodore, le fils de Damien, n’en finit plus de creuser des galeries sous la neige.

De la méthode, de l’organisation, un équipement de qualité et pas mal d’expérience. Voici ce dont vous aurez besoin pour mettre en place un bivouac collectif de la qualité de ceux proposés par Damien à ses clients en hiver. Qu’on se le dise, c’est assurément l’un des temps forts de la journée !

Tout le monde met la main à la pâte : ça tend de la toile, ça pique des sardines, ça scie du bois, ça s’active sous le regard du Taillefer. Toute la petite troupe aménage le lieu qui lui servira de gîte pour la nuit avec enthousiasme et application. Après cette mise en place, on s’occupe des intérieurs. Tout doit être en place avant que le froid ne tombe. La prairie, ensoleillée à notre arrivée, a déjà vu sa part lumineuse grignotée par l’ombre. La fin de journée est bientôt là : les gants et les bonnets attendent leur heure. On a bien fait de s’arrêter pour s’éviter un montage de bivouac dans le froid nocturne.

Je pars profiter des dernières heures au Poursollet. Les chalets ne sont pas très loin du camp et encore plongés dans le silence de l’hiver. En plein été, les voitures arrivent directement ici. Autre époque, autre ambiance. C’est là que le GR®50 prend son envol vers le lac Fourchu et le refuge du Taillefer avant de basculer dans la vallée de la Lignarre et le village d’Ornon. Il faudra que je revienne par ici. Ce coin est incroyablement beau et isolé.

Le Taillefer est un sommet hypnotique. Le genre de montagne qui capture le regard une fois qu’on l’a repéré. Mais y monter en hiver n’est pas l’option la plus simple.

Le virage vers le sommet s’effectue un peu avant le Fourchu. Vu d’ici, le passage semble réservé uniquement aux grimpeurs. Un pas à la réputation scabreuse s’y découvre pourtant, qui permet aux seuls marcheurs de rejoindre cette cîme à la calotte accueillante et spacieuse. L’hiver les skieurs de randonnée la courtisent fréquemment en venant par la crête de Brouffier. Les plus intrépides risquent même la descente par la face nord. Raphaèle me rejoint pour voir le soleil décliner derrière le Vercors. Les ombres se font plus denses, envahissant les vallées en-dessous de nous. De la forêt émergent les bruits de la nuit. Un voile de satin rose enveloppe la large échancrure du col de l’Arc. Le soleil irradie une dernière fois puis plonge derrière les montagnes, abandonnant le jour à la nuit. Le froid suinte de la terre entière signant l’heure du retour au camp. C’était une belle fin de journée.

Sous la tente mess, la bonne ambiance réchauffe l’air tout autant que le poêle. Damien nous régale de quelques anecdotes de ses nombreux voyages et de petits plats mitonnés avec savoir-faire. Le dîner fait du bien. C’est aussi l’un de ces moments partagés attendus avec impatience lors d’une itinérance hivernale à pulka. Il y a l’activité, il y a le cadre mais il y a aussi les humains qui en extraient une véritable histoire. C’est une très agréable soirée qu’on passe sous les étoiles du Taillefer. Avec des rires, des gants et déjà des souvenirs plein la tête. La grande tente dortoir accueille ensuite les marcheurs fatigués, adultes comme enfants. On n’est pas en Alaska mais pour certain(e)s c’est la première fois en bivouac dans la neige et c’est toujours une expérience forte.

Dormir dehors en hiver est loin d’être une expérience traumatisante, à condition évidemment d’être correctement équipé. Vous pourriez bien être surpris de ne pas avoir aussi froid que vous auriez pensé.

Éclat du soleil matinal. Une fumée grise s’échappe de la cheminée de la tente mess. Damien n’a déjà pas chômé, accueillant chacun(e) avec un beau sourire et un feu réjouissant. A la maison ou à la montagne, se réveiller est élevé pour certain(e)s au rang de discipline olympique. Le thé ou le café s’y révèlent alors des partenaires de qualité. Théodore émerge d’un nouveau trou sous la neige sous le regard amusé de son père. A croire qu’il y a dormi ! Le ton du matin n’est pas à la précipitation. En savourant le petit-déjeuner, on se fait conter le programme de la journée. Ce matin ce sera une balade vers les Sagnes, une prairie humide au-delà des Chalets du Poursollet, le seul endroit à ciel ouvert à cette altitude pour révéler le Taillefer et ses environs. Le choix est validé à l’unanimité.

Le temps des Sagnes

Le camp est laissé en l’état. La marche se fera sans pulka. Seules les raquettes sont chaussées pour poursuivre vers les chalets. 1200 mètres au-dessus de nous, le Taillefer nous toise. Les chalets sont déserts, comme la veille, et on poursuit par le chemin principal encore quelques temps. Puis Damien s’en échappe, nous amenant par une trace invisible à travers les sapins. La raquette, débarrassée de la pulka, retrouve son talent d’improvisation. La routine de la piste s’efface au profit du plaisir de faire son propre chemin dans la neige.

L’installation d’un camp de base permet de retrouver de la mobilité et de la légèreté pour explorer les alentours en étoile et, bien sûr, en raquettes.

Et puis, écartant une branche comme on pousse une porte, nous y sommes. Les Sagnes. Une vaste clairière en forme de trèfle, recouverte de neige, inondée de lumière. La barrière de la forêt la cerne, grimpant à l’assaut du ressaut abritant le lac Fourchu. Damien nous en désigne la direction. « Le sentier de randonnée est tracée quelque part là-dedans« , nous dit-il. « Et au-dessus, c’est le sommet du Taillefer« . Un bon gros géant, endormi sous la neige, qui nous présente sa face nord revêche et abrupte. Je le convoite du regard. Mes souvenirs à son sommet affluent. C’était il y a longtemps, au début des années 2000, bien avant les blogs et les réseaux sociaux. Je n’avais même pas d’appareil numérique à cette époque-là. Oui, décidément, pour le partager avec vous ici, il faudra que je remonte là-haut.

Retour au camp en douceur, en flânant et en se racontant des histoires. On croise sur le chemin quelques marcheurs en route pour le Fourchu ou, peut-être, le Galbert, qui sait ? Il reste un peu de travail au camp, le temps de tout replier et reconditionner. Un bivouac hivernal de cette envergure est un petit chantier quoiqu’on en dise. Malgré cela, tout revient à sa place dans les pulkas. Seule la neige piétinée – et les galeries de Théodore – témoignent de notre passage.

Les enfants trouvent ici un terrain de jeu à la hauteur de leur imagination. Une pelle suffit à transformer la prairie en un dédale de galeries sous neige.

On aurait envie de poursuivre mais la route du retoir vers les voitures doit nous coûter encore quelques heures de marche. Alors on en profite encore un peu : de la pulka, des gens, de l’hiver. Un hiver qui fuit et qui s’égoutte, laissant peu à peu réapparaître la végétation. On évoque des projets, des voyages, des destinations. Damien va bientôt prendre la route de sa saison d’été et moi de la mienne. On parle d’un tour du Taillefer à l’automne. L’idée me séduit. On promet de s’en reparler. On se dit au revoir une fois le parking retrouvé et les affaires rangées. Cette parenthèse en montagne fût grandement bénéfique. Encore un bon – mais toujours trop court – moment avec Damien. Vivement le prochain.

A VOTRE TOUR

Ces images et ce retour d’expérience vous ont donné des idées et des envies de pulka ? Dans le Taillefer, pourquoi pas, ou ailleurs ? Je vous renvoie vers Damien et vers sa boîte Expérience Pulka. Outre des formules et des séjours déjà définis selon vos souhaits et votre niveau, Damien pourra aussi vous conseiller pour des concepts plus personnalisés, notamment des stages de préparation aux expéditions polaires. Non, ce n’est pas une blague : le Vercors, par exemple, peut être capable de conditions d’hostilité démentes et idéales pour s’entraîner avant le Grand Nord. Vous le voyez, il y en a pour tous les niveaux.

by-nc-ndCe reportage Carnets de Rando, sous licence Creative Commons, est la propriété exclusive de Carnets de Rando. Son usage à des fins non commerciales est autorisé à condition de mentionner son appartenance au site www.carnetsderando.net. Pour toute autre utilisation, merci de me contacter.

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