Monte Cinto : randonnée sur le toit de la Corse

La montagne corse… une beauté à la fois hostile et envoûtante. Des sommets exigeants qui mettent à l’épreuve le randonneur. Des itinéraires sportifs qui contribuent à la légende de ce territoire unique. Son point culminant ? Le Monte Cinto, à 2706 mètres d’altitude. Pour l’atteindre, plusieurs itinéraires sportifs qui exigeront tous un physique solide et un mental d’acier. Sur la route mythique du GR20, le Monte Cinto se mérite et résume à lui tout seul l’esprit de cette Corse des sommets. C’est à son ascension que je vous convie aujourd’hui dans ce 103ème épisode de Carnets de Rando.

Difficulté : difficile | Longueur : 12 km | Durée : 9h | Dénivelé : 1500m

GR20 Haut Asco

– INSTANTANE –

[dropcap]I[/dropcap]l fait encore nuit noire lorsque je quitte la petite station de Haut-Asco par un petit sentier tracé au milieu des pins laricios. Il y a comme une sérénité apaisante qui précède l’aube. Une douceur rafraichissante qui occulte la rudesse des lieux et de l’ascension à venir. Lorsque j’atteins la passerelle enjambant le torrent du Tighiettu, l’or a remplacé le cuivre sur les faces abruptes qui barrent mon horizon. Les premiers gradins rocheux donnent le ton d’un tracé pour chamois qui ravira les amateurs de randonnées alpines. A la différence des Alpes, la Corse n’a rien de véritablement accueillant et c’est étrangement pour cette raison qu’elle fascine autant le marcheur en quête d’aventure et de défis à relever. C’est l’identité naturellement hostile de son terrain qui pousse à y engager la lutte. Il est ainsi des montagnes qui transmettent de l’énergie, d’autres qui regorgent de vie, d’autres encore empreintes de majesté. La haute montagne corse n’a, elle, rien de tout ça. Elle n’offre rien d’autre qu’une épreuve dans un décor dénué de toute faune. Rien d’autre que l’inhospitalité de son maquis retors ou d’un néant minéral et c’est exactement pour cela qu’elle est adulée. Des faces austères, parfois sinistres et lugubres quand le soleil refusent de les toucher, qui fixent le marcheur dans un silence pesant où ne résonne aucun encouragement. Quel meilleur terrain pour se révéler dans l’effort, non ?

La montagne Corse  est un lieu de confrontation. On vient s’y prouver des choses et se dépasser. C’est un adversaire à la hauteur des envies de dépassement de soi de l’être humain qui relègue la notion de contemplation au second plan. La Corse, c’est aussi la conjugaison parfaite de l’altitude et du littoral. Deux univers diamétralement opposés mais pourtant fusionnés sur un seul et même territoire

Le minéral crisse en permanence sous la semelle des chaussures. Les balises sont les seules touches colorées dans cet univers de roche grise et sombre. Elles s’envolent dans un éboulis dans lequel un chemin sinueux et ponctuellement instable a été imaginé. Arriver à la Pointe des Eboulis est déjà, en soi, un premier pas de franchi vers le succès mais n’est qu’un prélude à un itinéraire labyrinthique vers le sommet proprement dit. Dans ces immenses chaos rocheux entaillés de brèches et de ravins, la progression est loin d’être simple. Le Cinto ne s’atteint qu’après avoir crapahuté de son mieux dans un fatras de rocailles désordonnées. Dans cet univers d’anarchie, le randonneur improvise la trace qu’il estime la meilleure jusqu’à finalement savourer sa victoire, triomphant, sur le toit de la Corse. Là-haut, la mer se confond avec l’horizon, rappelant qu’on se tient sur une île. On aperçoit le golfe de Porto et de Calvi mais aussi la côte d’Aleria, à l’est. Mais, ce qui retient surtout l’attention, ce sont les autres sommets. Celui de la Punta Minuta, à l’ouest, mais aussi et surtout, la Paglia d’Orba, formidable éminence qui attire tous les regards. Les grands sommets de la Corse du Nord se révèlent tous. La récompense pour avoir vaincu une montagne fière et définitivement inamicale !

carré cinto

– INFOS PRATIQUES –

Carte : IGN 1/25000 TOP25 4250OT Corte, Monte Cinto
Accès : en voiture, depuis Calvi ou Ile Rousse, suivre la N197 direction Bastia. 5 km avant Ponte Leccia, tourner à droite par la D147 en direction d’Asco. Remonter la route des Gorges (route étroite par endroit et avec pas mal de circulation en journée et en haute saison jusqu’à Asco : prudence) jusqu’à Asco. A l’entrée d’Asco, tourner à droite en suivant la direction « Station de ski » (panneau marron). La route se poursuit sur environ 15 km. Se stationner sur le parking à l’entrée du site. Depuis Bastia, descendre par la N193 direction Calvi. Rejoindre et traverser Ponte Leccia. Tourner à gauche sur la D147 environ 5 km après avoir quitté la commune. A noter que pour les voyageurs ayant rejoint Ponte Leccia en train, un service de bus quotidien relie Ponte Leccia à Haut-Asco de juin à octobre. Départ de la gare SNCF de Ponte Leccia à 11h (durée : 1h, prix : 10 euros). Retour à 14h.
Topo : quitter le parking par un sentier démarrant en face du gîte (panneau signalant la variante du GR20 et son caractère alpin, double balisage jaune). Démarrage à flanc dans une forêt de pins laricios qui s’éclaircit progressivement à mesure qu’on s’élève en rejoignant le fond du vallon. Vers 1500m, l’itinéraire oblique à gauche et franchit une passerelle au-dessus du torrent du Tighiettu 1). Juste après celle-ci, on attaque dans des gradins rocheux compacts et des vires parfois équipées de chaînes (rien de difficile mais attention à ne pas glisser si le rocher est mouillé). Vers 1700m, la trace s’oriente franchement vers l’est dans un vallon encaissé qui remonte en direction de la Bocca Borba (2). La nature rocheuse cède peu à peu la place à du pierrier jusqu’à atteindre un replat sous le col, aux alentours de 2150m (3). La trace s’infléchit davantage vers le sud pour gravir un pierrier un peu glissant avant d’atteindre l’étage où se situe le petit lac Argentu (4). De là, on part sud-ouest, en biais, pour rejoindre la base d’un escarpement de mauvais rocher au sein duquel l’itinéraire se fraye un chemin (5). On rejoint ainsi la Pointe des Eboulis, à 2607m (6). Partir à gauche en descente et repérer alors le panneau « Monte Cinto ». Un mauvais balisage blanc se dirige à flanc vers l’est. Le suivre jusqu’à un replat avec vue sur le sommet. A partir de là, il ne faut surtout pas suivre la crête mais plonger environ 50 mètres pour longer la base de celle-ci. De gros points rouges vous aident dans cette tâche : suivez-les attentivement ! De courts passages rocheux sont à franchir où il faudra parfois mettre les mains. On rejoint ainsi la dernière pente qui défend le sommet. Retour par le même itinéraire.

monte-cinto-map-IGN

Les autres possibilités : on peut également gravir le Monte Cinto par son versant nord (1750m de dénivelé – 8h30), au départ de Lozzi. Endurance nécessaire également mais techniquement moins engagée et alpins que côté Haut-Asco. Par une bonne piste on rejoint l’Astradella puis, par un sentier bien balisé, le refuge de l’Erco. De là démarre la partie plus difficile de l’itinéraire à travers des éboulis et des sections rocheuses faciles. Vigilance requise pour le suivi de l’itinéraire balisé de ronds blancs ou rouges, selon. Depuis le refuge de l’Erco, il est également possible de crocheter par le joli petit lac du Cinto puis de rejoindre la Pointe des Eboulis. On s’attaquera ainsi au sommet du Monte Cinto par l’itinéraire décrit dans cet épisode de Carnets de Rando.
Notes : le Monte Cinto n’est pas, à proprement parler, un sommet facile. Rien à voir avec une forme de difficulté technique, même si certains passages pourront ralentir les randonneurs peu familiers avec du terrain montagne nécessitant l’emploi des mains. Je parle ici de difficulté physique. Le Cinto est une entreprise de longue haleine qui va vous pomper de l’énergie, n’en doutez pas ! De la bonne gestion de celle-ci dépendra la réussite de votre randonnée. Pour vous y lancer, trois conditions essentielles sont, à mes yeux, requises : être capable d’affronter 1500 mètres de dénivelé sans broncher, disposer d’un bon sens de l’itinéraire (pour la dernière partie) et avoir le pied sûr pour la descente. La descente est probablement la partie la plus éprouvante de la journée. Gardez donc du jus pour elle ! Pas question d’arriver rincé au sommet ! Sur le plan météo, restez également vigilant : la montagne Corse s’aborde avec sérieux. Orages violents ou chutes de température brusques peuvent survenir. Soyez équipés en conséquence et sachez faire demi-tour en cas d’intempérie. Prévoyez de l’eau. Même si la première partie de l’itinéraire est à l’ombre le matin, l’effort réclamera une hydratation régulière.
Les hébergements : deux hébergements possibles sur Haut-Asco. L’hôtel-restaurant Le Chalet, qui dispose également d’un gîte pour accueillir les randonneurs sur le GR20. Il y a aussi le refuge d’Asco-Stagnu, gardé de juin à septembre.
Bibliographie : A travers la Montagne Corse : l’indispensable topo-guide pour se lancer dans l’aventure du GR20 ! 16 jours incroyables de Calenzana à Conca à travers les paysages de la montagne Corse. Et, pour les plus vaillants, l’ascension du Monte Cinto en plus. Prix indicatif : 16 €Le Guide Rando Haute-Corse : les éditions Glénat donnent également leur vision de la randonnée en montagne corse. Signé Fred Chevaillot, le topo tourne le dos au GR20 et propose des ascensions sportives et parfois peu connues, de la Balagne au Cinto, en passant par la Restonica ou Vizzavona. Prix indicatif : 17,90 €Les 30 plus beaux sommets de Corse : on termine avec ce petit guide édité par Chamina qui met l’accent sur les ascensions. 30 sommets décrits en 64 pages sur les 120 de plus de 2000m que compte l’île de Beauté. Le Monte Cinto est évidemment de la partie. De quoi contenter les ascensionnistes avides de découvrir l’univers alpin de la Corse. Prix indicatif : 12,50 euros

EN BREF

Exigeante, longue et pas facile. C’est ainsi que je définirais l’ascension du Monte Cinto. Il faudra avoir une expérience déjà solide du terrain montagne et des dénivelés supérieurs à 1000 mètres pour s’y lancer. Autrement la beauté de l’exercice et la récompense du sommet pourraient bien totalement vous échapper. Si la beauté de la montagne corse se révèle dans l’effort, elle s’évanouit totalement dans la souffrance. Soyez donc préparés !

 

by-nc-ndCe reportage Carnets de Rando, sous licence Creative Commons, est la propriété exclusive de Carnets de Rando. Son usage à des fins non commerciales est autorisé à condition de mentionner son appartenance au site www.carnetsderando.net. Pour toute autre utilisation, merci de me contacter.

Comments

  1. Une autre voie plus longue et moins empruntée démarre dans la vallée d’Asco à l’altitude 995m. On y trouve un sentier qui remonte d’abord vers un chemin puis après la bergerie de Manica et le franchissement du torrent devient un sentier cairné.
    Bel itinéraire qui permet de passer sous toute la chaine du Cinto dans un univers sauvage.

    1. salut Bruno ! est-ce que tu fais référence à cet itinéraire qui s’enfonce dans le cirque de Trimbolacciu et qui dessert ainsi également le sommet de la Punta Minuta ?

  2. Bonjour David,

    Joli reportage ! Je crois qu’une petite erreur s’est glissée dans le texte ou le Cinto a pris une centaine de mètres en quelques paragraphe. 😉

    J’y suis allé il y a deux semaines en partant de Lozzi, c’est un bon choix pour profiter du soleil (s’il y en a).

    Bonne continuation,
    François

    1. Un regard extérieur est toujours le meilleur ! L’erreur m’avait carrément – mais alors carrément ! – échappée ! Effectivement, le toit de la Corse s’était envolé vers des hauteurs qu’il n’atteindra jamais ! Merci pour ton oeil affuté François 😉 Côté Lozzi tu es monté ensuite par la trace directe de la face sud ou bien tu as fait le grand tour par le lac du Cinto ?

      1. C’est toujours plus facile vu de l’extérieur, quand on n’a pas le nez dans son texte. 😉 J’ai fait une petite boucle, je suis monté par la trace directe et redescendu par le lac Cinto, vers lequel il y avait d’ailleurs pas mal de mouflons !

        1. Si tu ne l’as pas faite encore et si tu as l’occasion de retourner en Corse, je te recommande l’ascension de la Paglia Orba, qu’on voit très distinctement depuis le sommet du Cinto. Une randonnée bien plus intéressante encore avec un beau cheminement plus aventureux. Entre les deux, c’est elle que j’ai le plus aimée ! à bientôt 😉

          1. C’est sur ma liste depuis que je suis passé au pied lors du GR20, mais j’envisageais plutôt d’y monter par une voie d’escalade face est. Ce sera pour la prochaine fois ! 😉

    1. Bonjour,

      C’est un itinéraire qui emprunte la vallée de la Manica et qui descend jusqu’à la route de la vallée d’Asco. La même route qui permet de rejoindre la station de Haut-Asco, point de départ de l’itinéraire présenté dans cet article.

  3. Bonjour !
    Tout d’abord superbe article !
    J’avais une petite question, es ce que vous pensez qu’il est envisageable de planter la tente quelque part sur l’itinéraire de base où sur celui qui passe par la bergerie de manica ?

    1. Bonjour Cyril,

      Le hic c’est que le bivouac est strictement interdit par le Parc Naturel Régional, en particulier le long du GR20. Poser la tente engage donc ta responsabilité de randonneur en parfaite connaissance de cause ! Clairement, la zone sommitale n’est pas adaptée au bivouac de toute façon, pas plus que la Pointe des Eboulis qui ressemble à la planète Mars : rocheuse et sans eau. Je ne vois qu’un endroit propice au bivouac dans le coin, à condition d’avoir prévu de l’eau pour la soirée et le lendemain, c’est la zone où le GR20 rejoint le chemin venant de Manica. Ca fait une espèce de selle assez plane et adaptée pour un bivouac. Maintenant c’est aussi au su et au vu de tout le monde, y compris des gardes !

      1. Ha mince je pensais que le bivouac étais toléré comme dans beaucoup d’autre parc, dommage..
        Ce sera donc refuge !
        Merci pour tout !

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