Sainte-Baume : la Voie Gombault

La face nord de la Sainte-Baume peut être parcourue de trois manières différentes pour les amateurs de rando-aventure qui apprécient lorsqu’un peu d’escalade le dispute à la marche proprement dite. Je vous avais déjà présenté, la première, la plus célèbre : le sentier Marcel Estruch qui suit intégralement la ligne du massif à peu près à mi-falaise. La seconde c’est la Cheminée des Grimpeurs, un itinéraire plus engagé où l’équilibre entre rando et grimpe bascule en faveur de la seconde. La troisième, c’est la voie Gombault, un bon compromis, bien équilibré, qui s’aventure perpendiculairement au Marcel Estruch pour tirer à travers les falaises jusqu’à la Croix des Beguines. Un authentique corps-à-corps avec la montagne et que le cheminement intelligent rend – presque – abordable à une large part de randonneurs. Et c’est elle qui fait l’objet de ce nouveau reportage.

Difficulté : difficile | Longueur : 6,5 km | Durée : 3h20 | Dénivelé : 550m | Carte : IGN TOP25 1/25000è 3344OT Saint-Maximin, Massif de la Sainte-Baume

Venir à la Sainte-Baume

Pour les habitants de Marseille, Aubagne ou Toulon, l’accès le plus logique est de passer par Gémenos, la D80 et le col de l’Espigoulier. On arrive ainsi côté nord du massif et il ne reste plus qu’à travers Plan-d’Aups, en direction de Nans-les-Pins pour rejoindre le parking des Trois Chênes peu après avoir dépassé l’Hôtellerie de la Sainte-Baume. Pour les autres, c’est l’autoroute A8 obligatoire et la sortie Saint-Maximin. A partir de là, il faudra suivre la D560 en direction de Saint-Zacharie, jusqu’à croiser la D1 qui vient de Tourves. Là, c’est à droite, toujours direction Saint-Zacharie mais, juste après avoir tourné, il faut se placer à gauche pour tourner par la D80 direction Nans-les-Pins. Dans le centre de Nans, tourner à gauche direction Sainte-Baume et toujours par la D80 qu’on s’appliquera à suivre jusqu’à ce qu’elle rejoigne le plateau de la Sainte-Baume. A l’intersection indiquant à droite Plan-d’Aups et, à gauche, Mazaugues, repérer en face l’accès au parking des Trois Chênes. Stationner la voiture et, zou, en avant !

Voie Gombault : la randonnée

Du parking des Trois Chênes à l’intersection : 2,5 km – 45mn

Le point de départ est, évidemment, l’incontournable parking des Trois Chênes. Si la plupart des gens qui s’y trouvent prennent directement le Chemin des Roys – celui qui monte vers le Sanctuaire – nous, c’est à gauche, vers l’est, que nous nous engageons, par un large chemin qui part dans la forêt. Attention, toutefois, à repérer les marques jaunes du Sentier Merveilleux qui le quitte très vite à droite (1) pour s’élever progressivement en direction des falaises qu’on aperçoit parfois à travers les feuillages. Peu avant 750 mètres, la trace se stabilise et s’incurve nord-est, plutôt parallèle aux falaises. C’est un très agréable chemin forestier, étroit et joueur, enfoui dans les profondeurs d’une authentique forêt relique de chênes et de hêtres, à l’écosystème incroyablement riche et dont la nature, inédite et unique en Provence, a été rendue possible par l’altitude – élevée – et l’exposition – ombragée, humide et froide. Y évoluer tient de la magie tant l’atmosphère s’y révèle immersive et enchanteuse.

Le Sentier Merveilleux est toujours un aussi bon échauffement. Une montée en altitude très progressive baignée dans l’ambiance magique d’une forêt relique. Un écosystème absolument unique à ces latitudes.

Sur la route, on croise des formations rocheuses en sous-bois et des spécimens d’arbres remarquables. En dépit de sa taillé réduite – seulement 138 hectares – la sensation d’être littéralement avalé par la forêt est totalement insolite pour la région méditerranéenne. Le chemin, bien balisé en jaune, s’y faufile, oscillant de droite et de gauche, petite trace parfois étroite et joueuse montant et descendant tout en gagnant peu à peu de l’altitude. Il faudra être attentif pour repérer le sentier marquant le départ de la voie Gombault qui s’échappe discrètement à droite, seulement marqué par une petite trace de peinture noire et quelques cailloux au pied d’un arbre (2). J’ai relevé les coordonnées UTM de l’endroit pour vous permettre de le trouver plus facilement : [43°20’18.5″N 5°47’23.3″E]. Le Sentier Merveilleux, quant à lui, se poursuit en direction de l’est et du Pas de l’Aï.

Du départ de la voie à l’intersection avec le sentier Marcel Estruch : 0,6 km – 20mn

La trace, balisée par des marques de peinture noire, s’oriente franchement en direction des falaises. Une fois le Sentier Merveilleux laissé derrière nous, le chemin va très rapidement se mettre à grimper. Les premiers lacets « raides » et serrés s’atteignent en quelques secondes, tout comme les premières sections « rocheuses » dont le franchissement se fait sans difficulté. La lisière de la forêt se dépasse dans la foulée. Les derniers arbres viennent buter contre le versant nord de la Sainte-Baume, définissant la frontière entre la forêt et le rocher. Un chemin dessiné sur une petite vire s’engage à flanc au-dessus des arbres, révélant progressivement l’étendue verte de la canopée provençale du massif. Plus isolés, quelques arbres téméraires ont pris racine parmi des blocs, au milieu desquels se poursuit la trace. 

L’itinéraire est malin et toujours bien balisé, profitant des zones de faiblesse du versant pour proposer au randonneur un terrain de jeu certes escarpé mais diablement ludique.

Les segments où mettre les mains est indispensable sont, pour l’heure, peu exposés, courts et offrent une progression évidente et techniquement à la portée du plus grand nombre (III). Ils permettent de relier entre elles de petites vires en balcon et de progresser rapidement, étage par étage, sur la belle et grande face nord de la Sainte-Baume. L’ensemble, pourtant raide, n’est pas si impressionnant que ça. Sans doute du fait de la présence permanente de la végétation autour de soi qui gomme l’austérité du rocher. Une différence par rapport aux sentiers aériens de la face sud de la Sainte-Victoire où l’évolution se fait dans le nu cassant du calcaire et des falaises et où, de ce fait, la sensation d’engagement et d’exposition se fait plus manifeste. Après une dernière série de gradins mixtes s’escaladant rapidement et facilement comme une échelle à 45°, on croise la route du sentier Marcel Estruch avec ses petits ronds de peinture jaune (3).

> jonction avec le sentier Marcel Estruch

De l’intersection avec le sentier Marcel Estruch à la sortie de la voie Gombault : 0,2 km – 45mn

La Voie Gombault emprunte très brièvement le Marcel Estruch par la gauche. Après à peine dix pas il faudra repérer les marques noires qui s’en échappent à droite, par des remparts rocheux. Occupés à discuter, on a manqué de lui passer à côté avec Mickaël ! Soyez plus vigilants que nous ! On s’élève au-dessus du Marcel Estruch très rapidement, par l’entremise de gradins herbeux et rocheux, jusqu’à venir buter au pied de l’entrée d’une sorte de cheminée inclinée et garnie de bouquets d’herbes. Le passage est évident, un peu plus long que les précédents, mais toujours sans réelle difficulté. A sa sortie, en revanche, on atteint ce qui pourra constituer, pour certains, le passage le plus difficile de la voie.

La deuxième partie de l’itinéraire est celle qui réserve les passages les plus difficiles. Si vous avez été limite sur la première, il faudra peut-être savoir renoncer à la suivante

A cet endroit, le rocher s’impose et se redresse plus franchement. Un gros bloc se dessine, invitant au contournement par la droite ; mais c’est par la gauche que le passage est le plus aisé, en venant s’appuyer sur le dit-bloc pour récupérer, à la sortie, la suite de la progression. Celle-ci se fait par une ascendance franche, dans un passage bien dessiné qui s’élève légèrement à gauche. C’est le seul moment où le rapport au « vide » peut se manifester. Par rapport à la première partie de la voie – celle qui précède le croisement avec le Marcel Estruch – on sort totalement de la randonnée pour de l’escalade réelle. Toujours facile certes (3+) mais escalade tout de même avec ce que cela nécessite de lecture de terrain, de capacité d’engagement et de minimum d’aisance dans la progression pour franchir confortablement les passages.

A ce stade, la vue sur le plateau forestier de la Sainte-Baume est extraordinaire. On est définitivement dans la partie la plus « falaise » de l’itinéraire avec cette sensation exquise d’être perdu dans l’infini de la face nord du massif. A la suite de cette section grimpe, une toute petite trace est récupérée se taillant un passage sur un pan herbeux qui bascule directement dans le vide. Glissade interdite et ambiance garantie ! On franchit plus loin une petite crête rocheuse sur le faîte de laquelle une terrasse étroite, marquée d’un petit cairn, invite à une contemplation de l’océan verdoyant et lumineux qui se déroule sous nos pieds.

Les parties les plus exposées ne sont pas forcément là où on les attend. Ce n’est pas dans les passages d’escalade que le risque de chute peut survenir mais plus dans les courts instants où le sentier traverse des pans herbeux donnant directement sur les falaises , à la faveur d’une glissade

La trace se poursuit dans un fouillis de végétation avant de s’appuyer contre une échine rocailleuse à la sortie de laquelle se trouve la seconde – et dernière – difficulté technique de la Gombault. On fait ici face à un mur de calcaire fendu d’une cheminée bien nette et bien protégée qu’il va falloir escalader. En s’appuyant dans le fond de la cheminée et en cherchant ses appuis de part et d’autre de celle-ci, on la remonte assez facilement sans excéder le III. Surveillez un peu plus haut la sortie par la gauche de la cheminée : un excès de concentration dans la cheminée pourrait bien continuer à vous faire grimper droit et trop haut ! Après ce passage, la pente se couche un peu plus et on sort des sections « raides » de l’itinéraire pour les grands espaces supérieurs de la face nord. Le jeu de piste pour trouver les marques noires s’y poursuit.

Plus haut encore, le balisage s’appuie contre un mur de roche protégé par une haie de petits arbres et prend franchement la direction de l’ouest, traversant des pans de garrigue accrochés à la montagne. On gagne finalement l’entrée d’une encoche bien marquée dans la barre rocheuse du dessus. L’itinéraire la franchit par son mur droit en prenant pied sur une rampe évidente. Juste après, c’est la sortie de la voie, symbolisée par un cairn plus massif que les autres et surtout destiné aux usagers souhaitant l’emprunter à la descente afin de leur donner un repère bien visible.

De la sortie de la voie à la Croix des Béguines : 0,4 km – 15 mn

Après la sortie, il faudra partir à droite, par une trace rapidement hésitante qui longe une state calcaire. On aperçoit, pas très loin au-dessus, la Croix des Béguines. En passant au-dessus de la strate et en poursuivant dans l’axe initial de la trace, on rejoint le GR®9 (4).

[ jonction avec le GR®9 qui relie le Jura au Var ]

Pour aller au sommet, il faudra le suivre à gauche. Par la droite, c’est l’itinéraire de descente vers le col du Saint-Pilon (voir plus bas). On s’élève donc à gauche, en direction d’une renfougne rocheuse. D’abord raide, le GR® franchit ensuite un segment rocheux défendant un col très étroit taillé dans la crête. En tournant à gauche et en remontant les dalles rocheuses on atteint le sommet de la Croix des Béguines (5) à 1148 mètres d’altitude.

[ le GR®9 se poursuit au-delà vers le Signal des Béguines, le Pas de Villecroze et le Pas de l’Aï ]

Si le vent vous épargne ce jour-là – ce qui n’était pas notre cas lors de notre passage – prenez le temps d’admirer le panorama à 360° sur cette partie de la Provence. Vers le sud-ouest, la crête immense de la Sainte-Baume retient toute l’attention séparant, d’un côté, le village de Plan-d’Aups et, de l’autre, les vallons boisés dévalant vers Cuges-les-Pins. Notez également, vers le sud, l’anneau du circuit Paul Ricard. Les reflets de la Méditerranée s’aperçoivent eux aussi par l’entremise de la Baie de La Ciotat et de la côté s’étendant, vers le sud-est, entre Bandol et Saint-Cyr-sur-Mer. Côté nord, un arc de cercle gigantesque définit cette partie de la Provence qui s’étend jusqu’au Verdon. Les sommets du Mercantour, tout à droite, se fondent dans ceux du Queyras qui, eux-mêmes, se mélangent aux Préalpes du pays de Digne. Sainte-Victoire, Luberon et Montagne de Lure s’identifient très facilement. Plus indistinct, le Mont-Ventoux, sentinelle de la Provence vauclusienne peut, selon les conditions, se reconnaître à son tour.

De la Croix des Beguines au parking des Trois Chênes : 2,8 km – 1h15

Pas trop de choix pour le retour : c’est le GR®9 qui s’impose pour démarrer. Revenir sur ses pas pour et continuer par le GR® au-delà de la jonction avec le chemin venant de la Gombault est un passage obligé. Au niveau du Bau des Oiseaux (6), un coup d’oeil à droite, en contrebas, avant un coude à gauche du sentier, me fait repérer ce que je prends pour des grottes. Pour les rejoindre, il faut quitter le GR® par la droite dans une zone de débris rocheux assez simple d’accès qui s’enroule ensuite sous le rocher et en rejoint l’entrée. On se retrouve ainsi environ 4/5 mètres sous le GR®. Il s’agit en fait de simples « toits » rocheux qui ont dû accueillir quelques bivouacs, protégés par des rangées d’arbres. Un sentier se dessine à cet endroit qui longe la falaise et qui suit un tracé parallèle au GR® sur le versant opposé de celui-ci. Le chemin me paraît suffisamment séduisant pour mériter d’être suivi. Et ma curiosité sera payante car le tracé est particulièrement esthétique, dégageant de belles perspectives sur la partie occidentale de la Sainte-Baume, au-delà du col du Saint-Pilon. On rejoint le GR® plus bas, à l’endroit où disparaît l’échine rocheuse qu’on longeait précédemment puis, assez rapidement, c’est le col du Saint-Pilon qui est atteint (7).

[ le GR®9 se poursuit plein ouest en direction du Pic de Bertagne ]

On abandonne le GR®9 pour piquer à droite par le Chemin des Roys, superbe à cet endroit-là. Après un premier lacet, on perd vite de l’altitude pour retrouver la protection des hêtres et l’ombre du versant nord. Un premier oratoire est dépassé puis on découvre, plus bas, la chapelle des Parisiens. Le chemin s’élargit, la forêt prend de la hauteur. L’espace s’agrandit peu à peu autour de nous. Un second oratoire est rejoint (8).

[ Jonction avec l’itinéraire menant au Sanctuaire Marie-Madeleine et au Pas de la Cabre, tous les deux évoqués dans le reportage de Carnets de Rando sur le Marcel Estruch ]

Il faut continuer de descendre par le – très – large chemin forestier qui, à force de lacets et de pente, finit par rejoindre le parking des Trois Chênes.

Le mot de la fin

A qui s’adresse la Voie Gombault

Malgré son côté « montée verticale », la Voie Gombault ne posera aucune difficulté aux marcheurs familiers de ces itinéraires sangliers où être à l’aise dans des pas d’escalade faciles à peu difficiles est une nécessité à deux reprises. La recherche de l’itinéraire, même si elle demeure présente, est plus facile que pour le Marcel Estruch, à l’exception de la toute fin, avant de rejoindre le GR®9, un peu laissée en friche et à l’appréciation du marcheur. La présence permanente de la végétation crée un environnement rassurant qui fait presque oublier qu’on est en plein dans les falaises de la face nord de la Sainte-Baume ! Au final, voici une belle épopée plus sportive que technique. A noter qu’aucun équipement n’est en place pour aider à la progression, contrairement au Marcel Estruch. Le Marcel Estruch peut, d’ailleurs, constituer un échappatoire en cas de problème puisque la Gombault le croise à mi-course. A ce sujet, je dirais que si vous vous êtes senti fébrile et limite dans la section précédant cette jonction, ne vous engagez pas dans la suivante, qui est plus difficile. Vous pouvez suivre le Marcel Estruch par la gauche et rejoindre ainsi le PR jaune bien plus loin qui vient du Pas de l’Aï et redescend au Sentier Merveilleux.

Recommandations particulières

L’itinéraire est évidemment à éviter les jours de pluie ou de neige. Il est inconfortable et peut être risqué les jours de grand vent. Préférer des moments où le rocher est sec pour l’emprunter. Comme le Marcel Estruch, il se déroule intégralement en face nord, donc à l’ombre, ce qui est un atout les jours de grosse chaleur. Si vous êtes plusieurs, réduisez le risque de chutes de pierre sur vos compagnons de marche en ne vous engageant que un par un dans les passages rocheux. Il est possible de combiner la première partie de la Voie Gombault avec la seconde du Marcel Estruch puisque les deux se croisent.

by-nc-ndCe reportage Carnets de Rando, sous licence Creative Commons, est la propriété exclusive de Carnets de Rando. Son usage à des fins non commerciales est autorisé à condition de mentionner son appartenance au site www.carnetsderando.net. Pour toute autre utilisation, merci de me contacter.

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2 Comments

  1. Baptistin Répondre

    Salut! Je voudrai d’abord te remercier pour tout ces itinéraires quet tu fais découvrir. De la sainte Victoire à l’Obiou, du Verdon à la sainte Baume, j’ai suivit tes randos et jamais je fus déçu. Le descriptif, l’intérêt des parcours et la qualité de tes vidéos et articles sont excellents!! Une petite préférence pour tes parcours « aventure » qui me font toujours découvrir des petites! J’ai hâte d’aller parcourir ce nouveau sentier sur la Sainte Baume! Merci et bonne continuation dans tes randonnées!

    1. carnetsderando Auteur de l'article Répondre

      Merci Baptistin ! Je suis content que les articles et les vidéos permettent aux gens d’aller découvrir tous ces coins. L’essence du blog, c’est le partage ! J’espère que je continuerai à te dénicher de futures pépites alors 🙂 Bonne journée à toi !

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