Suivre un balisage en randonnée : ne balisez plus !

A première vue, suivre un itinéraire balisé apparaît comme l’évidence même. « Il ne faut pas être né de la dernière pluie pour suivre des marques », vous direz-vous. Pourtant, sur le terrain, la réalité est parfois toute autre ! Intersection invisible sur la carte, subjectivité d’un topo, balisage envolé comme par magie, météo dégradée… Les raisons de s’égarer, de tourner en rond ou de définitivement se perdre sont plus nombreuses qu’on ne croit. Avant d’en arriver à l’azimut sanglier sauvage ou de prendre votre téléphone pour appeler les secours, voici quelques conseils pratiques pour mieux comprendre le balisage et éviter le pire en randonnée en France.

Avant de partir

Une randonnée, toute simple soit-elle, ça ne s’improvise pas. L’improvisation est un choix qui peut vite rendre une sortie pénible. De la même manière qu’on prépare son itinéraire avant un départ en vacances, on planifie un minimum celui de sa randonnée. Et d’autant plus si vous comptez amener votre famille ou des amis avec vous. Une bonne préparation se fait avec de la méthode et de bons outils que je vous présente ici.

  • Le topo-guide

Avant d’être un compagnon utile sur le terrain, le topo est surtout une source d’inspiration. C’est sa lecture qui permet de commencer à se projeter plus sérieusement sur un itinéraire qui nous a été suggéré ou qui nous a séduit sur un blog ou un magazine. Petit, léger et fonctionnel, c’est déjà une bonne base d’information. On s’intéressera tout particulièrement au tracé dont on étudiera en amont les passages signalés difficiles, s’ils existent. On analysera les types de terrains traversés et de chemins empruntés : est-ce qu’il y a de la route, des pistes, des sentiers ? Sera-t-on à découvert dans un champ ou sous le couvert d’une forêt ? Combien de montées, de descentes, de points d’eau, de villages en cours de route ? L’idée est de déjà s’imprégner du futur itinéraire.

  • La carte

En couvrant une plus vaste portion de territoire, la carte permet d’agrandir notre vision de l’itinéraire, de le replacer spatialement sur un territoire dont on a élargi les frontières. Ce travail de mémorisation de sa future position est important. C’est lui qui va permettre, sans l’aide d’aucun outil, de se positionner avec certitude en cas de doute sur son itinéraire, en prenant des repères sûrs sur le terrain. Si vous ne disposez pas de la carte papier, voici quelques ressources pour accéder à des fonds de carte IGN : VisuGPX, VisoRando ou Geoportail. Rien ne vous empêche alors de réaliser une capture d’écran et d’imprimer votre itinéraire !

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  • Les infos sur internet

Vous ne manquerez pas de trouver – pas tout le temps cependant – des informations sur votre future randonnée sur le web. Dans ce grand et magnifique foutoir où chacun peut donner son avis, on veillera à trier le bon grain de l’ivraie ! Rédiger un topo clair et précis n’est pas à la portée de tout le monde. Ce qui a été dur pour l’un ne le sera pas forcément pour l’autre. Certaines infos n’ont pas toujours été actualisées depuis la parution du sujet. La subjectivité de chaque site ou blog, tout comme sa véritable expertise en la matière, est chaque fois à considérer avec attention avant de le croire sur parole !

  • La trace GPS

Véritable roue de secours, l’importation d’une trace dans votre GPS vous permettra d’avoir le dernier mot sur le terrain si vous avez épuisé tout autre moyen de retrouver votre itinéraire. A moins de commencer directement par ça pour éviter de perdre du temps ! Certains sites proposent des traces GPS en téléchargement, comme TraceGPS par exemple. Mais de plus en plus vous permettent de tracer votre parcours à l’avance pour pouvoir ensuite l’exporter vers votre GPS ou le partager sur les réseaux. C’est le cas de RandoGPS, d’Open Runner  et de VisoRando.

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  • A l’ancienne

Parce que j’aime la rusticité, il m’arrive encore parfois de faire simple : je dessine moi-même mon plan de route à partir d’éléments trouvés sur le net. J’y reporte toute information que j’estime utile : le nom d’un col ou d’un hameau, une intersection avec des directions, des altitudes, des repères visuels à identifier (ici un lac, là une ferme). Je l’accompagne le cas échéant de quelques notes griffonnées en rapport avec ce que j’ai vu sur la carte, comme par exemple « après l’intersection, environ 100m, repérer un chemin à droite qui descend vers la rivière ». Basique, mais toujours fonctionnel !

Sur le terrain

Voilà, vous y êtes ! La voiture est garée, le départ de la randonnée a été rejoint. L’excitation est à son comble. Dans tous les cas, comme à chaque fois, l’aventure commence par un traditionnel : « par où on part? » Pour démarrer sur de bonnes bases, un petit rappel concernant le balisage s’impose.

  • Le balisage officiel en randonnée

Les balises – ces petites marques de couleurs qui permettent de progresser au fil d’un itinéraire – ne sont posées ni au hasard, ni n’importe comment. Enfin de moins en moins… Le balisage répond à des normes officielles édictées par l’instance fédérale de la Fédération Française de la Randonnée. Des codes couleur et des dimensions strictes qui doivent permettre au randonneur, en complément du topo-guide transporté dans le sac, de décider de son chemin.

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Signalétique et balisage en randonnée

En jaune (ou en blanc et jaune encore parfois, comme en Ardèche), les plus courants, les itinéraires dits de « Promenade & Randonnée » qui répertorient des parcours à la journée, de niveau facile à difficile. En rouge et orange, ce sont les itinéraires de Grande Randonnée de Pays ou GRP, des boucles itinérantes qui excèdent rarement 12 jours et qui s’intéressent à des thématiques régionales, tant paysagères que patrimoniales. Ce sont des itinéraires souvent très riches et particulièrement bien tracés. Idéal pour découvrir une région. En rouge et blanc, ce sont les fameux GR, les itinéraires de Grande Randonnée de une à plusieurs semaines. De longues transversales pour aller d’un point à l’autre de la France.

  • Les autres balisages

Tout serait plutôt simple s’il n’y avait que le balisage rando. Mais le randonneur n’est pas toujours le seul et unique usager des sentiers. Les années passent et les pratiques évoluent. De nouveaux balisages voient le jour, en rajoutant dans le surbalisage, un autre phénomène complexe (voir plus bas). Mais que voulez-vous ? Il faut bien que chacun s’y retrouve ! Les deux ronds de couleurs avec le triangle, c’est donc le balisage réservé à nos amis VTTistes ! Non, le vrai piège, c’est le balisage équestre qui ressemble férocement au balisage d’un PR, en légèrement plus orange. Néanmoins, en général, il est vraiment rare qu’un itinéraire de randonnée pédestre et équestre se chevauchent, c’est le cas de le dire !

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  • Les autres couleurs

Trouver des balises de couleur bleue, rouge, verte, j’en passe et des meilleures, oui ça peut arriver en effet. Quelques villages gaulois dispersés en France balisent en effet encore selon leurs propres règles, échappant à la normalisation du réseau prévue par le Plan Départemental des Itinéraires de Promenade et de Randonnée (le fameux PDIPR). On se retrouve donc vite avec des randonnées multicolores, dotées d’un balisage à la qualité aléatoire et à l’entretien qui l’est tout autant. Méfiance donc : se renseigner auprès de l’office de tourisme concerné qui dispose probablement d’une fiche rando associée.

  • Attention à la forêt !

La forêt reste le terrain le plus sûr pour se perdre en rando ! D’une part parce que tous les chemins qui s’y trouvent ne sont pas présents sur la carte, d’autres part parce que de nouveaux chemins s’y créent en permanence et, enfin, parce qu’elle est utilisée par des profils très différents, à commencer par les forestiers qui la jalonnent de marques en tous genres. Parmi celles-ci, l’une d’elle est particulièrement traître : la balise identifiant des limites communales. Elle est rouge et blanche elle aussi, et disposée à intervalles réguliers (photo ci-dessous). Mais elle n’a rien à voir avec un itinéraire de grande randonnée ! Aussi regardez-la bien et apprenez à la reconnaître ! Attention également aux petits points de peintures ronds faits au spray qui risquent de vous embarquer loin, très loin : c’est l’oeuvre des chasseurs pour leur propre usage. Dans le même genre, il y a aussi les marques discrètes des grimpeurs pour rejoindre le pied de leurs voies…

Balisage et forêt : la parcelle communale

  • Le panneau au départ

Ce n’est pas une généralité mais, toutefois, de plus en plus de randonnées bénéficient d’un beau panneau informatif sur l’emplacement du départ. On y retrouve les éléments du topo accompagnés parfois d’explications sur le patrimoine historique ou naturel des lieux traversés. S’y découvrent parfois aussi les numéros d’urgence en cas d’accident ou des consignes sécuritaires, notamment aux endroits soumis à la marée ou aux risques incendie.

  • Les panneaux et poteaux indicateurs

Situés, en principe, sur des passages clés de l’itinéraire, ces éléments hauts et clairs sont à la randonnée ce que la signalisation routière est à l’automobiliste. A une intersection, ils vous indiqueront clairement l’endroit et l’altitude où vous vous trouvez (infos situées sur leur chapeau) ainsi que les lieux vers lesquels se diriger à partir de ce point, accompagnés d’une durée de marche estimée (basée sur un rythme de 300m/h en montée ou d’environ 3 km/h sur terrain plat) et de la distance à parcourir.

balisage en randonnée poteau indicateur

  • La carte et le topo

N’hésitez pas à sortir ces précieux aides de camp de votre sac à dos en cas de doute ! Faites correspondre les indications du terrain avec ceux-ci et vérifier que vous suivez scrupuleusement les informations données par le topo-guide. Observez, localisez-vous sur la carte. N’oubliez jamais que, sur une carte au 1/25000, tout ce qui est sur la carte est sur le terrain et vice-versa ! Soyez donc capable à n’importe quel moment de mettre votre doigt sur la carte en affirmant « je suis ici » !

  • Les balises

On l’a vu précédemment, suivre les balises c’est un peu jouer au Petit Poucet. Soyez attentif toutefois et ne vous reposez pas uniquement sur elles. Parfois on prend un peu trop confiance dans le chemin ou bien on se retrouve complètement absorbé dans une conversation jusqu’à brutalement revenir à la randonnée et constater que ça fait un moment qu’on n’a plus vu de balises ! Guettez-les, en particulier aux intersections. Ne misez pas sur leur qualité et leur visibilité en permanence. Certains secteurs sont franchement laissés à l’abandon et nécessitent de l’attention. L’emplacement des balises n’est également pas toujours judicieux ou évident. Affutez votre oeil à chaque rando pour apprendre à les repérer, où qu’elles soient ! Quand la situation est complexe et que vous trouvez finalement la bonne balise, confirmez en trouvant également la croix qui indique la mauvaise route. Deux précautions valent mieux qu’une !

Balisage en randonnée

  • Demander son chemin

Une vraie mauvaise idée ? L’expérience m’a démontrée que beaucoup de gens ont des souci avec l’orientation. Du moins avec l’appréciation d’un itinéraire et sa restitution orale et concise. Ne vous contentez donc pas de vagues explications orales qui pourraient vous perdre davantage que vous ne l’êtes. Evaluer la fiabilité de la personne. Faites vous détailler les propos de votre interlocuteur carte ou topo à l’appui et en lui faisant confirmer à chaque fois ce qu’il dit en lui répétant ses propres explications : « donc là je tourne à gauche, c’est bien ça ? » par exemple.

  • Mauvaise expérience ? Faites-en un retour !

Votre petite ou grosse galère n’était pas la faute de votre manque de vigilance mais bien d’une erreur ou d’une absence de balisage sur le terrain ? Signalez-le ! Vous avez été ou serez probablement confronté à des signalétiques absurdes, mal placées ou inappropriées qui confinent davantage à se tromper qu’à prendre la bonne direction. Le site des sentinelles des sports de nature est là pour en faire état ! Parce qu’il est de la responsabilité des usagers des sentiers d’être les acteurs de leur pérennité et de leur qualité, Suricate vous invite à faire remonter toute anomalie constatée sur le terrain.

Balisage et randonnée

La règle d’or

Ne partez pas au hasard sur un chemin si vous n’êtes pas sûr de votre direction ! Ca peut paraître évident mais, à l’usage, on s’aperçoit que notre cerveau arrive souvent à éluder ce point ! Un peu en mode « on s’en fout, on verra plus tard au prochain croisement » ! Fatale erreur qui vous propulsera avec certitude dans une panade inextricable ! Arrêtez-vous tout de suite et utilisez les solutions décrites précédemment. Si rien ne ressort de ce brainstorming, un bon choix consiste à prudemment revenir sur ses pas, jusqu’à finir par retrouver l’élément qui vous remettra sur le bon chemin. Ne soyez pas effrayé par l’échec et sachez reculer plutôt que d’avancer bille en tête à l’aveuglette ! Cela pourrait vous compter de longues heures de marches supplémentaires.

En conclusion

Suivre un itinéraire balisé peut être plus complexe qu’on ne le croit ! Malgré le gros travail réalisé depuis plusieurs années pour améliorer et uniformiser le balisage sur les sentiers, de grosses lacunes peuvent encore être constatées qui peuvent grandement nuire à la qualité de votre expérience. En prévision de ces situations, et parce que vous êtes peut être aussi débutant dans l’univers de la randonnée, je vous invite à vous entourer des bons outils pour vous accompagner lors de vos sorties et à ne pas négliger l’aspect préparation. Dans un prochain article, j’aborderai le cas des itinéraires hors sentier qui nécessitent encore une toute autre approche !

Comments

    1. Merci Thierry pour vos commentaires ! Le site est pourtant en refonte et j’ai tellement de boulot que j’ai pas encore réussi à mettre à jour toutes les pages ! je suis content si déjà il suscite l’enthousiasme à ce stade 🙂

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