Ventoux : les Gorges de la Nesque

Quand on habite dans le sud de la France, vient toujours le moment où on entend quelqu’un vous parler des Gorges de la Nesque. La Nesque, c’est ce petit cours d’eau qui vient dessiner le contour de la partie méridionale du massif du Ventoux. Sa partie la plus courtisée court entre Sault et Méthamis où elle a ouvert de profondes gorges dans les flancs du géant. Le lieu impose sa force visuelle et offre de la fraîcheur à un territoire qui en manque généralement souvent. Et, singularité de l’endroit, on y trouve également une petite chapelle dédiée à Saint-Michel qui confère au lieu une aura spirituelle apaisante. Pour découvrir ce lieu, plusieurs itinéraires existent. Je vous présente ici le plus connu.

Difficulté : moyen | Longueur : 8,5 km | Durée : 3h35 | Dénivelé : 500m | Carte : IGN TOP25 1/25000è 3140ET Mont-Ventoux

Venir dans les Gorges de la Nesque

Le point de départ recommandé est le petit village de Monieux, dans le Vaucluse. Il n’y a pas d’itinéraire meilleur qu’un autre pour le rejoindre. A moins d’habiter le sud et de traverser en ligne droite le Lubéron, le plus roulant sera d’arriver, en entrée, par l’A7 et de viser Carpentras en prenant votre sortie entre Orange et Avignon. Quitter ensuite Carpentras par la D942 direction Mazan puis Villes-sur-Auzon. Poursuivre par la D942 – c’est la future route des gorges – jusqu’à Monieux. A l’entrée du village, piquer à droite par une petite route qui rejoint le lac du Bourguet. Stationnement libre.

La randonnée

Du Lac du Bourguet à Monieux : 1,1 km – 15mn

On aurait presque envie, à peine la voiture fermée et le sac à dos arrimé sur les épaules, de piquer direct vers les Gorges de la Nesque, indiquées sur les flèches des panneaux signalétiques. De rentrer dans le vif du sujet sans tourner autour du pot. Les plus impatients feront peut-être ce choix. On a préféré entretenir le suspense et démarrer par le moins intéressant : la route qui remonte à Monieux. Ce qui est fait n’est plus à faire et, personnellement, je trouvais ça mieux de commencer par une section de bitume quelconque plutôt que de finir par elle. La boucle peut, évidemment, se faire dans les deux sens mais c’est la version anti-horaire que je présente ici. Je le vis comme un petit échauffement, agréablement ombragé et sans réellement de circulation. Le petit vallon de Monieux a des allures de secret, discrètement calé dans un repli méridional du Mont du Moustier, sous l’oeil de son château ruiné.

De Monieux à la route des Gorges : 3,2 km – 1h10

Depuis la borne signalétique de La Palud (1), au pied du village, inutile de remonter tout en haut de celui-ci, vers la Combe de Saint-André. Au niveau du porche marquant l’entrée dans le vieux Monieux, il est possible de partir par la rue du Pré d’Estève, juste derrière. Aux dernières maisons succède un tout petit chemin qui se faufile dans la végétation et qui rejoint, un peu plus loin, le sentier balisé venant de la Tour de Guet.

>> Jonction avec le GR®9 qui relie le Jura au Var

C’est le dénivelé qui attaque. Un dénivelé somme toute toujours très gentil et progressif qui s’élève régulièrement sur le versant de la Côte Renard en dégageant rapidement de belles ouvertures sur Monieux et l’ensemble du Val de la Nesque, en direction de Sault et des reliefs des Baronnies. Assez vite on est à niveau avec le petit lac de Monieux, en contrebas (photo ci-dessous). Après s’être enroulé autour d’un escarpement rocheux, le chemin reprend sa progression avec une régularité de métronome en retrouvant un couvert de chênes blancs. Un massif poteau de bois brun finit par apparaître pour indiquer la direction du sentier des Chapelles  (2). A partir de là, il faudra reperdre un peu d’altitude jusqu’à rejoindre, plus bas, la route des Gorges, petit paradis des motards (3).

De la route des Gorges à la Peïsse : 1,6 km – 1h15

Changement d’ambiance immédiat. Les Gorges sont là, à nos pieds. Il n’y a qu’un tout petit bout de route à faire, à droite, pour retrouver les balises du GR®9 qui y plongent, à gauche. Immédiatement, on est saisi par la nature sauvage et raide du lieu. Le sentier descend très rapidement en direction du fond des gorges en se faufilant, au mieux, à travers un ensemble rocheux tapissé de buis. Puis vient le vrai panorama, à la faveur d’un arrondi du chemin qui officie comme belvédère naturel. On domine la Nesque qu’on entend couler plusieurs dizaines de mètres en-dessous. On devine son tracé dans cet environnement visuellement incroyable de falaises étagées et couronnées d’un tapis boisé et verdoyant. L’endroit a des allures d’oasis. Un petit jardin d’Eden qui se serait dissimulé dans un effondrement de terrain.

Le cheminement est au moins aussi enthousiasmant que le lieu. Tracé sur une large vire médiane, le sentier sinue en descendant sous des falaises creusées de balmes. Sa petite trace crayeuse flirte avec le vide en jouant avec la profondeur des gorges. On marche dans un petit paradis. On aimerait retenir le temps pour savourer plus longtemps cette descente. Mais la Nesque n’est pas le Verdon : seulement 110 petits mètres entre le haut et le bas. Alors ça passe vite et la rivière est rapidement là et, avec elle, de la fraîcheur et de l’ombre bienvenues. Nous voici dans le fond des Gorges de la Nesque, là où des hommes, en s’appuyant sur un énorme toit de roc, on érigé et dédié une chapelle à Saint-Michel (4). L’endroit est ermitique au possible et chargé d’une paix profonde.

Un petit passage à gué, amusant et sans difficulté (ci-dessous), permet de passer sur l’autre rive. Après une courte montée, on se fait happer par les énormes toits qui s’arcboutent au-dessus du chemin. Puis l’ascension reprend et on prend pied sur le dessus de ces remparts rocheux, dressés au-dessus de la Nesque et qu’on apercevait de l’autre côté, précédemment. La perspective s’inverse. Les Gorges se dévoilent maintenant côté pile. La vue sur le versant opposé, poncé et creusé par l’érosion de l’eau en balmes et en terrasses, se fait plus nette encore.

Vers l’amont, la Nesque invisible s’incurve au nord dans un défilé végétal et rocheux avant de disparaître à notre regard. En aval, des murs rocheux forcent le lit du torrent à s’étrécir, portes étroites vers une partie des gorges qui semble remplie de la promesse d’itinéraires aventureux. Petit à petit, le sentier prend de l’altitude en s’enroulant sur les épaulements qui prolongent les falaises des gorges. Le bruit de l’eau se fait moins net et la végétation s’épaissit autour du chemin, obstruant la vue vers la Nesque. Un dernier coup d’oeil sur le site, à la faveur d’une ultime éclaircie, puis c’est la forêt qui s’impose à nouveau. La pente se couche : nous voici à nouveau sur les hauteurs des gorges. La bifurcation est proche (5).

De la Peïsse au lac du Bourguet : 2,5 km – 45mn

Il faut laisser le GR®9 s’en aller à droite, en direction de Saint-Hubert. Notre boucle, elle, se poursuit par la gauche via un sentier très provençal : une petite trace qui se taille son passage parmi les buis, les chênes et les bouquets jaunes de spartiers à tiges de jonc. Le paysage environnant n’est que rondeurs et verdure, à l’image du sommet boisé et arrondi du Coulet de Coudon, 828 mètres, qui apparaît sur la droite, plus loin. Puis, peu après l’intersection de Fond de Jean (6), les falaises du Vallon de Peissonnier commencent à se révéler en toile de fond. Le lit de la Nesque, qui se déroule à gauche, se rétrécit à nouveau, sans toutefois atteindre le niveau de spectacle des gorges. Le chemin descend doucement pour se rapprocher du lit du petit torrent. Au-delà des falaises, un couloir étroit, ouvert entre un mur de roche et un autre de buis, fait entrer le randonneur dans un défilé ombragé. Puis la vue s’ouvre à nouveau lorsque le chemin jaillit au niveau du Lac du Bourguet. Fin de l’aventure !

Le mot de la fin

Ca fait plaisir d’avoir enfin découvert ces Gorges de la Nesque. Ce sont complètement des incontournables dans ce secteur du Ventoux. Le Ventoux, cet énorme terrain, tant côté nord que côté sud et dont ces gorges ne représentent qu’une toute petite parcelle. Une parcelle riche d’autres possibilités. Ce circuit est l’itinéraire standard quand on vient randonner dans le coin. Si on se fie à la carte et au terrain, on remarque quelques autres possibilités de sentiers secondaires qui ont l’air prometteurs. Un match retour à prévoir donc dans ce petit coin du Vaucluse !

by-nc-ndCe reportage Carnets de Rando, sous licence Creative Commons, est la propriété exclusive de Carnets de Rando. Son usage à des fins non commerciales est autorisé à condition de mentionner son appartenance au site www.carnetsderando.net. Pour toute autre utilisation, merci de me contacter.

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