Vestes hybrides : le mariage des genres

L’univers marketing de la randonnée a toujours été friand de concepts et de termes finement pensés pour titiller la curiosité de l’acheteur et nourrir ses envies de consommer. On voit donc fleurir très régulièrement de nouvelles catégories de produits là où on pensait avoir déjà tout vu. C’est ça la magie de la société de consommation. Non pas que les-dits produits soient superflus mais, plutôt, qu’ils peuvent alimenter une certaine confusion chez le public quant à leur nature ou leur usage. Les vestes hybrides, apparues dans le même rayon que les softshell et les hardshell, en sont un bon exemple. Qui sont-elles ? D’où viennent-elles ? Pourquoi sont-elles là ? Je vais tâcher de répondre à ces questions dans ce nouveau dossier matos.

L’hybridation a atteint la randonnée. On connaissait les voitures hybrides, maintenant voilà les vestes hybrides. On nous avait déjà perdu avec les anglicismes des softshell et des hardshell. Comme l’absence de limpidité de ces termes marketing semblait acquise dans la douleur et passée dans le langage courant, il a fallu stimuler à nouveau la curiosité naturelle du consommateur quitte, au passage, à le reperdre encore un peu davantage en chemin. La tendance hybride était née. Alors, ouvrons maintenant notre Larousse page, euh… Mince, pardon, on est en 2020, plus personne ne connaît le mot Larousse. Ouvrons Wikipedia alors et lisons.

« Qui provient du croisement de variétés ou d’espèces différentes« . Lu comme ça, on pense plus à Alien ou Resident Evil qu’à de l’outdoor. Mais qu’a-t-on donc croisé, exactement, pour obtenir ces fameuses vestes hybrides ? Avec quel génome les apprentis sorciers du textile ont-ils joué dans leurs laboratoires ultra-secrets au péril de la science ? La réponse est finalement assez simple et se laisse même deviner par un simple coup d’œil au produit fini. Moitié doudoune, moitié softshell, la veste hybride s’est lancée à la conquête des marchés, histoire d’empiéter un peu dans les champs d’expertise de l’une et de l’autre et d’aguicher les utilisateurs actifs qui souhaitent faire de la place dans leur sac avec des articles 2 en 1.

VESTES HYBRIDES : LA SOFTSHELL UPGRADÉE

Quand les softshell ont débarqué, elles ont immédiatement séduit par leur polyvalence et se sont posées en concurrentes sérieuses des polaires. Jusque là, la seule combinaison disponible était celle de la polaire et de la veste de pluie, avec les contraintes de poids, d’encombrement et de respirabilité qu’elle entraînait. Les softshell, elles, ont ouvertement déclaré qu’elles savaient – presque – tout faire : protéger du vent, des petites averses, évacuer les degrés en trop mais aussi garder au chaud. Le tout en conservant une bonne amplitude de mouvement. Qui dit mieux ? Personne d’accord. Oui mais… Car il y a toujours un mais.

Le « mais » c’est qu’à vouloir ratisser aussi large, certaines softshell ne sont, au final, que moyennes partout. À tout faire à peu près bien, on ne fait jamais rien de très bien. La polyvalence ouvre des failles et pose des limites dans l’usage. Notamment au chapitre du thermique, la plupart des softshell n’étant que peu isolantes, à l’exception de celles doublées en polaire. Tout cela signifie que, selon les conditions du moment, on peut se retrouver à vite avoir froid avec sa softshell. Et le froid, c’est l’ennemi de toujours. Pire que la pluie. La réponse au froid est alors de se couvrir davantage – d’où l’expression, en rajouter une couche – et ce n’est pas la bonne solution.

veste hybride

C’est là, dans ce tout petit créneau du frisson dans le dos, que les vestes hybrides arrivent héroïquement. Le problème de la thermicité limitée de certaines softshell, elle l’ont résolu. Comment ? Trop simple : remplacer la matière exposant au froid les organes vitaux du torse par de la doudoune. Une méthode que la doublure polaire, parfois présente dans les softshell, avait commencé à explorer mais dont le pouvoir thermique de la doudoune repousse l’efficacité. En fait, c’était tout bête, il suffisait d’y penser. Les vestes hybrides ne remplacent donc pas les softshell : elles les complètent dans certaines situations. L’effort est parfois aussi porté aux manches au point que, selon le produit, on ne sait plus trop si la veste penche plus du côté de la doudoune ou de celui de la softshell.

PETIT RAPPEL SUR LES QUALITÉS DU DUVET

On l’a déjà lu et vu mille fois mais c’est le genre d’explication qu’il est bon de rappeler car, comme la PLS pour les premiers soins, on l’oublie tout le temps. Le génie du duvet c’est de savoir piéger l’air : on l’appelle le pouvoir gonflant et on le mesure en cuin. C’est lui qui emprisonne l’air chaud envoyé par le corps et qui fait qu’on n’a pas froid. On n’a rien inventé : on a tout piqué aux canards et aux oies, qu’on plumait jadis à vif – magnifique – mais auxquels on fait un peu plus attention aujourd’hui, contrôles obligent, grâce à la norme RDS – rien à voir avec votre autoradio – qui trace l’origine des plumes pour pouvoir remonter jusqu’aux élevages. Plus le cuin est élevé, meilleures sont les qualités thermiques du duvet. À cela on ajoute en général un pourcentage de plumettes pour ventiler toutes ces plumes et garantir un peu de respirabilité à l’ensemble. Ce sont les chiffres, par exemple, 80/20 qu’on peut lire sur les étiquettes : 80% de plumes et 20% de plumettes. Et plus y’a de plumettes, plus on perd en thermicité. Voilà, c’est bien résumé vous trouvez ?

VESTES HYBRIDES : QUAND LES PORTER ET NE PAS LES PORTER ?

J’en reviens à avant. Parce qu’avant c’était quand même plus simple. Je n’ai pas dit mieux, j’ai dit plus simple, c’est pas pareil. La simplicité tenait à l’absence de choix. Tu fais de la rando ? En montagne ? Tu prends une polaire et une veste imperméable et tu te tais. Aujourd’hui il y a de quoi se perdre quand on débarque au rayon rando d’un magasin de sports et qu’on n’y connaît rien. On l’a déjà vu pour les chaussures. C’est la même chose pour le textile. Aujourd’hui il ne faut pas chercher à s’équiper avec une ou deux vestes et se dire qu’elles répondront à toutes les situations. Non. Aujourd’hui, si vous cherchez le Graal de la perfection, c’est toute une garde-robe qu’il va vous falloir acquérir.

Ce que vous allez porter et/ou mettre dans votre sac à dos va se décider en fonction du scénario de votre randonnée : conditions météo, température, difficulté de la randonnée et type d’effort fourni. La définition de chacun de ces paramètres fera que vous allez vous habiller de telle façon plutôt que d’une autre. Les vêtements se sont tellement spécialisés qu’on peut désormais avoir ce luxe du choix de la bonne combinaison pour améliorer son confort en rando. Alors quand sortir ses vestes hybrides ? C’est ce que nous allons essayer de voir maintenant.

veste hybride

On va rappeler, avant toute chose, que les vestes hybrides sont d’abord des vestes d’action. Leur ADN de softshell en fait des produits qu’on va porter pendant la randonnée. Le côté stretch de leur construction différenciée est censé libérer le mouvement du marcheur tout en le protégeant du froid. Détaillons ensuite les différents scénario possibles pour en définir le meilleur usage.

Je porte ma veste hybride quand il fait frais, sans vent ou sans trop de vent (>10°)

Bof. Vous pouvez mais il risque de faire bien bien chaud là-dessous. Il faudra clairement que l’effort ne soit pas violent (peu de dénivelé ou marche tranquille). Une softshell me paraît plus adaptée. Pas de contre-indication, en revanche, au moment de la pause ou du bivouac.

Je porte ma veste hybride quand il fait froid, sans vent ou sans trop de vent.(5° à 10°)

Mouais, ça peut passer. Vous courez le risque d’avoir éventuellement un peu chaud. Ne prévoyez donc pas un trop gros effort (dénivelé moyen ou rythme tranquille). Une polaire pourra faire le boulot et, selon le modèle (lightweight ou midweight), respirera peut-être même mieux. Peut convenir à la pause ou au bivouac pour remplacer une doudoune.

Je porte ma veste hybride quand il fait froid et qu’il y a du vent. (-5° à 5°)

Oui, absolument. Là on est dans le champ d’expertise du produit. L’hybride combine le côté coupe-vent de la softshell et les qualités thermiques de la doudoune qui faisaient défaut à la softshell. On a le meilleur des deux. C’est l’usage recommandé, même dans l’effort, avec cependant des résultats en respirabilité variables selon les modèles. À l’arrêt ou au bivouac, en position immobile, on peut parfois commencer à en ressentir les limites.

Je porte ma veste hybride quand il fait très froid et qu’il y a du vent. (<-5°)

Là on risque d’être un peu limite. Tout va dépendre de votre métabolisme et de l’effort à produire. L’hybride, au-delà d’un certain seuil – de température et/ou d’altitude – perd en efficacité. Ce n’est pas une veste de grand froid, ni d’alpinisme. À ce stade de nos scénarios, le marcheur aura probablement déjà sorti de son sac sa hardshell 3ème couche. À l’arrêt ou au bivouac, il préfèrera la doudoune intégrale.

Je porte ma veste hybride quand il y a une averse.

C’est plus ou moins prévu, comme pour les softshell. Avec un degré de réussite variable. Rappelons que qui dit doudoune, dit souvent duvet. Et que le duvet et l’humidité ne font pas bon ménage. Il peut même perdre de son efficacité une fois en contact avec elle. La qualité de la déperlance varie selon les modèles : traitement externe, duvet naturel ou synthétique. Bien se renseigner avant de l’exposer à une averse prolongée.

Je porte ma veste hybride quand il pleut.

La réponse est bien évidemment non. À ce stade, vous avez déjà sorti votre Gore-Tex bien sûr.

ET MOI J’UTILISE QUOI ?

Alors ma veste hybride du moment, ce sont les italiens de Camp qui l’ont fabriquée. Elle porte le nom élémentaire d’Hybrid Jacket. Pas de chichi marketing : ça veut dire ce que ça veut dire. Je l’ai en version noire. J’adore sa ligne, bien épurée, avec les liserés jaunes qui marquent les zips et le contour de la capuche. Ce que j’aime surtout c’est sa coupe, ultra slim. Vous ne le savez peut-être pas mais je suis un grand échalas très mince. Je flotte donc ultra vite dans les fringues. Et là, miracle, la veste me va comme un gant. Pile la bonne longueur pour les manches et sans que ça flotte au niveau du corps. Ça m’habille au poil. Et je la trouve aussi élégante et, d’ailleurs, je la porte en ville fréquemment plutôt qu’un manteau. Je l’ai prise en L pour 188cm et 68kg.

Sur le papier, les données annoncent du duvet de canards certifié RDS à 80% et de la plumette à 20%. On atteint les 600 cuins : très correct sans être non plus exceptionnel. Il faudra pas qu’il fasse non plus trop trop froid. Pour le côté softshell, les éléments sont donnés en Flextex, un tissu coupe-vent stretch léger et traité déperlant. Côté finitions, on trouve deux poches latérales zippées pour les mimines et des poignets élastiques avec manchons qui évitent aux manches de remonter intempestivement. Sans oublier une capuche, bien serrée, avec une bordure élastiquée.

Sur le terrain, j’en suis plutôt content pour le moment. J’ai vite chaud dedans quand je l’utilise autour de chez moi en Provence. Je préfère l’enlever, suer un peu et la passer quand je m’arrête, surtout quand le vent commence à souffler. Après, j’ai un métabolisme qui supporte très bien le froid et qui chauffe très facilement. Même en ski de rando la dernière fois, à la Croix du Vallon, j’ai commencé avec elle et je l’ai virée très vite. Pour l’instant, c’est une veste hybride que j’utilise pendant la pause, quand je me rafraîchis, ou quand je marche sans forcer, à plat ou avec ma petite, les mains dans les poches. Et elle s’oublie vite dans le sac avec ses 440g.

Prix : 99 à 120 euros (selon le marchand – achetée chez Ekosport pour moi)

vestes hybrides

VESTES HYBRIDES : FOIRE AUX QUESTIONS

Parce qu’il est impossible d’être exhaustif sur un sujet – d’abord parce qu’on ne pense pas à tout et ensuite parce que le grand nombre de vestes sur le marché fait émerger des cas particuliers – je clôture ce dossier par une FAQ ouverte. Autrement dit je me laisse la possibilité d’y répondre à de nouvelles questions qui pourraient être posées suite à la publication de ce sujet. En voici déjà quelques-unes, en marge des généralités déjà évoquées depuis le début de cet article. N’hésitez pas à poser les vôtres !

Est-ce que la veste hybride est respirante ?

Voilà des années qu’on sait que, comme les plantes et les êtres humains, les vêtements respirent eux aussi. Du côté des vestes hybrides, la plupart des fabricants annoncent que la respirabilité figure au cahier des charges. Avec, cependant, des résultats variables selon la technologie employée. La qualité de cette respirabilité dépend aussi de la juste adaptation du produit à votre activité. Si vous investissez dans une hybride reconnue pour ses grandes qualités thermiques et que vous l’utilisez dans des conditions insuffisamment froides, il y a des chances pour que vous remettiez en cause sa respirabilité.

Combien pèse une veste hybride ?

Le poids est incontestablement l’un des très gros avantages des vestes hybrides. Qui dit doudoune dit plume. Et qui dit plume dit légèreté. Sur la balance, une veste hybride oscille actuellement, en moyenne, entre 400 et 550 grammes. À ce point fort s’ajoute, évidemment, la très bonne capacité de compression du produit. Par rapport à une softshell, on est vraiment gagnant dans le sac à dos à trimballer une hybride.

Les vestes hybrides se portent-t-elle en deuxième ou troisième couche ?

Les vestes hybrides se destinent essentiellement à une utilisation en solo. Entendez, bien sûr, en deuxième couche, par-dessus un tee-shirt – mailles fraîches ou mailles chaudes. La plupart ont des coupes proches du corps pour épouser vos lignes et vous procurez du confort pendant vos mouvements. Ne prenez donc pas trop grand en taille ! Cet aspect slim est utile pour enfiler, par dessus, une éventuelle troisième couche.

Quel duvet pour mon hybride : synthétique ou naturel ?

Une question qui fait écho à celle posée pour le choix d’une doudoune ou d’un sac de couchage. La problématique du duvet – d’oie ou de canard – reste la même dans le cas des vestes hybrides : c’est le meilleur isolant et aussi le plus léger. Mais il perd tous ses moyens face à l’humidité. Le synthétique prend alors le relais, moins compressible et plus lourd. C’est un choix à faire par rapport à sa manière de pratiquer l’activité. Si vous savez que vous exposez facilement aux mauvaises conditions, optez pour le synthétique. Autrement, le duvet naturel sera plus adapté, à compléter par une veste de pluie pour le protéger éventuellement.

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