La Sainte-Victoire, les Cantilènes, Van Gogh et moi

cantilènes

Il y a toujours quelque chose à faire à la Sainte. On ne se lasse ni de la découvrir, souveraine et immense, depuis la route Cézanne, ni de la parcourir. Par ses sentiers les plus connus, de la face nord et de la face sud, mais aussi par ses itinéraires plus secrets, camouflés dans les replis de ses ravines. Au total 14 possibilités d’atteindre la crête sommitale, à près de 1000 mètres d’altitude, et des combinaisons multiples. Le Pas du Clapier en est une, ersatz du sentier marron, se fichant au mètre près pile au centre du massif et échappatoire idéal pour dévaler la face sud et rejoindre les parkings de départ. Les Cantilènes en sont une autre, appellation poétique tenant presque aujourd’hui de la tradition orale, qui surligne la massive paroi du Signal, en toute discrétion, juste au-dessus du sentier noir. En voici aujourd’hui les clés pour vous permettre de les parcourir en toute sécurité, avec le plus d’informations et d’éléments collectés sur le terrain. Le tout agrémenté d’une réflexion sur la Nature au travers du prisme d’un fameux peintre néerlandais.

Difficulté : difficile | Longueur : 5,25km | Durée : 3h05 | Dénivelé : 645m | Carte : IGN TOP25 1/25000è 3244ET Montagne Sainte-Victoire

Du parking des Deux Aiguilles à la Marbrière : 2km – 330m – 1h – moyen

J’aime démarrer mes micro-aventures à la Sainte du parking des Deux Aiguilles. Sa position équidistante des principaux points et passages est sa force. Et l’endroit est chaleureux. Face à la muraille aixoise, on y ressent à la fois le parfum d’excitation précédant les grandes courses comme la brise légère et insouciante accompagnant les pique-nique en famille. Le pied des falaises accueille sans distinction les débutants et les experts, les promeneurs comme les grimpeurs, les nouveaux comme les anciens. Après avoir traversé la route, je mets le pilote automatique sur la trace du sentier noir qui permet, depuis les Deux Aiguilles, de rejoindre le Garagaï. Ce dernier est visible loin, tout là-haut, dans l’ombre de la Croix de Provence, ouverture béante avalant le vent et les marcheurs. Je marche sur les racines de la montagne, au milieu d’une étendue de cistes et de chênes kermès. J’en viens à rapidement croiser le sentier marron, la rocade locale, qui dessert chacun des accès de la face sud dont il parcourt toute la base, du refuge Cézanne jusqu’à Saint-Ser. Je quitte le noir et m’engage sur ce marron (1). C’est un parcours agréable, enchaînant d’agréables sections planes à de courtes ascensions, façon sentier balcon. Il est la frontière entre la partie familiale de la Sainte et l’univers de rocs, de vires et de falaises que n’empruntent que les marcheurs et grimpeurs aguerris. L’ouverture de la grotte du Cheyenne apparaît rapidement sur la droite (2). Il est possible de s’y rendre en un court aller-retour depuis le sentier marron. Le sentier n’est pas indiqué mais il est évident lorsqu’on passe au niveau de la grotte.

La grotte du Cheyenne : les amateurs d’exploration souterraine devront se munir d’une lampe, de vêtements qu’ils n’auront pas crainte de salir, aimer ramper et être indifférent aux araignées. Lors d’une visite, je n’avais pas été plus loin qu’une douzaine de mètres dans ce boyau bas de plafond dans lequel ramper n’est pas qu’une option et où une mare de boue m’avait arrêté net.

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Depuis la Grotte du Cheyenne, un coup d’oeil sur l’itinéraire à venir. Fiché dans la paroi du Signal, on distingue la ligne boisée de la vire des Cantilènes, notre parcours du retour.

Retour à l’air libre. Le sentier marron, après une courte grimpette, s’étire à plat quelques temps avant de s’élever à nouveau d’une trentaine de mètres. On prend pied sur une épaule (3). Attention à ne pas poursuivre tout droit : à cet endroit [43°31’29.14″N-5°36’6″E, point coté 555 sur l’IGN], le balisage au sol indique de tirer à gauche et d’entamer ainsi son ascension en direction de la Marbrière. Un sentier bien dégagé me fait progresser en une trace ascendante aisée avec la paroi du Signal en ligne de mire. Un large lacet à droite inverse le sens de progression. Me voici maintenant grimpant vers l’est, jusqu’à atteindre l’intersection de la Marbrière (4), qu’on peut visiter également en aller-retour.

Sur le sentier marron, en chemin vers la Marbrière, avec la falaise du Signal en toile de fond. Grandiose !

La marbrière : l’architecture d’Aix et de ses environs doit beaucoup à ce marbre de la Sainte-Victoire dénommé marbre du Tholonet. Les carriers montaient ici, dans la face sud, pour extraire ces roches datées de 70 millions d’années en sciant directement dans la falaise des blocs de neuf mètres sur cinq. On peut encore voir, le long du chemin, les trous dans la roche qui servaient de points d’ancrage aux treuils assurant la descente des blocs. Sur place, des coins en métal rouillés s’aperçoivent sous un bloc : ils permettaient le décollage final de ceux-ci. Des chevaux, puis des camions, se chargeaient ensuite de l’acheminement vers les gares d’Aix ou de Fuveau. Jusqu’à trente ouvriers ont travaillé ici entre 1851 et 1930. L’activité a définitivement cessé avant l’année 1935.

Courte visite au site de la Marbrière, lieu historique d’extration du marbre dit du Tholonet au 19ème siècle.

De la Marbrière au Pas du Clapier : 0,5km – 260m D+ – 45mn – assez difficile

Le sentier marron s’échappe au-dessus de la Marbrière, peu ou prou moyennement distinguable sur les premiers mètres. Il colle à la végétation, flirtant avec la limite des ravins avant de revenir se poser, presque à plat, sur une courbe de niveau. Je relève la présence d’un cairn et d’un balisage peint, au sol (5). Une trace verte s’échappe par la gauche en direction des falaises et du Pas du Clapier [43°31’38.7″N-5°36’15.1″E].

Le cairn et le balisage au sol indiquant le départ du sentier vert, en direction du Pas du Clapier, depuis le sentier marron

Le balisage, vert, sera de qualité tout du long. La première partie consiste à s’échapper d’une section boisée, d’abord par un chemin évident et bien tracé, ensuite par le franchissement de courtes sections rocheuses, sans difficulté véritable.

Premiers mètres sur le sentier vert, vers le Pas du Clapier. En arrière-^plan on aperçoit la zone du sentier marron qu’on vient de quitter. Les premiers petits ressauts rocheux sont très faciles à franchir.

S’ensuivent quelques mètres, plus raides et glissants avant que l’itinéraire s’applique à faire sa trace dans un univers de gradins rocheux, empruntant habilement chacune des zones de faiblesse du terrain. Les parties en roche ne sont jamais difficiles, ni exposées, dépassant rarement le II/III en cotation escalade.

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Les ressauts suivants, plus apparentés à de courtes dalles, mais toujours aussi peu difficiles

Peu après 850 mètres, on prend pied sur un dernier étage, à l’aplomb de la crête sommitale. Une partie plus minérale qui dessert la section finale, sorte de rampe pierreuse couchée et lézardée servant d’échelle vers la sortie. C’est la partie la plus rocheuse, où mettre les mains sera indispensable. La difficulté de l’ensemble est minime. La qualité de la roche, son inclinaison raisonnable et son accessibilité au niveau des prises est rassurante. Rien qui ne soit plus facile ou plus difficile que sur le sentier noir. On sort finalement sur la crête sommitale [43°31’48.2″N 5°36’09.6″E], entre deux cairns, avec une indication peinte sur un rocher, au sol, « Pas du Clapier » (6).

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Sortie du Pas du Clapier. Une dernière rampe un peu plus difficile que les précédentes mais qui demeure toujours très accessible.
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La marque de balisage indiquant l’entrée/sortie du Pas du Clapier au niveau de la crête sommitale

Du Pas du Clapier au départ des Cantilènes : 1km – 30m D+ – 15mn – assez facile

Crête de la Sainte-Victoire. Le pays du vent et des dieux. L’obstacle de la face sud franchi, c’est l’air frais de l’altitude qui cueille le marcheur tout là-haut, avec plus que le ciel au-dessus de la tête. La roche nue et boursouflée cède la place à des jardins hirsutes de genévriers cades qui plongent à leur tour dans des vallons béants côté nord. Vauvenargues se révèle en contrebas, étiré autour de son château. Puis viennent des lignes de relief, répétées à l’infini : le Luberon, la Montagne de Lure, le Sisteronnais et, encore plus loin, le Dévoluy, le Gapençais et les Ecrins.

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La grande brèche qui succède immédiatement à la sortie du Pas du Clapier et qu’on contourne en direction du Signal et, au loin, de la Croix de Provence

Une parenthèse personnelle

Les paroles de Van Gogh, fantastiquement incarné par Willem Dafoe dans le récent film At Eternity’s Gate (Julien Schnabel, 2018), me reviennent en tête : « Face à un paysage étendu, tout ce que je vois, c’est l’éternité. Suis-je le seul à voir ça ?« . Si Cézanne demeure, par définition et ancrage, le peintre aixois de référence, il est bon de rappeler que Vincent Van Gogh lui fut contemporain, parcourant la Provence d’Arles et des Alpilles à la fin du 19ème siècle quand Cézanne, de son côté, promenait ses pinceaux et ses toiles sur et autour de la Sainte-Victoire. Qu’aurait pu donner le massif à travers le prisme habité du peintre néerlandais ? Je me le demande parfois. Van Gogh était un marcheur. Ou plutôt un pèlerin à tendance mystique. La Sainte-Victoire aurait été une source intarissable pour nourrir sa vision de la Nature et du cosmos. Derrière chaque arbre, chaque pierre, chaque branche, il voyait la vraie beauté du monde, l’invisible derrière le visible, le divin derrière la matière. Et cette force brute, cette énergie absolue, le terrassait et le hantait, à la fois fascinante et terrifiante. « L’essence de la Nature, c’est la beauté. Quand je regarde la Nature, je vois beaucoup plus clairement le lien qui nous unit tous. Une énergie vibrante qui transmet la voix de Dieu. C’est parfois si intense que je perds conscience. »

Van Gogh/Dafoe dans l’un de ses élans de communion avec la Nature. Image extraite du film At Eternity’s Gate

Aux yeux de ses contemporains, il était fou. Pourtant Van Gogh voulait leur transmettre un message, partager une vision avec eux. « Je vais montrer ce que je vois à mes frères humains qui ne le voient pas. » Quand on s’intéresse, à plus large échelle, à la cosmologie universelle, notamment à la notion de Dieu en tant que plan invisible tissant sa toile entre chaque particule, aussi infime soit-elle, de l’univers, on ne peut être que frappé par les similitudes entre les expériences mystiques de Van Gogh et les voyages intérieurs des chamanes, ainsi que par l’étrange proximité de leur regard et de leur lien à la Nature. « Je sens que Dieu est la nature et la nature est la beauté« , dit-il dans le film. Van Gogh n’était peut-être pas fou. Il n’était peut-être qu’un personnage incarné dans la mauvaise époque. On l’entend d’ailleurs dire à Mads Mikkelsen (dans le rôle d’un prêtre), plus tard : « Je pense que je suis un pèlerin, un exilé sur cette Terre. Peut-être que Dieu s’est trompé d’époque et me fait peindre pour des personnes qui ne sont pas encore nées. Il est écrit : la vie est faite pour semer, la récolte vient après. » J’aime particulièrement le sens de cette phrase qui nous invite à nous détacher des choses et à renoncer à vouloir leur donner un sens immédiat. Van Gogh avait vu juste. Son oeuvre ne s’est révélée que des années après. Son message et sa force, inaudibles de son vivant, ont trouvé leur chemin vers le coeur et l’esprit de gens nés des années après lui. L’un de ses grands enseignements tient au regard qu’il nous incite à poser sur la Nature. Un regard que résume bien une parole de Jésus, un autre grand mystique dont la notoriété ne s’est pas construite de son vivant et auquel s’identifiait beaucoup le peintre. Il disait : « Détourne ton coeur des choses visibles et tourne toi vers les choses invisibles. » C’est ce que je m’emploie à faire en randonnée, à me reconnecter à cette Nature, à cette matrice et je peux en ressentir les bienfaits à chaque fois.

Fin de la parenthèse

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Les grands espaces sommitaux de la Sainte-Victoire, dans lesquels le marcheur déambule entre le Pas du Clapier et le départ des Cantilènes.

Je me reconcentre sur les balises rouge et blanc du GR®9, la rocade – partie haute – de la Sainte, qui relie Vauvenargues à Puyloubier. Repérer le départ du sentier des Cantilènes n’est pas un exercice aisé pour qui ne l’a jamais emprunté. Il faudra attendre d’être en vue du sommet du Signal pour guetter ce large collet desservant une pente de roches calcaire où s’aventurer semble acceptable. L’oeil averti y repérera un cairn discret, cinq mètres sous la ligne de crête. Maigre indice pour dire « c’est ici » (7). Pas de chemin, pas de marque. Juste ce cairn invitant à faire sa propre trace dans cet espace vierge. Voici les coordonnées de l’endroit pour vous aider dans votre recherche : 43°31’47.2″N 5°35’28.6″E.

La zone de départ de l’itinéraire de descente vers les Catilènes. On voit Raphaèle, dans le fond, près du départ. Au premier plan, un cairn identifiable pour localiser la zone.
La zone de départ, au niveau de Raphaèle. Notez, entouré en bleu, le cairn cité dans l’article.

Du départ des Cantilènes à la jonction avec le sentier noir : 0,5km – 25m D+ – 230m D- – 30mn – difficile

A partir du moment où le pied franchit la crête et bascule vers la face sud, dans l’inconnu, on sort définitivement de sa zone de confort. Les Cantilènes ne sont pas, à proprement parler, d’une difficulté insurmontable ou d’un engagement extrême. Elles n’en demeurent pas moins un authentique itinéraire de montagne, où la recherche de la bonne trace est capitale et où l’exposition demeure présente. Une fois le cairn précédemment évoqué repéré, le mieux est de se tenir à gauche de la pente, sans non plus dépasser la crête bien marquée car, derrière, ça bascule raide.

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Les tout premiers mètres, juste après avoir quitté la crête. On cherchera le passage le plus simple dans les dalles pour rejoindre le cairn aperçu de la crête.

A mi-pente, l’oeil exercé retrouvera un cairn indiquant la voie par une petite fissure végétalisée, praticable sur ses deux jambes, sans mettre les mains, qui descend en biais jusqu’à un endroit où la pente s’apaise. Un petit cairn s’y retrouve à nouveau, annonçant un chemin bien marqué descendant dans les cailloux en zig-zaguant.

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La fissure en question, passage le plus logique pour continuer la descente.

On vient buter au-dessus d’un petit mur rocheux [43°31’44.06″N-5°35’27.5″E] : suivre la trace qui descend à gauche derrière un bosquet d’arbres. Elle dessert le haut d’un goulet rocheux qu’il faudra désescalader (III) pour prendre ensuite pied sur une épaule, au sommet du couloir libérant l’accès à la vire.

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La petite désescalade qui permet de prendre pied sur la terrasse d’arrivée de l’Aiguille des Gadz’arts.

C’est l’arrivée de la grande voie de l’Aiguille des Gadz’arts pour les grimpeurs. N’hésitez pas à aller vous y percher quelques minutes pour profiter du spectacle grandiose de la paroi du Signal.

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Petite pause contemplative depuis le sommet de l’Aiguille des Gadz’arts. Ce n’est pas tous les jours qu’on peut admirer la paroi du Signal d’aussi près quand on est simple randonneur !

Descendre ensuite à droite, dans ce couloir bien marqué et boisé, protégé à main gauche par un haut mur rocheux.

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Descente de la cheminée boisée planquée derrière l’Aiguille des Gadz’arts et permettant de rejoindre la vire.

Il débouche sur un petit chemin s’étirant sur toute la longueur d’une vire tracée dans la paroi sud du Signal.

A propos de la vire

La vire est le temps fort de l’itinéraire des Cantilènes mais aussi son point le plus exposé. Elle chemine une centaine de mètres au-dessus du sentier noir : autant dire que la chute est proscrite. Cependant, ayant parcouru par le passé un certain nombre d’autres vires autrement plus dangereuses (celle d’Archiane me revient en premier à l’esprit, entre autres) voici ce que je peux vous en dire pour que vous puissiez, au mieux, en cerner la nature et apprécier votre capacité à l’emprunter.

  • taille du passage : le chemin en lui-même est un petit sentier, assez étroit, où on croise difficilement. Mais la vire est plus large que le chemin proprement dit. On ne s’y sent donc pas foncièrement en danger.
  • nature du terrain : le chemin est propre, sans piège. Il n’est pas non plus déversant. De petits chênes y poussent à intervalles réguliers, constituant ainsi une barrière naturelle rassurante. Je ne relève que deux endroits qui nécessitent de cotoyer réellement et rapidement le vide. Deux endroits où la vigilance demandera d’être double donc. Vous évoluez en terrain montagne, songez donc également aux possibilités de chutes de pierre au-dessus de vous.
  • longeur de la vire : la vire n’est longue que d’une centaine de mètres.
  • protection de l’itinéraire : les Cantilènes ne disposent d’aucune protection artificielle (chaînes, cordes, câbles ou autre)

En résumé, vous pouvez pratiquer la vire des Cantilènes si :

  • vous avez l’expérience de terrains montagne hors-sentier avec passages gazeux non protégés
  • que vous n’êtes pas sujet au vertige
  • que vous avez le pied sûr
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Aperçu de la vire des Cantilènes à un endroit « exposé ». Au fond, on distingue bien l’Aiguille des Gadz’arts et la cheminée boisée par laquelle on est descendu.

La sortie de la vire se fait au niveau du départ de la seconde partie de la grande voie dite du Grand Parcours, un beau pilier calcaire qui rejoint le sommet du Signal. On bascule ensuite dans le cirque rocheux et arrondi délimitant le versant ouest de ce sommet. On retrouve un cairn, plus bas, qui invite soit à continuer tout droit, sur le flanc de la montagne, soit à basculer dans la pente à gauche. C’est ce qu’il faudra faire pour rejoindre bientôt le sentier noir.

La pente, un peu glissante, rejoint de petits arbres et on débouche en haut d’une sorte d’entonnoir constitué de dalles calcaires. Le mieux est, à mes yeux, de commencer par tirer tout à droite, en direction de la partie opposée de cet entonnoir, en utilisant le relief formé par l’une de ces dalles, sur lequel il est facile de progresser. On prend ainsi pied au sommet d’une espèce de cheminée inclinée dans laquelle il est alors aisé de descendre. En bas de celle-ci, continuer à exploiter les zones de faiblesse du terrain en progressant de biais, en légère descente à gauche, pour progressivement arrondir à droite en atteignant le rebord du cirque. Viser ensuite les nombreux cairns disposés autour du sentier noir qu’on rejoint au niveau d’une épaule (8). [43°31’41.87″N-5°35’16.71″E]

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Une vue d’ensemble du tracé des Cantilènes, ainsi que du tracé du sentier noir, une fois celui-ci rejoint.

De la jonction avec le sentier noir au parking des Deux Aiguilles : 1,25km – 325m D- – 35mn – assez difficile

Retour sur le sentier noir. Si cette jonction marque les retrouvailles avec les balises, évocation visuelle rassurante après cette incursion dans la Sainte-Victoire sauvage, elle n’en annonce pas pour autant la fin de la vigilance et des difficultés. Le sentier noir reste un itinéraire parfois technique où la gestion du pas et de l’équilibre sont de rigueur. La partie à parcourir ici réserve au randonneur quelques sections encore accidentées, entrecoupées de segments plus roulants. Quand on n’est pas occupé à regarder ses pieds, on s’arrêtera quelques instants pour se retourner et contempler cette somptueuse falaise du Signal. On s’amusera alors à repérer la vire des Cantilènes sur laquelle on progressait quelques dizaines de minutes auparavant. Un moyen simple et ludique de mesurer notre petitesse à l’aune de cette titanesque Sainte-Victoire.

Dans la descente du sentier noir avec, en toile de fond, la paroi du Signal et la trace des Cantilènes, bien visible dans la face.

Gardez ensuite les yeux bien ouverts pour débusquer les balises noires, pas toujours évidentes à suivre comme j’ai pu le constater en regardant d’autres randonneurs progresser avec hésitation. Vous rejoindrez ainsi le large goulet délimitant d’un côté le secteur d’escalade dit du « Labo » et, de l’autre, des « Clefs ». C’est un secteur patiné et glissant où il faut se laisser tomber dans un grand trou de roche, comme sur un toboggan. De là, on utilisera une sorte de vague marche taillée dans le rocher pour rejoindre la base des murs rocheux servant de point de départ aux grimpeurs. C’est la fin des difficultés rocheuses. Les balises noires glissent ensuite à travers la végétation au fil d’un sentier bien marqué et sensiblement raide, régulièrement ponctué de grosses marches rocheuses. Un panneau de bois aux logos du Conseil Général des Bouches-du-Rhône apparaît plus bas. Le passer par la droite pour rejoindre, quelques mètres en-dessous, le sentier marron.

Il suffira alors de traverser ce dernier et de poursuivre en face par le dernier segment du sentier noir qui rejoint, en se laissant couler doucement, le parking des Deux Aiguilles. Comme moi, vous l’atteindrez peut-être à cette heure magique d’une fin de journée, quand la lumière dorée du soir naissant vient adoucir les reliefs et baigner les falaises d’une lueur chaleureuse. En forçant le regard, vous y apercevrez peut-être l’invisible au-delà du visible et l’étrange sentiment d’être relié à ce vaste monde d’une manière plus intime encore que le contact physique s’immiscera alors peut-être dans ces endroits éloignés de la conscience où luit la vivante identité nature de l’être.

Le mot de la fin

On tient là une belle boucle, très gratifiante et également très peu empruntée. Les Cantilènes ne sont pas un terrain habituellement fréquenté par les randonneurs. C’est un chemin utilisé essentiellement par les grimpeurs qui descendent depuis l’Aiguille des Gatz’arts ou bien ceux qui ont besoin d’accéder aux grandes voies – très difficiles – tracées dans la face sud du Signal. C’est la Sainte-Victoire sauvage comme j’ai appris à l’aimer depuis que je suis venu habiter sur Aix-en-Provence. Elle se respecte en conséquence et s’aborde correctement équipé et avec un minimum d’expérience. Cette randonnée a été réalisée au mois de février. L’hiver est particulièrement agréable pour profiter de la Sainte-Victoire avant les grandes chaleurs. Pensez à emporter de l’eau : vous n’en trouverez pas sur le parcours.

Liens utiles et références

Grand Site Saint-Victoire : en savoir plus sur le massif, son patrimoine, tant naturel que humain. Etre également au courant des arrêtés et des interdictions éventuelles et saisonnières.

At Eternity’s Gate : le site officiel du film réalisé par Julien Schnabel avec Willem Dafoe, nominé aux Oscars et aux Golden Globes dans la catégorie Meilleur Acteur. Le film est disponible en BluRay et en DVD.

by-nc-ndCe reportage Carnets de Rando, sous licence Creative Commons, est la propriété exclusive de Carnets de Rando. Son usage à des fins non commerciales est autorisé à condition de mentionner son appartenance au site www.carnetsderando.net. Pour toute autre utilisation, merci de me contacter.

Comments

  1. Bonjour,
    Pourquoi ne pas proposer la boucle dans l’autre sens ? Il est bien souvent plus facile de grimper que de des escalader le même passage.

    1. Salut,

      La boucle peut naturellement être effectuée dans les deux sens. Dans tous les cas, il y aura de la désescalade à prévoir. Dans quel sens du parcours celle-ci est la moins malaisée, je t’avoue que c’est kif-kif à mes yeux. J’ai pu effectuer le chemin des Cantilènes à la montée et à la descente et je le trouve gérable dans les deux sens. Les grimpeurs l’empruntent indifféremment à la montée et à la descente, selon leurs besoins. Pas comme, par exemple, la variante verte du sentier noir, avec son pas d’escalade retors et patiné qui est franchement casse-gueule à la descente. Il se trouvait, en plus, ce jour-là, que je n’avais pas de plan précis. Je voulais monter par le Pas du Clapier (que j’empruntais, pour le coup, pour la première fois) et je me laissais plusieurs options pour la descente. Le chemin des Cantilènes a finalement correspondu au timing du moment. Bref, au final, libre bien sûr à chacun d’utiliser cette proposition d’itinéraire dans le sens qu’il veut ! Toutes les informations données dedans le permettent en tout cas. Enfin j’espère lol !

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