Le Trou d’Argent, c’est un peu la randonnée ludique du Sisteronnais. A celles et ceux que le maniement des cordes et des dégaines inspire peu, la Nature a offert un beau joker qu’il va falloir cependant mériter. 680 mètres de dénivelé, on a vu pire mais ceux-là devraient toutefois vous titiller un peu les mollets. La récompense vaut largement plus que l’effort avec un final étonnant, littéralement fondu dans la roche, avant de libérer un point de vue remarquable sur les Alpes-de-Haute-Provence. Bref, vous l’aurez compris, vous en aurez pour votre argent si vous vous êtes donné la peine de venir jusqu’à Sisteron et de grimper ici

Difficulté : difficile | Longueur : 10km | Durée : 4h15 | Dénivelé : 700m | Carte : IGN TOP25 1/25000è 3340ET Sisteron, Digne-les-Bains

Venir à Sisteron

Campée sur la Durance, Sisteron est le coeur vivant du territoire du Sisteronais-Buëch. On y accède facilement par l’A51, sortie 22 Sisteron-sud, en venant d’Aix-en-Provence, ou sortie 23, Sisteron-nord, en venant de Gap ou de Grenoble, par la D1075. La commune propose 990 places de stationnement, réparties sur 9 parkings. Le 9 et le 10, respectivement celui du Dauphiné (28 places) et M. Donnet (60 places), situés à proximité du pont, sont les mieux placés pour notre itinéraire. Une bonne alternative reste, autrement, le parking du Plan d’Eau (115 places), qui permet de démarrer la journée par une agréable balade sur le bord de la Durance, face à la montagne (photo ci-dessous), avant de rejoindre et de traverser le pont sur la Durance. Par le chemin de fer, autrement, 8 trains par jour desservent Sisteron sur la ligne reliant Marseille à Briançon, via Aix-en-Provence.

La Randonnée

De la Falaise de la Baume au Trou d’Argent : 3,5km – 2h15

Le départ de l’ascension vers le Trou d’Argent s’effectue en rive gauche de la Durance, après avoir traversé le pont en venant de Sisteron. On passe ici la Porte de Provence, et quelle porte ! La falaise de la Baume, déclinée en feuillets calcaires successifs, vient s’appuyer contre le corps de la montagne, face à la citadelle et au-dessus de la Durance (photo ci-dessous).

La clue de Sisteron compte parmi mes favorites. Une spectaculaire entaille qui fend la montagne en deux.

Ici, jadis, existait la frontière entre la Provence et le Dauphiné. Au 21ème siècle, sa transparence se confond avec un symbolisme nostalgique. Mais embrasser du regard ces deux anciens et glorieux royaumes évanouis sera possible tout à l’heure, depuis le sommet de la montagne. Rendez-vous maintenant au pied des falaises d’escalade pour le démarrage de cet itinéraire (1).

Sisteron : la Baume et le site d'escalade

Sisteron depuis le début du sentier

Il faut tourner le dos à la paroi et franchir un petit muret de pierres pour effectuer ses premiers pas sur le chemin d’ascension. On se retrouve très vite à l’abri de la forêt où se précipitent des senteurs de résine portées par un léger vent. Le chemin, appuyé contre la roche, s’élève au-dessus de la route départementale qui relie Sisteron à Vilhosc, hameau isolé sur les pentes sud du Rocher Saint-Michel.

L’itinéraire du Trou d’Argent est balisé en jaune sur toute sa longueur.

C’est un tracé en lacets, propre et régulier, dominé par de grands pins qui dissimulent à notre vue la paroi rocheuse de la Baume, tout en révélant de belles vues sur les eaux de la Durance (photos ci-dessous). Aux abords des 600 mètres, la pente se couche petit à petit et le chemin s’élargit sous les coupes des forestiers (2). Après un dernier pin, il s’étrécit à nouveau tandis que la vue s’ouvre sur l’ensemble du vallon et de ses versants boisés. Le sentier s’étire et s’enroule au-dessus d’une piste, au beau milieu d’une végétation provençale envahissante par endroits.

A 770 mètres, après une petite traversée à flanc, on rejoint le panneau de signalisation dit de « la Montée de la Grotte » (3). Le Trou d’Argent y est annoncé à seulement 1,5 km mais… en 1h15 ! Hé oui les ami(e)s, fini l’échauffement, on va passer dans le vif du sujet. Ce segment de l’itinéraire est le plus raide de toute la randonnée. On va, en effet, s’élever de 230 mètres en un peu plus d’un kilomètre. C’est surtout le début, tracé dans un chemin aux allures d’ornière sur lequel le pied ne se lasse pas de déraper, qui fait battre le plus fort le coeur (photo #1, ci-dessous).

Cette partie de l’itinéraire libère, en arrière, de belles vues sur le village du Thor, la vallée du Jabron et la Montagne de Lure

La suite, dans un joli bois de jeunes chênes, permet de reprendre son souffle. Du moins quelques temps. Le final, envahi par le buis et à nouveau agité d’excès de raideur, s’applique à rejoindre la base des falaises (photo #2, ci-dessous). On progresse sur des tapis de cailloux empilés sur le chemin, puis on traverse des passages rocheux en direction de l’entrée du Trou d’Argent, bien dégagée et près de laquelle il est agréable de goûter à une pause (photos #3 et #4, ci-dessous) (4).

Du Trou d’Argent au sommet : 0,8 km – 25mn

Une volée de barreaux permet d’éviter une escalade hasardeuse à la cavité (photo #1 ci-dessous). On prend donc facilement, et rapidement, pied à l’intérieur (photo #2 ci-dessous). L’originalité du Trou d’Argent, c’est de proposer un passage souterrain à la progression. Loin d’être une grotte en cul-de-sac, l’endroit invite à une traversée du versant pour récupérer la suite du sentier. On ne passera pas sur le côté opposé, comme je l’imaginais initialement, mais on a droit à une parenthèse insolite et inattendue qui confère à l’itinéraire tout son intérêt et son originalité.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, un passage se dessine qui longe la falaise, fréquemment entrecoupé de larges ouvertures sur l’extérieur. On progresse arc-bouté, ou à quatre pattes selon votre religion, une dizaine de mètres au-dessus du vide.

Conseil : la cavité est bien éclairée. Reste un passage dans le noir total. Si vous avez oublié la frontale, la lampe torche de votre smartphone devrait faire l’affaire

Puis l’obscurité nous rattrape, à la faveur d’un passage plus étroit où les frontales ne sont pas de trop. Il faudra sûrement enlever le sac et le faire passer devant soi pour s’extirper d’un trou qui dessert la cavité de sortie. La lumière du soleil revient éclairer les ombres et les visages souriants des explorateurs en herbe que nous sommes.

Les plus attentifs noteront peut-être, gravée dans la pierre, une inscription marquée « Dieu seul é mon Maître », datée de 1865 et signée d’un certain X. Dechaux. Le Dechaux en question s’appelle Xavier et est tristement célèbre en Provence. Après le décès de sa femme et de son dernier enfant – il en eut 7 et tous moururent en bas-âge – ce Marseillais laisse des traces de son passage dans la pierre, gravant à plusieurs reprises des sites : ici, au-dessus de Sisteron, mais aussi dans les Calanques et la Sainte-Baume.

Insolite : sur le chemin, deux gravures de Xavier Dechaux sont à retrouver sur la roche. On ouvre l’oeil pendant le passage souterrain et à la sortie de celui-ci

Il se suicidera par pendaison dans l’une d’elles – qui porte désormais son nom – le 22 septembre 1868. Sur notre itinéraire, vous pourrez trouver une seconde inscription, bien plus conséquente, après la cavité, sur la vire de sortie. Il s’agit d’un texte plus élaboré faisant l’éloge de l’héroïsme des femmes de Sisteron lors des guerres de religion. La pierre garde ici la mémoire du passage d’un homme mystérieux que la vie éprouva durement.

A la sortie du passage (photo ci-dessus), la trace reprend, suspendue sur un petit passage entre deux barres rocheuses. Elle prend fin au pied d’un petit passage d’escalade facile, sécurisé par une main courante câblée. A sa suite, les balises jaunes reprennent leur ascension, bon an mal an, à travers des buis et des cailloux luisants. Un nouveau câble apparait, main tendue vers les marcheur/ses désarmé(e)s face à une pente finale intensément raide qui permet finalement de prendre pied sur la crête de la montagne (5). Ouf ! La partie sportive et technique est derrière soi désormais. Il ne reste plus qu’à aller prendre l’air frais de l’altitude au sommet.

Rejoindre le sommet

Il faut partir à droite pour rallier celui-ci. Une trace évidente, dessinée dans une végétation buissonnante, franchit d’abord facilement quelques marches rocheuses, longe ensuite un rempart rocheux à main gauche, avant de s’achever à plat, au milieu des buis, au niveau de la borne géodésique, ancrée dans le sol (6). Un petit espace en retrait, entre le buis et la falaise, peut accueillir quelques personnes.

1147 mètres. C’est l’altitude maximale atteinte par cette randonnée. Le coup d’oeil au sommet sur le Dauphiné et la Provence vaut largement l’effort de l’ascension

Le mieux étant quand même – si la place est libre – de poursuivre quelques mètres au-delà de la borne géodésique pour profiter d’un second espace, à peine plus grand, donnant sur la Provence, au sud, et sur le Dauphiné, au nord, avec la mystérieuse Montagne de Gache et le Défilé de Pierre Ecrite (photo ci-dessous) en ligne de mire. Je qualifie l’endroit de « mystérieux » car ça fait un moment qu’il me fait de l’oeil et qu’il me tarde d’y aller en prospection d’itinéraires.

Lecture de paysage

Jetons un petit coup d’oeil au panorama. C’est quand même pour lui qu’on est là tout de même ! Au nord, c’est la vallée de la Durance qui se prolonge jusqu’à Gap. Parmi les reliefs remarquables : le cirque de Ceüze et le Dévoluy. Plus au nord-est, derrière le relief de la Montagne de Gache, s’ouvre la vallée du Sasse qui va se perdre parmi un océan de sommets inconnus. Ce secteur est, pour l’heure, terra incognita. Il se ferme tout à l’est par la ligne enneigée de la Montagne de la Blanche, dernière frontière avant l’Ubaye et, au-delà encore, le Mercantour.

Au sud, la Durance remplit l’espace en contournant la masse de la Montagne de Lure. Dans un flou lointain, on reconnaît la silhouette indolente de la Sainte-Victoire. A l’ouest, c’est la vallée du Jabron, que j’ai à peine commencer à explorer (voir La Chapelle Saint-Pons). Je distingue le Rocher de Pierre Impie avec sa silhouette taillée pour aimanter le regard. Enfin, nord-ouest, par-delà la ligne de la Montagne de Chabre, un entrelac de reliefs confus se perd dans un horizon nuageux : bienvenue dans le Buëch, territoire encore vierge de toute exploration de ma part.

Le retour

Aux aventuriers dans l’âme qui auraient l’idée de poursuivre par la crête, plein est, vers Entrepierres, je dirais : stoppez les machines ! Le terrain, un peu trop scabreux, ne joue pas en faveur du randonneur. Laissons ça aux chèvres ! Il faut donc revenir en arrière, jusqu’en haut du couloir câblé (5). On peut évidemment envisager de revenir par le même chemin qu’à l’aller mais sachez qu’il existe une possibilité de boucler jusqu’à Sisteron. Je vous la décris séance tenante.

Du sommet à la Porte de Provence : 5,75km – 20m

Au niveau du couloir, ne pas descendre à gauche mais poursuivre tout droit, plein ouest, sur la trace qui oscille sur la crête. Un cheminement intéressant qui flirte, de temps en temps, avec les falaises, tout en gardant en ligne de mire Sisteron, son centre et sa citadelle (photo ci-dessous). Aux alentours de 950 mètres, une marque jaune coupe court à la rêverie : c’est la fin du parcours de crête. La trace opère une volte à droite et entame sa descente en versant nord (7). Très vite on se fait avaler par la forêt, sensiblement différente de celle du début de la randonnée. Ici, l’ombre, le froid et l’humidité sont rois. La végétation s’est adaptée en conséquence (photos #2 et #3 ci-dessous). En suivant ce chemin, on finit par rejoindre la route au niveau du col de Mézien (8).

Jonction avec les GR®6 & 653 + GR® de Pays Traversée des Préalpes

Vous pouvez suivre la route ou, comme moi, tenter un raccourci sauvage dès le premier lacet à droite passé. A condition de flairer la trace un peu effacée qui, quittant de petites clairières et pénétrant à nouveau dans la forêt, permet de débouler dans un virage de la route, au débouché d’un thalweg un peu raide. Il faudra, de là, suivre gentiment le goudron jusqu’à repérer le GR®6 qui la quitte, à gauche, dans un lacet (9).

L’itinéraire retour, une fois la crête quittée, est nettement moins excitant que celui de l’aller. Il permet toutefois d’opérer une boucle

D’abord large et quelconque, le chemin se fait plus joueur. Vous croiserez plus bas une bifurcation (10) : à droite, le GR®6 et, à gauche, un itinéraire VTT. Prenez celui-ci, bien plus court et plus sympa que la voie réservée aux marcheur/ses (photo #2, ci-dessous). Il va vous conduire directement à La Baume (11), où vous pourrez profiter d’admirer l’ancien couvent des Dominicains, daté du 13ème siècle. Un bel ensemble, planté dans un décor apaisant (photo #3, ci-dessous). Ensuite, les balises retrouvées du GR®6 vous ramèneront au niveau de la Porte de Provence.

Le mot de la fin

Bien content d’avoir enfin pu ajouter ce Trou d’Argent à mes Carnets de Rando. Cette montagne est superbe, très esthétique et le point de vue au sommet embrasse un immense territoire. C’est vraiment la porte d’entrée à des vallées beaucoup plus confidentielles. Et puis, cerise sur le gâteau, le passage du Trou d’Argent est un vrai rêve de gosse. Ultra ludique, j’adore ! Les férus de patrimoine pourront commencer – ou poursuivre – par la découverte de Sisteron, une cité qui a beaucoup d’histoires à raconter au promeneur. Je vous en reparle une autre fois.

by-nc-ndCe reportage Carnets de Rando, sous licence Creative Commons, est la propriété exclusive de Carnets de Rando. Son usage à des fins non commerciales est autorisé à condition de mentionner son appartenance au site www.carnetsderando.net. Pour toute autre utilisation, merci de me contacter.


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