Au cœur des Grisons, là où le romanche résonne encore comme un écho du latin contre les parois des montagnes, se déploie un itinéraire de trois jours de haute volée : le Kesch Trek, un fil d’Ariane cousu sur les chemins jadis empruntés par les muletiers, là où le sel et le vin s’échangeaient au prix de l’effort. Davantage qu’une simple traversée géographique, c’est une authentique immersion que nous avons réalisée en famille dans la matérialité brute de l’altitude et à la frontière de la haute montagne, de refuge en refuge. Un joli périple suspendu pour apprendre à poser un regard admiratif et curieux sur les montagnes des Grisons.
Difficulté : moyen | Distance : 32 km | Durée : 3 jours | Dénivelé : 2170m
Au commencement était Bergün
C’est guidé par le GPS que je remonte la vallée de l’Albula en direction de Bergün, point de départ désigné de ce Kesch Trek. Je vise la gare des Chemins de Fer Rhétique pour me stationner, tout près du Musée du Chemin de Fer et de la fameuse locomotive « Crocodile » qui symbolise l’ingéniosité et la persévérance des hommes pour vaincre l’altitude. Au point d’avoir gagné les lauriers d’un classement au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Sans lui, Bergün serait resté un village de bergers coupé du monde six mois par an.
Bergün se découvre, baigné de soleil et encadré d’alpages entretenus avec soin : la Suisse prend soin de ses paysages, c’est indéniable. Un feu d’artifice de couleurs vives couronné de sommets.
L’esthétique est ici au service du pratique, alliant élégance et robustesse. À l’image de ces maisons-forteresses enduites à la chaux, conçues pour emprisonner la chaleur et repousser l’hiver. Et, sur les murs, des dessins et arabesques, appelés ici « sgraffites » de l’italien sgraffiare qui signifie « griffer ». Cet art venu du 15ème siècle consiste à gratter une couche d’enduit fraîche sur une façade à l’aide d’outils pointus pour laisser apparaître la couche sombre (souvent à base de chaux et de sable de rivière) située en dessous. Bergün révèle ainsi une expression humaine inattendue.

Pratique : Venir à Bergün
Rejoindre Bergün est en soi une introduction au voyage. Situé sur la ligne historique de l’Albula, le village est une escale majeure des Chemins de fer rhétiques. Depuis Zurich, la transition est limpide : une liaison régulière mène à Coire (Chur) où l’on embarque dans les célèbres voitures rouges pour un trajet d’environ 1h15 à travers des viaducs vertigineux et des galeries sculptées dans le roc. Pour ceux qui arrivent par le sud ou l’Engadine, le train dessert également le village via le tunnel de l’Albula depuis Samedan.
Bien que le village soit accessible par la route via Coire et le col du Julier (ou via la vallée de l’Albula depuis Thusis), l’option ferroviaire reste la plus cohérente avec l’esprit du Kesch Trek. Elle permet notamment de s’affranchir de la contrainte du retour au point de départ : une fois le périple achevé au Flüelapass, le CarPostal assure la navette vers la gare de Davos Dorf. De là, le réseau ferré permet de boucler la boucle vers Bergün ou de regagner directement les grandes agglomérations suisses, offrant ainsi une liberté totale de mouvement sans la logistique d’un véhicule stationné en vallée.
La ligne de l’Albula est l’une des mieux desservies du réseau des Chemins de fer rhétiques. Il y a un train par heure, quasiment toute la journée (généralement de 06h00 à 21h00) ce qui représente environ 16 à 18 liaisons directes par jour. Le trajet dure environ 1h15. Pour un aller simple il faut compter environ 26 CHF en 2ème classe depuis Coire (demi-tarif pour les enfants de 6 à 16 ans).

Jour 1 : Bergün – Kesch Hütte
12,7 km, 5h15, +470m/-80m
Un rapide coup d’oeil à la flèche signalétique à l’angle de la gare nous informe que le refuge de Kesch nous attend à 4h45 de là. La clarté et la densité du balisage suisse m’avaient manqué. Pas un sentier qui n’échappe à l’acuité de ces grands panneaux jaunes disposés à travers tout le pays. J’entraîne ainsi ma famille par la vallée adjacente de l’Ava da Tuors en direction de Chants en savourant cette mise en mouvement qui fait doucement s’éroder la civilisation dans notre dos.
La rivière est notre fil d’Ariane. À l’ombre du mélézin, son murmure nous accompagne tandis qu’on se laisse distraire par l’éclat carmin de fraises des bois, encore bien peu concernés par la pression de la montre. Un excès d’insouciance que je regretterai amèrement en fin de journée. Pour l’heure je savoure les parfums de résine chaude mêlés à cette fragrance alpine plus sèche qui annonce l’altitude. On franchit la rivière plus loin sur une solide passerelle de bois.

Davantage qu’un élément du décor, c’est une force sculpturale. Son eau arbore ce bleu laiteux, virant au vert émeraude plus profond selon la lumière, qui témoigne de ses origines glaciaires, là où la roche est broyée par les glaces. Le sentier la remonte patiemment, alternant passages ombragés sur des tapis d’aiguilles et clairières lumineuses chauffées par le soleil d’été. On progresse en cadence sur le tintement des clarines des vaches en train de paître dans les hauts pâturages de Tuors Davant.
Au bout de la route apparaît Chants, l’un de ces hameaux de mayens – Maiensäss en romanche – ainsi qu’on appelle ces habitats intermédiaires utilisés pour la transhumance. La route, parallèle au chemin que nous suivons, s’y arrête. Au-delà la montagne s’impose, dévoilant de plus hauts sommets. C’est l’ultime trace humaine avant l’altitude. La Suisse de carte postale s’efface humblement devant celle du labeur et du silence.

Le Conseil Carnets de Rando
Si vous voyagez, comme nous, avec un ou des enfants pour qui la barre des 1000m de dénivelé est un cap difficile à franchir, je vous recommande d’utiliser la navette qui permet de s’épargner les 7 kilomètres (environ 1h30 de marche) depuis Bergün pour entrer directement dans le vif du sujet. Ce service est assuré par un prestataire privé (souvent Mountain Tour Bergün). Le bus ne circule que s’il y a des passagers.
La réservation est obligatoire par téléphone ou par mail, généralement au plus tard 1h à 2h avant le départ, ou la veille pour les premiers trajets du matin. La navette ne circule que pendant la période d’ouverture des cabanes (de juin à octobre). Il y a environ 4 à 5 rotations par jour. Les départs sont calés sur les arrivées des trains de la ligne de l’Albula (souvent un départ vers 8h30, 9h30, etc.) et se font depuis le parvis de la gare de Bergün. Comptez environ 12 à 15 CHF par adulte pour un aller simple. Infos et réservation : +41 78 680 35 00 ou mail info@mountain-tours.ch

Mise à l’épreuve
Pour nous autres marcheurs, c’est la fin de l’échauffement. La véritable difficulté de cette première étape attend au-delà des grandes bâtisses de Chants. Un dénivelé alpin qui passe par tous les étages de la montagne, démarrant dans les mélèzes et les pins arolles avant de pousser la porte des landes de rhododendrons et de myrtilles. Plus haut encore, là où la vallée se resserre, où le relief se durcit et l’herbe devient plus rase, patiente l’étage subalpin.
Avant cela vient la fatigue pour Ambre, rapidement accentuée par un sentiment de découragement face à l’effort à produire. Je mesure mon erreur d’avoir compris que les données de l’étape s’entendaient depuis Bergün. Il aurait fallu réserver la navette qui circule entre Bergün et Chants pour nous épargner ces premiers kilomètres, certes bucoliques et enchanteurs, qui rallongent démesurément la journée de marche. Du moins à hauteur d’enfant. Car, une fois à Chants, il reste encore 4,5 km et 860 mètres de dénivelé pour rejoindre Kesch Hütte !

Gérer l’horaire et sa fille en lice pour passer de la simple fatigue à l’épuisement va relever d’un délicat exercice d’équilibriste. À partir de 2000m, les résineux s’éclaircissent et nous autorisent à disposer d’un aperçu du chemin restant à parcourir. Rien qui ne rassure vraiment Ambre dont le mental et le physique sont mis à rude épreuve alors que le dénivelé va atteindre à l’arrivée 1200 mètres. Je compatis à sa souffrance tandis qu’on rejoint le torrent de l’Ava da Salect coulant dans le vallon voisin.
Le sentier s’enroule maintenant dans des pentes d’éboulis où chaque pas semble peser le double. Kesch Hütte se dévoile enfin, trônant encore bien trop haut pour soulager les jambes lourdes et la tête vide de toute énergie de Ambre. C’est une caractéristique des cols alpins : on marche contre un mur visuel jusqu’à ce que la ligne de crête s’abaisse. Avec Raphaèle, on fait preuve de patience et d’encouragements, peu confiant dans notre capacité à atteindre le refuge avant que le diner y soit servi.

Et puis, soudain, le décor bascule. On débouche sur une sorte de plateau où le glacier de Porchabella explose littéralement dans notre champ de vision, comme une esthétique du chaos immobile. Ce n’est pas une mer de glace lisse. C’est un monstre de glace grise et bleutée, balafré de crevasses, qui semble couler du Piz Kesch comme une vague figée dans le temps.
Le glacier est une archive du climat qui fond littéralement sous les yeux de l’humanité et le bruit de l’eau qui s’écoule sous la glace est le métronome de cette lente disparition
Le Pic même n’est pas juste un pic, c’est le roi local et le plus haut sommet des Alpes de l’Albula. Le contraste est brutal entre le noir de la roche – la grauwacke et le schiste – le blanc sale du névé et le bleu électrique qui s’échappe des entrailles du glacier. C’est une beauté terrible, presque intimidante. En posant mes yeux dessus, j’ai cependant la sensation amère de regarder un vestige qui a reculé dans son assise de roche.

Face à lui, posée à 2625m d’altitude, Kesch Hütte n’est pas qu’un simple refuge : c’est un vaisseau de pierre et surtout de bois, une véritable prouesse architecturale du Club Alpin Suisse (CAS). Depuis l’intérieur, l’odeur du diner s’échappe de la cuisine, ainsi que le bourdonnement de conversations en plusieurs langues (romanche, suisse-allemand, italien). Comme je m’y attendais le salon est bondé et en plein service.
On débarque comme un cheveu sur la soupe et j’en veux un peu à l’équipe de ne pas dissimuler leur agacement face à ce retard en regard de l’épuisement de Ambre. Ils nous font asseoir avec précipitation à un bout de table, aux côtés d’une famille hollandaise qui nous témoigne plus d’empathie et de sourires que les gardiens. Leur bienveillance nous fait oublier cette rigueur suisse parfois pénible et nous fait passer un excellent moment après ce corps-à-corps harassant avec le dénivelé.

Le dortoir est gagné après le repas et, pour une fois, Ambre ne se fait pas prier pour se glisser dans son sac de couchage et fermer les yeux. Du soulagement donc, d’être arrivé à destination mais beaucoup de craintes aussi quant à l’envie de continuer de notre petite et de ses capacités de récupération après cette journée qui l’a contrainte à puiser dans des réserves insoupçonnées. Les parents sont fiers tout autant que coupables de n’avoir pas su mieux anticiper.
Pratique : Dormir à Kesch Hütte
Comme pour la majorité des refuges du Club Alpin Suisse (CAS), la réservation est obligatoire. Elle s’effectue via un système de réservation en ligne. En haute saison (juillet-août), les week-ends affichent souvent complet plusieurs semaines à l’avance ; l’anticipation est la règle, surtout pour les groupes ou les familles.
Les dortoirs sont des chambres de 4 à 12 couchettes équipées de duvets douillets mais le sac à viande en soie ou coton reste obligatoire pour l’hygiène.
La cabane est un modèle d’écologie, alimentée par énergie solaire. L’eau est disponible, mais les douches sont payantes (5 CHF pour quelques minutes d’eau chaude). Tarifs (nuitée + demi-pension) : environ 90 à 95 CHF (adulte). Réduction de 10 à 15 euros pour les membres d’un club alpin et pour les enfants (40 à 60 CHF selon l’âge). La cabane accepte les espèces (CHF et souvent euros) ainsi que les cartes bancaires et Twint.
N’oubliez pas que vous êtes en haute montagne. Même si la Kesch Hütte est moderne, la gestion des déchets et de l’eau est un défi. Pensez à redescendre vos déchets en vallée pour soulager la logistique du refuge.

Jour 2 : Kesch Hütte – Grialetsch Hütte
12,9 km, 5h, +520m/-605m
C’est un non catégorique dès le réveil. Ambre n’en démord pas malgré une bonne nuit de sommeil et un petit déjeuner gourmand. Elle refuse de poursuivre. Et qu’importe le profil d’étape plus facile. Je la perçois à fleur de peau, noyée dans l’émotion et incapable de dépasser cette souffrance – physique comme mentale – éprouvée la veille. Je me sens dans une impasse.
« On ne peut pas avoir fait ça pour rien », lui dis-je. Et de promettre, rassurer, apporter des garanties sous forme de récompenses potentielles. Des carottes. Le refuge se vide alors que les négociations battent leur plein. Une lueur d’espoir que vient finalement doucher le spectre de la capitulation. Près d’une heure se passe ainsi dans un violent ascenseur émotionnel, sous le regard placide du Piz Kesch à 3417m. Elle finit par céder et remet son petit corps en action, la tête baissée en signe de défaite.

Le soleil, levé depuis quelques heures maintenant, fait disparaître les ombres sur le Porchabella qui prend dès lors des teintes de métal clair. Par de petits étagements dissimulant des mares éphémères bordées de linaigrettes, nous rejoignons plus bas le sentier du Val de Tschüvel. C’est une anse large et verte, encadrée par deux versants d’alpages et parcourue, en son centre, par un torrent qui porte le nom d’Ova Funtauna.
Une très grosse partie de l’étape va ainsi se dérouler à flanc, accroché à une courbe de niveau qui contient le dénivelé tandis que l’itinéraire va peu à peu s’engager dans la traversée du Val Funtauna. C’est un terrain roulant et confortable, qui progresse sans à-coup vers le col de Scaletta. Comme un chemin de ronde depuis lequel on dispose d’une vue plongeante vers le fond du vallon où s’aperçoivent une poignée de chevaux en liberté.

L’arrivée au Scalettapass à 2605m sonne comme un point d’orgue. C’est une large selle rocheuse de laquelle nait une sensation de bascule : on laisse derrière soi le massif du Kesch pour découvrir l’horizon qui s’ouvre vers Davos et la vallée du Dischma. Le Scaletta – littéralement « le petit escalier » – était jadis un passage stratégique pour le commerce du vin de la Valteline et du sel.
Je fais imaginer à Ambre la valse des muletiers et le passage des convois de bêtes de somme sur les traces rocheuses que nous avons empruntées. Le sel, denrée rare et précieuse pour la conservation des aliments dans les vallées du Nord, montait depuis les plaines d’Italie ; en échange, les Grisons exportaient leur vin (notamment celui de la Valteline), ainsi que le bétail et les fromages.

C’était des convois de 20 à 50 mulets, chargés de lourdes sacoches en cuir ou de paniers en osier, qui progressaient en marche lente, rythmée par le claquement des sabots sur la roche et les cris des conducteurs. Ces hommes ne marchaient pas pour le plaisir ou pour la vue ; ils marchaient pour la survie et le commerce, forgeant ces sentiers que nous empruntons aujourd’hui.
Le Kesch Trek se mue dès lors en une œuvre collaborative et vieille de plusieurs siècles où notre trace s’ajoute à celles des marchands d’hier
Je note, non sans ironie, que ces cols, appréciés aujourd’hui pour leur silence et leur beauté, étaient autrefois parmi les lieux les plus bruyants et les plus fréquentés de la région. Au col se trouve également un petit refuge de secours – appelé sust – qui évoque la rudesse du lieu : un abri sommaire et sombre pour rappeler que la montagne ne pardonne pas les erreurs de météo.

Après le souffle historique du col, le sentier plonge vers un cirque plus intime duquel émerge la pyramide aux arêtes bien tranchées du Schwarzhorn (3146m). Ambre a retrouvé sa bonne humeur et son envie de marcher. Les tourments de la veille semblent ne devoir pas aller au-delà du col de Scaletta. Une bonne chose avant de se confronter à nouveau au dénivelé en fin de journée.
Pour l’heure les balises suivent le sillon clair de la trace ouverte parmi de grandes coulées de pierres, jusqu’à rejoindre le sentier qui part à l’assaut de la Fuorcia da Grialetsch. C’est un corridor ouvert entre les antécimes du Radüner Rothora (3021m) au nord et du Piz Grialetsch (3131m) au sud. Une zone de faiblesse de la géologie qui permet la communication entre le Val Dischma et le Val Grialetsch. Et, entre les deux, le refuge de Grialetsch où nous ferons étape.

Pour l’heure nous accompagnons Ambre dans son effort, nous mettant à l’écoute de son rythme. Le lac de Furgga est ainsi atteint à un pas de métronome. Après la poussière du sentier, l’apparition de l’eau change tout et nous y décidons d’une brève pause. Ce n’est pas tout à fait l’eau turquoise des cartes postales mais une eau plus dense et qui absorbe la lumière.
Elle agirait comme un miroir parfait pour les pics acérés qui l’entourent si ce n’était la brise qui en trouble la surface. On y apprécie le contact de l’herbe rase et un peu grasse, le soulagement de retirer ses chaussures quelques minutes, le bruit de l’eau qui clapote contre les rochers. Furggasee est une zone hors du temps, comme un sas de décompression. Dans cet instant, la fatigue de l’ascension s’évapore.

La remontée depuis le lac vers la cabane de Grialetsch s’annonce ensuite plutôt courte mais je crains qu’elle s’avère éprouvante pour Ambre au moment de se remettre en marche. Ma petit prend sur elle, positive et déterminée. La cabane est heureusement rapidement en vue, perchée comme une sentinelle sur son petit mamelon, juste au-dessus du laquet lui servant de réserve d’eau.
Le Vadret da Grialetsch, le glacier, s’impose en toile de fond. Moins massif que le Porchabella, il apparaît plus morcelé, plus sauvage. Il affiche une allure de bout du monde, dans un vallon qui donne l’impression de se refermer sur lui-même. Élégamment dressé face au refuge, le Pic Sarsura Pitschen (3133m) impose naturellement sa silhouette racée dans ce décor minéral.

Le bâtiment, quant à lui, a été récemment rénové en mariant astucieusement les murs en pierre originels à des extensions modernes en bois clair. C’est un bijou d’intégration qui semble avoir ouvert un dialogue entre deux époques. Le bois clair d’un côté – souvent du mélèze ou de l’arolle – apporte une douceur scandinave à l’ensemble.
À l’intérieur, le cadre d’une ancienne fenêtre et tout un pan de mur en pierre d’origine ont été absorbés dans la cage d’escalier. Je suis fasciné par cette restauration qui agrandit sans détruire, qui redéfinit ses frontières en assignant de nouveaux rôles à l’ossature primitive. Le résultat est un miracle d’architecture en milieu extrême.

On franchit le Schuhraum – le local à chaussures -, un sas sensoriel qui sert de transition. On y abandonne nos carapaces d’itinérant pour enfiler les « crocs » du refuge. La sensation de légèreté soudaine aux pieds est un bonheur aussi simple qu’immense. Une chaleur enveloppante nous souhaite la bienvenue avant de pénétrer dans la « Stube », le coeur battant du refuge.
C’est là que se déroule la vie sociale. Les tables massives, les bancs où l’on se serre, tout impose la matérialité du bois marqué par le passage des randonneurs qu’ont poli des milliers de coudes et de tasses de thé. Le brouhaha y est encore une fois polyglotte : un mélange de romanche, d’allemand zurichois, d’anglais et d’un peu de français. C’est une tour de Babel apaisée.

Le dîner est un moment sacré. On y fait la connaissance d’une mère et de son (grand) fils qui randonnent ensemble. Malgré la barrière de la langue, il prend Ambre en affection et s’amuse beaucoup avec elle. Pour le plus grand plaisir de ma fille. De quoi faire oublier la soirée de la veille. La soupe à l’orge des Grisons (Bündner Gerstensuppe), épaisse, nourrissante, est servie dans de grands bols. On débriefe l’étape, on rit des anecdotes du jour.
La cabane réduit tout à l’essentiel : manger, se chauffer, dormir et ouvrir un dialogue avec de parfaits étrangers. La Grialetsch-Hütte, vue du ciel, doit ressembler à une bulle de chaleur et d’humanité perdue dans un océan de roc et de glace. On s’y sent bien alors que les lumières s’allument et que la nuit tombe comme un voile noir sur la montagne. Ce soir, pas de soupe à la grimace. La magie du trek en montagne et en famille opère à nouveau.

Pratique : Dormir à la Cabane de Grialetsch
C’est l’un des refuges les plus cosy des Alpes Suisses ! La gestion est identique à celle de Kesch Hütte, via le portail de réservation en ligne du CAS. Étant donné sa taille plus humaine (62 places contre 92 à Kesch), elle se remplit très vite. Pour les familles souhaitant des petites chambres (4 à 6 places), il est conseillé de réserver dès l’ouverture des nuitées en début de saison.
Les espaces de couchage sont modernes, lumineux, avec beaucoup de bois clair. Les duvets sont fournis, le sac à viande est requis. La cuisine met l’accent sur les produits régionaux et de saison. Le midi, la terrasse offre une vue imprenable sur le glacier avec une carte de petite restauration soignée.
Tarifs (nuitée + demi-pension) : environ 92 à 98 CHF (adulte) et 78 à 84 CHF pour les membres d’un club alpin. 45 à 65 CHF (enfant selon la tranche d’âge). Paiement en espèces (CHF/Euros) et cartes bancaires acceptées. Twint est également d’usage courant.
La rénovation a permis d’installer des sanitaires modernes. Des douches chaudes sont disponibles (système à jetons, environ 5 CHF).
Le refuge dispose de prises pour recharger les téléphones (priorité selon la disponibilité de l’énergie solaire), mais le réseau mobile peut être capricieux selon les opérateurs : une vraie déconnexion.

Jour 3 : Cabane de Grialetsch – Fluelapass
6,4 km, 3h, +320m/-465m
« Je veux monter sur ce sommet » déclare Ambre en désignant du doigt ce qui doit être le point coté 2862 sur la carte topographique. Une éminence rocheuse située sur une crête séparée de celle reliant le Piz Grialetsch au Chilbiritzenspitz. Ma fille est dans ce genre de journée où son envie d’embrasser la passion de papa pour la montagne prend le dessus.
J’ai toujours du mal, dans ce cas, à jouer les adultes raisonnables qui sapent la motivation spontanée des enfants. J’ai envie d’aller dans son sens, quitte à improviser en cours de route pour adapter l’objectif à la réalité du terrain, de l’horaire et, surtout, du physique de ma gamine. Et puis on a le temps. L’étape jusqu’au Fluelapass n’est pas si longue.

Je laisse Raphaèle avec son livre sur la terrasse du refuge et m’en vais courir les chemins avec ma fille. C’est une mission plus longue qu’il n’y parait. Je le réalise en suivant les cairns qui balisent la trace dessinée dans des entassements de cailloux aux reflets sombres. Elle va se perdre dans le cirque, arrondissant loin de notre objectif.
Celui-ci ne présente aucune possibilité d’être atteint facilement sans passer par la case d’une escalade scabreuse. Pas question de se griller avant même d’avoir officiellement démarré la journée. Je sens Ambre un peu moins vaillante en débouchant sur l’épaule cairnée qui domine le refuge. Je mets un terme à notre projet ici avec son consentement, face à la belle masse du versant sud du Piz Radönt (3064m).

Il y a trois possibilités pour rejoindre le Fluelapass depuis la cabane de Grialetsch. La première emprunte le fond de vallée. C’est la moins excitante, d’autant qu’elle oblige à remonter ensuite vers le col en suivant la route un peu trop longtemps. Et depuis bien trop bas à mon goût. La deuxième s’inscrit en intermédiaire, suivant plus ou moins une ligne de niveau à mi-pente.
C’était mon choix initial pour sa régularité et une portion de route finale plus courte jusqu’au Fluelapass. La troisième, la plus sportive, franchit la Fuorcla Radönt. C’est l’option la plus sauvage mais qui ajoute à nouveau la question du dénivelé dans l’équation. Une erreur d’aiguillage nous l’a finalement fait suivre bien malgré nous.

Sans doute n’avons-nous pas pisté les bons cairns et, en l’absence à ce moment-là d’application de guidage pour vérifier notre position, cet écart involontaire n’a pas été décelé à temps. Peut-être les protestations de Ambre auraient dû me mettre la puce à l’oreille. « Papa pourquoi ça monte encore ? » entends-je dans un bruit de fond tandis que j’ouvre le chemin à travers des pierriers chaotiques.
Je me dis que ça ne doit être qu’une brève côte et que les choses vont rentrer dans l’ordre rapidement. Sauf que pas du tout. Il faut se rendre à l’évidence : ça monte toujours. « Tu es sûr de ton coup ? » m’interroge Raphaèle au bout d’un moment par solidarité mère-fille. En suis-je si sûr ? À vrai dire non, sans pour autant que je me sente perdu. Je devine en effet l’ouverture de la Fuorcla Radönt un peu plus haut.

Mais, à ce stade, je savais qu’on avait suivi un autre chemin que celui que j’avais initialement envisagé. Y perdait-on au change ? En parcourant le paysage tout en reprenant mon souffle j’étais convaincu du contraire. L’itinéraire de la Fuorcla Radönt n’est pas seulement une montée vers un col, c’est un point de bascule émotionnel du périple, une quête de récompense.
Si le Scalettapass était celui de l’histoire, la Fuorcla Radönt est celui de la contemplation pure qui permet au trek d’atteindre son apogée esthétique
Le refuge n’est déjà plus qu’une maison de poupée dans un paysage en majesté où le Piz Vadret sort enfin de l’ombre du Grialetsch. À 2786m, la Fuorcla Radönt est le point le plus haut du Kesch Trek dans son format 3 jours. Ici souffle le vent de l’aventure alpine tandis que, de l’autre côté, un nouveau paysage s’étale comme une carte immense.

Une émotion visuelle nait de ce point de bascule où le regard embrasse soudain tout l’horizon vers le Flüela. En arrivant ici, j’ai réalisé que nous ne faisions que passer dans une œuvre qui nous dépassait. Le glacier, les lacs, les cols : tout était là bien avant, et tout sera là bien après. Notre trace s’apparente à une simple virgule, un trait éphémère dans une fresque qui se dessine à l’échelle des millénaires.
Juste en dessous du col, en versant nord, le paysage grisonne en longues pentes de caillasse claire s’étageant souplement vers le fond de la vallée, comme un toboggan à degrés. Dans un coin de la scène, le Schwarzhorn refait son apparition, éveillant en moi des envies d’ascension. Les Grisons apparaissent comme un terrain de jeu infini pour les amateurs de sommets dont je fais partie.

Ambre s’élance dans la descente avec une énergie retrouvée. Quand je la regarde cabrioler de rocher en caillou, hybride insolite entre le petit d’homme, le cheval et la chèvre, je vois un interrupteur qu’une main invisible s’amuserait à basculer d’un côté puis de l’autre. Jour. Nuit. Un peu plus bas de petits lacs solitaires accueillent le retour de la verdure sur leurs berges.
Le caillou recule autour de ces yeux ouverts fixement sur le firmament des sommets. La palette des couleurs ressuscitées impose l’emploi d’un vocabulaire précis pour être décrites. « Gris ardoise », « blanc cassé » ou « bleu roi » me viennent à l’esprit. Un ultime élan de poésie avant de capter du coin de l’oeil le serpent de bitume qui remonte la vallée et depuis lequel voyage l’écho étouffé de moteurs en surchauffe.

Le Fluelapass devient réalité dès que son nom se matérialise sur les flèches signalétiques, marquant la fin de la partie d’immersion totale. La descente est longue et – est-ce la fin qui se rapproche à petits pas ? – je sens sourdre comme une envie soudaine d’en finir dans la tribu. Ambre elle-même est l’incarnation de la lassitude à ce moment-là.
Je jette un coup d’oeil à l’horaire. C’est qu’il ne s’agirait pas de manquer le passage du bus pour Davos. Perchés encore à 2400m d’altitude, à environ une heure de marche du col, je dois trouver les mots justes pour presser sans stresser. Je joue avec des émotions fragiles avec la prudence exagérée d’un pompier face à un pyromane venant juste de trouver un briquet.

J’ai en ligne de mire le petit symbole jaune de l’arrêt de bus de la ligne 331 que j’aperçois sur le bord de la route du col : l’arrêt Abzw. Schwarzhorn, l’avant dernier avant le col, devrait ainsi nous épargner les derniers kilomètres jusqu’à celui-ci. Ça c’est en théorie. Dans la réalité, l’arrêt n’est pas desservi en permanence par tous les bus de la ligne.
En l’occurence, il ne l’est pas à cette heure-là, ne nous laissant pas d’autres choix que de marcher jusqu’au Fluelapass. Pareille à une cocotte laissée trop longtemps sous pression, Ambre explose comme le Pic de Dante dans le film de Roger Donaldson de 1997. Raphaèle suggère l’autostop. Quelques essais infructueux plus tard il faut se rendre à l’évidence : il ne va falloir compter que sur nos pieds.

Il n’y a que deux petits kilomètres jusqu’au col par les chemins. Pour Ambre c’est une éternité et il faudra déployer tout un arsenal de douceur et de ruse pour lui servir de béquille jusqu’aux bâtiments de l’hospice. Un final un peu différent de ce que j’avais imaginé, passé entre larmes et encouragements.
Ouvert à 2383m le Fluelapass n’est pas qu’une simple ligne d’arrivée avec un parking ; c’est un lieu de haute tension géographique et historique. Il représente évidemment pour nous le choc du retour à la civilisation, mais c’est aussi un site chargé de légendes et de contrastes saisissants. Après trois jours de silence minéral et de sentiers sculptés par les pas de l’homme, l’apparition de la route du col fait l’effet d’un choc sensoriel.

Le Fluelapass est réputé pour être l’un des cols les plus froids de Suisse. Même en plein été, l’air y est souvent vif. C’est un endroit où le climat ne fait pas de concession. L’Hospice, avec ses murs épais, se pose comme un symbole de la résistance humaine face à l’altitude. Tout en jetant enfin les sacs au sol au pied de l’arrêt de bus finalement rejoint, j’imagine les diligences postales qui s’y arrêtaient et les chevaux fumants dans le froid.
C’est aussi une ligne de partage entre Davos et la Basse-Engadine : en le franchissant, on change de monde. D’un côté, l’effervescence de Davos ; de l’autre, le calme immuable des villages de la Susasca. Pendant longtemps, le Fluela a été la seule liaison ouverte toute l’année vers l’Engadine, avant que le tunnel de la Vereina, un peu plus au nord, ne vienne lui voler son rôle utilitaire. Aujourd’hui, le col est rendu à sa beauté et à son statut de « route de plaisir », mais il garde les cicatrices de son importance passée.

Je désigne à Ambre, revenue à de meilleures dispositions, le sentier d’où l’on vient qui disparaît plus haut dans des pentes d’éboulis. Au milieu des Porsche et de touristes endimanchés, on ressemble aux rescapés d’un naufrage. Nous rapportons cependant avec nous une richesse que l’asphalte et les voitures de luxe ne pourront jamais offrir : le souvenir d’un chemin parcouru ensemble, en famille, à travers les montagnes des Grisons.
Le Retour à Davos
Le bus 331 est passé et nous descend maintenant vers Davos où nous prendrons un train pour nous ramener sur Bergün. La fiabilité et la densité du réseau de transport en commun suisse ne cesse de m’étonner. Il rend l’usage de la voiture caduque. Y compris en montagne. On est très loin du compte en France. Le revers de la médaille ? Des prix qui font vite grimper l’addition.
À moins d’y habiter pour profiter d’abonnements à l’année avantageux. Mais, pour les touristes de passage, ça fait vite un budget. Je chasse ces considérations purement matérielles de mon esprit, la tête appuyée contre le carreau en regardant défiler les montagnes du Fluelatal. Je convoque à la place les souvenirs encore frais de ces trois jours qui ont sculpté les liens familiaux.

On a partagé l’exiguïté des dortoirs, on a surmonté le découragement, on s’est extasié devant les glaciers et on a contemplé les étoiles s’allumer au-dessus du Piz Ketsch… Cette trace-là ne s’effacera pas avec la prochaine pluie. Pour Ambre, ce Kesch Trek deviendra une référence, une unité de mesure de son propre courage et de sa capacité à s’émerveiller.
C’est aussi un temps retrouvé. Dans un monde d’immédiateté, passer trois jours pour relier deux points que l’on pourrait joindre en une heure de voiture sonne comme un acte de résistance. Randonner dans les Grisons, c’est aussi prendre conscience de la fragilité de ce que l’on voit : la fonte des glaciers, l’équilibre précaire de la flore alpine…
La trace laissée derrière soi se doit d’être invisible, en vertu des règles du Leave No Trace, mais la trace que la montagne laisse au plus profond de nous est, elle, indélébile. On ne termine jamais vraiment un trek. On le ramène chez soi, dans ses carnets et dans ses rêves où, déjà, on vit en imagination les prochains. Pour nous, la suite de l’aventure dans les Grisons se passera à Flims.
Lire maintenant sur le blog : Les Grisons en Famille, Randonnées dans une Suisse de Carte Postale

Pratique : Rentrer en bus et en train vers Bergün
Une fois arrivé au Flüelapass, la boucle du trek est officiellement bouclée. Pour rejoindre Bergün sans stress, la solution la plus efficace consiste à basculer vers la vallée de Davos. Depuis l’arrêt « Flüela Hospiz« , empruntez la ligne de bus 331 (direction Davos Dorf/Davos Platz). Les liaisons sont régulières tout au long de la journée, même en basse saison. Le trajet jusqu’à la gare de Davos Dorf dure environ 30 à 40 minutes et offre un dernier panorama sur les sommets environnants.
Une fois à la gare de Davos Dorf, embarquez dans le train en direction de Filisur/Coire. À Filisur, effectuez un court changement pour reprendre la ligne historique de l’Albula en direction de Bergün. Le billet combiné (CarPostal + Train) coûte environ 20 à 25 CHF par adulte. Si vous possédez un GraubündenPASS ou un abonnement demi-tarif, l’économie est substantielle.

Difficulté et Recommandations Particulières
Le Kesch Trek est classé comme un itinéraire de randonnée alpine (cotation T2 à T3 sur l’échelle du CAS). S’il ne présente pas de difficultés techniques majeures comme de l’escalade ou des passages glaciaires exposés, il ne doit pas pour autant être sous-estimé.
Niveau physique : à l’exception de la deuxième étape – plus longue – et à condition de partir de Chants et non de Bergün, l’itinéraire est bien équilibré dans la distance et le dénivelé. Il peut donc s’adresser à des marcheurs-ses de niveau moyen. Attention à l’altitude, souvent au-dessus des 2000 mètres, qui pourra fatiguer certains organismes.
Le terrain : on évolue pour l’essentiel sur de bons sentiers. Certains passages, notamment vers la Fuorcla Radönt, sont exceptionnellement plus « techniques » : éboulis à franchir, cailloux omniprésents, pentes plus raides. Une habitude de la marche en terrain instable et de bonnes chaussures montantes seront alors vos meilleures alliées.
L’aspect familial : ce trek est accessible à des adolescents ou des enfants bons marcheurs (dès 10-12 ans), à condition qu’ils soient familiers au dénivelé et à la durée de l’effort en montagne.
Le conseil « Carnets de Rando » : Si vous avez le moindre doute, n’hésitez pas à tester vos jambes sur une journée de randonnée avec 1 000 mètres de D+ et votre sac chargé avant de vous lancer. Le trek du Kesch est un pur plaisir pour qui a le pied montagnard, mais il peut s’avérer éprouvant pour un débutant complet. Soyez honnêtes avec vos capacités : la montagne n’en sera que plus belle.

Topo, Carte et Trace GPX : bien s’orienter
Le Kesch Trek est parfaitement balisé (panneaux jaunes et marquage blanc-rouge-blanc), mais la haute montagne exige une autonomie totale en matière d’orientation.
La Carte Topographique : la référence absolue reste la carte Swisstopo au 1:25 000. Pour cet itinéraire, vous aurez besoin des cartes 1237 (Albulapass) et 1217 (Scalettepass). Disponibles à l’achat en ligne ou à la boutique de la gare de Bergün ou au Musée du Chemin de fer avant de partir.
L’Outil Numérique : L’application SwissTopo est votre meilleure alliée. Elle permet d’importer des traces et de visualiser votre position en temps réel sur le fond de carte officiel suisse, d’une précision chirurgicale.
Trace GPX : je peux vous la fournir dans un délai maximum de 72h après votre demande par mail à l’adresse contact@carnetsderando.net
Le conseil « Carnets de Rando » : En Suisse, le balisage est d’une fiabilité redoutable, mais les temps de marche indiqués sur les panneaux sont calculés pour des marcheurs réguliers, sans les pauses. Si vous randonnez en famille ou chargé, comptez une marge de sécurité de 20%.

Saisonnalité
Le Kesch Trek se déroule sur un terrain flirtant avec les 2 700 mètres d’altitude, ce qui réduit considérablement la fenêtre de tir pour une immersion en toute sécurité.
L’été (Juillet – Août) : la pleine saison. C’est la période idéale. Les névés sur la Fuorcla Radönt ont généralement fondu et les fleurs alpines saturent les vallées de couleurs. Attention toutefois : en haute montagne, « été » ne signifie pas absence de risques. Les orages de fin de journée peuvent être violents et les températures chuter brusquement sous les 5°C dès que le soleil bascule derrière les crêtes.
L’automne (Septembre – début Octobre) : la saison des lumières. C’est peut-être le moment le plus photogénique. L’air est plus sec, offrant une visibilité cristalline sur le glacier de Porchabella, et les mélèzes commencent à s’enflammer. Point de vigilance : les refuges ferment généralement leurs portes entre la fin septembre et la première semaine d’octobre. Au-delà, l’itinéraire bascule dans le domaine de l’alpinisme hivernal.
Le printemps (Juin) : la saison charnière. Le trek est techniquement « ouvert », mais les cols peuvent encore être lourdement encombrés de neige. Le franchissement des Fuorcla peut alors devenir délicat sans équipement spécifique (crampons légers ou bâtons).

À propos du bivouac
Le Kesch Trek traverse des zones naturelles d’une grande fragilité, notamment le Parc Ela, le plus grand parc naturel de Suisse. Ici, la règle est claire : le bivouac est globalement interdit, surtout à proximité des itinéraires balisés et des refuges.
La protection de la faune : Le parcours traverse des zones de tranquillité pour la faune sauvage (chamois, bouquetins, lagopèdes). Camper, même pour une nuit, perturbe ces écosystèmes sensibles, particulièrement en période de reproduction ou de préparation à l’hiver.
Les exceptions (L’urgence) : En Suisse, seul le « bivouac d’urgence » (en cas de blessure, d’épuisement total ou de météo impraticable) est toléré au-dessus de la limite des forêts. Mais attention, cela ne s’applique pas aux zones de protection de la nature ou aux districts francs fédéraux.
L’esprit du trek : Cet itinéraire a été conçu pour se vivre de cabane en cabane. Le confort et la convivialité des refuges (Kesch, Grialetsch) font partie intégrante de l’expérience culturelle des Grisons. Soutenir ces gardiens, c’est aussi préserver l’économie locale et l’entretien des sentiers que nous foulons.
Le conseil « Carnets de Rando » : Si vous tenez absolument à l’autonomie, sachez que les sanctions peuvent être lourdes et les contrôles réels. Pour une immersion respectueuse, privilégiez les nuitées en cabanes ou les campings officiels dans les vallées (Bergün ou Davos) avant et après votre périple. La trace la plus durable que nous puissions laisser en montagne, c’est celle que l’on ne voit pas.

Liens Utiles
- Graubünden Tourism (Grisons) : Le portail officiel du canton. Une page de présentation est consacrée au Kesch Trek dans sa version 4 jours.







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