Évoquer la Suisse, c’est immédiatement convoquer une imagerie de la beauté des Alpes imprimée dans l’inconscient collectif par quelques films, livres ou dessins animés de notre enfance. Un fantasme de montagne qui s’enracine pourtant dans la réalité d’un pays qui a su s’intégrer aux courbes dures du massif avec élégance et humilité. Et ce n’est pas un voyage dans le plus grand de ses cantons qui pourra prétendre à l’inverse. Les Grisons, canton le plus oriental de Suisse et berceau des premiers 4000 mètres de l’arc alpin, est une invitation à découvrir la nature préservée et spectaculaire de la Suisse réunies sous la bannière de trois langues officielles. Ici on parle allemand, italien et romanche. Mais, par-dessus tout, on voue un culte à la montagne. Il n’en fallait pas moins pour nous attirer, ma famille et moi, sur les sentiers de randonnée des Grisons au cours d’un Family Trip de deux semaines.
SOMMAIRE

AVANT-PROPOS : POURQUOI LES GRISONS ?
Dans la famille, le mois d’août – qui est également celui de mes congés – est désormais, et traditionnellement, voué à la découverte de l’Europe. Après la Cantabrie et la Slovénie les années précédentes, nous étions donc à la recherche d’une nouvelle destination, essentiellement montagneuse, pour ce troisième chapitre estival sur les routes du Vieux Continent.
Je n’avais pas envie de faire trop de kilomètres depuis la Corse où nous passions la semaine précédant ce rando-trip à trois. Rebuté par l’actuelle affluence dans les Dolomites, je repensais alors à cette Suisse traversée d’est en ouest, en 2006, lors de mon aventure de cinq mois à travers l’arc alpin. Et notamment aux Grisons, voisins de l’Italie, par lesquels nous étions alors entrés en Suisse en venant de l’Adamello avec, en ligne de mire, le premier 4000m de l’aventure : la Bernina.

Des souvenirs qui m’ont donné envie de revenir à Poschiavo, 19 ans plus tard, pour poursuivre cette exploration au-delà des grands sommets et y adjoindre ma famille. Si l’idée, devenue projet, a pu à terme se concrétiser, en s’enrichissant d’objectifs de randonnée et de sites à visiter, je le dois pour beaucoup à Thalia Wünsche, chargée des relations presses à l’Office de Tourisme des Grisons, qui m’a solidement accompagné dans la préparation de ce voyage.
Sa connaissance du territoire et son réseau ont été essentiels à la réalisation de ce reportage et je tenais à l’en remercier, ainsi que le font les écrivains une fois le point final placé tout au bout de leurs histoires. Ce dossier n’est pas exhaustif. Les Grisons sont bien trop vastes pour en dresser un inventaire dans un seul et même article. Et, plus d’une fois sur le terrain, ai-je posé un regard envieux sur un sommet ou un itinéraire décelé à l’improviste que j’aurais aimé réaliser et documenter pour le blog.

Je rappelle donc qu’il s’agit ici d’une aventure familiale, avec tout ce qu’elle suppose d’accessibilité pour des parents et leurs enfants à la recherche d’un voyage qui vise les sites essentiels et les randonnées qui vont avec. Amateurs d’itinéraires aventureux et sportifs, vous pouvez cette fois passer votre chemin, quand bien même le territoire abrite pléthore de pépites à partager dans un article dédié. Il me faudra un second round sur place. Si la lecture de cet article suscite des questions sans réponse, n’hésitez pas à me les poser en m’écrivant à l’adresse contact@carnetsderando.net
I – LE VAL POSCHIAVO
En venant de l’Italie, comme nous l’avons fait, c’est à mes yeux la meilleure porte d’entrée pour les Grisons. Il y avait, je dois le confesser, pas mal de nostalgie de ma part à ardemment désirer ce retour à Poschiavo, à souhaiter y raviver les souvenirs de mon passage de 2006 en revoyant, de mes yeux, ces paysages alpins que j’avais, à l’époque, atteints après plus de trois mois de marche depuis l’Autriche.
Le Val Poschiavo est une frontière entre l’Italie et la Suisse mais demeure la plus italienne des vallées des Grisons. L’influence méridionale y est bien plus marquée qu’ailleurs, qu’il s’agisse du langage ou de l’architecture.
C’est également du Val Poschiavo que s’élance les premiers grands 4000 mètres de l’arc alpin. L’identité cristalline des Alpes sonne ici le glas des Dolomites italiennes pour le bonheur renouvelé des amoureux des paysages alpins changeants que nous sommes.

Où dormir ?
On avait choisi le camping Cavresc pour ce séjour dans le Val Poschiavo. Tout près du lac – accessible à pied en une dizaine de minutes – mais pas tout à fait à Poschiavo même (à moins de 10mn en voiture pour aller faire les courses). La zone campeurs – hors van et camions – est de taille moyenne. Les véhicules sont restreints au parking par contre. L’idéal c’est de décharger une fois l’emplacement trouvé puis d’aller y poser la voiture.
Comme partout ailleurs, il n’y a pas d’emplacements délimités : on s’installe où il y a de la place. Les hasards de la promiscuité peuvent donc amener quelques désagréments selon les moeurs de vos voisins. Rien qui ne soit donc inhérent au camping car c’est la même loi partout ailleurs. Pour le reste, côté services, tout était très largement satisfaisant : eau à proximité, électricité, wifi, sanitaires. Rien à redire : tout a largement suffi à nos besoins pour quelques jours.
Tarifs (haute saison) : 13 euros/adulte, 5 à 6 euros/enfant + 5 à 18 euros/tente + taxe de séjour 2,80 euros + 2 euros/jour (parking)

1 – Lac de Saoseo
Sur la route du col de la Bernina, le Val da Camp semble vouloir s’échapper des Grisons pour retourner en Italie. La frontière peut en effet y être franchie au passage du col de Vial Vola, à pas loin de 2500m d’altitude. La plupart des visiteurs qui montent depuis Sfazu ne vont cependant pas jusque là.
La star du Val da Camp c’est en effet le lac de Saoseo, un petit miracle de la Nature qui s’atteint en une trentaine de minutes depuis le refuge éponyme. Comme une goutte cristalline tombée dans une étendue de mélèzes et de sapins.
Une circularité si parfaite qu’on la jurerait tracée au compas, à l’instar du lac Pavin en Auvergne. Son succès, le lac de Saoseo le devrait, dit-on, à une couleur indécente qui hésite entre l’éclat d’un saphir et celui d’une émeraude. Une couleur à tomber par terre, magnifiée par une faible profondeur et des eaux aussi pures qu’un diamant.

Une pépite que d’aucun considère comme l’un des – sinon le – plus beaux lacs des Alpes. On a choisi d’y monter sans l’aide de la navette – payante – qui fait halte au refuge avant de poursuivre sa route jusqu’à Camp, un peu plus haut.
Plutôt que la piste empruntée par les véhicules autorisés, on a choisi le sentier, largement forestier, qui monte, par des fermes et des zones humides, sur le versant opposé. C’est du temps pour profiter des alpages suisses, toujours étonnamment verts et propres.
En chemin, des boissons rafraichissantes, réalisées à base de fruits et de plantes locales par les enfants des fermes voisines, s’offrent aux marcheurs à l’ombre de parasols. La donation est libre et l’attention surprenante. Ici, visiblement, on ne craint pas les voleurs !

Le chemin se poursuit à l’orée du mélezin et de prairies lumineuses, encadré par des murets de pierre ou d’épilobes. Plus haut le sous-bois s’épaissit en dissimulant en son sein quelques mares et étangs timides.
Plutôt progressif jusque là, le dénivelé s’affole avant d’atteindre les rives du lac de Saoseo, joyau lacustre dans son écrin foncé de verdure et parfumé de résine. Il y a de la vie ici. Peut-être même un peu trop. La beauté naturelle et intacte du site n’est plus vraiment un secret aujourd’hui.
Sa facilité d’accès le désigne comme objectif à la portée de (presque) tous. En particulier aux familles à la recherche d’un objectif gratifiant et accessible pour les enfants. Farniente, baignade, pique-nique : Saoseo se prête idéalement à une approche de la montagne en dilettante.

Un peu moins fréquenté – car plus éloigné – le lac de Val Viola, s’il ne se révèle pas aussi spectaculaire en terme de couleur, pourra peut-être mieux satisfaire les randonneurs-ses peu réceptifs à l’atmosphère populaire des rives de Saoseo.
Une boucle complète permet de revenir sur ce dernier mais je recommande alors – dans un cadre familial uniquement – de monter au refuge par la navette pour contenir la durée et le dénivelé de la balade au niveau des enfants. Retour alors possible par l’agréable et assez longue piste qui redescend jusqu’à Sfazu.
Lac de Saoseo Pratique
- De Sfazu (parking) au lac (moyen) : 5,2km, 445m de dénivelé et environ 2h de marche
- Du lac à Sfazu (parking) via la piste (facile) : 5km et 1h15 de marche environ
- Boucle Saoseo/Val Viola depuis le refuge (moyen) : 6km, 310m de dénivelé et environ 2h45 de marche
- Du refuge de Saoseo au lac (très facile) : 0,7km, 60m de dénivelé et environ 20mn de marche
Le car postal 90.703 circule dans le Val de Camp tous les jours, de la fin mai à la fin octobre, avec 7 départs quotidiens. Réservation indispensable au minimum une heure avant le départ. Descendre à l’arrêt Lungaqua. Tarif : 12 euros l’aller ou 18 euros l’aller-retour (adulte) et moitié prix pour les enfants jusqu’à 16 ans.
Parking voiture payant obligatoire à Sfazu (1ère demi-heure gratuite) puis comptez 1 CHF/h
Trace GPX disponible de la boucle depuis Sfazu sur demande

2 – Les Jardins des Glaciers de Cavaglia
Difficile d’imaginer, en franchissant le départ du sentier des Jardins des Glaciers de Cavaglia, que toute cette partie des Grisons était, comme partout ailleurs dans les Alpes, invisible sous près de mille mètres de glace. Le Quaternaire fut le témoin des plus grands glaciers terrestres.
C’était il y a près de 25000 ans au cours de ce qu’on a appelé la Würm. Aujourd’hui, seuls les plus fins observateurs parviennent à faire parler le paysage pour restaurer la mémoire de ces époques lointaines où les géants de glace dominaient les Alpes.
C’est donc à usage des profanes en matière de géologie glaciaire que s’adressent cette visite aussi instructive que passionnante. Mais attention : point de fleurs, de fontaines sculptées ou d’arbres exotiques dans ce jardin !

Dans ce jardin particulier se dévoilent des marmites de géant et des gorges patiemment érodées par le temps pour raconter l’histoire des glaciers et de l’eau qui, tel le burin et le ciseau dans les mains d’un artiste, ont modelé le paysage actuel des Grisons.
C’est cet héritage, juché au sommet du verrou glaciaire contenant le val de Cavaglia, qui s’offre aux visiteurs depuis 2011 grâce au travail titanesque d’excavation des marmites réalisé par les membres de l’association Giardino dei Ghiacciai di Cavaglia.
Judicieusement valorisées et reliées entre elles par un astucieux système de passerelles et d’escaliers en métal, les fameuses marmites dévoilent leurs profondeurs aux regards du public. Des panneaux explicatifs renseignent sur la longue mécanique de leur origine, forées à la patience par l’action érosive de l’eau sous-glaciaire.

Il en résulte un décor étonnant qui se parcourt avec curiosité. On peut même parfois descendre dans l’une d’elles. Ludique et bien dosé, en oubliant d’être fatigant. Sans oublier, pour les enfants, un petit livret-jeu qui les met sur la piste du lieu où Grummo, le gentil géant, a dissimulé son trésor. Ambre a carrément apprécié.
Le clou de la visite demeurant évidemment la virée dans les gorges de Cavaglia grâce au sentier en surplomb succédant à la passerelle qui enjambe l’abime en formation. Un voyage au centre de ce qui fut, jadis, de la glace brute, et dont le plus grand mérite demeure, en dépit du travail de forçat requis pour le réaliser, d’être aujourd’hui mis à disposition des visiteurs gratuitement.

Jardins des Glaciers de Cavaglia Pratique
Accès voiture : depuis Poschiavo, une petite route peu large mais propre et aménagée pour croiser permet de rejoindre Cavaglia en environ 30mn. Parking gratuit à l’entrée du site, sur la droite de la route, avant de poursuivre vers la gare. Si le parking est complet, un autre parking (payant) se situe en amont de la gare, à 5mn à pied.
Accès train : l’arrêt Cavaglia est située sur la ligne de chemin de fer reliant Pontresina à Poschiavo. 1 trajet toutes les heures, 25mn, 7,20 CHF
Pour le parcours complet, niveau facile, comptez 1,1 km, 25mn et 42m de dénivelé
Ouverture du 1er mai au 31 octobre (gratuit)
Possibilité de visite guidée les mardi, jeudi, samedi et dimanche à 14h. Durée de 90 à 120mn. Tarif : 10 CHF (adulte) et 5 CHF (enfant de 6 à 16 ans) gratuit pour les moins de 6 ans
Site internet : https://ggc.swiss/fr/

3 – Alp Grüm
Il y a un petit quelque chose d’Heidi à Alp Grüm. Des alpages, haut perchés et couronnés de sommets glaciaires au pied desquels résonnent le fracas de cascades. Et, invisible, en filigrane, un équilibre. Équilibre des formes, équilibre des couleurs. Un tableau de maître à ce point réussi que même le passage du train le renforce au lieu, comme on aurait pu le croire, de le dénaturer.
Il faut reconnaître à la Suisse cette capacité innée d’équiper la montagne sans la défigurer. J’y lis un enseignement et y découvre, surtout, une longueur d’avance sur la France en matière de mobilité douce alpine et d’aménagement raisonné et parfaitement intégré. Je mets donc au défi quiconque de poser le pied à Alp Grüm et de ne pas succomber illico à la beauté du spectacle offert par le Piz Palu et ses voisins.

Perchées sur une hauteur au pied du sommet éponyme, les bories de Sassal Mason – à une heure de marche et 300m de dénivelé – font de la concurrence à Alp Grüm en matière de belvédère. Un coup d’oeil à la montre me déconseille de tenter l’aller-retour. On se contentera de la descente vers Cavaglia par un joli sentier qui dévale dans le mélezin. Et d’un crochet par le lac de Palu, en lice lui aussi pour le prix de la plus belle couleur.
C’est le point de départ pour atteindre un autre lac, celui de Caralin (prévoir 1h30 et 430m de dénivelé), le plus jeune lac des Grisons, formé par la fonte du glacier de Palu, à l’étage supérieur. L’éclat du tragique. La plongée dans le ravin de Cavaglia oblitère ensuite la lumière et nous plonge dans un décor qui, s’il se fait plus sombre et minéral, demeure néanmoins fascinant. Un vrai voyage dans le beau achevé en sirotant un sirop fait maison à la terrasse du petit café de la gare de Cavaglia. Magique.
Alp Grüm Pratique
Accès voiture : l’accès en voiture n’est pas possible. Il faut prendre le train.
Accès train : depuis la gare de Cavaglia, un trajet toutes les heures, 16mn, 6,40 CHF
Le chemin de descente fait 3,4 km de long et 400m de dénivelé négatif. Il s’effectue, sans les pauses, en 1h (trace GPX disponible sur demande)

4 – Diavolezza & Mont Pers
Sur la route quittant le Val Poschiavo et menant à Sant-Moritz, après avoir dépassé le col de la Bernina, impossible de manquer le complexe abritant la gare de départ du télécabine de la Diavolezza. Un ticket vers la haute montagne pour passer, en quelques minutes, de 2000 à 3000m d’altitude.
Du dénivelé sans effort et un gain de temps phénoménal pour atteindre directement les glaciers sans avoir à s’acquitter de la montée, parfaitement dispensable, par les boulevards caillouteux du domaine skiable. Du pain béni en famille.
Surtout que, là-haut, la claque visuelle est magistrale. On vient quasiment se heurter au glacier Pers dont l’arrondi, lardé de crevasses, s’écoule lentement en contrebas de la terrasse ouverte à la sortie de la benne.

Réchauffement climatique ou pas, le panoramique sur les premiers géants glaciaires de l’arc alpin impressionne. Et on se réjouit d’être autorisé, de notre vivant, à pouvoir encore profiter de ce spectacle dont la représentation est condamnée, un jour, à cesser.
Je désigne à Ambre le sommet de la Bernina, le sommet de plus de 4000m le plus oriental de la chaîne alpine. Et le premier gravi, en 2006, lors de ma traversée de l’Autriche à la France. Plus modestement, près de vingt ans plus tard, j’entraine ma famille en direction du Mont Pers.
À 3207m d’altitude, et moyennant une marche d’un peu plus d’une heure par un sentier clair et correctement balisé, il permet d’en faire un peu plus et de s’offrir, en prime, la satisfaction d’une ascension à des altitudes peu courantes.

L’occasion d’un face-à-face anthologique avec ce cordon de cimes prestigieuses et enneigées, de la Bernina au Piz Palü, dressé au-dessus de la confluence des glaciers de Pers et de Morteratsch. La quintessence de la haute montagne sans même avoir à s’encorder ou à dégainer le moindre piolet !
Parfaitement incontournable pour respirer l’air des Grisons à plein poumons et emporter avec soi une vision inaltérable et inoubliable. Et s’il vous reste encore un peu de jus, vous pourrez toujours redescendre jusqu’au col de la Bernina par les sentiers pour rejoindre la voiture !

Diavolezza & Mont Pers Pratique
Accès : la gare de départ de la Diavolezza est accessible en voiture sur la route 29 reliant Poschiavo à Pontresina. Elle peut également être rejointe en train – arrêt Bernina Diavolezza – sur la ligne reliant Poschiavo à Saint-Moritz et Coire.
Pour la période estivale, la télécabine est ouverte de début mai à mi-octobre avec des départs toutes les 20mn de 8h20 à 17h20.
Tarifs à partir de 32,5 CHF l’aller simple pour un adulte, 21,5 CHF (13-17 ans) ou 11 CHF (6-12 ans).
Pour le Mont Pers, comptez 3,6 km, 1h45 et 240m+ (trace GPX disponible sur demande)
Site internet : Corvatsch, Diavolezza & Lagalb

II – COIRE & SES ENVIRONS
La région de Coire comptait évidemment parmi nos objectifs de découverte durant ce Family Trip dans les Grisons. Mais, avant de nous y rendre, nous avons fait un crochet jusqu’à Bergün pour réaliser la version courte, en trois jours, du trek du Ketsch — article à paraître prochainement.
La logistique et les étapes adaptées à l’itinérance avec des enfants (pas si évident ça à trouver) nous ont suffisamment séduits pour une parenthèse trekking dans notre voyage. À l’issue, nous avons rejoint Coire par la route en passant par Davos. Nous y avons passé deux jours.
1 – UNE JOURNÉE À AROSA
Impossible d’échapper à une visite d’Arosa en famille ! L’agréable station des Grisons, joliment déployée autour de son Obersee, dissimule dans sa manche de sacrés atouts pour une journée à la montagne avec les enfants. Voici quelques suggestions, basées sur notre propre expérience.

Terre des Ours
Le Bärendland, alias Terre des Ours, caracole en pole position des visites prioritaires à effectuer à Arosa au cours d’une randonnée. Voir des ours. Tout simplement. Nul besoin de travestir la réalité pour vendre le programme du jour à Ambre. Ces trois mots suffisent.
Ajoutez à ça une accessibilité dans un fauteuil – le Bärenland attend quasiment à la sortie du premier tronçon du télécabine du Weisshorn – et vous savez que vous tenez une bonne pioche pour démarrer la journée. Et, quand on est parents, Dieu sait que c’est important.

Plutôt inattendu de trouver ce sanctuaire ici, au milieu du domaine skiable dont il est soigneusement isolé par un périmètre de clôture qui me rappelle Jurassic Park. C’est là, à 1800m et sur un peu moins de 3 hectares, que les ours de Bärenland évoluent dans un espace naturel propice à l’exploration et au repos.
Les protégés de Terre des Ours sont, pour l’essentiel, des animaux de zoos ou de cirques victimes de maltraitance et auxquels l’association Quatre Pattes – en collaboration avec Arosa Tourisme – a souhaité offrir une nouvelle vie.

Pour les contempler en toute sécurité, un sentier « aventure » a été suspendu au-dessus du site afin de permettre un cheminement au public au fil de huit plates-formes d’observation. Ludique et pratique, il permet aux plus chanceux-ses d’admirer les pensionnaires d’assez près. Si je parle de chance c’est que, fonction de l’heure de votre visite, vous tomberez peut-être sur l’heure de la sieste des ours !
Le bon plan c’est donc d’être plutôt présent au moment du nourrissage, à la mi-journée. L’esplanade et le centre des visiteurs donnent par ailleurs toutes les informations utiles pour saisir l’historique et les enjeux du projet Terre des Ours. Une rencontre pour nous absolument inoubliable.
Terre des Ours Pratique
Accès : le Bäreland est accessible depuis le premier tronçon du télécabine Arosa-Weisshorn mais également à pied depuis Arosa.
Le Bärenland est ouvert en été du 14 juin au 19 octobre, de 9h à 17h20. Tarifs (sans le téléphérique) : 12 CHF (adulte) et 6 CHF (enfant).

Sommet du Weisshorn
C’est un fait, dans la famille, on aime bien aller se percher sur les sommets. Ce jour-là, je me suis dit que ça pouvait être une bonne idée de profiter, une fois n’est pas coutume, de la télécabine pour permettre à Ambre d’atteindre, sans débourser le moindre effort, le sommet du Weisshorn, à 2653m d’altitude.
Évidemment, ce Weisshorn n’a rien à voir avec son homonyme valaisan, cette formidable pointe de 4506m qui fait de l’oeil au Cervin. Ici, dans les Grisons, le Weisshorn est bien plus accueillant, déployant une calotte large et panoramique depuis laquelle profiter d’un panorama généreux sur Coire, au sud, et sur les sommets et vallées des Grisons.

Si la Bernina s’aperçoit assez loin, au sud-est, c’est sur les silhouettes isolées et robustes du Piz Kesch, du Piz Ela ou Linard que mon regard s’accroche avec convoitise. Combien de vies seraient nécessaires pour gravir ces centaines – milliers ? – de sommets constituant les Alpes ? Je pourrais bien recommencer ma traversée sans emprunter une seule fois le même itinéraire…
On a dégainé le pique-nique sur la petite extrémité sud-est du Weisshorn, le domaine d’Arosa étiré à nos pieds, tandis que des parapentes fraîchement décollés vrillaient de bonheur au-dessus de nous. La descente est ensuite amorcée assez rapidement : gardons à l’esprit qu’il y a quand même un peu plus de 900m de dénivelé négatif à abattre pour les petites pattes de Ambre.

Après une première partie étonnante, dans les ravins de la face nord-ouest, on retrouve assez rapidement le confort des alpages tandis que l’itinéraire flirte avec la proximité de hauts remparts rocheux. Le sentier croise – voire emprunte parfois – le même parcours que les VTT, sinuant dans des immensités vertes où paissent les vaches grises rhétiques.
Plus bas, la bosse du Maraner Hauptji mérite un crochet pour profiter du point de vue sur Arosa. C’est une marche un peu longue depuis le sommet du Weisshorn mais qui émerveille par la dimension de son espace et ses vues permanentes sur les montagnes environnantes. Un authentique bol d’air pour embrasser la planète Arosa d’un seul regard.

Weisshorn Pratique
Le prix du billet pour le Weisshorn (sans le retour) est de 20 CHF (adulte) et 10 CHF (enfant 6-15 ans). Il existe un tarif combiné avec la visite du Bärenland au prix de 30 CHF et 15 CHF.
La descente depuis le Weisshorn jusqu’au Bärenland et la station intermédiaire du télécabine fait environ 5km et 650m de dénivelé négatif. Comptez entre 1h30 et 2h selon votre rythme. La totalité de la descente jusqu’à Arosa fait quant à elle 8,6km et 920m de dénivelé négatif. Comptez alors plutôt entre 2h30 et 3h. C’est celle que nous avons suivie pour rejoindre ensuite le départ du sentier des Écureuils (voir ci-après).
Trace GPX disponible à la demande en m’écrivant à contact@carnetsderando.net

Le Sentier des Écureuils
Dans la foulée de notre descente du Weisshorn, on a été chercher le départ de ce sentier très familial en coupant depuis Bärenland en direction de Maran. Je m’étais laissé dire que les écureuils venaient presque y manger dans la main. De quoi donner envie d’aller vérifier, surtout avec des enfants.
Ouvert dans un grand bois de résineux au milieu duquel sautille un torrent facétieux, un large chemin taillé pour accueillir les poussettes et les familles invite à lever les yeux pour débusquer ses agiles petits habitants.
Bien avant les écureuils – Eichhörnchen en allemand – ce sont les casse-noix mouchetés qu’on aperçoit. Ce corvidé, au moins aussi intelligent que ses cousins les geais et les corbeaux, a vite compris l’avantage à tirer de ce sous-bois où des processions de bipèdes tendent la main pour le nourrir.

Les écureuils, on les a ensuite entendus avant de vraiment les apercevoir. J’avoue m’être un peu reposé sur d’autres visiteurs plus attentifs pour les repérer sans effort. Je l’attendais roux, comme à la maison en Provence, mais voici qu’ici il est noir ! Une variation de pelage de l’écureuil gris, en fait.
Ceux d’Arosa, passé un cap de prudence plus ou moins long selon l’individu, cèdent vite à la curiosité. Ou simplement à la gourmandise. Il devient alors possible de les avoir à quelques mètres seulement de soi. Certains parlent même d’écureuils qui leur ont grimpé sur les jambes.
Sans pouvoir confirmer la rumeur, il n’en reste pas moins que les petits rongeurs des sous-bois s’observent quand même ici sacrément facilement. Une série de panneaux informatifs permet, au fil du chemin, de tout savoir sur ce compagnon des forêts avant d’arriver finalement à Arosa. Très sympa.
Le Sentier des Écureuils est ouvert toute l’année. Son accès est gratuit. Il se prend soit au niveau de la Tomeli-Strasse (sous le Waldhotel Arosa), soit depuis l’arrêt de bus Maran.

2 – COIRE
Arriver sur Coire depuis le Valposchiavo fait forte impression. Celle qu’on considère ici comme la plus ancienne ville de Suisse s’étire en effet au pied de somptueuses montagnes dont le corps robuste et les sommets lointains annoncent la couleur d’un dénivelé à quatre chiffres et d’un effort certain pour en venir à bout. Le chasseur de sommets qui sommeille en moi n’y est pas insensible.
Ce n’est cependant pas le programme de notre séjour familial, davantage réservé à la découverte du centre que nous trouvons animé par la fête annuelle, considérée comme le plus grand événement estival du sud-est de la Suisse et, en tout cas, comme la plus grande fête populaire des Grisons : animations, concerts, stands de restauration, boutiques éphémères et, bien évidemment, jeux pour enfants sont de sortie pour le plus grand bonheur de Ambre.

C’est un Coire joyeux et musical que nous traversons, portés par la légèreté du moment et le bonheur communicatif des habitants sortis en nombre participer à la fête. Nos pas nous dirigent ensuite à l’instinct vers la vieille ville, riche de pas moins de 5000 ans de peuplement.
L’exclusivité de circulation aux seuls piétons n’est pas étranger au plaisir qu’on éprouve à parcourir cet ensemble de façades anciennes soigneusement restaurées et ces ruelles sinueuses nous dirigeant vers le château épiscopal et la cathédrale de l’Assomption de la Vierge-Marie. Deux pièces maîtresses de l’architecture du Coire ancien dont la seconde contemple le visiteur du haut de ses huit siècles d’existence.

Coire est une ville au sein de laquelle il fait bon se perdre. On y déjeune sur le pouce sur l’une de ces grandes tablées dressée à même la rue à l’occasion des festivités. Côté déplacement, on opte pour le bus, très pratique depuis le camping, mais le réseau cyclistes et les infrastructures qui vont avec nous impressionnent véritablement.
Ici les choses ont été pensées pour le deux roues et il faut bien reconnaître que nous autres, français, avons dans ce domaine des wagons de retard ! Bon à savoir : pour les personnes parlant anglais couramment, il est possible de participer à des tours guidés de la ville. Rendez-vous à l’office de tourisme.

Où dormir à Coire ?
On a choisi le Camp Au Chur pour notre séjour ici et c’était franchement une bonne idée. Selon l’affluence, l’installation peut être un peu… confuse mais, une fois posé, on est bien ! Les petites et moyennes tentes sont en effet reléguées sur un espace d’herbe situé au fond du camping et où la circulation des véhicules est compliquée. Ça demande un peu d’organisation mais c’est très convivial !
Inconvénient : le bloc sanitaire est un peu éloigné et il n’y a pas de point d’eau sur cette aire. Il faut donc un peu marcher pour les tâches logistiques. Pour le reste, RAS ! On a apprécié l’ambiance et aussi le petit bar-restaurant à l’entrée du camping où c’est bien sympa d’aller prendre l’apéro en fin de journée. L’équipe du camping est au top, très disponible et sur tous les fronts.
Et le séjour au camping donne droit à un ensemble de réductions sur Coire, la moindre n’étant pas l’accès gratuit à la piscine et aux grands jeux d’eau voisins du camping. Autant vous dire que les toboggans géants nous ont vu glisser un paquet de fois ! Comptez à partir de 34 CHF/jour pour 2 adultes et 1 enfant sous tente 3/4 personnes sans électricité. Infos et réservation sur le site du camping

III – FLIMS ET SES ENVIRONS
Flims n’est pas très loin de Coire mais l’exploration de ses environs justifie de s’y fixer le temps de quelques jours. D’autant que le village-station est charmant et parfaitement pourvu en infrastructures, commerces et animations pour que le séjour y soit des plus agréables.
Le décor est superbe, un véritable appel à la pratique de la montagne. De quoi donner des envies de randonnée et plus si affinités. En famille, vous aurez l’embarras du choix pour occuper vos journées. Voici quelques pistes que nous avons nous-mêmes explorées pour découvrir Flims et ses environs.
1 – CAUMASEE
On n’échappe pas au lac de Cauma – alias Caumasee – lorsqu’on est à Flims. C’est évidemment un lieu populaire où la confidentialité n’est pas de mise. À moins d’y venir très tôt. Ou très tard. Mais l’endroit est à ce point idyllique, l’eau aussi incroyablement attirante, qu’on en oublie la fréquentation marquée. Et si moi j’y suis parvenu, c’est que vous le pouvez aussi.
On s’y est rendu à pied depuis le camping où nous avons planté notre tente pour la durée du séjour ici. Après le Fletsch Trek, c’était une journée tranquille pour permettre à Ambre de récupérer un peu de ses trois jours de marche. Et puis d’abord c’est l’été, qui jamais ne vient sans être accompagné d’envies de baignades.

Je n’ai pas, naturellement, un tempérament ou un pied très marin. En revanche, m’abandonner à la fraîcheur d’un lac ou d’une rivière ne me pose aucun problème. Mieux encore : j’y résiste difficilement. Et autant vous dire que j’ai succombé sans beaucoup d’opposition à l’appel de Caumasee.
La Suisse – ou bien simplement les Grisons – fait preuve d’une certaine aisance à peindre des paysages alpins de carte postale. Et Caumasee élève ce talent au rang d’art. À l’instar de Saoseo, la couleur de Caumasee ne laissera personne indifférent.
Rien de surprenant à ce que la sémantique couramment employée pour le décrire aille chercher du côté de la joaillerie car c’est un petit bijou liquide qui, selon la lumière et la saison, explore toutes les nuances de l’émeraude et de la turquoise. Un phénomène, ai-je appris, qu’on doit à la magie unique d’une alimentation par des sources souterraines.

Un équilibre de tons d’autant plus fascinant qu’il s’inscrit dans une alliance résineuse de vert sombre que coiffe une couronne de sommets. Un cadeau fait aux Hommes dans un écrin par la Nature. Au-delà de la poésie, Caumasee se révèle un délicieux havre de fraîcheur pour une journée de dilettante et de baignade sous le regard des hauts « piz » élevés au-dessus de Flims.
Notez que la rive nord du lac, celle qui est aménagée avec plages, plate-forme de bain et autres joyeusetés, est payante. L’accès à la rive sud, par les sentiers, est en revanche gratuite, mais davantage à l’ombre. C’est l’option que nous avons préférée et tant pis pour les « plages » plus spacieuses et moins « terreuses » de la rive opposée.
Rien qui nous a empêchés, en tout cas, de tirer les longueurs nécessaires pour profiter de la fameuse plate-forme. Le retour, par le charmant petit sentier qui se contorsionne épaule contre épaule au fil du Conn Bächli, étroit et sinueux torrent forestier, a agréablement achevé cette première journée à Flims cent pour cent dédiée au repos.

Lac de Cauma Pratique
Pour cette journée à Caumasee, nous avons choisi de partir à pied depuis le camping TCS de Flims. Je peux vous fournir le tracé GPX, si nécessaire, de l’itinéraire suivi. Il suffit de me le demander par mail à l’adresse contact@carnetsderando.net. La boucle, de niveau facile, fait 4,3km et 100m de dénivelé. Elle dure 1h15, sans les pauses.
Il n’est pas possible d’atteindre directement le lac de Cauma en voiture. Vous pouvez en revanche vous stationner au parking de Flims Waldhaus Caumasee (60 places) et atteindre ensuite le haut du petit funiculaire (gratuit) qui vous descendra au niveau de Caumasee.
Le tarif adulte pour accéder à l’aire payante est de 19 CHF et 9,5 CHF pour les enfants de 6 à 17 ans. Vous pouvez obtenir une réduction importante grâce à une carte d’hôte locale qu’on obtient à partir d’une nuit passée sur Flims.

2 – CRESTASEE
De même que les deux font la paire, Caumasee ne saurait être cité sans son petit cousin qu’est Crestasee, un peu plus à l’est. Lui aussi ouvert comme un oeil au bleu cristallin dans l’épaisseur sombre de la forêt de Flims, le lac de Cresta et sa forme en pointe de silex officient au même rôle que leur illustre voisin. À savoir être un générateur d’extase pour le défilé de visiteurs que son immuable beauté ne peut empêcher de susciter.
Un capital séduction dans lequel on plonge au propre comme au figuré. Un peu plus petit par sa superficie, Crestasee l’est aussi au chapitre de ses prestations, plus compactes mais tout autant tournées vers une certaine sagacité à pouvoir subvenir au moindre besoin du touriste. Nous y sommes venus en fin de journée, par une petite marche sans difficulté, depuis l’un des parkings (payants) mis à disposition des visiteurs.

Lac de Cresta Pratique
Si vous venez en voiture, vous trouverez les premiers parkings au débouché de Trin Mulin. Il est possible de continuer jusqu’au niveau de la ferme Laghizun pour vous rapprocher encore un peu plus du lac, en fonction de vos envies de marche. Une boucle facile (2,8 km, 45mn, 71m+) autour du Bot la Cresta permet ensuite, dans un sens ou dans l’autre, de rejoindre à pied le lac de Cresta. Trace GPX disponible sur demande.
Vous pouvez également prendre le bus 81 en direction de Chur (environ 2,20 CHF) pour descendre à l’arrêt Trin Mulin Crestasee. Après quoi il faudra marcher jusqu’au lac (20mn environ).
Le tarif d’entrée à la zone de baignade surveillée est de 7 CHF pour les adultes et de 3 CHF pour les enfants de 6 à 16 ans. Pour l’anecdote, on ignorait que Crestasee était payant et on y est venu sans voir nulle part d’indication claire ou de « péage » pour nous le signifier. Résultat des courses, on s’est baigné sans avoir payé quoique ce soit. Ce n’est qu’après que j’ai appris que le site était payant.

3 – GORGES DE VIAMALA
Un petit coup de voiture depuis Flims nous a littéralement fait changer d’univers ce jour-là. Toujours avec l’eau en fil conducteur cependant. Cette eau qui, depuis des âges que les limites de ma perception du temps ne me permettent pas d’appréhender à leur pleine mesure, ne cesse de façonner le paysage.
Après les glaciers et les lacs, ce sont maintenant les gorges qui nous ouvrent les portes de leurs profondeurs séculaires pour nous raconter des histoires de création du monde. Celles de Viamala forment un spectaculaire canyon de roche lisse pouvant atteindre près de trois cents mètres de hauteur.

Et, plus incroyable encore, une autoroute y circule, loin au-dessus du centre des visiteurs ! Une sortie s’en détache subitement pour plonger vers ses étages inférieurs et le centre des visiteurs. Il n’y a décidément qu’en Suisse qu’on voit ça !
Tout en bas, grondant encore malgré une énergie que les siècles ont émoussé, le Rhin Postérieur – également connu sous le nom de Hinterrhein — continue de harceler le rocher en faisant inlassablement route vers Tamins-Reichenau.
Le décor est épique, forgé par des forces qui dépassent l’entendement humain. Y plonger plus en avant ne peut qu’exercer une forme de fascination respectueuse pour l’oeuvre laissée en testament derrière elle par la géologie.

Les Gorges de Viamala sont le résultat de millénaires d’érosion. Rien qui ne soit concevable à l’aune d’une vie d’homme. On y descend avec la déférence due à une oeuvre d’art qu’on aurait été courtoisement invité à visiter.
Elles furent pourtant longtemps craintes par les hommes. Viamala, en romanche, signifie après tout « mauvais chemin ». Les Romains furent les premiers, comme souvent, à tenter d’y forcer le passage à coup de galeries et de sentiers muletiers. Les gorges constituaient, en effet, un obstacle de taille sur la route commerciale reliant Coire aux cols des Alpes.

Au Moyen-Âge le mythe enfla et de nombreux muletiers périrent avec tout leur chargement en tentant de les franchir. Les premiers ponts en pierre apparurent après la rénovation de 1473 mais c’est en 1739 que le Pont de Wildener, petit chef-d’oeuvre d’ingénierie civile, sécurisa définitivement le passage.
Depuis le tourisme a investi les gorges, forçant son admiration sans mettre en péril sa vie. Et c’est un escalier de 359 marches qui nous descend ainsi aujourd’hui dans les entrailles de la bête, transformant celles qui furent longtemps redoutées en une attraction moderne qu’il serait bien regrettable de manquer.

Pour en faire plus : le Pùnt da Suransuns
À une vingtaine de minutes à pied du centre des visiteurs, nous avons emprunté sur quelques kilomètres la célèbre Via Spluga, parcours itinérant de plus grande envergure qui fait la route, depuis Thusis, vers l’Italie et Chiavenna, par le col de Spluga.
Cet itinéraire, qui rend hommage à l’antique route commerciale historique du même nom, emprunte les gorges de Viamala et les franchit, par le fond, grâce un pont suspendu au-dessus d’une baie élargie et somptueuse.

Construit avec le granit local d’Andeer que maintiennent des bandes d’acier plat, l’édifice minimaliste et à la courbe à peine perceptible s’efface brillamment dans le décor fantastique où il se retrouve intégré. Il est l’oeuvre de l’ingénieur Jürg Conzett et a été ouvert aux randonneurs-ses en 1999.
Il incarne les efforts produits par le génie humain pour défier l’abime à travers les âges et se concilier l’accès aux deux rives de la farouche rivière. L’objet et le symbole valent autant le détour que le site choisi pour concrétiser ce dessein.
Gorges de Viamala Pratique
On peut se rendre au centre d’accueil en voiture en empruntant l’A13 depuis Thusis et en prenant la sortie 23 « Viamala ». Le parking du centre ne dispose en revanche pas d’une grosse capacité, dû à l’exiguïté de son lieu d’implantation. On peut également prendre le bus postal 541 qui relie Thusis à Mesocco en descendant à l’arrêt Zillis, Viamala-Schlucht (à partir de 2,20 CHF depuis Thusis).
Les Gorges de Viamala sont ouvertes au public du 1er avril au 1er novembre de 9h à 18h (et jusqu’à 19h de mai à septembre). Dernière entrée 30mn avant la fermeture.
Vous pouvez également visiter le site officiel des Gorges de Viamala

4 – LES GORGES DU RHIN
Impossible de séjourner à Flims sans envisager de rendre visite à la Ruinaulta, considérée à juste titre ici comme le « Grand Canyon Suisse ». Toute proportion gardée évidemment. On peut cependant, et légitimement, s’émouvoir de certains traits communs empruntés au grand frère américain lorsqu’on les contemple depuis l’un des nombreux belvédères qui ont été aménagés sur chaque rive pour pouvoir profiter de ce nouveau tableau de maître, sculpté conjointement par le temps et les forces de la Nature.
L’un des plus fameux est connu ici sous le nom de « Il Spir », une plate-forme panoramique qui avance sans crainte au-dessus du vide des gorges. C’est pourtant celui situé sur la rive opposé, plus traditionnel et moins fréquenté, que nous avons choisi pour le point de vue. On le trouve après avoir quitté la pittoresque route circulant entre Bonaduz et Illanz à Versam par une petite trace goudronnée permettant la jonction avec la « gare » de Versam, tout en bas des gorges et presque les pieds dans l’eau du Rhin.

C’était un choix judicieux, en fin de journée, pour s’adjoindre les services d’une lumière complice à même de jeter, sur ces 14 kilomètres de falaises calcaire, l’éclairage mérité par la prouesse du Rhin en ce lieu. Ce même Rhin dont, il y a dix mille ans de ça, le passage s’est retrouvé brusquement interdit par l’un des plus gros glissements de terrain que la région n’est jamais connu. Un conglomérat de blocs et de roches sédimentaires écroulé depuis la montagne (estimé à 7000 mètres cube de gravats) dont il a alors entrepris le forage à la patience.
Des milliers d’années plus tard, tel le Penseur émergeant de son bloc de bronze brut, les Gorges du Rhin se dévoilent dans leur lumineux écrin de calcaire, prêtes à révéler au grand jour leur beauté aux hommes. Il était trop tard ce jour-là pour entreprendre une randonnée – et engendrer de ce fait une profonde frustration – mais sachez que plusieurs circuits existent qui permettent de les parcourir.

Où dormir à Flims ?
Comme mentionné un peu plus haut, nous avons posé notre camp de base sur l’aire réservée aux tentes du camping TCS de Flims. C’est le dernier camping, situé à la sortie de Flims sur la route menant ensuite à Laax. En temps normal les campeurs comme nous – ceux avec des tentes petites à moyennes – sont invités à s’installer tout en bas du camping, sur les abords du centre sportif situé au terminus de la petite route goudronnée.
Le fait est que, au moment de notre passage, une compétition de VTT avait lieu et tous ces emplacements étaient occupés par les participants. Les campeurs de notre format étaient invités à se regrouper sur une aire beaucoup plus petite située juste à côté de l’accueil, à l’entrée du camping. Une contrainte qui n’en fut pas une.
L’endroit s’est révélé très convivial – surtout pour les enfants – et proche de tous les services. Une fontaine était même mise à disposition sur l’aire directement. Ça a été notre camping préféré du séjour. Tarif : il faut compter à partir de 42 euros/jour pour 2 adultes et 1 enfant avec une grande tente, hors taxe de séjour.

SUISSE PRATIQUE
Quel budget faut-il envisager pour un séjour dans les Grisons ?
Contrairement aux idées reçues, la Suisse – du moins ici, dans les Grisons – n’est pas une destination « hors de prix ». Tout dépend évidemment de votre manière de voyager. Rapportée à une formule en camping et moyennant un peu de vigilance pour faire ses courses, il est possible de contenir le budget dans une fourchette comprise entre 70 et 100 euros/jour pour une famille de 2 adultes et 1 enfant (hors activités payantes). C’est déjà un petit budget mais il reste totalement dans la norme des grands pays d’Europe en haute saison.
Peut-on changer facilement de l’argent ?
Si l’euro est accepté lors de vos transactions, c’est le franc suisse qui reste la monnaie de référence. Le taux de change est variable mais considérez qu’il oscille autour de 1 euro = 0,92 CHF. Le change peut être effectué dans les grandes gares – à Coire par exemple – ou dans les grandes stations touristiques comme Saint-Moritz, Davos ou Pontresina en se rendant dans une banque. Les taux de change y sont en général favorables. Je vous recommande d’avoir toujours un peu de pièces avec vous pour le paiement des parkings.

Peut-on facilement retirer de l’argent dans les Grisons ?
On trouve assez facilement des distributeurs dans les principales villes des Grisons. Il y en a à Poschiavo, Coire et Flims. Privilégiez le retrait direct en CHF car le taux des DAB est très désavantageux si vous demandez le retrait en euros (souvent 10% plus cher qu’il faudra ensuite changer en CHF) et faites plutôt un gros retrait plutôt que plusieurs petits. D’autres frais – commissions de votre banque – pourront aussi se rajouter (inexistants ou mineurs avec une banque en ligne).
Est-ce que c’est mieux de régler en carte bancaire ?
Il est intéressant de régler en carte bancaire directement. D’une part parce qu’elle est acceptée presque partout. Ensuite parce que la commission fixe retenue sur cette transaction est très basse ou inexistante. Nous on a retiré une bonne somme liquide pour le temps du séjour – quelque chose comme 400 euros – et on a payé le reste en carte.

Est-il facile de rouler dans les Grisons ? L’autoroute est-elle payante ?
Aucun souci. Le réseau routier est impeccable et la signalétique de qualité. L’usage de l’autoroute est en effet payant mais il n’y a pas de péage comme en France. Il faut, avant d’arriver, acheter une vignette à 40 CHF pour pouvoir être en règle en cas de contrôle. La vignette est disponible au format autocollant ou numérique (e-vignette). Vous pouvez l’acheter en ligne sur le portail de l’OFDF.
L’essence est-elle chère ?
Bon alors là par contre, ne nous en cachons pas, la réponse est oui ! La Suisse compte parmi les pays d’Europe où l’essence est la plus chère. Et, à l’inverse de la France, le diesel est systématiquement plus cher que le sans plomb. Comme chez nous c’est également plus cher sur les autoroutes. Faites si possible le plein avant d’entrer en Suisse et, ensuite, privilégier les vallées, plutôt que les stations d’altitude (un peu plus chères). Globalement, compter 1,85 à 1,95 CHF pour du 95, 1,98 à 2,10 CHF pour du 98 et 2 à 2,15 CHF pour du diesel (soit 2,14 à 2,30 euros le litre !).

Est-ce facile de stationner dans les Grisons ?
On n’a rencontré aucun problème pour stationner dans les Grisons. Par contre la gratuité n’existe pas. Nulle part. Même pas en pleine montagne. Où que vous alliez, vous trouverez toujours des bornes pour vous acquitter du coût de votre stationnement. Comptez en moyenne 1,50 à 2,50 CHF/heure. La plupart des horodateurs acceptent les applications comme EasyPark ou Twint. Plutôt utile pour ajuster le paiement si vous êtes en retard par rapport à votre estimation initiale.
Est-ce que c’est facile de faire ses courses ?
Dans les Grisons, l’enseigne la plus répandue est Coop. C’est là qu’on a fait toutes nos courses pendant ce séjour. Il y en a à Poschiavo, à Coire et à Flims. Et aussi à Arosa. On trouve aussi quelques Spar et parfois des Lidl. Le panier est en revanche beaucoup plus cher qu’en France et il faut vraiment faire attention à ce que vous prenez pour ne pas trop dépenser. Cette inflation est notamment très perceptible du côté des produits frais.

Et pour internet, comment ça se passe ?
Je vous recommande de désactiver vos données mobiles avant d’entrer en Suisse car, généralement, le pays ne fait pas partie de ceux prévus à votre contrat pour prolonger vos services habituels. Des frais de roaming importants pourront donc s’appliquer si vous n’y prenez pas garde. Si vous disposez d’un téléphone récent, le mieux c’est d’acheter une eSIM de voyage avec un forfait données adapté à à la durée de votre séjour ou à votre consommation. Autrement optez pour une carte prépayée à acheter sur place auprès d’une boutique Swisscom ou dans certains kiosques Relay en gare. Les supermarchés, comme les Coop, proposent également des offres mobiles intéressantes. Enfin, dernière chose, vous pouvez aussi compter sur le WIFI dans les campings pour vous connecter gratuitement.
Pour la randonnée, y a-t-il une application spécifique à utiliser ?
Oui carrément. Je vous recommande franchement d’installer et d’utiliser l’application SwissTopo qui est géniale. Il y a tous les fonds de cartes topographiques disponibles, y compris les 1/25000è. C’est ultra pratique. Et l’appli dispose d’une fonction de tracé qui donne les informations de dénivelé entre un point A et un point B. C’est vraiment top pour préparer une randonnée ou pour aider à s’orienter sur le terrain.








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