Rocher Rond dans le Dévoluy : L’Aventure à Ski sur le Toit de la Drôme

L’heure de la revanche a sonné au Rocher Rond ! Un an après mon abandon mémorable, me voici de retour avec un équipement neuf, plus moderne et léger, et une motivation décuplée. L’objectif : vaincre ce sommet exigeant, véritable « école de l’économie » et profiter de sa descente mythique. Une course classique ici, dans le Dévoluy. Entre la gestion de l’effort dans les pentes raides, l’ambiance montagne dans les vallons enneigés et le plaisir de tracer de belles courbes, voici le récit d’une ascension victorieuse pour atteindre celui qui est également le point culminant de la Drôme à 2453m. À vos peaux !

Difficulté : difficile | Cotation Ski : 3.1 | Exposition : SE | Distance : 9 km | Durée : 5h | Dénivelé : +1050m

🚗 Accès & Transport

Le départ se situe au hameau de La Chaup, qui est rattaché à la commune d’Agnières-en-Dévoluy (Hautes-Alpes).

  • Depuis Gap : Prendre la direction de Veynes, puis bifurquer vers le Dévoluy via le Col du Festre et la D937. Redescendre vers Agnières par la D317 et suivre le fléchage vers le hameau de La Chaup un peu avant Agnières. 
  • Depuis Grenoble : Passer par Corps et le défilé de la Souloise pour entrer dans le Dévoluy (D537), rejoindre Agnières-en-Dévoluy puis La Chaup.
  • Stationnement : Un petit parking est disponible peu après l’entrée du hameau, au niveau de la fontaine. Veillez à ne pas gêner les engins de déneigement ou l’accès aux exploitations agricoles.

UN RETOUR À LA CASE DÉPART

Retour à La Chaup. Un an après mon but magistral au Rocher Rond, je décide que le match retour aura lieu en ce jour de mars 2026 célébré par une météo ensoleillée et un BRA enfin revenu à des dispositions favorables. On a connu le « pas assez de neige » par le passé mais se retrouver bloqué par le phénomène inverse pendant les premiers mois de l’année s’est révélé pas mal frustrant.

Avec un indice marqué de 4 – voire même parfois de 5 – le risque avalanche persistant m’a longtemps dissuadé d’oser la moindre courbe sur les pentes du Rocher Rond. Ou de tout autre sommet d’ailleurs. Le début de l’hiver a donc été placé sous le signe des raquettes. En attendant le retour de conditions plus sécurisantes en montagne. — lire Objectif Lure ou Le Puy de Rent à Raquettes.

Les toutes premières foulées à ski depuis La Chaup, dont on laisse les fermes et les maisons derrière nous. En toile de fond, la silhouette élancée de la Montagne de Faraud.

Après les purges naturelles opérées par la récente douceur aux airs de printemps, il semblait de nouveau possible d’envisager le ski de randonnée sans craindre de se ramasser une avalanche sur le coin du nez. C’est donc rechargé à bloc de motivation – sans doute aussi un peu grâce à mon tout nouvel équipement qui allait changer la donne – que j’entraîne Raf à ma suite vers les grands champs de neige qui s’étendent à la périphérie du hameau.

Je connais déjà le chemin et m’y dirige avec l’assurance de celui qui sait. Pas question d’aller frontalement se frotter au terrain pentu et accidenté du Serre du Cheval, cette espèce de rampe qui clôture l’ouest du petit bourg et qu’il est préférable de contourner par le sud pour aller chercher le passage, plus accueillant, de Combarette.

Dans l’autre sens, face à nous, le dôme du Rocher Rond semble nous dire qu’on n’est pas prêt de l’atteindre ! Pas le moment de se décourager mais plutôt celui d’étudier le passage par les étages du Jidier bien visibles

On navigue ici dans des espaces plutôt bien ouverts qui permettent de garder l’objectif bien en vue devant soi. La masse du Rocher Rond impressionne depuis le bas, laissant chaque randonneur conscientiser l’effort à produire pour en atteindre le – encore lointain – sommet. La trace s’en va ensuite slalomer entre des croquis de résineux qui peinent à émerger de la neige : nous voilà dans le vallon de Combarette.

On s’élève alors en douceur par cette petite combe abritée en direction de l’épaule où se dissimule habituellement le Chourum de Bellot. C’est ici que les chemins des prétendants au Rocher Rond et à ceux de l’Aiglière se séparent. Le nôtre se dessine sans l’ombre d’un doute au creux de la cuvette enroulée au pied des falaises issues de l’arête Est du second.

À la sortie de la Combarette on a déjà pris un peu d’altitude. On peut considérer qu’un premier quart de l’ascension est derrière soi. Au fond on distingue la Crête des Baumes, le col du Noyer et le Lleraver à sa droite

LES CHOSES SÉRIEUSES COMMENCENT

Fin de l’échauffement, on pénètre ici les frontières du royaume du Rocher Rond, autrement dit une succession d’étagements à franchir comme les marches d’un grand escalier pour pouvoir approcher du couloir desservant l’accès à la crête sommitale. C’est le plat de résistance de cette course d’assez longue haleine qui pourtant, et étrangement, n’affiche pas un kilométrage effrayant sur le papier.

Une gestion de l’effort rigoureuse est cependant exigée pour ne pas se griller trop tôt dans l’ascension. C’est ce qu’il m’était arrivé en 2025. J’avais littéralement explosé dans cette section, carbonisé par la chaleur du moment et par la vétusté et le poids de mon matériel. C’est d’ailleurs cet échec cinglant qui a initié ma décision, ferme et définitive, d’en changer. Un mal pour un bien : cette fois j’ai les jambes et je sais que le sommet ne m’échappera pas.

Ici on a dépassé le pied des rochers issus de l’arête Est de l’Aiglière et on attaque la succession de ressauts du Jidier. En arrière-plan le col de Festre et, au-dessus, la Tête et le Vallon de la Cluse

On franchit les étages du Jidier à la patience. Ce n’est pas le moment de se griller. Le pilier rocheux des Moures se rapproche à chaque pas un peu plus. Le Rocher Rond est une école de l’économie. C’est ce que je me dis en surgissant enfin sur le rebord du replat ouvert au pied de la pente sud-est du sommet. Une ancienne coulée s’y est répandue grossièrement, comme un vieux sorbet fondu après être resté trop longtemps au soleil.

Des traces de descente récentes l’évite prudemment en dessinant des courbes démarrées depuis la crête, presque 400 mètres plus haut. Il serait mensonger de croire l’ascension terminée en arrivant ici. Le lieu n’est à considérer que sous l’angle d’une opportunité de pause avant le dernier round. D’autant que c’est maintenant le « crux » de la course qui nous attend.

Pendant l’ascension l’arrière-plan dessiné par les falaises qui chutent depuis le sommet de l’Aiglière crée un décor aussi grandiose que spectaculaire

La remontée du couloir pas mal raide appuyé sur les tours des Moures fait office de seuil d’engagement maximum sur cet itinéraire. C’est ici que le risque avalanche sera le plus marqué les jours de grosse neige. C’est ici aussi, sur les tout derniers mètres avant la sortie, que le degré de pente est le plus fort et que les conversions seront donc les plus sportives.

Mais c’est également là que se déploie à plein rendement la grandiose atmosphère montagne du Rocher Rond, tandis qu’en prenant de la hauteur, l’horizon du Dévoluy s’étire par-delà La Joue-du-Loup et le Rocher des Baumes vers la Montagne de Faraud, le Lleraver et l’immense Plateau de Bure. Une première consécration visuelle qui donne des forces pour la dernière ligne droite.

Les tours rocheuses des Moures qui bordent un côté du raide couloir à remonter pour prendre ensuite pied sur le large versant Est qui grimpe jusqu’au sommet du Rocher Rond

LA DERNIÈRE LIGNE DROITE

Raf s’extrait de la difficulté pour considérer la suite avec, dans le regard, un mélange entre l’amusement et le dépit. C’est là qu’il faut en avoir gardé un peu sous la semelle. Si la fin n’a jamais été aussi proche, elle n’est pas non plus encore à portée de main. Quelques 200 mètres de dénivelé restent à gravir pour toucher le sommet et pas loin d’un demi kilomètre en distance pure. Le tout sur une croupe sommitale rase et faussement couchée sur laquelle on peut vite avoir l’impression de faire du sur-place.

C’est la phase mentale décisive, celle qui va décider si l’usure et la souffrance doivent s’inviter dans cette course au sommet. Ici on change d’exposition : ce versant exposé plein Est prend souvent le vent et la texture de la neige, plus compacte et largement travaillée, s’en ressent. C’est par-là que nous étions déjà montés au Rocher Rond, en mode estival, en montant par Costebelle.

Les derniers mètres de dénivelé au mental : si la pente s’est couchée après le couloir, il reste encore un demi kilomètre à parcourir avant de pouvoir toucher le sommet du Rocher Rond. Derrière nous le Gicon et, au-delà, la ligne des Écrins : Signal du Lauvitel, Roche de la Muzelle, la Meije, la Barre des Écrins, Ailefroide et l’Olan

C’est le souvenir de cette ascension aux allures de kilomètre vertical qu’on a à l’esprit en nous appliquant à suivre la trace qui s’élève, en longs et patients zig-zags, en direction du sommet. Raf ne cache même plus son agacement envers ce final qui paraît vouloir se refuser malgré la régularité de notre progression. Ce n’est cependant pas le moment d’abandonner. Pas si près du but.

Quelques encouragements suffiront toutefois pour soutenir sa volonté fragile, comme une main invisible la guidant vers la ligne d’arrivée. Ce qui doit être la corniche marquant le bandeau du sommet n’est plus qu’à quelques mètres. Les traces de montée de précédents skieurs poursuivent prudemment en se tenant un peu à l’écart de son bord extérieur. 

Sommet en vue ! On n’ira cependant pas au-delà, peu convaincu par cette corniche aux allures de traître qui nous en sépare d’une centaine de mètres

Peu, cependant, ont pris le risque de prolonger jusqu’au cairn sommital distant d’une centaine de mètres. En équilibre entre deux raides versants, la corniche empiète sur le passage réduit à presque rien en défiant quiconque de rejoindre le véritable sommet. J’avoue que la configuration n’a rien de très excitant et j’opte pour la sécurité sur mon étroite terrasse neigeuse.

Aux autres la victoire géodésique officielle : je ne jouerai pas ma vie sur la solidité de cette lèvre de neige qui m’en sépare. Et tant pis pour la vue plongeante sur la Jarjatte qu’il est possible d’admirer depuis là-bas. Je comble ce vide par le souvenir de la vue depuis la Tête du Lauzon ou le Grand Ferrand, tous deux atteints dans d’autres circonstances. — voir la Tête du Lauzon ou le TOP5 Sommets du Dévoluy

Côté nord la vue s’ouvre plein cadre sur le Grand Ferrand mais aussi sur l’Obiou tout à droite sur la photo

Le Grand Ferrand, d’ailleurs, dont la silhouette caractéristique a émergé au nord, au-dessus du vallon de Charnier. Une présence forte doublée d’un défi à ski autrement plus engagé que le Rocher Rond. À côté mon couloir d’accès de tout à l’heure ressemble à une piste bleue… Plus loin, en tournant son regard vers le nord-ouest, on aperçoit le Grand Veymont et, presque camouflé dans sa silhouette, le Mont Aiguille.

Le Parc Naturel du Vercors est le voisin immédiat du Dévoluy et, aussi étrange cela puisse-t-il paraître, le Rocher Rond en constitue le point culminant depuis que la commune de Lus-la-Croix-Haute l’a intégré en 1985 ! Une singularité pas souvent évoquée qui ouvre le chemin d’un podium à ce sommet qui autrement, dans son propre massif, ne se classe que 20ème parmi les plus hauts du Dévoluy.

Préparation maintenant pour la descente !

L’HEURE DE LA DESCENTE

De grands voiles de cirrus commencent à faire de l’ombre au soleil et nous donnent le signal du départ. Le froid, colporté par un vent plus incisif, vient mordre mes doigts occupés à retirer les peaux de phoque. Je salue la clairvoyance de Raf qui m’avait demandé de préparer des chaufferettes en prévision de cette éventualité. Je les glisse dans les moufles et bascule mes chaussures et mes fixations en position ski.

Voici venu l’instant tant attendu des premiers virages, effectués dans une neige froide qui retient trop les carres à mon goût. Raphaèle, encore peu à l’aise en descente, se met vite sur la défensive. Je sais qu’elle redoute le passage à venir du couloir dans lequel l’engagement est indispensable. La bonne nouvelle c’est que la neige y est excellente ainsi que je le découvre en y envoyant de joyeuses courbes.

Une neige carrément réjouissante nous attend pour la descente des étages du Jidier

La peur fait malheureusement une mauvaise compagne à la descente et ruinera toute possibilité pour elle de profiter de ces superbes conditions. Il faudra attendre de passer sous l’obstacle pour lui permettre de doucement retrouver de meilleures sensations dans une neige un poil moins parfaite mais cependant encore largement qualitative pour tracer de beaux virages dedans. Le plaisir de la courbe et de la vitesse sont une juste récompense de l’effort de la montée.

Descendre à ski du haut d’une montagne reste une expérience incroyablement grisante. Je guide Raf jusqu’à la cuvette précédant la Combarette. Malgré l’heure avancée et l’altitude plus basse, je peux encore slalomer entre les petits arbres sans avoir à véritablement forcer. Et, quand bien même il faut un peu pousser derrière, la descente prend fin avec la satisfaction d’en avoir pleinement tiré partie. Une belle revanche sur mon renoncement de l’an passé !

Le plaisir de tracer de la courbe sur les pentes du Rocher Rond et absolument seuls au monde !

🏔️ Guide Pratique : Le Rocher Rond à ski (2 453 m)

⚙️Matériel spécifique

Réussir le Rocher Rond, surtout après un premier échec lié au poids, implique une sélection rigoureuse du matériel pour concilier légèreté à la montée et sécurité dans les passages techniques.

  • Le Pack Ski & Fixations : Privilégiez un ensemble « Light » ou « Mid-fat » (entre 80 et 90 mm au patin). Des skis légers permettent d’économiser les jambes dans les successions de ressauts du Jidier. Des fixations à inserts sont ici quasiment la norme pour gagner en rendement. Perso j’utilise des Dynastar M-Tour 90 Open avec des fixations Salomon S/LAB SHIFT2 10 MN BK SH90. Côté chaussures, ce sont des Radical M de chez Dynafit.
  • Les Peaux de Phoque : Pour ce type d’itinéraire avec des relances et des zones parfois glacées par le vent, des peaux mixtes (Mohair/Synthétique) offrent le meilleur compromis entre glisse et accroche.
  • Sécurité Thermique : Le sommet peut être une véritable « soufflerie ». Prévoyez une doudoune compacte en fond de sac et des chaufferettes pour les mains. La transition (retrait des peaux) peut être très rapide et glaciale.
  • Gestion de l’effort : prévoir un sac à dos d’une trentaine de litres maximum. Un système d’hydratation (poche à eau isolée ou flasque) est recommandé pour éviter le coup de barre qui pourrait arriver si, par flemme de sortir la gourde, vous oubliiez de boire régulièrement.
Petit moment de contemplation avant de s’attaquer aux étages du Jidier : le Dévoluy à nos pieds

⚠️ Recommandations Particulières

  • Gestion de l’effort : Comme évoqué dans le récit, l’ascension se fait par paliers (les étages du Jidier, entre autres). Économisez vos forces pour le final qui est long et peut s’avérer éprouvant mentalement.
  • Sécurité Avalanche : Le « crux » (le couloir raide en bordure des Moures) et quelques pentes raides situées parfois au-dessus de la trace constituent de possibles zones sensibles. Consultez impérativement le BRA (Bulletin d’Estimation du Risque d’Avalanche) du massif du Dévoluy avant de partir.
  • Matériel : Outre le triptyque DVA/Pelle/Sonde, les couteaux peuvent être utiles pour la croupe sommitale rase et ventée, où la neige peut être très dure certains jours.
  • Corniche : Prudence au sommet. La lèvre de neige qui surplombe le Vallonnet peut être trompeuse. Restez en retrait du bord.
Presque à la sortie du couloir !

🏠 Où dormir à proximité ?

  • Le Gîte du Rocher Rond : Idéalement situé au pied du départ, pour une immersion totale dès le petit-déjeuner. Avec, en prime, les conseils de Martinho qui connaît le Dévoluy comme sa poche. Infos et réservations : 04 92 58 96 81 ou martinho.rodrigues@orange.fr
  • Agnières-en-Dévoluy : Plusieurs meublés de tourisme et chambres d’hôtes sont disponibles au cœur du village. À consulter sur le site du Dévoluy
  • La Joue du Loup : La station est à quelques minutes de La Chaup pour plus d’options de locatifs et de commerces. Une autre possibilité c’est également l’Auberge du Col du Festre. Vérifiez avant les jours d’ouverture 😉

🔗 Liens Utiles

Remarque : les informations données dans cet article consacré à l’ascension du Rocher Rond à ski de randonnée engagent uniquement la responsabilité de l’utilisateur/rice sur le terrain qui saura les adapter à son niveau et à son expérience. Carnets de Rando ne saurait être tenu responsable de tout accident survenant suite à un mauvais usage de cet article ou à une mauvaise appréciation du niveau du/de la pratiquant(e) par rapport à celui requis.

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