Au cœur de la Haute-Vienne, entre Combade et Briance, la variante du GR® de Pays Monts et Barrages au départ d’Eymoutiers invite à découvrir une Haute-Vienne brute et vibrante. Déroulé à travers le bocage, cet itinéraire de quatre jours convie l’Histoire à la marche. À l’ombre des chemins creux et des sous-bois et jusqu’au sommet du Mont Gargan, le souvenir de la Résistance se dévoile alors au randonneur curieux d’itinéraires neufs et intimistes. Une itinérance à la fois douce et sportive qui rappelle que le Limousin n’a rien d’un plat pays. Une nouvelle option solide pour préparer une saison de trek et renouer avec la poésie sauvage de nos campagnes habitées.
Difficulté : moyen | Distance : 75,5 km | Durée : 4 jours | Dénivelé : 2025m
ARRIVER À EYMOUTIERS
L’un des atouts de cette variante reste assurément sa capacité à être rejointe (et quittée) en train grâce à la gare d’Eymoutiers-Vassivières, située sur la ligne historique qui relie Limoges à Ussel. Plusieurs dessertes par jour pour une durée de 45 à 50mn. Limoges est pour sa part très facile à rejoindre via l’Intercités Paris-Toulouse.
En voiture, Eymoutier est relié aux grands axes nationaux sans pour autant être directement desservi par une autoroute. On y vient depuis Limoges – rejointe par l’A20, l’axe Paris-Toulouse – par la D979 en environ 45 à 50 minutes, via Saint-Léonard-de-Noblat. Enfin des liaisons par autocar régional doublent parfois les horaires de train sur l’axe Limoges – Eymoutiers – Ussel pour garantir des dessertes supplémentaires.

EYMOUTIERS
La rame du TER s’est mise à ralentir, tressaillant sur ses rails tandis que le haut-parleur du wagon crachote l’arrivée imminente à Eymoutiers. Relier la Provence au Limousin en train est une entreprise de longue haleine croyez-moi ! Je débarque en Haute-Vienne accueilli par une fine bruine qui fait étrangement luire les toits de la ville et laisse le train poursuivre sa route vers Ussel.
La Vienne s’enroule ici amoureusement autour de la vieille ville et des anciennes tanneries reconnaissables à leurs anciens greniers à cournailles, typiques de l’architecture des tanneurs. Depuis le parc arboré du Pré Lanaud, en bordure de rivière, le charme d’Eymoutiers infuse, ainsi que je le découvrirai le lendemain sous un soleil retrouvé. Un ensemble qui n’est pas sans me rappeler Uzerche, dans la Corrèze voisine — voir l’article GR46 : 4 Jours de Trek au Fil de la Vézère.

La rivière a marqué le territoire de son empreinte et ne fut sans doute pas étrangère à la décision de Saint Psalmet de s’attarder dans les forêts voisines au 6ème siècle. Cet ermite d’origine irlandaise serait la première pierre de l’édifice qui poussera les hommes – de foi d’abord – à bâtir un bourg et une église au cours des siècles à venir.
Entre roman et gothique, l’édifice se réinvente et mue jusqu’à devenir la collégiale Saint-Étienne qui s’admire aujourd’hui, enchâssée dans le vieil Eymoutiers, tout près d’un autre monument d’importance : le Couvent des Ursulines, apparu en 1629 pour veiller à l’éducation des jeunes filles pauvres. Un plan de restauration lui permet de retrouver aujourd’hui son prestige de l’Ancien Régime.

Je m’embarque en rive gauche de la Vienne, montant par la rue des Tanneurs vers le quartier de Macaud où un belvédère sur Eymoutiers a été aménagé. Sans doute la meilleure vue sur cette Petite Cité de Caractère qui traverse discrètement les âges à deux pas du Parc Naturel Régional de Millevaches.
Jadis capitale de la tannerie en Limousin, célèbre pour ses cuirs, Eymoutiers et sa région deviendront ensuite un haut lieu de la Résistance pendant la Seconde Guerre Mondiale. Les références à des événements et des personnages locaux illustres – notamment Georges Guingouin dont le souvenir voyage quasiment avec le randonneur – y sont nombreuses.
Je m’attarde encore quelques temps parmi les « pelauds » – ceux qui pelaient les peaux avant de les tanner – ainsi qu’on nomme les habitants d’Eymoutiers, flânant dans les rues pavées à l’ombre de maisons à pans de bois, avant de me décider à rejoindre mon hébergement.

OÙ DORMIR À EYMOUTIERS
J’ai pris un peu de hauteur pour aller chercher le calme chez Richard et Tim, deux anglais qui habitent le Limousin depuis 2003 et qui ont ouvert les Cerisiers, une maison d’hôtes qui accueillent les visiteurs dans l’une ou l’autre des deux chambres de leur maison typiquement limousine qu’ils ont restaurée avec soin.
Quand il ne conduit pas le bus du transport scolaire, Richard mijote de succulents repas à ses hôtes à partir des fruits et légumes de leur jardin. Un petit havre de paix appréciable avant de se lancer dans l’aventure du GR® de Pays Monts & Barrages en Limousin. Tarif : 55 euros la chambre pour 2 personnes et 25 euros la table d’hôte. Infos et réservation : 05 55 69 68 32 ou par mail stay@lescerisiers87.com

JOUR 1 : EYMOUTIERS – SUSSAC
Distance : 20 km, Durée : 5h, Dénivelé : +595m
Je m’attaque à la Montagne Limousine en suivant les balises aperçues à l’entrée de ce chemin de la Combe aux Loups qui quitte le village par l’ouest. Délicatement appuyé contre un rempart de végétation dessinant un trait plus foncé parmi les champs, l’itinéraire prend doucement de l’altitude, infiltrant la campagne avec douceur.
Je retrouve dans la Haute-Vienne l’imagerie familière du bocage aperçue lors d’escapades pédestres dans la Nièvre ou la Gâtine Poitevine. Faussement naturel, le treillis de hêtres, de chênes et de noisetiers qui borde les chemins remplace une clôture classique et manufacturée et permet à la fois de contenir le bétail et de servir de brise-vent.

C’est le principe des haies vives au creux desquelles des chemins communaux ancestraux continuent d’accueillir les marcheurs-ses. Un patrimoine qui, à mes yeux, mériterait les mêmes attentions que notre littoral au sein d’un Conservatoire dédié. C’est par ces cheminements immédiatement immersifs que je fais mon entrée à Villevaleix.
Avec ses murets de pierre sèche et ses accessoires anciens reconvertis en objets décoratifs, Villevaleix arbore les traits d’une architecture rurale typique du plateau
Le petit hameau est un cas d’école qui pose ici les règles de l’habitat, souvent éclaté en regroupement de quelques fermes et habitations, ni trop haut pour rester à l’abri, ni trop bas pour rester à distance de l’humidité du fond des vallons. La force tranquille du granit s’y déploie dans toute sa beauté ancienne. Il y a un peu de l’âme du Limousin d’altitude qui fait vibrer ces lieux d’une énergie particulière.

C’est un patrimoine discret qui raconte cette France rurale parcourue par les GR® et GR® de Pays et auquel je suis de plus en plus sensible. À l’image de l’ancien prieuré de femmes Sainte-Radegonde, à la sortie de Villevaleix, dont le portail en arc brisé et la façade ouest s’aperçoivent au-delà d’une clôture interdisant d’aller plus loin. Un authentique joyau d’art roman en Limousin que la marche et la curiosité seules m’ont amené à découvrir.
La randonnée se prolonge dans les creux et les bosses d’un paysage habité par le roux froment des vaches limousines rassemblées parfois en conciliabule sous un grand chêne solitaire. Par des chemins détournés qui s’emploient à déjouer au maximum le goudron, j’atteins maintenant le sommet de la colline de Sainte-Anne, à 640 mètres d’altitude, un point haut perché qui marie à la fois le panorama et l’histoire.

Je contemple un tapis oscillant de prairies bocagères et de collines boisées plus sombres où apparaît parfois un clocher comme ici, à Sainte-Anne, où se dresse une église dédiée à celle qui protégeait familles et récoltes. Elle a appartenu, bien avant, aux Hospitaliers, comme en témoigne l’enfeu de la façade qui abrite la sépulture d’un chevalier-commandeur de l’Ordre. Un témoignage archéologique rare pour une simple église rurale.
Depuis le carré d’herbe ouvert sous sa chapelle, un horizon d’alvéoles se déploie du Plateau de Millevaches aux Monédières, en passant par le Mont Gargan où je serai demain
Ma marche se poursuit en prenant la direction du sud, dans une alternance de sous-bois et de clairières. Feuillus et résineux, boucliers appréciés contre la chaleur qui peut sévir ici, n’ont pas toujours été là. Jusqu’au début du 20ème siècle, les hauteurs sur lesquelles je progresse étaient pour beaucoup des landes à bruyère pelées qu’entretenaient les moutons.

Après l’exode rural, la forêt a repris ses droits en quelques décennies, soutenue par l’argent issu du Fonds Forestier National qui permettra, après 1946, une plantation massive d’épicéas, de Douglas et de pins sylvestres. Je suis témoin de cette dualité entre le bocage traditionnel et l’enrésinement industriel en descendant vers la vallée de la Combade.
Cet affluent de la Vienne, qui prend sa source sur les flancs du Mont Gargan, a donné en partie son nom à la variante que je suis. Je le franchis au Pont de la Rode, quelques kilomètres avant Sussac et son étang artificiel créé pour la pêche et aujourd’hui l’un des rares points d’eau aménagés de ce petit secteur rural où s’achève ma première étape.
OÙ DORMIR À SUSSAC ?
L’aire de bivouac de Sussac n’était pas encore officiellement ouverte lors de mon passage mais la mairie m’a autorisé à y installer ma tente pour ce reportage. Elle est actuellement en phase de réhabilitation et sera établie sur l’ancienne aire naturelle de camping communal fermée depuis 2019.
En contactant en amont la mairie, vous pourrez avoir accès à une douche ainsi qu’à une petite salle pour brancher vos appareils électriques. L’eau, quant à elle, est accessible librement pour remplir la gourde, faire la vaisselle ou se brosser les dents. Infos et réservation : 05 55 69 62 41 ou mail à mairiesussac@wanadoo.fr

JOUR 2 : SUSSAC – SAINT-MÉARD
Distance : 22,1 km, Durée : 5h30, Dénivelé : +631m
Ça devait arriver. La pluie s’est abattue sur le Limousin sans retenue hier soir. Les nuages étaient décidément trop gris pour espérer échapper aux larmes du ciel. Je me suis réfugié sous ma tente, à écouter les gouttes frapper la toile en staccato. Au point de noyer le chant des fauvettes, des pinsons et des mésanges réfugiés sous les feuillages le temps du déluge.
Le calme est revenu avec l’aurore mais la Nature sature d’une humidité prisonnière des plis, des courbes, des feuillages et des herbes où perle plus que la rosée. Un soleil fugace s’abrite derrière des lambeaux de nuages, insuffisant à sécher cet excédent d’eau qui inonde les chemins et la tente. Je me maudis de ne pas avoir embarqué les guêtres dans le fond du sac en m’élevant vers la stèle de Violette Szabo.

C’est l’une des figures les plus marquantes et tragiques du service secret britannique de sabotage et d’espionnage pendant la Seconde Guerre mondiale. Devenue veuve après la bataille d’El Alamein en 1942, elle intègre la section française du SOE en Angleterre où elle apprend les rudiments du sabotage, du maniement des armes et du saut en parachute.
Elle est capturée lors de sa seconde mission près de Sussac après une course-poursuite avec les soldats de la division SS Das Reich qu’elle devait harceler. Livrée à la Gestapo de Limoges, puis transférée à la prison de Fresnes à Paris, elle subit des interrogatoires répétés et des tortures sévères, mais refuse de livrer le moindre nom ou code.
Elle est déportée en août 1944 et exécutée à Ravensbrück en février 1945 alors que le régime nazi s’effondre. Elle a reçu la George Cross, plus haute distinction britannique pour bravoure civile, en 1946, ainsi que la Croix de Guerre et la Médaille de la Résistance en France.

Je médite sur la valeur de ces actes héroïques sur la route qui me conduit vers le Mont Gargan. Ces longs kilomètres de bitume, par une petite route au trafic peu dense, se prêtent bien à cette réflexion. L’engagement et la prise de risque osés par ces résistants, au péril de leur vie, ne peut décemment pas être oublié. On parle ici de sacrifice. De douleur et de calvaire.
Ces personnes, terriblement jeunes pour la plupart – Violette Szabo n’avait que 23 ans quand elle a été tuée – ont fait le choix d’affronter l’inhumanité. Beaucoup sont morts sans savoir si cette foi en des valeurs plus élevées que leur propre existence aura payé. Je leur dois de pouvoir marcher librement sur ces chemins qui ont connu la guerre et les combats. C’est grâce à leur courage que cette folie qui a consumé le monde a fini par prendre fin.
Mais à quel prix… Il aura fallu qu’une génération entière fasse le deuil de ses rêves pour que nous puissions aujourd’hui vivre les nôtres. Et j’espère, du fond du coeur, contribuer à honorer leur mémoire en invitant les marcheurs-ses sur ce GR® de Pays Monts & Barrages en Limousin à interroger ainsi chaque stèle qu’il croisera sur son chemin. Et à se rappeler ce qu’il leur doit.

La randonnée a presque ici valeur de pèlerinage. Monter au Mont Gargan c’est, à son tour, emboîter fébrilement le pas à ces maquisards qui y ont courageusement affronté les troupes allemandes entre le 17 et le 24 juillet 1944. Là-haut, à 731m d’altitude, c’est un peu l’Olympe limousine. Une végétation rase de lande à bruyères et de fougères côtoie une forêt de hêtres d’altitude.
Et c’est là, dans ce décor de bout du monde, que les maquisards armés de Georges Guingouin vont livrer bataille à la Wehrmacht, à la Luftwaffe et aux troupes de sécurité SS. Car l’État-Major allemand veut à tout prix éradiquer cette poche de résistance limousine acharnée qui complique leur progression vers le front de Normandie. Les Limousins ne céderont le sommet qu’après leur avoir infligé des pertes considérables.
Le maquis de Georges Guingouin se retire ainsi sans être détruit, auréolé de combativité, plus prestigieux que jamais. Pour les allemands c’est un échec et, d’ailleurs, moins d’un mois plus tard, le 21 août 1944, fort de cette légitimité et de ses forces intactes, Georges Guingouin obtiendra la reddition des troupes allemandes et libérera Limoges sans effusion de sang. Une stèle commémorative ravive le souvenir de cette violence désormais contenue dans le silence du sommet.

Les murs ruinés de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, élément visuel iconique du Mont Gargan, plaident également dans le sens du tragique. Les combats ne sont pourtant pour rien dans leur décrépitude actuelle. Le temps et le manque d’entretien sont les seuls coupables du délabrement de cet édifice construit à l’initiative de l’abbé Joyeux entre 1868 et 1871.
À la même époque seront plantés les hêtres de la majestueuse allée qui plonge vers le sud du sommet, élément visuel indissociable de l’élévation du lieu au rang de site classé de la Haute-Vienne. Aujourd’hui âgés de plus de 150 ans, ces arbres aux formes tortueuses racontent l’histoire et le climat tourmenté du Mont Gargan.
De vénérables seigneurs dont la physionomie impressionne et à l’ombre desquels la marche prend une tonalité solennelle qui cadre parfaitement avec le lieu. Je m’y engage avec le même respect éprouvé depuis que j’ai fait mon entrée dans ce haut lieu du territoire où, par beau temps, on peut croiser le regard du Puy de Sancy.

Le tracé du GR® de Pays Monts & Barrages en Limousin s’échappe du Mont Gargan par le nord-ouest, en direction du Puy Gargan, sommet plus mineur annonçant le retour dans les espaces habités et cultivés du plateau. Depuis ces hauteurs, j’observe la transition qui s’amorce, en paliers successifs, entre le haut plateau forestier et la campagne plus ouverte de la vallée.
La France rurale, c’est une invitation à recréer des tableaux d’impressionnistes, à voyager dans la campagne du Petit Gibus de la Guerre des Boutons ou du Grand Meaulnes d’Alain-Fournier
Je retrouve la confidentialité de petites sentes agiles qui flirtent avec les champs, ondulant à l’écart des fermes puis plongeant dans l’épaisseur des forêts. C’est le décor intact d’un monde d’avant où la terre et la foi étaient les tenants et y évoluer, à pied, semble comme activer une mémoire passée de cette vie.

Je me laisse doucement glisser par le Bois de la Vialle en direction de la Croisille-sur-Briance. Après la Combade hier, me voici donc côté Briance, l’autre visage de cette boucle de 4 jours depuis Eymoutiers. Le quotidien plus moderne du bitume et des moteurs de voiture me ramène à mon 21ème siècle. Je me sens d’un coup Marty MacFly revenant des années 50 dans son Hill Valley des eighties.
La Croisille s’est structurée comme un petit pôle de services et de commerce pour les nombreux hameaux et fermes isolés des alentours. Elle dispose d’une place centrale qui accueille les foires et les marchés locaux, tradition forte de l’économie agricole limousine. Mais c’est surtout l’église Saint-Sulpice qui retient mon attention, édifice médiéval d’origine romane avec son clocher-mur typique de la région qui abrite un mobilier en bois sculpté de qualité.

À l’image de tout ce secteur s’adossant au Mont Gargan, la commune a également été un pôle d’activité intense pour les maquisards de Georges Guingouin. Elle a payé un lourd tribut lors des opérations de répression allemandes de l’été 1944. Une stèle renvoyant à l’épisode du sabotage d’une botteleuse par les maquisards est d’ailleurs visible sous le Monuments aux Morts.
Après avoir refait le plein d’eau, je me remets en route pour la dernière ligne droite du jour en direction de Saint-Méard. La campagne limousine irradie de verdure en cette fin de journée. Un vrai bain de ruralité encadré par des haies où les ombellifères explosent en feu d’artifice tandis que de vieux chênes solitaires font de l’ombre au sentier, fièrement enracinés dans la terre nourricière.

Des flashs furtifs papillonnent dans les buissons d’aubépines et de prunelliers : ce sont des bruants jaunes, habitants réguliers de l’écosystème bocager, au même titre que la buse variable chassant le campagnol au-dessus des champs. Puis soudain surgit un donjon accolé à une maison. C’est la tour d’Echizadour, du nom d’une famille de chevaliers du 12ème siècle, qui annonce l’arrivée à Saint-Méard.
Serti dans un écrin de verdure qui semble le protéger du reste du monde, Saint-Méard respire la paix et les bonnes ondes. J’y suis ce jour-là attendu par toute l’équipe du conseil municipal récemment élu, amenée par Thierry Turlan, monsieur le maire en personne ! Autour d’un apéritif et de quelques grillades, c’est toute la générosité et le sens de l’accueil limousin qui s’expriment.

Un moment de partage et d’échange autour de la randonnée bien sûr mais aussi de la convivialité des campagnes et d’un quotidien qui met à l’honneur les échanges humains et le goût d’une vie saine. On refait le monde autour d’un feu tandis que la nuit tisse sa toile sur le Limousin. Une soirée inattendue qui redonne espoir en l’espèce humaine.
OÙ DORMIR À SAINT-MÉARD ?
Saint-Méard a valeur d’exemple. Leur aire de bivouac n’a pas attendu la création du GR® de Pays Monts & Barrages en Limousin pour sortir de terre. Motivée par l’envie simple de pouvoir accueillir des visiteurs dans de bonnes conditions, la commune a investi dans la réalisation de cet espace de verdure doté de tous les équipements nécessaires au bien-être d’un(e) randonneur-se de passage (mais aussi d’un cycliste).
Après avoir planté la tente dans un sol qui sait accueillir les sardines, on profite d’une douche solaire, de toilette sèche, de tables de pique-nique, d’un coin évier et d’un coin repas abrité, ainsi que de l’énergie fournie par des panneaux solaires pour recharger ses batteries. Des barbecues sont en libre accès si vous avez des envies de grillades. Plus d’infos : 05 55 71 70 58 ou mairiestmeard@yahoo.fr

JOUR 3 : SAINT-MÉARD – CHÂTEAUNEUF-LA-FORÊT
Distance : 18,5 km, Durée : 4h45, Dénivelé : +404m
Savourer un café en se laissant doucement réchauffer par la caresse du soleil inondant de lumière l’aire de bivouac : voilà une journée de marche qui s’annonce sous les meilleurs auspices. Le paquetage replié et le bonhomme rafraîchi, me voici de retour sur les chemins de campagne du Limousin accompagné du vol de mille insectes voletant joyeusement de marguerite en scabieuse.
Il fait bon marcher sur ces Monts et Barrages qui me déroulent une haie d’honneur à l’ombre de leurs beaux chemins creux – charrieyras en patois local. L’esprit du bocage français percole à travers ces corridors végétaux dressés au-dessus de ma tête comme un défilé de lances croisées et usés par le passage des sabots et des roues cerclées de fer des chars à boeufs.

L’érosion a achevé de les creuser, offrant plus tard aux maquisards un réseau de circulation clandestin invisible depuis le ciel. Aujourd’hui, ces chemins creux font l’objet d’une valorisation active, constituant le squelette d’un réseau de sentiers de randonnée et de trail qu’on apprécie pour l’ambiance intemporelle, presque mystique, qui s’en dégage.
Sans oublier leur fraîcheur, plus que bienvenue quand la température douce de l’aube cède la place à une chaleur plus marquée, presque cuisante lorsque le chemin s’engage entre deux monocultures fraîchement moissonnées. Ou deux champs fourragers rasés de frais. Autour de petits groupements de fermes et de maisons anciennes, comme Ligonat ou Buffangeas, le calendrier agricole dicte son rythme aux hommes.

À Moussanas, un peu plus tard, l’itinéraire ressuscite un chemin oublié pour rentrer dans ce hameau paisible où le pinceau de Serge Berrier, artiste limousin, capture l’âme de la Combade. Au-delà s’ouvre la Forêt de Châteauneuf, l’un des grands poumons verts du département, étirée sur près de 2500 hectares, que le tracé du GR® de Pays Monts et Barrages ne quittera plus jusqu’à la fin de la journée.
Ainsi que je le découvre rapidement, c’est un vaste royaume de mixité où cohabitent essences feuillues traditionnelles et plantations de résineux introduites, on l’a vu, au 20ème siècle. La marque de la filière bois, très active sur le secteur, y transparaît à chaque saignée opérée dans l’épaisseur du couvert végétal.

À l’exception de ces zones rasées à blanc où s’épanouit joyeusement la fougère, la progression à travers cette forêt mosaïque s’avère agréable, grâce soit rendue à d’étroits chemins serpentant sous les arbres qui évitent soigneusement les larges allées rectilignes quadrillant habituellement ce type de terrain.
La marche s’accompagne d’une ambiance feutrée où chatoient des lumières jouant dans les feuillages de grands arbres. Les seuls bruits audibles sont le rire des oiseaux et le craquement des branches sous le vent du plateau. La forêt s’habille de joie, drapée dans l’éclat rassurant de l’été à venir. En son cœur se murmure pourtant encore, pour qui sait écouter, le récit de la résistance en Limousin qui y avait établi son refuge autour de George Guingouin.

À l’écart de l’itinéraire, l’ancienne cache de celui que la révocation par le régime de Vichy fera entrer dans la clandestinité est toujours là, restaurée à l’identique par les bénévoles des associations de mémoire avec le soutien des collectivités locales. Nous sommes début 1941 et cet abri de fortune, d’environ deux mètres de profondeur et étayé de rondins de bois, constitue l’acte de naissance des maquis de France.
Il y a une leçon à prendre et un hommage à rendre sur ce site rendu aujourd’hui au souvenir d’une époque sombre.
C’est un espace minuscule, sombre et humide, qui servait tout autant de dortoir de fortune que de dépôt d’armes légères ou de réserve de nourriture. Il faut imaginer passer des mois dans ce trou de terre humide et par des hivers limousins rigoureux où les températures descendent largement sous zéro, avec la peur constante d’être dénoncé ou encerclé, pour se rendre compte de la force morale et des épreuves endurées par ces hommes.

Je ressors à l’air libre un peu en-dessous de Lavaud, lorsque le chemin de terre jusqu’alors suivi se heurte au goudron d’une petite route départementale qui me dirige vers Châteauneuf-la-Forêt, la base arrière logistique des Francs-Tireurs et Partisans Français de Georges Guingouin pendant la Seconde Guerre Mondiale.
La commune porte en elle l’ADN de la Résistance limousine. Les habitants, commerçants et paysans des hameaux périphériques ont en effet activement soutenu les maquisards en leur fournissant des vivres, des vêtements, de faux papiers ou en cachant les agents de liaison au péril de leur vie.

Des valeurs de solidarité et de liberté que je trouve incarnées dans une réplique miniature en bronze de la Statue de la Liberté de Bartholdi acquise par la commune en 1924 pour affirmer son attachement viscéral aux valeurs de la République. Fondue pendant la guerre suivante, elle sera retrouvée à l’identique après la Libération par la population et les élus locaux.
OÙ DORMIR À CHÂTEAUNEUF-LA-FORÊT
Je me suis dirigé vers l’Étang de la Forêt, pièce d’eau emblématique de la commune de 12 hectares, tout près duquel se trouve le camping Le Cheyenne. Après deux nuits sous la tente, c’est avec joie que j’y ai investi la Cabadienne, cabane en bois confortable, pour cette étape (40 euros la nuit : prévoir un sac de couchage).
La douche fut également salvatrice. Le soir venu, la demi-pension au restaurant attenant s’impose naturellement pour se relâcher après l’effort. L’accueil est très familial et chaleureux. Infos et réservation : 05 55 69 39 29 ou 06 46 02 29 61 ou mail à campinglecheyenne@gmail.com

JOUR 4 : CHÂTEAUNEUF-LA-FORÊT – EYMOUTIERS
Distance : 14,9 km, Durée : 3h45, Dénivelé : +396m
Ce dernier jour sonne comme l’ouverture d’un ultime chapitre. Les kilomètres finaux de cette variante du GR® de Pays Monts et Barrages, ouverts au-delà de la Combade que je franchis à la sortie de Châteauneuf-la-Forêt, écrivent une conclusion à ce périple ponctuée par chacun de mes pas.
Plus courte que les précédentes, cette quatrième étape m’apparaît comme un condensé paysager de l’itinéraire. De sous-bois en parcelles ouvertes, je passe d’un tableau à l’autre en identifiant désormais facilement les éléments désormais familiers de la campagne limousine.

Au passage de la poignée de maisons constituant le hameau de Reilhac, l’itinéraire s’offre un dernier coup d’oeil sur la plaine de la Vienne ondulant, distante et invisible, entre Eymoutiers et Saint-Léonard-de-Noblat. Une chaleur plus suffocante me fait au-delà rechercher plus activement la protection des arbres surplombant le sentier.
En traversant Ayaux d’abord, puis la Veytisou ensuite, et n’y croisant pas davantage fontaine qu’âme qui vive, je me fais la réflexion que la gestion de l’eau entre Combade et Briance se doit d’être rigoureusement pensée. Peut-être un peu mieux que je l’ai moi-même gérée aujourd’hui, me dis-je en jetant un oeil à ma gourde déjà sévèrement entamée alors que je n’ai pas encore atteint Golas.

Une rampe ouverte à travers un brouillon de forêt escalade une colline me séparant du vallon de Courtioux et signe la fin du dénivelé lourd de cette boucle. J’y suis fêté par un troupeau de Limousines dont la robe rousse ardente tranche avec le vert éclatant d’une pâture encadrée de haies. Au-dessus de moi la fée électricité voyage en enjambant forêts et vallées au fil d’un chapelet de pylônes haute tension.
Je l’entends grésiller de plaisir jusqu’à être dissoute par le vrombissement des 305 chevaux d’un tracteur John Deere venant de Golas avec son arrimage de fumier. Je m’écarte prudemment de sa route, entrant dans le lieu-dit pour y boucler une boucle commencée quatre jours plus tôt.
Plus de surprise désormais : le GR® de Pays marche ici dans ses propres pas pour retourner à Eymoutiers. Un coup d’oeil à ma montre. Il me reste trois heures avant le passage de mon train. Bien assez pour couvrir les 5,6 kilomètres restants. Je tourne le dos à la Combade et à la Briance non sans leur avoir tiré ma révérence.

GR® DE PAYS MONTS & BARRAGES, À VOUS DE JOUER !
À QUI S’ADRESSE CET ITINÉRAIRE ?
J’ai d’abord envie de dire aux contemplatifs. À ces marcheurs-ses qui aiment faire des pas de côté hors des sentiers battus, ce que permet admirablement la France rurale et les itinéraires de l’acabit de ce GR® de Pays Monts & Barrages. À qui souhaite précisément découvrir une autre France, plus intime, où le charme de la Nature tient à sa simplicité, où la randonnée force à gratter au-delà de la surface d’un paysage qu’on pourrait autrement considérer comme banal.
Et puis, bien sûr, aux passionné(e)s d’Histoire pour conférer à l’itinérance une perspective complémentaire et donner une dimension historique à chaque lieu. Sans oublier les amateurs-traces de patrimoine, sans tape-à-l’oeil mais riche d’anecdotes à cueillir au fil du chemin. Ne venez pas chercher du dépassement de soi ici. Le Limousin s’offre aux randonneurs-ses sans artifice mais, au contraire, avec une authenticité réjouissante.

EST-CE QUE C’EST DIFFICILE ?
Sur le portail Rando Millevaches, la boucle Entre Combade et Briance du GR® de Pays Monts et Barrages en Limousin est classée difficile. Comme souvent, l’estimation de la difficulté de l’itinéraire demeure subjective. Et mieux vaut pour un portail touristique que le/la pratiquant(e) trouve l’itinéraire plus facile qu’il n’est indiqué que l’inverse. Ainsi, par sécurité, ces 4 jours passent dans la catégorie supérieure.
Dans la pratique, si ce n’est deux étapes dépassant les 20 kilomètres, il n’y a pas grand chose qui, à mes yeux, puissent justifier ce choix. N’importe quel(le) randonneur-se de niveau moyen, habitué(e) à faire un peu de dénivelé (jusqu’à 600 mètres) peut ainsi s’aligner au départ d’Eymoutiers.
Reste le facteur « itinérant » qui requiert dans le cas présent une expérience de l’autonomie et du poids qui va avec. Voilà peut-être le paramètre qui va faire grimper le curseur de la difficulté. Car la répétition de côtes et de bosses avec du poids et le confort rudimentaire du bivouac en regard d’une formule hôtel/restaurant pourra éprouver ceux/celles avec le moins d’expérience dans ce domaine.

QU’EST-CE QUE JE DOIS EMPORTER ?
Cette boucle entre Combade et Briance nécessite de partir en autonomie. Deux étapes sur trois ne disposent pas d’hébergement en dur et le bivouac est donc obligatoire. Le matériel nécessaire sera donc : tente, sac de couchage et matelas, matériel de cuisine (réchaud, popote et gaz) et repas du soir.
Si vous avez besoin d’aide pour constituer votre sac, je vous invite à parcourir l’article Savoir Faire son Sac à Dos, disponible sur le blog. Pour la partie cuisine, vous pouvez également vous référer à l’article 10 Plats Lyophilisés à Mettre dans le Sac à Dos pour piocher quelques idées de repas.
OÙ TROUVER UN TOPO DE CET ITINÉRAIRE ?
Il n’y a pas de guide « papier » de cette variante Entre Combade et Briance du GR® de Pays Monts et Barrages en Limousin. Vous pouvez toutefois en retrouver un descriptif sur le site Rando Millevaches – Nature en Limousin. Vous pourrez également y télécharger la trace GPX.

QU’EN EST-IL DU BALISAGE ?
Un effort appréciable a été apporté au balisage de cette boucle. Sur les 75,5 kilomètres qu’elle totalise, il n’y a que très peu de fois où j’ai dû me référer à la trace GPX. Comme tout balisage il reste perfectible avec quelques intersections où la balise va être un peu trop loin pour être aperçue immédiatement. Généralement, moyennant un peu d’observation, on reste sur la bonne route avec très peu d’hésitation. C’est donc une bonne note que j’attribue à cet itinéraire Entre Combade et Briance pour le balisage.
QUELLE SAISON CONSEILLES-TU POUR LE PRATIQUER ?
Le GR® de Pays Monts & Barrages en Limousin, Entre Combade et Briance, peut s’envisager dès la fin avril. Je l’ai personnellement réalisé en mai. Une période idéale pour pratiquer la randonnée dans les campagnes françaises. Un festival de couleurs et de fleurs, sans la chaleur.
L’été reste évidemment possible, d’autant que les passages en sous-bois fréquents vont tempérer la chaleur plus forte qu’au printemps. Il peut toutefois faire pas mal chaud dans les segments plus exposés.
Septembre et octobre offrent encore de belles fenêtres pour la randonnée.
Novembre apporte ses couleurs fantastiques mais aussi des jours plus courts et une météo plus incertaine.

QUELQUES LIENS UTILES À AJOUTER ?
J’ai déjà évoqué Rando Millevaches où vous pourrez trouver d’autres idées de randonnée en Limousin. J’ajouterais donc la page de Limousin – Nouveaux Horizons pour disposer d’une carte complète de l’offre du territoire en matière de tourisme. Sans oublier, plus locale et ancrée dans la vision patrimoniale, la page du Pays d’Art et d’Histoire Monts et Barrages.
En lien avec le thème de la Résistance, j’ajoute le site de l’ANACR, l’Association Nationale des Anciens Combattants et Résistants et celui du Musée de la Résistance de Peyrat dirigé par Marc Montaudon qu’on voit intervenir dans l’épisode de Carnets de Rando et qui est un grand spécialiste de Georges Guingouin.








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