Caroux – Ravin des Charbonniers : la chevauchée sauvage

Véritable montagne ancrée dans le département de l’Hérault, le Caroux attire comme un aimant marcheurs et grimpeurs en quête de dénivelé et d’aventures rocheuses. Si l’offre en itinéraires sportifs est vaste sur l’ensemble du massif , c’est essentiellement du côté d’Héric que le Caroux déballe son concentré de défis. Lancée au-dessus des gorges, une trilogie d’aiguilles hypnotise le regard du visiteur à la recherche de sensations fortes. C’est précisément là-haut, sur les courbes et plis de ces arêtes rocheuses qu’ont été tracées les plus incroyables randonnées du Caroux. Il n’en fallait pas moins pour me convaincre d’aller en tester le potentiel. Tracé dans l’ombre de la fameuse arête éponyme, le Ravin des Charbonniers est le premier itinéraire sur lequel je jette mon dévolu. Compte-rendu.

Distance : 8 km | Dénivelé : 900m | Durée : 5h30 | Difficulté : difficile | Carte : IGN 1/25000è TOP25 2543OT – Lamalou-les-Bains, L’Espinouse, le Caroux, PNR du Haut-Languedoc

PROLOGUE

Il est des sorties qui se font désirer. Des sorties qu’on diffère, qu’on reporte aux calendes grecques, qu’on se promet de faire avant telle date et qui, finalement, nous filent entre les doigts comme l’anguille dans le filet du pêcheur. Entre le moment où j’ai eu vent de l’existence du Ravin des Charbonniers et sa réalisation, il s’est écoulé cinq ans. Une durée d’autant plus incroyable que je suis fourré douze fois par an minimum dans l’Hérault pour le boulot ! Et que, depuis, je suis passé plus d’une fois au pied du Caroux sans rien pouvoir faire d’autre que jeter un rapide coup d’œil à ses cimes prometteuses avant d’être aiguillé sur un autre coin du territoire. Frustration quand tu nous tiens. 2020, contre toute attente, sera l’année de la concrétisation du rêve.

C’est long cinq ans quand on rêve d’un itinéraire sans réussir à le faire. Les Charbonniers, c’est vraiment une envie tenace qui devient enfin réalité.

Coincé entre un hiver pourri et un inattendu confinement national, je débusque un créneau de liberté qui se prête parfaitement à l’aventure. Le mois de mars porte les stigmates d’un printemps précoce et l’assurance d’une fréquentation réduite dans le massif. Habituellement c’est une époque que j’occupe à des randonnées littorales mais l’envie d’une entorse au règlement m’est soufflée par la disponibilité de l’ami Mike, partenaire habituel des itinéraires d’aventure – voir dans le Vercors celui des Rochers des Deux Soeurs et, en Chartreuse, de la Grande Sure à raquettes – qui était à la recherche de nouveaux terrains de jeu à explorer. Tels les astres dans la galaxie, les conditions semblaient alignées à la perfection pour ce trip héraultais au Ravin des Charbonniers.

POURQUOI AUTANT D’EXCITATION ?

Pourquoi ? Mais quelle question ? Qui ici n’a pas encore compris la valeur du Caroux ? J’en avais préalablement donné un petit aperçu dans un précédent épisode de Carnets de Rando. J’avais tâché de faire transpirer mon texte d’exaltation. Et, à la manière d’un showrunner des sentiers, j’avais laissé la fenêtre grande ouverte pour bien faire comprendre à chacun(e) que le Caroux en avait bien davantage dans le coffre. Mention spéciale au secteur des Gorges d’Héric, dominé par ses aiguilles crochues. Les grimpeurs viennent y taquiner le rocher et notamment l’Arête des Charbonniers, une jolie voie d’initiation au terrain d’aventure avec ses huit longueurs en 4c max dispatchées sur 250m de gneiss compact.

Ce secteur des Aiguilles n’est cependant pas interdit aux randonneurs. À l’instar de la Sainte-Victoire où les voies d’escalade de la face sud côtoient des itinéraires où la randonnée sportive épouse parfois la varappe, le Caroux déploie quelques routes pas piquées des vers où la notion d’engagement prend tout son sens. Le genre de parcours qu’on tient un peu secret et dont la réputation ne se murmure qu’auprès de randonneurs qualifiés d’aguerris. Des voies initiatiques, ouvertes par le Club Alpin Français, pour celles et ceux qui veulent faire leurs armes dans le Caroux. On y entend parler de chaînes, de pas d’escalade, de gaz et de sueur. Plus vraiment de la rando, pas encore de la grimpe mais définitivement un morceau de bravoure dont on se souviendra.

Celle qui nous intéresse aujourd’hui c’est le Ravin des Charbonniers, une purge de près de 400 mètres de dénivelé, dans l’ombre froide et sauvage de l’arête suivie par les grimpeurs. Une brassée sportive et directe qui se propulse comme une fusée vers les sommets des aiguilles en empruntant les tréfonds d’un ravin. Ici on n’emporte ni corde, ni baudrier, ni mousqueton. La trace est grossière mais l’équipement en place.

Chaînes, cordes, passages en rochers, engagement, gaz… Le mythe du Caroux se bâtit ainsi, sur le colportage de ces sections qui enflamme l’imagination.

J’entends parler d’un passage effrayant et de sa chaîne de quatorze mètres qui dégringole dans le vide. Suffisant pour m’envoyer au cerveau un concentré d’adrénaline. La carte locale du CAF est du voyage, qui offre un confort de lecture bien supérieur à celui de l’IGN, gribouillis de lignes de niveau entremêlées rendant toute projection impossible. Trois heures de route me séparent du Caroux. La fenêtre météo sera brève. Vous comprenez mieux le sens de mon excitation maintenant ?

caroux

D’OÙ ÇA PART ?

On n’ira pas plus loin avec la voiture que le parking aménagé à l’entrée des Gorges d’Héric, à un peu plus d’un kilomètre de Mons-la-Trivalle. Bonne pioche quand on y vient hors saison : c’est gratuit ! Sinon, du 15 avril au 15 septembre, c’est 3,50 euros par voiture. On n’installe pas un péage au milieu du désert : autrement dit, en plein été, les Gorges d’Héric ont des allures d’Espiguette, version Minervoix-Caroux. En mars, rien de tout ça, même si les promeneurs restent étonnamment nombreux pour l’époque. La plupart viennent sillonner le fond des gorges ou remonter le sentier des Gardes. Quelques autres dégainent le matos d’escalade et disparaissent dans les bois. Tous, nous y compris, font leur entrée dans les gorges par le Pont des Soupirs, ou plutôt la Passerelle : on n’est pas à Venise ici !

Les Gorges d’Héric ont comme un petit côté Restonica : torrent impétueux, gorges encaissées et proéminences rocheuses aux formes marquées. Ou quand l’Hérault se prend pour la Corse.

La longue piste carrossable – mais réservée aux riverains ! – s’engage aux côtés de l’Héric, dont elle remonte le courant jusqu’au hameau éponyme où la terrasse d’un refuge accueillant attend les braves qui se seront donnés la peine de suivre cette voie de 4,5 kilomètres. Ce n’est pas mon idée, bien que le départ pour le ravin se trouve 125 mètres plus haut, sur le bord de celle-ci. Il y a mieux pour se mettre dans l’ambiance du Caroux et ce serait dommage de ne pas en profiter. Peu de temps après la passerelle, une volée de rocher ouvre un chemin à gauche, vers l’école d’escalade du Rocher Luttes. Repérage des signes : petits triangles pour les grimpeurs, petits ronds rouges pour les randonneurs. C’est le départ du sentier n°2 et c’est lui que je vous invite à suivre pour rejoindre le départ du Ravin des Charbonniers.

ÉCHAUFFEMENT

Le sentier n°2 c’est celui qui prend de la hauteur en rive droite de l’Héric, entre la Passerelle des Soupirs et le Gouffre du Cerisier. C’est une bonne alternative pour faire chauffer les jambes en lieu et place de la monotonie lancinante de la piste. On y prend assez vite de l’altitude, le temps d’atteindre la proximité du Roc des Oiseaux. On y est aussi très souvent à l’ombre, ce qui peut se révéler un atout lors d’épisodes de chaleur. L’ambiance en sous-bois y est du genre intimiste, rythmée par les échos du torrent dévalant dans les gorges en contrebas. On le rejoint en un peu moins d’une heure, aux abords d’une jolie zone de cascades et d’un pont jeté en travers du lit rocheux.

LE RAVIN DES CHARBONNIERS, 1ÈRE PARTIE

On repasse de l’autre côté du pont où nous attend, juste après à gauche, le départ du sentier. Sentier est un bien grand mot à ce moment-là : un poteau de signalétique, indiquant la direction du spot d’escalade, invite à franchir le ressaut rocheux bordant la piste. Une entrée en matière en forme de clin d’œil, afin de souligner le côté tout-terrain à venir de l’itinéraire. Une fois le bloc franchi, pause contemplative, souffle un peu court et mains sur les hanches : le Cirque de Farrières s’ouvre plein nord, transpercé d’une main rocheuse où le Pouce, droit comme i, adresse un like monumental à qui l’admirera. Les Gorges d’Héric ont des airs de Corse, cousines éloignées de la Restonica. Pas étonnant que le mouflon se sente bien ici.

Cairns, marques aléatoires, trace qui se perd dans le décor : les choses sérieuses commencent ici, une fois le confort du sentier et de la route laissé derrière soi.

Puis vient la forêt. Un versant entier. Un open space tapissé de feuilles mortes et de blocs rocheux où trace et balises s’évanouissent avec une facilité déconcertante. Ici les points rouges du sentier n°2 ont cédé la place aux pastilles jaunes usées du sentier n°19 qui, elles-mêmes, font route commune avec les triangles oranges – en meilleur état – suivis par les grimpeurs. Des cairns fleurissent un peu dans tous les sens, en ajoutant à la confusion. Ce n’est pas le moment de s’emballer et de partir n’importe où au p’tit bonheur. N’hésitez pas à faire machine arrière quand plus aucun repère ne se discerne et à revenir à la dernière balise vue pour tout reprendre à zéro. C’est le seul moyen de dépasser cette première partie un poil chaotique au niveau de l’orientation pour se mettre sur la bonne route.

Caroux

Les choses s’améliorent un peu plus haut. Je piste les triangles en prenant de l’altitude. La trace s’enroule autour des troncs en nous entraînant vers la base des aiguilles. La forêt manque de plus en plus d’espace. Acculés contre le rocher comme un troupeau de brebis poussé en avant par les chiens, les arbres s’agglutinent contre le minéral et commencent à l’escalader. Les balises réservées aux grimpeurs prennent la même direction. Un brusque appel d’air frais attire mon attention à gauche. L’espace du Ravin des Charbonniers se distingue derrière les derniers arbres et, même si les pastilles jaunes brillent encore par leur camouflage, je comprends que c’est là, dans ce grand et raide couloir de roche parcouru par le vent, qu’il va falloir chercher la suite de notre itinéraire.

ravin des charbonniers

LE RAVIN DES CHARBONNIERS, 2ÈME PARTIE

Je cherche le passage à l’instinct, en me laissant basculer dans le ravin tout en gardant la base de l’arête des Charbonniers à main droite. Les arbres finissent par ne plus aller plus loin, libérant l’ouverture rocheuse qui part à l’assaut des hauteurs du Caroux. L’endroit est exaltant et augure de moments de randonnée épiques. Inutile de guetter les balises : la présence d’une première chaîne est suffisante pour comprendre où se trouve la suite du chemin. À ce stade, vous devriez déjà sentir fourmiller au bout de vos doigts l’appel pressant de l’aventure. L’hostilité apparente du ravin se fait élan du cœur pour tous les amoureux de ce style de terrain.

J’empoigne la chaîne et hisse ma carcasse sur les premiers mètres de rocher. Soyons francs : ça passe sans son aide. Même chose à la suivante si l’escalade en II/III vous est coutumière. L’ambiance est belle dans ce ravin. Pas vraiment verticale mais sensiblement raide. On prend vite de la hauteur, ce qui confère une vraie dimension alpine à l’épopée. Mais toujours aucune trace de la chaîne de 14 mètres (je comprendrai ultérieurement le pourquoi du comment…). Les ressauts s’enchaînent, reliés entre eux par des sections de marche parfois abruptes, toujours sauvages. On tire bien sur les bras, surtout avec le matériel vidéo qu’il faut hisser vers le haut. La durée de la progression s’en ressent.

ravin des charbonniers

ravin des charbonniers

J’ai toujours été fasciné par la capacité du Caroux à créer un authentique décor de montagne ici, dans l’Hérault, à une heure trente des premières plages. Les pans du ravin des Charbonniers n’en finissent plus de se projeter vers le ciel, écrasant la perspective et réduisant Mike à une silhouette dérisoire. La pente forcit et une nouvelle chaîne n’est, cette fois, pas de trop pour grappiller une dizaine de nouveaux mètres vers la sortie. Les murs des Charbonniers deviennent oppressants, se rapprochant sans cesse un peu plus de notre ligne de progression. La végétation refait surface ici et là et, rapidement, le large ravin des Charbonniers s’est transformé en une sorte de canyon sec ou apparaissent des cordes d’escalade.

La prudence s’impose avant de tirer dessus. La corde semble en bon état, même assez récente. Elle permet le franchissement d’un petit mur plus raide que les précédents. Rétablissement dans les taillis avant de poursuivre l’ascension. La pente semble ici se coucher, comme si les principales difficultés étaient maintenant derrière nous. Les arbres colonisent à nouveau plus régulièrement le versant, se densifiant petit à petit tandis qu’approche la vire médiane, décor du fameux sentier n°13, qui relie le col de la Narquoise à celui du Curé. Un autre itinéraire épique que, à ce stade de la journée, j’ai encore espoir de réaliser en bouclant depuis le sommet vers le hameau d’Héric. Aimable naïf que je suis ! À la jonction avec les balises rouges de son tracé, je décide de faire la pause pique-nique. Mine de rien, c’est déjà plus de 13h !

ravin des charbonniers

LE RAVIN DES CHARBONNIERS, 3ÈME PARTIE

Si je m’étais mieux renseigné, j’aurais su que ma fameuse chaîne de 14 mètres était à deux pas de là, à portée de mains, sur le sentier rouge et non le jaune. Il aurait suffi d’un crochet pour, enfin, se frotter au passage qui enflamme mon imagination depuis cinq ans. Mais non. J’ai fixé le cap sur le jaune et rien que le jaune. Je tiens à l’explorer intégralement, à l’épuiser jusqu’à sa sortie je-ne-sais-où. Et c’est ainsi que je laisserai derrière moi cet objectif ô combien rêvé que j’espère encore trouver plus haut. Alors, une fois les salades et sandwichs avalés, on se remet en route. L’horaire, déjà avancé, et le froid distillé entre les arbres par un vent insistant nous convainquent de ne pas trop nous attarder. Encore faut-il débusquer la suite du tracé.

On rejoue le scénario du démarrage dans les gorges où le balisage escalade supplante celui de la rando. Conseil d’ami : quand vous tournez le dos au rouge, montez plutôt de biais vers la droite, en direction des rochers. Vous devriez finir par repérer ces satanées marques jaunes à nouveau pour vous guider vers la dernière partie de cette ascension. Car les triangles des grimpeurs partent, pour leur part, dans la mauvaise direction, cherchant à atteindre le départ de l’Aiguille Godefroy. Nous autres bipèdes marcheurs, en chaussures et non en chaussons, c’est entre la Déplasse et la Viallat, les deux autres aiguilles de la trilogie acérée du Caroux, qu’il va falloir chercher la suite du passage dans cette dernière partie du Ravin des Charbonniers.

Ravin des Charbonniers

Ravin des Charbonniers

Cette section est relativement quelconque en comparaison de la précédente. Le cheminement perd pas mal en engagement tout en conservant une ambiance intime et secrète grâce à sa nature de jeu de piste. À bientôt 900 mètres d’altitude, ce sont maintenant derrière nous les sommets du Mont Gros et du Montahut, annonçant la Montagne de l’Espinouse, qui émergent derrière la ligne de crête arrondie et boisée reliant le Roc de la Gleyzo au col de Bardou. Des épisodes de varappe courts, mais toujours amusants, interrompent encore ponctuellement la progression. Une dernière corde se présente, ultime passage technique à franchir. Puis la trace s’extirpe du ravin des Charbonniers et jaillit à l’air libre sur un versant rocheux et dénudé qui offre une belle perspective plongeante sur les gorges d’Héric, désormais lointaines.

En quelques pas, nous atteignons une sorte de terrasse, proprette et bien ouverte, qui ouvre sur la large échancrure de l’amont du Rieutord. Un fantastique point de vue vers le sud de l’Hérault, les espaces du Minervois par-delà la vallée de l’Orb et les reflets platine du littoral succédant aux plaines et aux vignobles. Le renflement rocheux du Plo de la Maurelle ferme la vision à l’Est et dévoile enfin la ligne sommitale du Plateau du Caroux. Déjà 15h à la montre. Un coup d’œil à la carte anéantit mon improbable projet de redescendre sur Héric pour tenter l’intégrale de la Grande Vire du Rieutord. La caméra nous a trop ralentis. Même sans parler de faire des images, il se serait agi d’une aventure de longue haleine pour une seule journée de marche. À l’évidence, il faudra revenir !

Ravin des Charbonniers

LE CHEMIN DU RETOUR

Pas question de descendre par le même chemin : peu palpitant après l’avoir monté et surtout pas mal casse-gueule ! Le mieux est de poursuivre la traque des marques jaunes qui, de la terrasse, basculent dans l’ombre du grand arrondi du vallon du Rieutord. Une trace accidentée, à flanc et bien balisée y fait son chemin vers une crête édentée qui semble la mener dans l’impasse. Il faudra tourner les yeux vers les pentes boisées qui s’échappent de ce semblant de chemin, à main gauche, pour y repérer la suite des cairns contournant l’obstacle. Les derniers mètres de dénivelé amènent finalement le marcheur sur les grands espaces dégagés du plateau, signant ainsi et pour de bon la fin de toute ascension.

Il faut profiter de cette rupture paysagère. Elle ne durera pas. Le temps manque pour s’attarder longtemps sur les hauteurs du Caroux. Le printemps n’a pas encore d’emprise ici et les landes à bruyère font grise mine. Qu’importe les couleurs, on savoure ici l’espace. Notamment lorsque le chemin vient buter au bord du Ravin des Hêtres, départ de l’itinéraire n°23 qui descend sur Héric. Ici c’est le point de convergence des grimpeurs et des randonneurs qui ont frayé dans les aiguilles, les arêtes et les ravins du Caroux. Un carrefour où les futurs de chacun explosent au gré des couleurs des sentiers. Notre avenir sera, par exemple, bleu comme le ciel lorsque nous retrouvons les marques azur du sentier n°16 qui, en remontant du Rieutord, gagne ensuite le refuge de Font Salesse.

Caroux

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C’est vers le rez-de-chaussée qu’on dirige l’ascenseur. Avant de regagner le couvert des sous-bois, le chemin plonge face au vallon et à la vallée de l’Orb. Incroyable vue, encadrée à droite par l’extrémité de l’Aiguille de Viallat. L’altimètre chute sous nos pas jusqu’à franchir le torrent du Rieutord bien en-dessous de la magistrale cascade aperçue un peu plus tôt. Le chapeau des arbres recouvre l’horizon, nous plongeant pour un moment dans l’ambiance confinée d’une agréable chênaie. La marche se fait plus paisible et le marquage, clair et abondant, n’impose aucune recherche d’itinéraire. On finit par croiser le rouge – ou sentier n°13 – celui-là même qu’on avait coupé avant la pause déjeuner. C’est par-là que j’aurais aimé arriver si les journées comptaient 48 plutôt que 24 heures. On le laisse à regret, pour une autre fois et on l’emprunte dans le sens du retour.

La suite est plaisante, qui glisse entre les feuilles et les rochers en ondulant dans le creux de thalwegs forestiers. Des escaliers de pierre ont parfois été aménagés pour faciliter la marche. Les rais de lumière de la fin d’après-midi percent les feuillages en inondant les sous-bois de reflets brillants. Un rythme méditatif s’installe entre Mike et moi tandis qu’approche le col de Bartouyre, jonction avec le GR® de Pays Haut-Languedoc et Vignobles. Retour à la modernité : balisage homologué à la peinture brillante, panneaux de signalétique flambants et, surtout, exceptionnel sentier-escalier aménagé en pierre sèche. Le Sentier des Gardes, ici présent, est un chef-d’œuvre, fruit du travail d’un seul homme pendant deux ans. C’est la voie royale pour se laisser enfin couler jusqu’aux Gorges et à la Passerelle des Soupirs et ainsi mettre le point final à cette nouvelle et mémorable chevauchée dans le Caroux.

caroux sentier des gardes

ACCÈS AU GORGES D’HÉRIC

À part habiter à proximité immédiate – arrivée par la vallée de l’Orb depuis le Tarn par exemple – le meilleur moyen de venir au Caroux est de passer par Béziers. En général, vous arriverez par l’A9, dans un sens ou dans l’autre, et il faudra suivre la bifurcation vers l’A75 direction Béziers-centre, Valras-Plage et Sérignan. L’A75 ne sera pas suivi bien longtemps : on le quitte dès la première sortie, la n°64, direction Béziers-centre, Valras-Plage et Sérignan, tout pareil. Tout cela nous mène à un rond-point dont on prend la première sortie, via la D612, direction Béziers-centre et Bédarieux. On est là sur le « périphérique » de Béziers. Il faut le suivre jusqu’à la sortie indiquant Bédarieux, Roussan. Au rond-point qui lui succède immédiatement, suivre la première sortie à droite, via D909, direction Bédarieux. La suivre longtemps jusqu’à dépasser Faugères et continuer dessus en direction d’Hérépian. On atteint finalement un rond-point. Poursuivre tout droit, franchir l’Orb et traverser Hérépian. Dans le centre du village, tourner à gauche à un rond-point, via la D908, direction Lamalou-les-Bains. Passer le Poujol-sur-Orb, puis Colombières-sur-Orb et rejoindre Mons-la-Trivalle. On accède au village par une bretelle de sortie – D14e – où sont indiquées les Gorges d’Héric. En haut de la pente, tourner à droite, passer la voie ferrée et, devant l’Auberge du Caroux, suivre la route à droite. Après 700m, tourner à gauche, par la D14e, direction Gorges d’Héric. On atteint ainsi le parking à l’entrée des gorges.

Attention : le parking est payant le week-end de Pâques et du 15 avril au 15 septembre. Tarifs : 3,50€/voiture, 1,50€/moto et 6€/camping-car.

ravin des charbonniers

RAVIN DES CHARBONNIERS : LE TOPO

Depuis le parking, emprunter la route qui remonte les Gorges d’Héric et dépasser, à droite, la passerelle des Soupirs (1). Quelques mètres plus loin, à gauche, prendre le sentier qui monte à gauche, balisé rouge (2).

Dépasser l’école d’escalade et poursuivre sur ce chemin qui s’élève, rive droite, au-dessus des gorges, avant de redescendre au niveau d’un pont et de rejoindre la route des gorges (3).

Traverser le pont à droite et, juste après, repérer à gauche le poteau de signalétique indiquant les sites d’escalade. Suivre la direction indiquée en escaladant le petit mur rocheux. Se rétablir juste au-dessus et repérer les premiers cairns et ronds jaunes qui balisent l’itinéraire.

Le balisage se perd assez facilement, par la suite, dans la forêt. Il peut y avoir de l’hésitation au niveau du point (4). En cas de doute, progressez plutôt nord/nord-ouest en tirant à main gauche. L’instinct donne envie de continuer à s’élever mais cela peut vous conduire à tirer trop à droite et trop à l’est : attention donc ! Suivre provisoirement les triangles oranges de l’escalade plutôt que les ronds jaunes, parfois introuvables, constitue une solide garantie pour retrouver le chemin perdu.

Après ce petit passage mal indiqué, triangles, cairns et ronds jaunes font cause commune jusqu’au pied de l’arête des Charbonniers dont on devine la base derrière les arbres. C’est là que les triangles et les ronds se séparent.
Ne suivez pas ces triangles plus loin mais, même si les ronds jaunes ne sont pas flagrants, laissez-vous guider vers l’entrée du ravin, large et évidente, derrière les arbres (5).

Se tenir à droite du ravin, dans l’ombre de la paroi de l’arête et progresser ainsi vers le départ du grand couloir rocheux. Y repérer une chaîne et l’escalader.

Poursuivre en suivant le balisage jaune par un passage rocheux facile qui se rapproche d’abord du bord de crête avant de repiquer, à droite, vers le centre du ravin.

La trace se poursuit dans un petit couloir jalonné d’arbres et rejoint une deuxième chaîne. L’escalader.

Continuer au-dessus et buter dans le bout d’une sorte de couloir qu’on franchit à droite, par un passage court et facile d’escalade (ronds jaunes). Remonter le long d’un mur rocheux, à main droite, sous le couvert de petits chênes. Au bout, franchir un bref pas rocheux.

Poursuivre l’ascension qui finit par arrondir vers la droite, en traversée sur une ligne rocheuse envahie par un bosquet de chênes (cairn + marque jaune pas facile à voir). On rejoint presque l’autre bord du ravin, où coule parfois de l’eau, et on atteint une troisième chaîne. L’escalader pour franchir une pente rocheuse assez longue. À la sortie, poursuivre dans l’axe jusqu’à une quatrième chaîne. L’escalader. À la sortie, franchir un ressaut rocheux facile à main droite (marque jaune) puis un autre juste après. Continuer au-dessus, par des rochers faciles, en suivant les marques.

Rejoindre une zone plus fermée et plus fouillis en terme de végétation : une corde d’escalade bleue s’y aperçoit qui permet de s’assurer le temps de franchir en traversée un gros rocher un peu rond et lisse. La corde permet ensuite de s’élever sur un ressaut un peu plus raide que d’habitude.

Une fois franchi ce ressaut, la pente se couche et la progression devient plus facile. On croise, arrivant de la gauche, le tracé rouge de la Grande Vire de Rieutord (6).

À cet endroit, une fois encore, pister la suite du tracé jaune n’est pas ultra-évident. Le plus simple : après avoir coupé le sentier rouge, continuer d’abord un peu tout droit puis tirer à main droite en continuant à monter pour venir vous appuyer contre la roche de ce qui doit être le prolongement de l’arête des Charbonniers. On récupère un balisage lisible dans ce secteur et on remonte ainsi, appuyé contre ce bout de roche.

Des cairns réguliers permettent de s’élever de bloc rocheux en bloc rocheux. Un dernier et court passage d’escalade dessert un couloir entre des rochers au fond duquel semble venir buter la trace. Repérer le passage à gauche qui conduit jusqu’à un trou formé par un assemblage de roches : passer dedans et sortir de l’autre côté.

Poursuivre en montant à droite et atteindre une corde qui permet le franchissement d’un ressaut.

À la sortie, s’élever plus facilement dans l’axe du couloir. Plus haut, la trace dévie un peu à gauche au-dessus des arbres et s’emploie à remonter une belle croupe rocheuse. En la poursuivant, on sent la pente se coucher progressivement et on atteint une belle terrasse plate ouvrant, au-delà sur le ravin du Rieutord (7).

Le tracé jaune se poursuit de l’autre côté, en basculant d’abord dans l’arrondi dont les pentes dégringolent dans le vallon du Rieutord, puis en tirant à flanc vers une ligne rocheuse qui ferme le versant. Repérez les cairns qui commencent à s’élever à main gauche, dans la pente, pour se hisser au-dessus de celle-ci et déboucher sur le plateau du Caroux.

Bien suivre les cairns et la sente qui permettent de remonter le thalweg du Rieutord. On finit par déboucher sur le tracé bleu (8) : le suivre à droite.

Le tracé bleu semble faire repartir sur ses pas mais va, plus loin, sérieusement plonger dans le vallon du Rieutord et franchir celui-ci, plus bas (9), pour s’engager dans les sous-bois sous le sommet du Plo de la Maurelle.

Plus bas, il croise le sentier rouge, arrivant de la droite (10). L’ignorer et poursuivre tout droit en suivant désormais le marquage rouge qui succède au bleu jusqu’au col de Bartouyre (11).

Au col, jonction avec le GR® de Pays – balises rouge et jaune – Haut-Languedoc et Vignobles, ainsi qu’avec les balises jaunes d’un PR. Les emprunter par la droite via les beaux escaliers du sentier des Gardes et rejoindre, beaucoup plus bas, la passerelle des Soupirs (1). La traverser, remonter sur la route des Gorges d’Héric et revenir au parking en la suivant à gauche.

caroux passerelle des soupirs

RECOMMANDATIONS PARTICULIÈRES & DIFFICULTÉ

Le critère de base pour suivre cet itinéraire en toute sécurité c’est de ne surtout pas l’emprunter un jour de pluie ou d’orage et, au-delà, de l’éviter les jours suivant pareilles intempéries. Le Ravin des Charbonniers doit impérativement être sec de chez sec. Sinon c’est toboggan assuré et n’attendez pas du sable pour vous récupérer en bas de celui-ci.

Ma deuxième recommandation : ne venez pas découvrir seul(e) le concept de rando-aventure sur cet itinéraire. Soit vous vous faites accompagner de quelqu’un qui connaît le terrain et/ou ce genre de parcours pour vous initier, soit vous avez déjà à votre actif quelques sorties dans le même genre comme, par exemple, la Voie Gombault, dans la Sainte-Baume, le sentier jaune, dans la Sainte-Victoire, le sentier de l’Imbut, dans le Verdon… Ce genre de rando.

Troisième recommandation : ayez la caisse. Franchement, ça tire bien à la montée. La pente est raide et faiblit rarement. Ça grimpe fort et ça grimpe longtemps. Il ne faut surtout pas griller toutes ses cartouches dans la montée car le retour est un peu long et demande encore un peu d’attention. Soyez donc endurant.

Est-ce que c’est engagé comme parcours ?

Non, pas tant que ça au final. Mais c’est un beau chantier. La recherche de l’itinéraire exact demande vraiment de l’attention. C’est surtout assez physique du fait de l’enchaînement permanent des ressauts et passages-clés.

Est-ce que ça fait peur comme parcours ?

En toute honnêteté non, pas vraiment non plus. L’ambiance est prenante mais y’a rien de réellement gazeux. Les sections chaînes et cordes sont courtes et ce ne sont pas des pentes à 90°, ni même 60°, qu’il faut franchir. L’ambiance ravin, avec ruptures entre les difficultés, décor confiné et omniprésence rassurante de végétation, ne fait pas des Charbonniers quelque chose de super-exposé.

Alors pourquoi tu as coté ce Ravin des Charbonniers « difficile » ?

Parce qu’il faut un minimum d’habitude pour franchir les difficultés sans se fatiguer et assurer. Parce qu’il faut aussi un minimum d’habitude pour s’orienter dans ce bazar et que le balisage n’est pas parfait tout le temps. Parce que l’ambiance peut impressionner celles et ceux qui ne sont pas familiers des décors alpins immersifs de ce genre. Enfin parce qu’il faut vraiment de la conti(-nuité) physique pour ne pas s’exploser trop vite et assurer le retour au parking une fois sorti(e)s du ravin.

RAVIN DES CHARBONNIERS : MON AVIS PERSO

L’impatience nourrie toutes ces années à l’égard de ce parcours contribue sans aucun doute à fausser mon objectivité analytique. Sauf que je m’étais emmêlé les pédales : j’avais mélangé dans ma tête des éléments du rouge avec le tracé du jaune. J’étais donc dans l’attente de quelque chose qui n’existait pas. Alors le résultat c’est qu’en arrivant au bout de ce parcours de sauvage, j’ai senti pointer un soupçon de déception genre « mince mais elle était où ma chaîne de 14 mètres ?« . Vous l’aurez compris : j’ai un peu fait une fixette sur cette chaîne. J’étais venu spécialement pour elle et je la loupe. Alors quand Richard, de la Maison d’Hôtes du Poujol-sur-Orb, m’explique le soir que la-dite chaîne était sur un autre tracé, je m’en suis un peu voulu. Et quand il a continué en m’expliquant qu’il y avait encore au moins trois itinéraires plus engagés que le Ravin des Charbonniers, les bras m’en sont tombés ! En fait j’avais trop mal préparé ma rando ! Le Ravin des Charbonniers en devient-il un objectif mineur ? Sûrement pas !

À défaut du grand frisson du vertige aérien, le Ravin des Charbonniers offre une ascension sportive et exigeante dans un univers, il faut le dire, assez spectaculaire. On navigue dans les entrailles du Caroux, littéralement. Et les fanatiques de hors-sentiers sauvages seront aux anges avec ces enchaînements de chaînes et de cordes et de ressauts à franchir à répétition. Et puis la vue est bluffante. Le plus on s’élève dans ce ravin, le plus la perspective sur les gorges d’Héric se fait plongeante. C’est une véritable chevauchée dans l’ombre de l’arête pratiquée par les grimpeurs. Et la sortie sur la terrasse est classe avec cette ouverture béante sur le Rieutord et sa cascade. Je pensais jusque là qu’il s’agissait de la rando la plus dure du Caroux. C’était avant que j’apprenne que, non, il y a bien plus rude encore. Ça n’en reste pas moins un itinéraire à la hauteur du massif qui ne décevra pas les amateurs, comme moi, de randonnée flirtant avec l’escalade.

HÉBERGEMENT ASSOCIÉ

La Maison d’Hôtes (testé & approuvé)

Non, on ne peut pas venir dans le Caroux quand on est randonneur/se sans dormir chez Delphine et Richard. C’est vraiment le quartier général des adeptes de la rando dans le massif et, depuis 16 ans qu’ils y vivent et qu’ils le pratiquent, cet adorable couple d’amoureux du Caroux est un puits de science pour toutes celles et ceux qui s’apprêtent à y partir à l’aventure. Côté chambres, on est royal au calme du Poujol. Y rentrer le soir après une bonne journée de marche c’est le repos assuré. Le bâti est ancien et parfaitement rénové. Le jardin est un havre de calme et le petit-déjeuner un chouette moment de convivialité. Pour le dîner, rendez-vous au P’tit Resto ou à l’Étape Gourmande, au choix. Après vous faites comme vous voulez mais, moi, je ne viens plus dans le Caroux sans dormir à la Maison d’Hôtes et faire le coucou à ses propriétaires. À partir de 62 euros la chambre double pour 2 personnes, petit-déjeûner inclus. Contact : 04.67.95.71.80

AUTRES ITINÉRAIRES AU DÉPART DES GORGES D’HÉRIC

Col de Bardou, en boucle, par le col de Coulaïgo
Refuge de Font-Salesse, par le col de Bartouyre
Grande Vire du Rieutord

AUTRES ITINÉRAIRES À PROXIMITÉ

Sommet du Caroux, par le Col de Pomarède
Chapelle Saint-Eutrope et Serre de Majous

Caroux

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One Comment

  1. Richard et Delphine Répondre

    Quel bel article… Quel beau massif !
    Et oui David, de magnifiques sentiers t’attendent encore comme l’arete St Martin, La vire guy Pistre, La grande vire du rieutord, la piste des aiguilles, la brèche de mascard… Le Caroux est sans fin.
    Y goûter c’est déjà avoir envie d’y revenir!
    Merci pour ton coup de projecteur sur le Caroux et plus…
    Delphine et Richard

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