L’Espinouse : la montagne secrète de l’Hérault

Tout là-haut, au nord de l’Hérault, dans l’ombre du Caroux, se dissimule un petit massif qui a bien des trésors à offrir au marcheur. Crêtes sauvages et vallons secrets abondent dans l’Espinouse. Des micro-aventures à la portée de ceux qui ont suffisamment de curiosité pour venir les vivre ici, loin du tourisme de masse et des sites phares du département. L’ascension de la chapelle Saint-Eutrope est déjà, en soi, une randonnée incontournable du secteur. Mais c’est au-delà de celle-ci que le véritable visage de l’Espinouse se dévoile. Je suis allé le découvrir pour vous, accompagné par Eric Brendle, mon fidèle compagnon de marche héraultais.

Difficulté : difficile | Longueur : 8km | Durée : 4h15 | Dénivelé : 750m

Il y a un peu d’excitation dans l’air ce matin-là. J’ai du mal à dissimuler mon envie de découvrir le massif de l’Espinouse, recoin secret du département de l’Hérault dessiné dans le prolongement nord de celui du Caroux, qu’on avait déjà commencé à explorer dans Carnets de Rando. Si la notoriété du Caroux commence à largement dépasser les frontières de la vallée de l’Orb – et même de l’Hérault tout entier – l’Espinouse fait office de parfait inconnu.

Si vous demandez à un Héraultais du sud s’il connaît l’Espinouse, il est fort possible qu’il vous réponde qu’il n’y a jamais été, voire qu’il ne sait pas de quoi vous lui parlez !

L’Espinouse, c’est un territoire connu, à l’instar de la Buèges du côté de Saint-Guilhem, des seuls locaux ou des visiteurs réellement curieux de nature. Loin d’être ici un vilain défaut, la curiosité est au contraire largement récompensée par une palette d’itinéraires enthousiasmants qui partent à l’assaut de reliefs boisés et rocheux, à la nature profondément sauvage. Un lieu d’exploration et d’aventure pour les amateurs de randonnées isolées et sportives. Bref, un terrain de jeu pour moi.

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Des vallons sauvages vierge de tout sentier, des reliefs escarpés appelant le randonneur : ainsi s’est présenté l’Espinouse face à moi lors de notre rencontre

On peut imaginer ici des boucles à la journée assez denses, notamment au départ de Saint-Gervais-sur-Mare. Mais, rapport aux contraintes d’un tournage, Eric a choisi pour nous un circuit plus court au départ d’Andabre. « Rien qui risque de nous empêcher de nous régaler« , m’assure-t-il néanmoins, confiant. La voiture est stationnée à Andabre, tout petit village construit en sortie de l’étroite vallée de la Mare. Ici, déjà, la sensation d’être très loin des hauts lieux touristiques du département est forte.

Ne partez pas loin pour une retraite spirituelle. Il se pourrait bien que, dans l’isolement de l’Espinouse et de la chapelle Saint-Eutrope, vous trouviez ce que vous cherchiez

« Où sont les plages ? » interroge Eric avec un sourire. Je prends conscience dès lors de la nature très contrastée du département, connu et assailli par le tourisme sur toute sa partie littorale, et comparativement totalement ignoré dans sa partie la plus septentrionale, celle qui vient flirter avec les départements du Tarn et de l’Aveyron. Un pays dans le pays, en retrait de la dynamique touristique territoriale, dont le secret semble vouloir être farouchement gardé par ses habitants et ses amoureux. J’espère ne pas les offenser en tentant de vous inviter à venir le découvrir. Avec le respect qu’il se doit bien sûr.

Le petit village d’Andabre, posé au pied des contreforts septentrionaux de l’Espinouse. Le point de départ de cette randonnée.

Eric m’entraîne en rive droite de la Mare, au fil d’un petit sentier balisé aux couleurs de Compostelle. C’est la voie d’Arles qui passe par là, traversant l’Hérault d’est en ouest pour gagner Lodève et poursuivre sa route en direction de la Montagne Noire et du restant de l’Occitanie. Nous la suivons un petit moment, sous le couvert de grands châtaigniers qui se parent doucement des couleurs de l’automne. Un échauffement à plat avant les grandes manœuvres de la journée.

La toute première partie de l’itinéraire se faufile à plat dans la forêt. Ne vous y trompez-pas : ça ne va pas durer bien longtemps ! On vient dans l’Espinouse pour faire du sport et, du sport, croyez-moi, il y en a !

« Ça va grimper sévère« , m’avertit Eric en m’expliquant les grandes lignes de l’itinéraire. Et je ne tarde pas à le vérifier, une fois repérée la petite sente qui, s’échappant du GR® à gauche, s’engage dans les bois telle une rampe de décollage. Le ton est donné jusqu’au sommet désormais ! Les ruines d’habitats désormais relégués à l’histoire s’éparpillent ici et là, peu à peu recouvertes par la végétation. Puis, rapidement, la lumière inonde à nouveau le paysage, tandis que le chemin quitte le couvert des bois. Les paysages de l’Espinouse remplissent désormais notre champ de vision.

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Sur le chemin d’ascension vers la chapelle Saint-Eutrope. Du très bel itinéraire.

Rapidement des marches de pierre se substituent au chemin. L’environnement se fait plus rocheux en s’élevant au-dessus des bruyères. Sans s’en rendre compte, on se retrouve à progresser à flanc de rocher, en escaladant un véritable escalier de roc. Au passage d’un versant à l’autre, je réalise la beauté de cette première section de marche. Je suis bluffé ! Impossible de bouder son plaisir à gravir ce chemin d’un autre âge, au coeur de ces vastes espaces totalement déserts. L’Espinouse a ici une tonalité presque épique.

Des marches taillées dans la pierre, des couleurs d’automne fascinantes. Il ne m’en faut pas plus pour ranger l’Espinouse quelque part entre Gondor et Lorien, sur la carte des Terres du Milieu du Seigneur des Anneaux

On grimpe ainsi jusqu’à la petite chapelle Saint-Eutrope, magnifiquement restaurée, perchée sur un petit éperon rocheux et à même d’accueillir des randonneurs pour la nuit, grâce à un local libre d’accès, rustique mais fonctionnel, qui ouvre, en prime, sur un paysage fabuleux. Je m’y verrai bien y tenter l’aventure d’un bivouac si ce n’était pas 10h du matin et qu’il nous restait un tournage à finir. Je profite néanmoins de ce lieu enchanteur, passé aux mains de l’Hérault pour seulement quelques châtaignes, ainsi que me le conte Eric. Insolite !

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La Chapelle Saint-Eutrope : magnifique lieu et magnifique emplacement imprégnés de l’esprit de l’Espinouse.

Le meilleur reste encore à venir pourtant. Au-delà de la chapelle Saint-Eutrope, c’est la véritable aventure qui commence. Un chemin non officiel, esquissé au fil de la crête, entreprend l’escalade sauvage conduisant jusqu’au sommet de l’Espinouse, si tant est qu’on puisse parler de sommet. Le massif de l’Espinouse est davantage un immense socle, dont la partie la plus au nord est profondément ravinée, alternant combes profondes et arêtes rocheuses sauvages. Toutes convergent vers le Plo des Brus, à 1024 mètres d’altitude, point intermédiaire marquant la fin des difficultés mais pas la fin de la course pour ceux qui souhaitent rejoindre ensuite le Caroux. Je savoure à chaque pas cette randonnée hors des sentiers battus qui part à l’assaut de l’Espinouse. Il règne ici une atmosphère définitivement wilderness. L’Espinouse se mérite, Eric avait raison. Les mollets et le cardio sont mis à bonne épreuve. Mais les étoiles dans les yeux qui illuminent le regard finissent par rendre l’effort agréable. Ici l’Hérault sait faire preuve de gratitude envers les visiteurs qui se sont donnés la peine de venir le découvrir. Un spectacle de chaque instant.

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Séquence action sur la crête séparant la chapelle Saint-Eutrope du Serre de Majous. Sportif et accidenté, mais grandiose.

Je sors dans les pas d’Eric sur l’extrémité de la crête du Serre de Majous. Les perspectives d’enchaîner avec des circuits plus longs et de faire durer le plaisir d’être ici me donnent des fourmis dans les jambes. Mais il va falloir remettre ça à plus tard. Je parcours l’horizon du regard. Au nord, immédiatement de l’autre côté de la vallée de la Mare, c’est Saint-Geniès-de-Varensal et le sommet de la Montagne de Marcou, un autre objectif de randonnée qui était en balance avec l’Espinouse pour la réalisation de ce reportage. Plutôt pas mal elle aussi vu d’ici, avec les falaises du Roc d’Orque à sa gauche.

Aussi loin que porte le regard, j’imagine des épisodes de Carnets de Rando. Ce bout de territoire m’appelle comme jamais. Je comprends pourquoi j’en entendais parler avec autant de passion

Au sud, encore encombré dans des masses nuageuses denses, c’est le lointain col de l’Ourtigas, surmonté de la Montagne d’Aret. Invisible, au-delà, c’est le Caroux qui démarre, de l’autre côté du village de Douch. « Nous, c’est par là qu’on va« , m’indique Eric en désignant les courbes du Serre de Majous, cette longue arête qui plonge plein est vers le portail de Roquandouïre, notre prochaine étape.

serre de majous
Encore de belles ouvertures et d’intéressantes sections de marche dans la descente du Serre de Majous

Une fois encore, la surprise est de taille. Une rapide lecture de carte m’avait amené à conclure que l’intérêt de la randonnée serait derrière nous à ce moment de la journée. Grossière erreur. L’itinéraire qui chemine au fil du Serre de Majous est non seulement super visuel, mais sa progression sur un terrain par moment accidenté est un concentré de plaisir. N’y allons pas par quatre chemins et avouons-le : on se régale ! Dans notre champ de vision, des espaces forestiers couronnés de reliefs escarpés où presque aucun sentier n’apparaît selon la carte IGN. 100% terrain d’aventure.

Le Serre de Majous : ça aurait été regrettable de ne pas descendre par-là. Ne vous fiez pas à la carte ou à une vue satellite : c’est vraiment un terrain génial pour randonner

Un drone nous survole quelques instants, naviguant dans cet espace sauvage et isolé pour en ramener des images aériennes. Je lui piquerais bien quelques rushes pour mon reportage ! La partie rocheuse dépassée, le sentier s’assagit quelque peu, abandonnant son tracé en lacets pour s’étirer en douceur jusqu’au portail de Roquandouire, une drôle de curiosité géologique fendue en son milieu comme par un énorme coup de masse. L’endroit contribue à renforcer l’ambiance mythologique de cette randonnée.

portail de roquandouire
Le passage du Portail de Roquandouire. Une curiosité géologique qui baigne dans une atmosphère de mythologie. Le dernier spot à découvrir avant la descente.

Le portail est symbolique. En le franchissant, on tourne pour de bon le dos aux temps forts de cette incursion sportive au cœur de l’Espinouse. Le GR®de Pays qui bascule dans le vallon de Peyrigas ne casse pas trois pattes à un canard, dégringolant sans charme dans une pente de bruyères par l’entremise d’un assez détestable sentier caillouteux avant de pénétrer, heureusement, une charmante châtaigneraie. Lumineuse et vivante, cette section de forêt est l’unique point d’intérêt de cette ultime section qui rejoint assez vite ensuite le bitume au niveau du lieu-dit la Combe.

Rien à signaler dans la descente qui ne laisse pas un souvenir impérissable après les multiples chocs visuels du reste de l’itinéraire. La note globale de la randonnée ne s’en verra pas pour autant réduite

Il ne restera alors que quelques minutes de marche pour retrouver Andabre et la Mare, dont le débit maigrichon rappelle que 2017 demeure une année marquée par la sécheresse. Cette descente peu glorieuse n’entâche néanmoins pas le reste de cette découverte du massif de l’Espinouse. A l’instar du Caroux, il y a deux ans, je quitte les lieux avec le sentiment tenace qu’il y restait tant de choses à explorer. Je raye l’Espinouse de ma liste des choses à faire pour l’ajouter à celles des choses à refaire. Ce n’est qu’un au revoir…

– INFOS PRATIQUES –

Carte : IGN TOP25 1/25000è 2543OT Lamalou-Les-Bains, l’Espinouse, le Caroux, Parc Naturel Régional du Haut Languedoc
Accès : en voiture, de Montpellier nord, suivre l’A750 direction Béziers/Millau/Clermont. A la jonction avec l’A75, suivre au sud la direction Béziers et prendre la sortie Clermont-l’Hérault. Au rond-point à la sortie de l’autoroute, aller tout droit. Au rond-point suivant, continuer également tout droit, par D908, direction Bédarieux puis Lamalou-les-Bains. Une fois Lamalou rejoint, s’engager dans le village en passant sous le pont, à l’entrée, puis le contourner par la D22, direction Saint-Gervais-sur-Mare. Monter longuement jusqu’au col de Pierre Plantée puis basculer vers Saint-Gervais. Traverser le village et, à sa sortie, tourner à gauche par la D922, direction Andabre et Saint-Geniès-de-Varensal. A un carrefour, laisser Saint-Geniès à droite et la D922 qui poursuit tout droit pour tourner à gauche vers Andabre. Dans le coeur du village, franchir le petit pont sur la Mare à gauche. Vous trouverez un parking un peu plus loin sur votre gauche et un mobiler de départ de randonnée.
Topo : quitter Andabre en suivant la Mare en rive droite (balisage rouge et blanc du GR®). On quitte le GR® au niveau du point côté 419 sur l’IGN. Repérer un sentier qui grimpe à gauche (1), à contresens du GR® (présence d’un panneau en bois marqué Saint-Eutrope sur un tronc). Suivre ce sentier jusqu’à la chapelle (2). Repérer ensuite la trace qui s’échappe entre les hauts blocs rocheux, en faisant face à la porte du local d’accès de la chapelle. Des cairns et un sentier assez bien marqué remontent la longue arête jusqu’au Serre de Majous. Rester vigilant en permanence car de courtes sections sont un tout petit peu moins bien marquées. Quand bien même, l’itinéraire demeure tout le temps évident. A la sortie sur le Serre (3), virer à gauche pour entamer la descente (marques de peinture). La trace passe en versant sud du Serre de Majous (4), via une section un peu plus accidentée, avant de rejoindre le chemin bien tracé venant de la cabane de Caissenols-le-Haut plus bas (5). En poursuivant à gauche, rejoindre le portail de Roquandouïre (6). Tirer à gauche au niveau du portail pour suivre les marques du GR®de Pays qui basculent dans la descente du vallon de Peyrigas. Rejoindre ainsi Andabre et le départ.

Notes : vous allez naviguer dans un grand terrain d’aventures, façon randonnée évidemment. Je repète que l’Espinouse s’adresse à des marcheurs sportifs, habitués à l’effort sur des terrains escarpés et capables de s’orienter à l’aide de leur seul sens de l’itinéraire. Il n’y a rien de vraiment dangereux là-dedans, mais ça grimpe et il faut savoir débusquer la suite du tracé assez fréquemment pour éviter de sortir de la trace et de perdre du temps et de l’énergie inutilement. Que dire encore ? Qu’il n’y a pas d’eau sur le parcours. Pas forcément gênant à l’automne mais attention à l’été. Le territoire, peu protégé en altitude, doit sévèrement être chauffé par la canicule estivale. Pour le reste, faites-vous plaisir !
Les hébergements : rien de particulier à signaler
Liens Utiles : l’Espinouse se trouve au coeur d’un vaste parc, le Parc Naturel Régional du Haut-Languedoc. Je vous ai donc mis à l’instant le lien vers la page de celui-ci. Il peut être intéressant de le consulter pour, en amont, bien cerner l’identité du territoire. D’une manière plus globale, rendez-vous sur la page de Hérault Tourisme, pour replacer dans son contexte ce tout petit bout du département et, le cas échéant, découvrir d’autres facettes de l’Hérault lors de votre visite. Le lien également vers la page Plaisirs d’Hérault, sur Facebook, gérée par l’ami Eric.
Bibliographie : L’Hérault… à pied | C’est la 6ème édition du topo-guide officiel édité par la Fédération Française de Randonnée Pédestre. 69 itinéraires de Promenade & Randonnée y sont recensés pour approfondir votre découverte de l’Hérault, accompagnés de leurs cartes et de leurs explications.Prix indicatif : 15,20 € | Ref.D034

EN BREF

Nouveau coup de coeur héraultais ! L’Espinouse vaut vraiment le détour. Le genre de territoire qui ne paye pas de mine de loin ou sur une carte et qui, pourtant, recèle de perles. Un gros gros terrain de prospection pour les amateurs de randonnées aventureuses et isolées. A découvrir absolument et j’espère qu’on y reviendra pour Carnets de Rando !

by-nc-ndCe reportage Carnets de Rando, sous licence Creative Commons, est la propriété exclusive de Carnets de Rando. Son usage à des fins non commerciales est autorisé à condition de mentionner son appartenance au site www.carnetsderando.net. Pour toute autre utilisation, merci de me contacter.

Comments

  1. Super!
    Mais ça ne concerne pas seulement les Montpellierains. Alors preciser comment acceder aussi depuis l ‘ ouest du département.
    Merci pour ceux qui ne sont pas autour de la capitale
    Alix

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