De Malleval au Crêt de Chaussitre : un Week-End Rando et Jeux en Famille Magique dans la Loire

Parce que le contact avec la Nature et l’apprentissage de la curiosité à l’égard de notre monde comptent parmi les valeurs essentielles que je souhaite transmettre à ma fille en tant que père, chaque week-end où je peux m’évader en amenant ma famille avec moi est précieux. Facilement et assez rapidement accessible depuis la vallée du Rhône, la Loire – et pas celle des châteaux que chacun pense connaître – est une destination au potentiel d’inspiration qui tient ses promesses. C’est là, aux confins du Massif du Pilat, que j’ai passé un week-end familial placé sous le signe de la marche à pied et des jeux, entre le village médiéval de Malleval, la tourbière millénaire de Gimel et le crêt panoramique de Chaussitre. Sans oublier un zeste de magie.

JOUR 1 – À LA DÉCOUVERTE DE MALLEVAL

Malleval, c’est une totale surprise en montant depuis la vallée du Rhône. Une sorte de fève bien cachée dans la délicieuse galette de ses gorges éponymes. Celles-là s’ouvrent subitement, au sortir de Saint-Pierre-de-Boeuf, cloisonnant d’un coup un espace encore généreux il y a seulement quelques secondes. Voilà le visiteur enfermé de part et d’autre de hauts murs de roche, aux pieds desquels cavale furieusement le Batalon.

C’est un corridor naturel entre le fleuve et, plus haut, ces espaces intermédiaires appuyés contre le Massif du Pilat qu’habitent très largement les hommes. Certains y ont vu jadis une position défensive, un élément stratégique. Ce sont ceux-là qui ont bâti Malleval, à la pointe d’un éperon jailli à la confluence du Batalon et du ruisseau de l’Épervier.

Malleval dans son espace, à mi-chemin des gorges, en-dessous, et des plateaux conduisant au pied des reliefs du Massif du Pilat

Il faut lever les yeux pour apercevoir les façades de pierre grises qui prennent racine dans le rocher, bien au-dessus de la route. La route elle-même, celle qui quitte brusquement la départementale ouverte dans le fond des gorges et qui s’enroule comme un serpent d’asphalte autour de l’escarpement, paraît un simple chemin de ronde, étroit et un peu fragile, destiné à contenir toute tentative d’invasion.

Malleval est encore aujourd’hui un bastion, un village de caractère tout droit sorti du Moyen-Âge où la voiture apparaît incongrue et anachronique. Tout du moins encombrante quand il s’agit de croiser dans son artère principale, sa route dite du Bourg, où le trafic des locaux et des visiteurs impose une méthodologie propre à ces villages compacts initialement pensés sans anticipation de l’existence future des véhicules à moteur.

Le charme des rues de Malleval : ici au croisement entre l’église et la Maison de la Gabelle

À l’usage de ces derniers, un large parking a été prévu à la sortie du bourg, juste en face de l’Office de Tourisme : stratégie un jour, stratégie toujours ! Malleval a de la suite dans les idées et fourmille de mille propositions pour inviter à sa découverte. Les imposants panneaux d’information sur le territoire, son historique et son réseau d’itinéraires, placés bien en vue sur le parc de stationnement, en témoignent.

En famille, on a nous choisi l’application Baludik pour se lancer dans l’aventure du voyage dans le temps. Un outil qui porte bien son nom et qu’on a déjà utilisé chez nous, en Provence, pour des après-midi détente et découverte de villages voisins. Ambre nage donc en terrain connu et, nous, les parents, on a la confiance acquise par l’usage en amont de cet outil sérieux et toujours amusant à manipuler sur le terrain.

En descendant par la rue des Fabriques en direction du petit pont qui enjambe le ruisseau de l’Épervier

Ici, dans la Loire, on fait connaissance avec Capucine, une petite rouquine d’une dizaine d’années, et de Coline, son furet apprivoisé. Les deux personnages, qui semblent tout droit sortis de la trilogie d’À la Croisée des Mondes de Philip Pullman, sont les héroïnes virtuelles et récurrentes d’une série de jeux de piste élaborés sur l’ensemble du département.

Apprendre et éveiller la curiosité des enfants tout en s’amusant, c’est le pari relevé par Baludik. Ambre se prête d’autant plus au jeu que le thème de la quête est la magie et qu’on baigne précisément ces jours-ci en pleine folie Harry Potter. Belladonna, nous voilà

À Malleval, la mission est de se mettre au service de la magicienne Belladonna pour devenir de grands enchanteurs. À cet effet, une série d’énigmes réparties sur tout le village devront être résolues. Une boussole et des indices – façon Geocaching mais version kids – permet de se déplacer grâce à l’application sur un parcours imposé. Chaque arrêt donne lieu à une question et à une anedote sur l’histoire de la commune.!

Des énigmes bien pensées pour permettre aux enfants d’interagir et de découvrir en s’amusant

Nous voici partis à traquer les indices dans les rues étroites de Malleval qu’encadrent des rangées de maisons aux teintes chaudes. La pierre est omniprésente, témoin silencieux d’un passé dont la réalité historique s’ancre véritablement à l’ouverture du 16ème siècle lorsque Malleval devient « bailli », ancestrale entité administrative qui lui vaut une extension rapide. Sous l’autorité et la protection de Renaud de Forez et de sa garde rapprochée de soldats et d’officiers, Malleval vit son âge d’or avec, dit-on, plus de 200 habitations.

Les murs d’enceinte ruinés du château des Barons de Malleval ainsi que le Petit Château et sa tour ronde constituent aujourd’hui les vestiges de cette époque faste. Car, ensuite, les Anglais et leur Guerre de Cent Ans vont venir faire le pied de grue devant les portes de Malleval. En vain. Ce sont les Lombards qui prendront la petite cité en 1464, soit dix huit ans avant que le baillage soit transféré à Bourg-Argental. Premier coup dur. Le coup de grâce sera ensuite donné par les Guerres de Religion. C’est la fin d’une époque.

L’église, les vignes et ce qu’il reste des murs de l’ancien château des Barons de Malleval

Installés sur les escaliers de la belle église, on fait chauffer les méninges en famille pour résoudre l’énigme du vitrail posée par Belladonna. La mère et la fille sèchent complètement, parties bien trop loin dans leur raisonnement. Je dois arriver à la rescousse pour les mettre sur les rails de sa résolution. Parfois les choses sont plus simples qu’elles en ont l’air.

La suite du jeu débloquée, je me remets à profiter du charme rustique de Malleval. J’aime décidément la pierre. Un matériau robuste et fiable qui sait s’intégrer au paysage sans jamais le dénaturer. La pierre s’accorde là où le crépi moderne dénote. Appairée avec le végétal qui y trouve, selon l’espèce, un socle rassurant pour croître, la pierre rayonne de nuances inédites.

Rose écarlate des valérianes ici, vert luminescent de feuillus variés exhibant leur fraîche collection printemps/été 2024 sur de grands carrés de roche… Malleval est un écrin aujourd’hui choyé après quelques siècles de traversée du désert. Renaud de Forez est mort depuis longtemps lorsque l’Édit de Nantes ramène le calme dans le Royaume de France en 1597.

À compter de cette date, Malleval sort des radars, coulant des jours sans ambition et sans vague sous le giron des Varey, une famille influente de la ville de Lyon dont l’ultime descendante perdra finalement la tête au moment de la Terreur. Nous sommes en 1794 et Malleval est alors démembré comme un vêtement jeté aux chiens.

Les hautes et solides demeures en pierre de Malleval s’offrent aujourd’hui une deuxième vie

Je pense à ces événements qui ont conduit la bourgade à son crépuscule en passant sous les mystérieux os scellés au-dessus de la porte de la Maison du Beffroi. Un long sommeil avant que l’après-guerre n’incite à un nouveau départ. Depuis la large terrasse de la Commanderie, ancien presbytère reconverti aujourd’hui en salle polyvalente, j’aperçois les vignes cousues au coteau à partir desquelles sont produits des appelations prestigieuses : Condrieu ou Saint-Joseph.

Le tourisme et l’économie prospère de la fin du 20ème siècle ont permis à Malleval de se relever de ses cendres. En 2024 ce sont ainsi un peu moins de 600 habitants qui perpétuent l’histoire d’un lieu où des hommes érigèrent un premier château – quasiment disparu maintenant – 900 ans plus tôt. Malleval, ça ne date décidément pas d’hier.

Malleval est entouré de coteaux où s’épanouit la vigne de quelques grandes appellations des Côtes du Rhône

Après un peu moins de 2 heures de jeu, Ambre est officiellement intronisée magicienne auprès de Belladonna. On décide d’aller fêter ce diplôme à l’occasion d’un rite païen sur les berges du Saut de Lorette.

Passé ce prologue à marcher dans les rues de Malleval, l’aller-retour au site naturel le plus visité de la bourgade nous donne l’occasion de retrouver les sentiers et de prétendre faire un peu de randonnée. À l’ombre de sous-bois particulièrement luxuriants, un petit sentier se faufile habilement en rive droite du ruisseau de l’Épervier.

Les segments plus rocheux du sentier qui descend jusqu’au Saut de Lorette

La rumeur de l’eau y colporte la légende de Lorette qui préféra s’y noyer que de céder aux avances d’un seigneur voisin. Une histoire aux accents tragiques qui m’évoque instantanément la scène finale du film « le Dernier des Mohicans » sur l’inoubliable musique de Randy Edelman et Trevor Jones. Il est d’ailleurs rappelé aux visiteurs d’être bien chaussés et prudents pour ne pas finir comme Lorette.

Familière de la marche en montagne, Ambre trottine sur le chemin comme un jeune éterlou. Le pied de la chute est rejoint en à peine dix minutes. Prise en étau entre deux poings de roche, la chute, dopée par les abondantes pluies des jours précédents, remplit la fissure avec fracas. Fraîcheur impétueuse de l’eau et spectacle local assurément incontournable.

La chute du Saut de Lorette est encore plus impressionnante après plusieurs jours de pluie

Sur le chemin du retour, j’entends sonner midi. Les douze coups réveillent l’estomac jusqu’alors assoupi de Ambre qui verbalise son besoin par un « Papa, j’ai faim ! » savamment plaintif. Réclamant un peu de patience, je ramène ma tribu au carrosse et nous monte rapidement au-dessus du village où des tables de pique-nique ont été aménagées pour un déjeuner avec vue.

C’est là, au belvédère de Malleval, qu’on savoure notre repas avec l’image mais aussi , en option, le son. Le spot embarque en effet une astucieuse borne déroulant une lecture de paysage d’une voix féminine agréable, à condition de rembobiner la manivelle dont elle est dotée. Discret, écologique et instructif. Je salue l’originalité de l’initiative. Une première pour moi.

Malleval, aperçu depuis le belvédère installé au-dessus du village

Le dessert avalé, je décide d’une petite surprise pour Ambre en m’arrêtant à la sortie – ou l’entrée selon – de Malleval, à l’atelier de Laurent Aucoint, créateur de baguettes magiques originales ou inspirées de franchises littéraires ou cinématographiques célèbres.

Bienvenue à Morgul ou l’art de travailler le bois et de le lier à l’énergie du vivant pour extraire de cet équilibre complexe une authentique baguette magique. De quoi donner le sourire à tous les Harry et Hermione en herbe et boucler une journée sur le thème du médiéval et de la magie.

Dans l’atelier de Laurent à Malleval : on ne pouvait pas rêver meilleur souvenir pour Ambre !

Pour en faire plus

Si les enfants ont encore des fourmis dans les jambes après cette grosse matinée bien occupée sur Malleval et ses abords immédiats, il est possible d’ajouter au menu du jour une petite randonnée d’un peu plus de 4 kilomètres et d’une durée de 1h30 pour un dénivelé de 195 mètres.

L’objectif c’est le château de Volan, un domaine viticole qui prend le soleil autour de sa fastueuse bâtisse du 16ème siècle et sous laquelle vient flirter un joli sentier. De quoi engranger encore quelques remarquables points de vue sur les gorges et le village de Malleval lors d’une réjouissante traversée du versant en balcon. Plus d’infos sur le site de Pilat Rando.

Venir à Malleval

L’accès le plus facile pour Malleval c’est l’A7 et la vallée du Rhône. Il faut prendre la sortie n°12 « Chanas » puis suivre la direction Annonay par la D1082. Continuer en passant au-dessus du canal du Rhône puis, après Sablons, au-dessus du Rhône et arriver à Serrières. Prendre alors à droite la D86 direction Condrieu et Limony. Passer Limony, puis Arcoules et atteindre Saint-Pierre-de-Boeuf. Traverser le village et, à sa sortie, au rond-point, prendre à gauche la D503 direction Malleval. Quelques kilomètres plus loin, dans les gorges, tourner à droite direction Malleval par la D79. Atteindre le village, le traverser et se stationner à sa sortie sur le parking gratuit en face de l’Office de Tourisme.

Bon à savoir

Du 13 avril au 1er septembre et du 7 septembre au 3 novembre, des visites guidées du village de Malleval sont organisées gratuitement par l’Office de Tourisme chaque samedi et dimanche à partir de 15h. Pendant la pleine saison, en juillet et août, elles ont lieu chaque jour à partir de 10h. Il suffit de se présenter quelques minutes avant au niveau du bureau d’information touristique de Malleval.

Où dormir ?

Après cette journée à Malleval, on fait un peu de route en remontant la D503 en direction du col du Banchet et de Saint-Julien-Molin-Molette, sans toutefois dépasser Saint-Appolinard. On part en effet se poser pour la nuit au camping du Cottet.

Porté à bouts de bras par Angélique et Yoan, qui n’ont pas ménagé leurs efforts pour extraire d’une ancienne friche cet accueillant petit camping familial et convivial, le Cottet est le genre d’endroit tourné vers l’humain où se sent immédiatement à l’aise.

Fin de journée et apéro avant un bon repas pris à la Guinguette du camping du Cottet

Yoan y a bâti de ses mains sa Guinguette, un espace d’accueil et de restauration chaleureux, mais aussi les deux eco-lodges en bois du Pilat dans l’un desquels on posera nos valises. Le courant passe de suite avec Yoan dont j’apprécie la sincérité dans la démarche et l’inépuisable dynamisme.

Je suis très sensible à ce don de soi dont il fait preuve pour faire du Cottet un lieu où il fait bon vivre et résolument taillé pour les familles. À vrai dire, je m’y sens davantage dans un éco-village que dans un camping c’est sans y réfléchir qu’on profite du service de restauration, prolongeant, autour d’un bon repas cuisiné par la soeur de Yoan, l’expérience de ce lieu de vie que l’humilité, le DIY et la belle énergie rendent très vite attachant.

Infos et réservations : 06 23 81 13 09 ou accueil@camping-le-cottet.fr

L’intérieur cosy et cocooning des éco-lodges où on fait étape pour un soir

JOUR 2 – SAINT-RÉGIS-DU-COIN ET SES ENVIRONS

1 – LA TOURBIÈRE DE GIMEL

On monte en altitude pour cette seconde journée dans le département de la Loire. Depuis Bourg-Argental, point de départ d’un récent trek en famille dans le Massif du Pilat – voir l’article : 2 Jours de Trek dans le Massif du Pilat en Famille et Tout en Douceur – la route prend son envol en direction du col du Banchet.

À plus de mille mètres d’altitude, la végétation change et l’air aussi. Une fraîcheur agréable s’invite par les fenêtres ouvertes de la voiture, mêlée à des fragrances de résineux et de genêts.

Le col marque une frontière. On touche ici aux confins les plus méridionaux du département. Là où l’emprise de la Haute-Loire et de l’Ardèche se fait désormais plus pressante dans le paysage. Un coup de volant à droite suffit à rester dans le giron de la Loire. Tournant le dos aux sirènes du Velay, la petite départementale 74 prend la poudre d’escampette et trouve refuge dans les espaces tout verts et ouverts de Saint-Régis-du-Coin.

Ambiance forêt et résineux autour de Saint-Régis-du-Coin : ici à la Tourbière de Gimel

Saint-Régis pourrait tout aussi bien être une abbaye ou un monastère bénédictin que je ressentirais la même chose à la vue de ce petit bout de Pilat solitaire et un peu oublié des foules. Un zeste d’apaisement, la sensation d’une main bienveillante posée sur mon épaule. Le ballet des voitures et des motos circulant – toutes proportions gardées : ça reste le Pilat et pas la Côte d’Azur ! – entre la Loire et la Haute-Loire, paraît déjà de l’histoire ancienne.

Ici on ralentit par la force des choses. On se plie à la volonté des immenses forêts qui ont étendu leur ombre sur tout ou partie de ces crêts arrondis qui se déroulent entre le col Banchet et celui de la République, plus au nord.

C’est proche du crêt de Panere que je stationne finalement la voiture pour la première découverte de la journée. Un parking et du mobilier d’informations annoncent la proximité de la Tourbière de Gimel, espace naturel remarquable qui a été classé en tant que Réserve Biologique Dirigée par l’Office National des Forêts.

Parés pour l’aventure du jour à la Tourbière de Gimel !

Les tourbières constituent des milieux spécifiques et fragiles, dont on commence à peine à comprendre le rôle essentiel dans la gestion de la ressource en eau. Elles me sont familières depuis ma première rencontre avec l’une d’elles, il y a assez longtemps, du côté de Chamrousse.

Je fais référence à celle du col Luitel, associée aujourd’hui au petit lac voisin. Un jumelage qui lui a permis de bénéficier de la protection dûe au statut de Réserve Naturelle dont bénéficie ce dernier depuis 1961 : la toute première a d’ailleurs être créée en France, pour l’anecdote.

Le patient travail des scientifiques et des naturalistes va éclairer d’un nouveau jour ces écosystèmes particuliers dont la formation, étalée sur plusieurs milliers d’années, puise ses origines dans l’accumulation de matière végétale mal décomposée. C’est ce qu’on appelle la tourbe, que les hommes exploiteront longtemps pour se chauffer. La tourbière de Gimel serait ainsi âgée de près de 8000 ans.

Des panneaux informatifs sont régulièrement placés sur le parcours pour en apprendre un peu plus sur les tourbières

Pour permettre aux enfants d’intégrer et de comprendre ce milieu naturel et les enjeux qui vont de pair avec, les acteurs institutionnels du territoire, accompagnés par une équipe de Tams Consultants – des créateurs d’expériences pour les familles et les scolaires – ont imaginé une aventure qui allie réflexion, jeu et connaissances sur le secteur de la tourbière.

Munis d’un kit spécifique – à acheter en amont (voir plus bas dans le Guide Pratique) – contenant les énigmes et les accessoires requis pour leur résolution, nous voici donc partis à la rescousse de Drosira, nymphe de la tourbière que seule une mélodie quotidienne, jouée sur un carillon, permet d’apaiser. Sauf que, le jour de notre passage, le carillon magique a disparu, au grand désarroi de Drosira et de ses amis.

L’enquête doit donc être menée pour, non seulement remettre la main sur le précieux instrument, mais également démasquer quel compagnon de Drosira s’est rendu coupable du vol et dans quel but. Du Miss Marple au pays des tourbières ! Pas mal pour les amateurs de Cluedo que nous sommes !

La grande carte support de Drosira et la Tourbière Musicale, indispensable pour jouer, constitue un bel et solide accessoire coloré

Première impression : le jeu exclue totalement le portable de la partie. En faisant le choix de manipuler de vrais accessoires, Drosira et Cie marquent un point. Dans la famille, on se considère comme des joueurs réguliers et on dispose donc d’une petite expérience en la matière.

À ce titre j’ai été particulièrement sensible à la qualité du plateau de jeu – qui fait également office de carte – mis à disposition dans le kit. En représentant le site de la tourbière de Gimel vu du ciel, il permet, en un coup d’oeil, de visualiser les sept zones d’énigme tout en servant, en même temps, de support de collecte des indices découverts.

On complète la carte au fur et à mesure que chaque énigme est résolue

On a vraiment l’impression, quand on l’a en main, de se lancer dans une authentique chasse au trésor ! Autant dire que Papa et Maman sont, dès lors, au moins aussi – voire davantage encore – excités que leur fille !

On laisse le soin à Ambre de se repérer et de travailler son orientation pour progresser à son rythme d’énigme en énigme. Chaque nouvel indice est inscrit sur la carte du jeu et permet, à terme, de compléter la phrase à trous qui désignera le coupable.

On tire du sac la carte-jeu correspondant au lieu de l’énigme où il a fallu se rendre

Le site de la tourbière constitue un cadre de jeu agréable. Grâce à un plan de gestion rigoureux coordonné par le Parc Naturel Régional du Pilat, elle a fait l’objet d’aménagements soignés et de travaux de restauration.

Au rang des plus visuels on trouve naturellement ces superbes caillebotis qui cheminent à la surface de la tourbe, facilitant la progression des visiteurs et protégeant, en même temps, la nature particulièrement fragile du terrain.

Il faut considérer une tourbière comme une titanesque éponge, une force de rétention d’eau démesurée. À titre d’exemple, celle de Gimel est en mesure de stocker jusqu’à 6000 m3 d’eau sur ses seuls deux hectares !

Rien d’étonnant à ce qu’une végétation inféodée à ce milieu humide jouent les habitantes régulières ou permanentes des tourbières. C’est le cas de la droséra – qui a inspiré le personnage du jeu – cette petite plante carnivore caractéristique qu’on peut apercevoir dans la sphaigne.

Elle piège de petits insectes pour compenser la pauvreté en nutriments de la tourbe. Une star discrète et pas toujours facile à distinguer mais dont l’apparition suscite autant d’émotion pour moi qu’un Sabot de Vénus ou un Edelweiss.

De panneau en panneau on en apprend chaque fois un peu plus sur les habitants de la tourbière

Petit à petit, l’étau se resserre autour du coupable. Ambre, en mode détective, n’est maintenant plus très loin de lui mettre la main dessus. En cours de route, l’enquête aura permis de travailler l’orientation, les essences végétales, les amphibiens et les fleurs. La tourbière et son écosystème ne sont plus des inconnues pour ma petite qui se précipite maintenant vers le dénouement de l’aventure.

Encore mieux que dans une série Netflix, Drosira, dans un ultime revirement, propose alors un twist inattendu. Cet article étant garanti sans spoiler, je ne vous gâcherai pas le suspense en déballant cet épilogue réjouissant. Pas davantage que je n’en montrerai une photo. Pour vivre avec vos enfants le plaisir de ce final carrément sympathique en famille, il va falloir à votre tour résoudre les 7 énigmes qui mènent au coupable !

Fin du jeu : a-t-on trouvé le bon coupable ? Et surtout, est-ce réellement la fin de la quête ? Pas sûr !

C’est après cette poignée d’heures passée dans la tourbière de Gimel à s’amuser comme des enfants qu’on a conclu, entre adultes, que le jeu méritait bien le petit investissement financier requis pour l’obtenir. Une manière d’honorer la qualité et le soin apportés à sa réalisation.

Où pique-niquer ensuite ?

Avant de quitter le site de la tourbière, nous sommes allés nous percher à 1300m près de la table d’orientation de Panere. En lisière de forêt, juste à côté du chemin, un ensemble de rochers jouant les mégalithes se tient en assemblée autour d’un pupitre de pierre accueillant un panneau de lecture du paysage au format 16:9.

Il faut dire que de ce côté, exposé plein sud, l’horizon est libéré du mikado de résineux qui envahit le versant opposé. Et les pierres, délicieusement accueillantes, invitent à être essayées en mode assis. Un petit quart d’heure de marche supplémentaire depuis la tourbière est nécessaire pour profiter de ces hauteurs panoramiques.

Coup d’oeil sur la table de lecture du Crêt de Panera après le pique-nique

Infos Pratiques

Drosira et la Tourbière Musicale est l’un des quatre segments de la quête du Bouclier des Secrets. Sa résolution donne accès à un code indispensable pour compléter celle-ci. Les autres aventures sont situées sur Bessat, Saint-Julien-Molin-Molette et Burdignes. Pour se procurer les sacs – vendus au prix de 13 eurosil faut se rendre dans l’un des Offices de Tourisme du Massif du Pilat.

Certains commerçants, sur les secteurs concernés, peuvent également vous les procurer. Retrouvez la liste complète où les kits de jeu sont disponibles sur le site de la Communauté de Communes des Monts du Pilat.

Des exercices d’équilibre sont également au programme du jeu

2 – LE CRÊT DE CHAUSSITRE

Difficulté : assez facile | Distance : 4,2 km | Dénivelé : 120 m | Durée : 1h30 | Carte : IGN TOP25 1/25000è 2934ET – Bourg-Argental, Col de la République, PNR du Pilat

Changement de crêt : on part chez le voisin d’en face. On opère à cet effet la bascule en voiture depuis la tourbière de Gimel, vers l’autre côté du ruisseau de la Dunerette. Une petite route, qu’on jurerait oubliée, escalade la pente après le hameau du Teil pour approcher le sommet du Crêt de Chaussitre.

Les plus sportifs – ou ceux qui n’ont pas d’enfant avec eux – peuvent partir de bien plus bas s’ils le souhaitent. Pourquoi pas, par exemple, de Saint-Genest-Malifaux qu’on aperçoit, plus au nord, étalée sur son versant qui domine un lac de retenue à la forme de hameçon ? Nous, on a choisi l’option de 4 kilomètres et d’1h30 particulièrement adaptée aux familles et aux enfants.

Localement connu et courtisé pour le panorama délivré par sa table d’orientation, le Crêt de Chaussitre se plie facilement à tous les profils d’usagers, comme un bon génie désireux d’exaucer le souhait de chacun(e). En mode famille, c’est un spot à la valeur paysagère reconnu et à l’accès tellement facile qu’on y parle davantage de promenade que de randonnée.

Au départ de la boucle de randonnée, au niveau du parking terminant la route d’accès

Il n’en a peut-être pas l’air comme ça, de prime abord, mais le Crêt de Chaussitre est pourtant de ces lieux qualifiés de site écologique prioritaire au sein du Parc Naturel Régional du Pilat. Nul ne sera donc étonné de le voir inscrit au réseau européen Natura 2000, plus grand réseau international de conservation de la biodiversité rappelons-le.

Rendus à la seule gestion de la Nature après la désertion de l’agriculture – excepté quelques troupeaux de brebis transhumants aujourd’hui – le crêt et ses landes constituent des lieux immersifs où les sportifs côtoient les contemplatifs. On y apprécie immédiatement les immenses pelouses, piquetées des écus dorés de milliers de pissenlits.

Larguez les amarres ! Le Crêt de Chaussitre déploie immédiatement un océan de vue à l’horizon infini

L’espace est si vaste qu’un marin-même prétendrait y sentir l’air du large. Ambre et Raphaèle y progressent, émerveillées et tous les sens aux aguets, défilant dans mon cadre où s’empilent, l’un après l’autre, une succession d’arrières-plans se mouvant à des vitesses différentes. Si la randonnée était un jeu vidéo, un gamer reconnaîtrait dans cet instant le légendaire scrolling parallax des années 80.

On ne doit cependant pas cette séquence d’horizons lointains aux prouesses de Dame Nature. Non. Si on lui avait laissé les coudées franches, pas sûr que le panorama qui régale aujourd’hui les visiteurs ait été aussi généreux. Après le départ des troupeaux, l’espace a eu en effet plutôt tendance à se refermer.

L’ouverture panoramique est le résultat d’un patient travail mené par les hommes pour reconquérir une diversité d’espaces naturels

Sous l’impulsion d’espèces pionnières, et en l’absence de toute ingérence humaine, la forêt reprend les commandes, peu concernée par les notions de « vue » ou de « belvédère ». En 1993, une coalition d’acteurs locaux menée par le Parc décident de contrer cette mécanique naturelle afin de restituer au Crêt un visage « ouvert » plus amène à travers un ensemble d’espaces variés qui favoriseront une diversité d’usages et biologique.

Le Crêt de Chaussitre du 21ème siècle, objet d’une gestion collective minutieuse, vit désormais avec son temps. À l’ombre de son immense croix, le/la visiteur/se peut prendre conscience de ces efforts. Devant l’hémicycle de sa table d’orientation, on peut ainsi profiter d’une ouverture visuelle exceptionnelle qui court du Mont Mézenc jusqu’aux Montagnes du Forez.

La table d’orientation installée juste à la suite de la grande croix : le Velay, l’Ardèche et le Forez dans le collimateur

On poursuit en bordure du plateau sommital, sorte de plan incliné colonisé par les astéracées où cheminer se fait sans le moindre effort. Les prairies s’évanouissent, remplacées par des cascades de callunes, cette cousine de la bruyère qui, comme le genévrier cade, se sent rudement bien ici sous le Crêt. Alors ils s’y répandent en nuées ardentes, rejoints par des garnisons d’airelles, à ne pas confondre avec la myrtille.

Des sapins, timides, s’invitent à la fête en comités restreints, abritant parfois sous leurs houppiers foncés un bec-croisé ou une pie-grièche. Plus facile à observer, le lézard vivipare, vous passera peut-être entre les pieds le temps de traverser le sentier de la démarche nerveuse et chaloupée qu’on lui connaît si bien.

Le Crêt est un univers à lui tout seul, que de fréquentes propositions de sentiers démarrant à la suite de passages aménagés entre les clôtures invitent à explorer. Des chapitres à feuilleter et des mystères à résoudre. À l’image de la Pierre Saint-Martin, accessible en aller-retour, lieu de culte et de prière païen aux origines troubles et dédiée au Saint guérisseur de la locomotion. Pas mal pour des randonneurs fatigués !

Joli segment ouvrant sur Saint-Genest-Malifaux et son lac

Le chemin décide finalement de retourner au bercail. Appuyé contre l’orée nette de la forêt, il nous remonte tranquillement en direction de la grande antenne de télécommunication qui semble tout droit tiré du logo – aujourd’hui disparu – du vieux studio de cinéma américain RKO Radio Pictures.

Le tonus et la motivation de Ambre battent de l’aile. Légitime après une journée où aucun de nous n’a ménagé son énergie pour profiter de chaque spot. La bonne nouvelle c’est qu’une troisième mi-temps nous attend maintenant pour renvoyer la fatigue dans ses quartiers. De retour à la voiture, j’amène en effet les filles à l’Espace Détente du Jardin des 4M, à Saint-Régis-du-Coin, où nous passerons également la nuit.

Au programme, pour commencer, c’est sauna pour Raphaèle puis on enchaîne à trois avec le bain nordique. 38° de bonheur chauffé au feu de bois. L’éventuelle réticence initiale cède très rapidement la place à un total abandon du corps et de l’esprit face à la vague relaxante qui les inonde bientôt. Toute la famille y succombe, savourant la moindre seconde écoulée dans ce petit cocon de tranquillité où Marie et Fred, les gérants, cultivent le bonheur.

Après l’effort, place à la détente au Jardin des 4M de Saint-Régis-du-Coin et son bain nordique apprécié

Où dormir ?

Puisque la famille se trouve être la thématique de coeur de ce week-end dans la Loire et dans le massif du Pilat, le Jardin des 4M ne saurait constituer choix davantage approprié pour une étape à proximité de Saint-Régis-du-Coin.

Car cette bâtisse, qui traverse les âges depuis le début du 19ème siècle, est précisément l’élément central de ce qu’on peut qualifier, sans hésitation, d’une histoire de famille. Mamie Lou, la grand-mère de Marie, originaire de Saint-Étienne, y passait déjà ses vacances enfant. Elle y rencontra son grand-père, natif de Saint-Régis. Ils l’occupèrent à leur retraite jusqu’à devoir, bien plus tard, la mettre en vente.

L’entrée du jardin en permaculture et le corps principal du site. On aperçoit également le tube du sauna, dans l’espace détente

Pour Marie, qui nourrissait alors un projet indépendant autour de l’accueil du public, de la restauration et du développement durable, c’est alors une évidence : elle rachète ce bien, son histoire et ses souvenirs (elle-même y passait ses vacances dès trois ans) pour le garder dans la famille et y bâtir son projet. On est alors en 2016 et l’aventure du Jardin des 4M démarre.

Aujourd’hui le lieu a été totalement transformé par la vision et les mains en or du couple. Le confort plus contemporain s’est greffé au charme et à la robustesse de l’ancien selon une philosophie désireuse d’accueillir chaque hôte comme on recevrait un ami ou un membre de la famille. À travers l’allée aménagée dans le jardin en permaculture, Fred nous conduit à l’un des deux chalets où nous passerons la nuit.

Les magnifiques petits chalets en bois du Jardin des 4M

« Tout le bois qui a servi à la construction est local. », nous explique-t-il. « C’est un menuisier-charpentier de Saint-Régis qui est venu nous prêter la main pour les réaliser. » Le résultat est stupéfiant. Côté cuisine, c’est Marie qui est aux commandes et qui compose une cuisine créative, adaptée à la saison et sans gluten, à base de produits en circuit court, essentiellement issus du Pilat et du jardin.

Du pur bonheur pour les papilles qui concerne aussi les enfants. « Ici vous ne trouverez pas de menu enfant. », nous raconte la talentueuse cuisinière. « Les enfants mangent la même chose que les grands. Eux aussi ont le droit de faire l’expérience de saveurs inédites. » Le résultat dans l’assiette est délicieux. Un authentique moment de détente avant une nuit sous les étoiles du Pilat.

Infos et réservation : 06 63 94 66 85 ou jardindes4m@gmail.com

Les succulents petits plats de Marie avec la touche finale des fleurs du jardin !

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Pour celles/ceux d’entre vous qui souhaiteraient prolonger cette expérience dans la Loire, je vous invite à prendre le temps de parcourir le site de Loire Tourisme pour découvrir plus de propositions que je ne pourrais, de toute une vie, vous en faire découvrir ici sur le blog.

Et si vous avez définitivement accroché avec le Massif du Pilat et que c’est plus précisément au sujet de celui-ci que vous souhaitez en savoir plus, il faudra dans ce cas vous rendre sur le site de l’Office de Tourisme du Massif du Pilat. C’est fait avec le coeur et la passion par des passionné(e)s de leur territoire, vous pouvez y aller les yeux fermés !

Remarque : les informations données dans cet article consacré à un week-end dans la Loire et dans le Massif du Pilat engagent uniquement la responsabilité de l’utilisateur/rice sur le terrain qui saura les adapter à son niveau et à son expérience. Carnets de Rando ne saurait être tenu responsable de tout accident survenant suite à un mauvais usage de cet article ou à une mauvaise appréciation du niveau du/de la pratiquant(e) par rapport à celui requis.
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