Loire : 2 jours sur les Crêts du Pilat

Première incursion dans le Parc Naturel Régional du Pilat pour Carnets de Rando. Une aubaine. Ces fameux crêts, je les ai souvent aperçus du coin de l’oeil, depuis la vallée du Rhône ou depuis l’Ardèche. Y faire mon entrée, pour de vrai, c’est pouvoir ajouter une pièce au puzzle de ma connaissance de la France, côté rando. Pour démarrer quel autre choix que les Crêts du Pilat, cette échine dorsale qui confère son unité au massif ? Prendre de la hauteur pour jouer sur l’effet belvédère mais aussi pour identifier chaque visage de ce massif qui en compte plus d’un seul. Un rituel d’initiation au Pilat que je choisis de faire en deux jours pour prolonger mon immersion. Au départ du collet de Doizieux, voici un parcours en boucle qui va vous permettre de découvrir les essentiels du massif du Pilat. Le tout au prix d’un effort modéré. Découverte.

Difficulté : moyen | Longueur : 30 km | Durée : 2 jours | Dénivelé : 1530m | Carte : IGN TOP25 1/25000è 2933ET Massif du Pilat, Saint-Etienne, Saint-Chamond, PNR Pilat

Venir dans le Pilat

En voiture, on accède au Pilat de plusieurs manières. Soit depuis la vallée du Rhône et l’A7, en venant de Lyon ou d’Avignon, sortie n°12 « Chanas ». Il faut ensuite traverser le Rhône, direction Vienne. On passe successivement Serrières et Saint-Pierre-de-Boeuf. Au niveau de Chavanay, on quitte la D1086 pour la D7, direction Pélussin. A Pélussin, il faut suivre la direction Maison du Parc pour sortir du village par le haut, puis suivre Col de l’Oeillon, Zone Nordique du Haut-Pilat. Rejoindre ainsi le Collet de Doizieux et son auberge, dans une épingle. Aire de stationnement. On peut également venir depuis l’Auvergne ou Saint-Etienne, via l’A47, sortie 13 « la Grande Croix ». On suit la D88 direction Saint-Chamond puis, au rond-point de la Bachasse, prendre la D7 à gauche et remonter vers le Pilat via Saint-Paul-en-Jarez et la Terrasse-en-Dorlay. De là on rejoint la Croix de Montvieux puis, dans la descente, on laisse l’embranchement vers Pélussin à gauche pour suivre la route du col de l’Oeillon et de la Zone Nordique du Haut-Pilat jusqu’au collet de Doizieux.

JOUR 1

Du Collet de Doizieux au Crêt de l’Oeillon : 6 km –  500m – 2h

L’auberge du Collet est encore fermée lorsque nous prenons le départ. Aujourd’hui c’est jour de vent sur le Pilat. Un bruit de soufflerie se propage à travers la forêt qui va nous servir d’abri pendant la première partie de l’étape. Le chemin démarre assez raide, sous le couvert des arbres, pile entre la route du col de l’Oeillon et la petite voie communale qui descend à Doizieux. Le balisage du Parc, une belle flèche directionnelle ancrée sur un poteau grisonnant, se repère une fois l’orée du bois atteinte. C’est le sentier n°3 – blanc et marron – qui va nous accompagner jusqu’au sommet.

Premier conseil : dans la forêt de Pélussin, bien garder les yeux ouverts pour ne pas se tromper de sentier dès le début ! Rien de tel qu’une bonne forêt pour s’égarer en moins de temps qu’il ne le faut pour le réaliser

Les multiples divisions du chemin, inhérentes à l’environnement forestier, demandent dès le départ un minimum d’attention pour ne pas se retrouver égaré sur une trace qui ne serait pas la nôtre. On a vite fait, en effet, de se retrouver à monter droit dans la pente – au mieux – ou à trop tirer à droite dans le versant nord-ouest du Chaux de Toureyre. De la vigilance, donc, pour ceux qui marchent sans GPS, afin de déjouer les fausses pistes de cet entrelac de chemins forestiers et de rester sur le tracé confortable qui permet de rejoindre les crêtes sans trop s’épuiser les mollets.

Vers 1115 mètres, on sort sur un chemin forestier bien large qu’on suit à gauche, plein sud et presque à plat, tracé dans une épaisse hêtraie-sapinière. La forêt c’est près de la moitié de la surface du Pilat. L’altitude et l’exposition permettent le peuplement des versants par des essences spécifiques. Au-dessus de 1000 mètres, comme ici, ne se rencontrent que les stars de la résistance aux contraintes climatiques de l’altitude. On y cueille de la fraîcheur et on y respire de la sérénité. Vers 1160 mètres, il ne faut pas manquer les balises qui quittent la piste à droite pour s’engager dans le coeur de la forêt, à la faveur d’un petit sentier agréable.

L’essentiel du dénivelé va s’effectuer dès le matin. Une chose à savoir dans le Pilat, par ailleurs : ici, on ne s’embarasse pas forcément de faire des virages ! Le tout droit est souvent de rigueur.

L’ascension reprend vers la crête. Un regain de vigilance est requis au bout de cette première ligne d’ascension, dans un secteur un peu brouillon où la présence de balises « croix » devraient vous éviter de vous engager sur le mauvais chemin. La bonne option se découvre sud-est, à la faveur d’une éclaircie végétale, sous l’apparence d’un large chemin forestier qui remonte en lacets jusqu’à un espace plus ouvert [45°24’53.6″N 4°36’55.2″E] . Là, repérer les balises qui montent à gauche, à travers les arbres, pour surgir sur les espaces sommitaux plus dégagés.

On rejoint alors facilement le sommet du Chaux de Toureyre, à 1292 mètres, avant de basculer sur un carrefour important de sentiers : la Trève du Loup. Drôle de nom pour une espèce à laquelle on offre tout sauf une trève actuellement ! Il faudra cependant avoir beaucoup de chance pour apercevoir le loup dans le Pilat. Si sa présence est avérée depuis 2018, le nombre d’individus est trop réduit pour espérer une rencontre directe en randonnée. Un poteau de balisage se repère rapidement qui nous met sur le chemin du sommet dont on aperçoit maintenant la coiffe minérale sur laquelle repose la massive antenne-relais.

Le chirat : relique quaternaire dûe à la fragmentation par le gel de gros blocs rocheux, les chirats sont une spécificité du Pilat. On n’en trouve nulle part ailleurs dans le monde, à l’exception des Appalaches !

L’antenne-relais n’a rien de très esthétique, avouons-le, mais, à l’instar du Mont-Ventoux, elle contribue à façonner l’identité visuelle du lieu. Pour l’atteindre, il va falloir d’abord franchir la petite croupe de la Chaux d’Egallet, puis avancer sur le fil de la crête nord où de belles prairies, à main droite, commencent à libérer la vue sur le département de la Loire. Le rocher fait peu à peu son apparition sur le chemin, révélant les chirats, ces pierriers caractéristiques du Pilat, qui défendent l’accès au Crêt de l’Oeillon, à 1364 mètres d’altitude.

Monter au Crêt de l’Oeillon, c’est s’offrir un balcon sur les Alpes. Le panorama y est saisissant et nous offre une perspective inédite sur cette chaîne que j’ai davantage l’habitude d’observer depuis le sud. Au premier plan, la vallée du Rhône remplit l’espace. C’est la continuité de ce que j’avais déjà découvert sur le GR®42, l’été dernier, ainsi que sur le Tour du Pays de Saint-Félicien. N’oublions pas qu’Annonay et l’Ardèche Verte sont juste à côté. Ma première observation du Pilat date d’ailleurs de cette randonnée sur les hauteurs de la vallée de la Cance. Vers l’est, qui s’étend au-delà de la commune de Roussillon, c’est la vaste plaine de Saint-Geoirs, bordée au sud, par les collines des Chambarans.

Si les conditions le permettent, le panorama depuis le Crêt de l’Oeillon embrasse une grosse partie des Alpes jusqu’au Mont-Blanc

Impossible, également, de ne pas reconnaître les Trois Becs vers le sud. Ce qu’on observe parfaitement c’est aussi la barrière du Vercors occidental, interrompue au nord par la coupe nette du Bec de l’Echaillon qui dessert le bassin Grenoblois, invisible. On y reconnaît, bien marquées, les silhouettes du Grand Veymont et de la Grande Moucherolle. Dans la continuité, masse compacte plus indistincte ce jour-là, on identifie la Chartreuse. Puis viennent, derrière, les sommets enneigés de Belledonne. Des pics plus incisifs se devinent encore au-delà : probablement les Grandes Rousses et le Pic de l’Etendard. Selon les conditions, il sera possible d’apercevoir le Mont-Blanc que pouvaient admirer les touristes de feu le Grand Hôtel du Pilat, ancien sanatorium pour les tuberculeux reconverti en lieu de villégiature au 20ème siècle. De son incendie, en 1931, puis de sa démolition complète, en 2009, ne subsistent plus qu’une mention au lieu dit « l’Hôtel Brûlé ».

Du Crêt de l’Oeillon à la Chapelle St-Sabin : 4 km – 80m – 1h20

Il faut passer devant les bâtiments de l’antenne-relais, côté nord, pour d’abord rejoindre le parking du Crêt de l’Oeillon.

> Jonction avec le PR opérant la traversée des Crêts

Puis on le quitte par le sud-est, en coupant par des plantations de conifères et des landes à genêts en direction du col de l’Oeillon.

> Jonction avec le PR des Trois Dents

On emprunte un bout de la route, en descendant vers le sud, jusqu’au col du Gratteau. Un panneau fléché y bat le rappel du randonneur vers les sentiers. Mais ce n’est aucun des sentiers balisés indiqués qu’il faudra suivre : ni celui qui s’échappe, à gauche, vers la Croix du Trève ; ni celui qui franchit un passage à bestiaux, à droite, en direction de la Croix de Sabin. Non, c’est tout droit, plein sud par la crête, là où une croix semble vouloir interdire tout passage, qu’il va falloir s’engager. On va alors profiter d’une très agréable marche, tantôt entre les bouquets odorants de genêts, tantôt sous les frondaisons des arbres, en direction de la Croix de Sabin.

Les Trois Dents constituent également une identité visuelle forte du Pilat. Ce parcours des Crêts du Pilat n’y passe pas mais vous donnera de nombreuses occasions de les découvrir

On atteint la Croix de Sabin au terme d’une descente un peu caillouteuse qui dévale assez franchement dans la pente sud du Crêt de Peillouté. On croise la route au débouché du chemin. A gauche, vous trouverez les bâtiments de Vert’Anes, une auberge qui propose des hébergements en yourtes et en roulotte, ainsi que randonnées avec des ânes. Nous, c’est en face qu’on vous invite à nous suivre, par une petite route qui opère plus loin un coude à droite. Et là, stop ! Ce serait dommage d’être venu jusqu’ici sans faire le détour par la Chapelle de Saint-Sabin. C’est notre petite variante du jour.

Variante de la Chapelle Saint-Sabin

Du coude de la route, tourner à gauche, en sous-bois, par un petit sentier balisé jaune et signalé par un mobilier introductif au site. On atteint une bifurcation : tourner à droite et grimper par un sentier bien marqué jusqu’à la chapelle. Celle-ci a été bâtie sur un petit espace ouvert, hors forêt, qui au-delà se rompt brutalement pour ouvrir sur toute la vallée du Rhône. Cette sensation d’être « au bout » de la montagne rend l’expérience du panorama plus forte qu’au sommet du Crêt de l’Oeillon à mon goût. La présence de la chapelle, bien que fermée à la visite, en ajoute à ce sentiment. Le site est païen et la chapelle originelle n’apparaît qu’en 1317. Elle est rénovée en 1683. Sabin était, selon la légende, un berger qui a christianisé la région et que la croyance populaire a sanctifié. Il est, à force, devenu l’un des saints-patrons locaux, protégéant les bergers et leurs troupeaux sur le Pilat. Un pèlerinage annuel a lieu ici chaque lundi de Pentecôte qui maintient la tradition vivace. En marge de l’itinéraire de randonnée, c’est un lieu vivifiant pour savourer une pause et goûter avec douceur au Pilat des mythes et légendes d’autrefois.

De la Chapelle St-Sabin au Crêt de Peyranne : 4 km -210m –  1h20

A noter qu’un circuit balisé permet de réaliser une boucle par le sud, dans le prolongement de la crête, avant de revenir par une piste au point de départ, c’est-à-dire dans le coude de la route, le tout en une heure. Si vous manquez de temps, un retour par le même itinéraire qu’à l’aller sera la meilleure option. Dans les deux cas, nous voici de retour sur la route, à l’endroit où nous l’avons laissée. Il faut poursuivre dessus, en descendant vers le sud-ouest, et repérer, un peu plus bas, un chemin mal dégrossi qui s’échappe à droite de la route, à travers la forêt. Il est balisé par de petits ronds orange qu’on aperçoit sur les troncs. Il permet de couper par les bois pour rejoindre plus rapidement la route, au niveau du lieu-dit la Couette.

Changement de code couleur : cette fois ce sont de petits pois orange qu’il va falloir débusquer dans le paysage. Vous croiserez peut-être  sur la route, comme nous, une couleuvre assoupie sur un rocher et que le bruit de nos pas a brutalement arraché de sa sieste.

Il faut ensuite suivre la route à droite, assez longtemps. Peu après le second embranchement vers le lieu-dit l’Arrivée, ne manquez pas les petits points orange qui quittent la route à gauche pour traverser le torrent et remonter de l’autre côté. La route est encore rejointe : l’emprunter quelques pas à droite avant de partir par une petite voie à gauche, en direction d’une propriété. Les chiens de la maison viendront peut-être vous aboyer dessus quand vous approcherez, histoire de rappeler de ne pas entrer et de bien partir par le sentier balisé qui passe à droite de la grande demeure.

Plus bucolique que la première partie, cette section dans les espaces de la face sud du Pilat met davantage à l’honneur l’habitat et les activités humaines dans le massif

Un joli chemin, ombragé, escalade de grandes prairies fleuries en-dessous du hameau du Mantel. On rejoint la route à la sortie de celui-ci qu’on suit en descente, à gauche, jusqu’à un grand virage. C’est le point de départ d’un sentier qui part dans la forêt, dans l’axe de la route et au-dessus de celle-ci, toujours balisé de ronds oranges. Une pente peu marquée mais qui tirera un peu dans les jambes en fin de journée, monte à l’ombre de grands épicéas et jusqu’à un replat installé à l’aplomb du Crêt de Peyranne. C’est un carrefour de pistes et de sentiers où apparaît un poteau de signalétique. C’est là où il faut momentanément abandonner notre circuit pour nous rendre sur notre hébergement du soir.

Du Crêt de Peyranne à l’Auberge du Vernolon : 2 km – 15mn

Poursuivre par la piste, au sud. Elle s’infléchit progressivement jusqu’à descendre plus franchement jusqu’à une route, au niveau du hameau de Vernolon. Sur ces étagements plus ouverts de petits bois, de prairies en fleurs et de parcelles cultivées dominant Colombier et Saint-Julien-Molin-Molette, la vie agricole bat son plein. C’est dans ce paysage vivant et coloré qu’est installée l’auberge du Vernolon, en contrebas de la route. Un lieu calme dominant un grand pré accolé à un bois. Le soir venu, les chevreuils se laissent admirer depuis la terrasse. Ici on sert du familial et on est rodé à l’accueil des randonneurs. Le Vernolon c’est de l’authentique jusque dans sa cuisine généreuse et copieuse. Une soirée-étape en marge de tout où la chaleur sans fard de nos hôtes donne un sens humain à la notion d’hospitalité. On a eu du plaisir à faire une pause au Vernolon et à partager la table avec d’autres randonneurs. Les chambres sont simples mais confortables, le lieu masque bien sa modernité sous son apparat rustique. La note finale n’a, quant à elle, rien d’exorbitant. On reviendra avec grand plaisir !

JOUR 2

Du Crêt de Peyranne au Crêt de la Perdrix : 3km – 285m – 1h

Retour à notre intersection par le même chemin que la veille. Le vent semble s’être intensifié depuis la veille. Comme le jour précédent, les hauts arbres de la forêt qui recouvre la versant sud du Crêt de la Perdrix nous protègent temporairement. Le chemin, balisé de ronds oranges et de marques jaune et blanc, arrondit d’abord sous la pente sud du Crêt de l’Aireiller. Le bien nommé : ne sont-ce pas des plants d’airelles à foison qui recouvrent les sous-bois ? Il est encore trop tôt dans la saison pour savourer leur fruit, proche cousin de la myrtille. Une première intersection, à Bois Girard, sépare les deux balisages suivis jusqu’alors. Le blanc et jaune part à gauche vers la Croix de la Loge tandis que les ronds orange poursuivent leur effort d’ascension jusqu’au Crêt de la Perdrix. Ce sont eux que nous suivons.

Après celui de l’Oeillon, le Crêt de la Perdrix est le second crêt majeur proposé au randonneur sur cet itinéraire des Crêts du Pilat

Le sentier se remet à grimper en forêt, très charmant, s’élevant uniformément selon un axe nord-ouest, à travers une belle hêtraie. L’une des caractéristiques du Pilat, c’est que c’est un territoire qui ne s’encombre que très rarement du virage. A l’image de l’Auvergne, les itinéraires sont assez directs ce qui, pour le bon côté des choses, constitue une sérieuse économie de temps. Aux abords des 1400 mètres d’altitude, le réveil musculaire est achevé. Les arbres se font plus ramassés à l’approche du sommet jusqu’à totalement disparaître pour ne laisser visible qu’une immense calotte recouverte de bruyères. Sans obstacle pour le freiner, le vent balaie l’espace avec violence. Nous laissons un, puis deux poteaux fléchés pour nous arrêter au carrefour signalé par un troisième.

> Jonction avec le GR®7 qui relie l’Alsace aux Pyrénées

Avant de poursuivre vers la Jasserie, comme pour le Crêt de l’Oeillon, je vous invite à faire comme nous et à monter jusqu’au sommet du Crêt de la Perdrix, en aller-retour. L’endroit m’a un peu rappelé la sensation d’espace du Mont-Lozère, en plus intime. L’absence de toute construction humaine au sommet contribue, par ailleurs, à faire du Crêt de la Perdrix le sommet le plus « nature » de tout le secteur. Sans oublier de mentionner qu’il s’agit du point culminant, avec 1432 mètres d’altitude. Une table d’orientation s’y retrouve également qui permet un tour d’horizon différent de celui du Crêt de l’Oeillon. Les Monts du Lyonnais sont ici nettement plus mis en évidence que sur le Crêt de l’Oeillon. Les soubresauts annonçant le Massif Central et l’Auvergne, à l’ouest, sont également des éléments visuels inédits. Pris dans son ensemble, le Pilat est un belvédère géant sur l’Auvergne, les Alpes, le Lyonnais, les Monts d’Ardèche, le Vercors et le Diois.

Du Crêt de la Perdrix à Doizieux : 7 km – 2h15

Si ce n’était cette tempête qui nous balade comme des fêtus de paille, nous serions restés un peu plus longtemps au sommet. Mais l’endroit, ce jour-là, n’est guère vivable. Nous retournons à notre panneau fléché et prenons la direction du nord, vers la Jasserie du Pilat. Terminus d’une route montant depuis la Croix de Chaubouret, la Jasserie est l’une des plus vieilles fermes du Pilat. On peut y observer un ancien clocher qui jouait le tocsin les jours de tempête pour aider les voyageurs égarés à retrouver leur chemin. Ca ne vous rappelle pas nos clochers de tempête vus dans les Cévennes autour de la Fage sur le Chemin Urbain V ? Même esprit, même territoire rigoureux. Cévennes, Pilat : même combat ! Aujourd’hui la Jasserie est reconvertie en auberge et en gîte de montagne, été comme hiver. Elle accueille les visiteurs et les marcheurs qui partent à la découverte des alentours du Crêt de la Perdrix à pied, en vélo, à raquettes ou à ski de fond.

Jonction avec le PR de la cascade du Saut du Gier

Il faut quitter la Jasserie par la route, en longeant les bâtiments. Au niveau du lacet, le GR®7 s’échappe à gauche et poursuit entre deux champs. La vue, immense, porte jusqu’au bassin de Saint-Etienne. On se tient sur le fil de la crête, bien large. Attention à ne pas suivre les ronds oranges qui s’éclipsent, plus loin, à travers les arbres sur la droite du chemin. Il faut suivre les balises rouge et blanc du GR®7 jusqu’à un replat annonçant, dans son prolongement, une immense prairie clôturée. Laisser le GR®7 partir à gauche et suivre, à droite, des marques noir et blanc. Un large sentier, un poil caillouteux, descend en pente douce en gardant le pré à main gauche et la forêt à main droite.

A l’instar des premiers pas, hier, au niveau du Collet de Doizieux, cette section forestière demande une attention particulière si vous progressez sans GPS de randonnée

Plus bas, une sorte de fourche divise le chemin en deux : suivre la patte de gauche et, à peine plus loin, repérer les balises noir et blanc qui s’échappe sous le couvert des résineux à gauche. D’abord assez bien marquée, la netteté du chemin s’efface peu à peu au profit d’un foutoir forestier bien raide. C’est pourtant bien cette rampe abrupte qu’il faudra descendre, qui dégage de belles vues à travers les arbres vers le nord et les reliefs dominant Saint-Chamond. Puis la pente se recouche à nouveau et la trace s’enroule par la droite jusqu’à rejoindre une maison forestière au niveau d’une large piste. Un lieu parfait pour le casse-croûte au cas où vous auriez été la recherche d’un endroit propice pour ça.

On suit la piste vers le nord. Au sortir de la forêt, elle rejoint une route et le hameau de la Roche. A l’intersection, suivre à droite, vers la Roche du Bas. Peu après, les balises quittent la route pour contourner une colline et replonger sous les arbres. Les plis du Pilat sont davantage visibles de ce côté. On sent la montagne plus encaissée et ravinée en versant nord. Le pin sylvestre y a fait son apparition. Tandis que le sentier se faufile dans des ornnières secrètes coincées entre deux prairies, je prends le temps de contempler la distance parcourue.

A ce stade, la boucle autour des Crêts du Pilat a bien progressé. C’est le moment de visualiser le tracé réalisé la veille jusqu’au sommet du Crêt de l’Oeillon

Dominant de hauts versants boisés, l’antenne-relais du Crêt de l’Oeillon a refait son apparition. De là, on visualise parfaitement le chemin effectué depuis le Chaux de Toureyre. L’ensemble est plus vallonné, plus creusé et les forêts, minutieusement exploitées, côtoient d’immenses prairies fleuries. Il s’agit de prairies naturelles, comptant entre vingt et cent plantes différentes dont la valeur va au-delà de leur esthétique. C’est leur diversité floristique qui se veut la garante de la qualité gustative des produits conçus à partir d’elles.

Les prairies du Pilat sont étroitement liées aux pratiques agricoles. Leur valeur agri-écologique est un trésor à ciel ouvert destiné à réveiller nos sens. On en contemple et on en traverse de beaux spécimens en descendant vers Doizieux. Doizieux qui surgit soudainement au détour du chemin, habilement dissimulé jusqu’alors dans les replis du terrain. C’est l’église qu’on aperçoit la première, en déboulant dans les hauteurs du village au débouché du sentier.

Qu’il s’agisse de Doizieux ou des prairies fleuries, des chirats ou des sommets, cette boucle de deux jours permet de collectionner les éléments constitutifs clés du Parc Naturel Régional du Pilat

La hauteur acquise permet d’embrasser très vite le village entier, construit en U autour du torrent du Dorlay. Les habitations de schiste sont venues, très souvent, s’appuyer contre les affleurements rocheux, conférant à Doizieux un aspect visuel attractif. C’est la forêt qui, de tout temps, a permis à Doizieux de croître. Si la première mention remonte au 9ème siècle et que l’époque féodale pose les bases démographiques, c’est surtout au 16ème siècle que l’activité sylvicole explose et la population avec. De ces siècles passés autour du Dorlay, Doizieux conserve aujourd’hui un charme certain et un esthétisme fou qui devraient ravir les randonneur/ses épris de vieilles pierres.

De Doizieux au Collet de Doizieux : 4 km – 350m – 1h20

L’itinéraire nous a fait descendre tout en bas de Doizieux. C’est de là, depuis la place centrale, qu’il faudra remonter sur l’autre versant par les petites rues du village. Autant vous le dire, ça grimpe sévère et très vite ! Les mètres de denivelé perdus se regagnent sans tarder tandis qu’un chemin sort au-dessus du village. L’occasion d’un dernier coup d’oeil sur celui-ci avant de rejoindre une route, de la traverser et de le perdre définitivement de vue. On débouche plus loin sur une épaule avec une triple intersection. Laisser les embranchements de gauche et de droite pour choisir celui du milieu, en direction du Collet de Doizieux. Il nous amène sur une nouvelle route qu’il faut emprunter à gauche pendant quelques mètres seulement.

Les deux derniers kilomètres sont peut-être les moins palpitants. On sent qu’on touche à la fin, que le meilleur est derrière soi. On en profite moins qu’on navigue déjà mentalement dans les souvenirs marquants de cette randonnée.

Très rapidement, un chemin s’en échappe à droite. Il faut le suivre bien en écharpe, à droite, pour repartir dans le sens inverse de la route, en direction du Collet de Doizieux, à environ 2 kilomètres d’ici. C’est une dernière partie en forme de liaison, sans vraiment de vue ni d’intérêt, si ce n’est celui de boucler cet itinéraire de deux jours en revenant à l’endroit exact où nous avions laissé notre véhicule. Au terme de cette montée, progressive mais monotone, boire un verre au soleil sur la terrasse de l’auberge me paraît le moyen le plus pertinent pour mettre le point final à cette agréable expérience sur les Crêts du Pilat.

FAQ

A qui ça s’adresse ?

A des marcheurs réguliers et un peu sportifs. Le terrain n’est pas technique pour deux sous mais ça grimpe toujours régulièrement. Et puis il faut pouvoir assurer deux jours ! Idéal entre copains ou en famille, avec des enfants déjà assez grands (+8 ans). On vient ici pour le paysage et la nature, pas pour l’effort. Le Pilat est un territoire d’amoureux de grands espaces.

Est-ce que c’est facile à suivre ?

Si vous êtes muni d’un GPS de randonnée et que vous vous bornez à suivre la trace GPX, ça se fait sans souci. Si vous préférez, comme moi, suivre la trace à partir de la carte, c’est parfois un peu plus joueur. Une bonne maîtrise de la lecture de carte et une bonne analyse du terrain sont requises pour quelques secteurs, essentiellement forestiers, pour faire coïncider la carte au terrain.

Est-ce que le balisage est bon ?

Le balisage est globalement satisfaisant. Ce n’est pas un balisage officiel FFRandonnée. C’est le Parc qui a assuré son propre balisage, un peu à la manière du Club Vosgien. Les flèches signalétiques sont impeccables. C’est davantage le balisage au sol qui est inégal. Ce n’est pas tant son absence par endroits – fait assez rare mais néanmoins avéré – que son manque de logique – balisage parfois trop loin de l’intersection où il aurait été nécessaire – qui m’a le plus marqué.

Est-ce que c’est joli ?

Le Pilat est un endroit charmant. Très champêtre. Et très forestier. On passe une grosse partie de la randonnée sous les arbres. Les landes sommitales sont ce qui m’a le plus séduit, en particulier dans le secteur du Crêt de la Perdrix. L’antenne-relais du Crêt de l’Oeillon est difficile, pour sa part, à occulter du paysage. Pilat rime aussi beaucoup avec panorama. C’est une occasion d’admirer les Alpes et les Préalpes selon une perspective originale. C’est un massif qui donne de l’espace. Pas nécessairement spectaculaire, mais en tout cas immersif. Les amateurs de randonnée contemplative dans la nature devraient y trouver leur compte.

Quelle est la meilleure époque ?

Assurément quand le printemps est mûr et que les prairies explosent à la floraison. Que les hêtres et les chênes se couvrent de vert tendre et que les sons de la nature explosent dans les sous-bois. L’été voit passer un peu plus de monde sur les Crêts, vacances obligent. La chaleur peut s’y ressentir mais l’altitude permet de beaucoup moins étouffer qu’en vallée. L’automne amène son cortège de couleurs avec elle. Températures plus froides, fleurs disparues, mais forêts magiques.

Est-ce que le Pilat c’est de la montagne ?

C’est de la moyenne montagne, avec des conditions climatiques proches de la montagne. L’altitude modeste des Crêts ne doit pas vous dispenser de prévoir dans votre sac à dos tout ce qui est nécessaire à une réaction d’urgence face à des intempéries : le vent, la pluie, l’orage ou la neige. Sans oublier la chaleur. N’oubliez ni votre crème solaire, ni un chapeau (ou une casquette), ni de prendre suffisamment d’eau avec vous. Les orages peuvent être violents sur les hauteurs. Ne vous y aventurez pas – ou faites demi-tour – si le risque d’orage est palpable. Soyez correctement chaussés, cela va sans dire.

Comment bien préparer ma randonnée ?

En marge de cet article de Carnets de Rando, je vous invite à vous rendre sur le site de Pilat Rando afin de récupérer les documents PDF et la trace GPX de ce parcours. Profitez-en pour découvrir l’intégralité de l’offre randonnée sur le Parc du Pilat, tant pédestres que cyclistes. Vous pouvez également approfondir vos connaissances sur le Parc en parcourant les sites du Parc Naturel Régional du Pilat ainsi que celui de Pilat Tourisme. Vous y retrouverez foule de conseils et d’informations pour bien préparer votre visite dans le Pilat.

Où puis-je être hébergé sur cette randonnée ?

L’Auberge du Vernolon est incontournable. C’est de toute façon la seule qui se trouve à mi-parcours. C’est vraiment une adresse sympa, du moins à mes yeux de randonneur qui aime la simplicité. Voici ses coordonnées pour réserver : 04 77 51 50 07. Une chambre pour une personne est à partir de 52 euros et le repas du soir est à 20 euros. Et, pour le soir du deuxième jour, je vous laisse l’adresse de Chez Judy, à Pélussin, une chambre d’hôte magnifique aménagée dans une bâtisse en pierre de taille somptueuse (photo ci-dessous). Un petit carré de verdure qui ouvre sur le Pilat, un véritable petit havre de paix. On y passé une nuit tranquille et, surtout, on a copieusement profité du dîner et du petit-déjeûner de Chantal. A faire !

LE MOT DE LA FIN

Une première expérience du Pilat très concluante. On a fait le tour du propriétaire et on a apprécié la douceur du lieu et ses paysages. Dans la continuité des Monts-d’Ardèche, le Pilat joue habilement le mélange des genres entre randonnée montagne et balade en campagne. Je reviendrai pour les Trois Dents et pour le Saut de Gier. Il y a encore un peu de rando à faire dans le secteur pour être parfaitement exhaustif. Un bon choix pour des randonneurs de niveau intermédiaire.

by-nc-ndCe reportage Carnets de Rando, sous licence Creative Commons, est la propriété exclusive de Carnets de Rando. Son usage à des fins non commerciales est autorisé à condition de mentionner son appartenance au site www.carnetsderando.net. Pour toute autre utilisation, merci de me contacter.

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