Le Genetey et La Roumare : Immersion à pied dans le Poumon Vert de Rouen

Le Genetey, c’est cette coquette zone résidentielle située en pleine forêt de Roumare. Un morceau de Normandie chic et installée au cœur de la Nature. On est pourtant ici aux portes de Rouen mais la barrière de la forêt a su dresser un mur entre l’agitation urbaine et la sérénité des sous-bois. C’est ce que veut rappeler cette modeste randonnée à qui aurait de Rouen et de ses environs l’image d’une zone à l’urbanisation incontrôlée et déconnectée de la Nature. Au fil de ses pas, le/la randonneur/se ne trouvera pas que matière à s’extasier des ambiances forestières : il/elle découvrira également un inattendu patrimoine dont certains éléments remontent… aux Templiers ! Entre forêt domaniale et Parc Naturel Régional des Boucles de la Seine Normande, voici une invitation à découvrir autrement les abords de l’agglomération rouennaise.

Difficulté : assez facile | Distance : 10 km | Dénivelé : 115 m | Durée : 2h30 | Chiens admis : oui | Carte : IGN TOP 25 1/25000è 1911ET – Rouen Forêts Rouenaisses, PNR des Boucles de la Seine Normande

DANS LA FORÊT DE ROUMARE

Premiers pas dans l’épaisseur de la Forêt Domaniale de Roumare, plongée dans le silence d’un matin de mai humide et nuageux. La longue travée de la Route Forestière Saint-Georges fend dans une rectitude parfaite la couverture d’épicéas poussant ici droits comme des « I » depuis tapis de fougères encore rousses de l’hiver écoulé. Située à l’ouest de Rouen, dans un large méandre de la Seine, Roumare étend ses 4000 hectares sur un petit plateau d’un peu plus de 100 mètres d’altitude.

C’est l’un des poumons verts de l’agglomération de Rouen et une destination appréciée des Rouennais(es) pour une évasion nature sportive ou plus lascive. Une nouvelle démonstration du potentiel nature de la grande ville de Normandie à l’instar de ce dont on avait déjà pu faire l’expérience, avec Patrick et Bernadette encore, du côté des Roches d’Orival.

Au niveau de la Maison Forestière de Roumare, des chênes aux troncs massifs et rugueux ont remplacé les écorces en lambeaux des résineux. À l’atmosphère sanguine de la pessière succède finalement, sur quelques mètres, l’agréable ambiance verdoyante d’un printemps qui n’a pas encore explosé.

Ce sont les balises du GR®2, compagnon du cours de la Seine depuis sa source jusqu’au Havre, qui accompagnent notre marche jusqu’au Genetey, cet ensemble résidentiel de villas normandes cossues, qui a donné son nom à l’itinéraire. Au milieu de propriétés chics, à la pelouse verte et rase et coiffées, parfois, d’un somptueux toit de chaume, se dissimule un discret trésor patrimonial seulement indiqué par quelques pancartes en bois : la Ferme des Templiers.

LA FERME DES TEMPLIERS

Confusion de la toponymie, la Ferme des Templiers est aujourd’hui un ensemble touristique dénommé Manoir de l’Aumônerie. Situé au bout de l’impasse du Chemin de Saint-Gorgon, il déploie un bel ensemble soigneusement restauré composé d’une ancienne commanderie de 800 ans d’âge, d’une chapelle et d’un ancien jardin médicinal remarquable reconverti partiellement en potager.

C’est Sophie-Isabelle qui nous y accueille pour nous présenter ce lieu de vie où elle s’est installée avec son mari Erwan et leurs deux enfants depuis 2018 et dans lequel ils accueillent le public, y compris en hébergement grâce à la présence de deux gîtes – jusqu’à 10 personnes (voir plus bas la section Hébergements) – dont l’un rénové dans une exceptionnelle longère normande.

En compagnie de Sophie-Isabelle, en mai 2021 alors que l’Aumônerie était encore en pleine restauration.

« La maison a été construite en 1214, a priori par les Templiers avant d’être la propriété de l’abbaye de Saint-Martin-de-Boscherville jusqu’à la Révolution Française. Elle prend ensuite le statut de ferme et bénéficie d’extensions plus récentes. » En dépit de l’absence de lumière aujourd’hui, la pierre blanche parfaitement jointée des façades arborant de belles fenêtres à meneaux renvoie une franche luminosité qui confère à l’endroit une nature apaisante.

Une longue histoire spirituelle, perdue aujourd’hui dans les âges, suinte du moindre détail. Une présence invisible, désormais fondue dans les besoins du 21ème siècle, qui perpétue une forme de bienveillance à l’égard du visiteur venu découvrir et partager un moment d’existence en ce lieu remarquable. Rien de spectaculaire mais une simplicité et une harmonie d’où émane une certaine idée de ce qu’est le bonheur de vivre.

La petite chapelle Saint-Gorgon, édifée sur le terrain de l’Aumônerie.

SAINT-MARTIN-DE-BOSCHERVILLE

Sophie-Isabelle nous autorise à quitter le Manoir par le chemin signalé privé qui décroche dans la forêt, à peine le seuil de l’impasse atteint. L’itinéraire balisé, lui, impose de remonter au nord du Genetey pour basculer dans le creux d’un thalweg boisé où s’engouffre le GR®2. Les deux se rejoignent à la lisière du coteau boisé qui s’ouvre sur l’immense à-plat formé par le passage de la Seine.

Le grand fleuve demeure invisible derrière un horizon pêle-mêle de feuillus qui prolonge les habitations de Saint-Martin-de-Boscherville, mais son magistral lacet peut s’imaginer, mouillant le long relief boisé qui s’incurve au-delà de la petite commune de 1500 habitants. Nous n’en sommes plus séparés que par de grandes pâtures s’étirant en pente douce vers sa périphérie. Le GR®2 la rejoint par l’entremise d’une petite route puis pénètre dans le village.

En descendant du coteau, la vue s’ouvre sur Saint-Martin-de-Boscherville.

Pleinement intégrée au Parc Naturel Régional des Boucles de la Seine Normande, Saint-Martin-de-Boscherville est une commune rurale dont le principal centre d’intérêt est naturellement l’Abbatiale Saint-Georges, édifice religieux massif dont le style, majoritairement roman, s’efforce de rappeler au visiteur un prestige qui n’est pas parvenu à traverser les siècles.

Fondée par Guillaume de Tancarville au 12ème siècle, elle s’épanouit sous l’impulsion des bénédictins et de généreuses donations qui, malheureusement, s’essouffleront à partir de la moitié du 13ème siècle. D’autres plaies viendront ensuite ruiner le bâtiment au cours des siècles jusqu’à son rachat par le département en 1822. Plusieurs classements aux Monuments Historiques assoient aujourd’hui la pérennité de l’édifice dans le temps.

Dans le centre de Saint-Martin-de-Boscherville, en arrivant près du parvis de l’Abbatiale.

Un crochet par le chemin des Thuyas permet de poser un œil sur quelques villas anciennes avant de rejoindre la route du Brécy et d’amorcer la boucle retour vers le point de départ. Au-delà de prairies de fleurs sauvages et de maraîchages de laitues, l’arrondi boisé annonçant la Forêt de Roumare par lequel nous sommes arrivés délimite une frontière nette dans le paysage. L’itinéraire la suit parallèlement en maintenant avec elle une distance respectable.

C’est en atteignant le haut de la Chaussée Cardon qu’il bifurque droit vers lui, prêt à en découdre avec ce relief arrogant qu’il choisit de feinter par une trouée dissimulée dans un repli du terrain. Un chemin de terre ouvert entre des rangées de plantes vivaces en entreprend la patiente conquête.

LES COTEAUX DE LA ROUMARE

D’abord regroupés en bordures denses mais timides, les végétaux dressent par la suite des murs de ronces et de branches entrelacées chaotiquement et autour desquels le chemin s’ouvre un couloir plus sombre et étroit. Plus haut, des pâtures nues où s’ébrouent quelques chevaux ouvrent des puits de lumière dans la masse épaisse de la forêt. Progressivement les houppiers prennent de la hauteur, aérant ainsi l’espace forestier autour du sentier.

Un sillon brun marquant le pli d’un thalweg trace une longue virgule entre deux versants plus clairsemés et recouverts d’un épais tapis de feuilles mortes. La pente se couche signalant que le haut du plateau est atteint. L’effort se relâche tandis que le sentier sinue entre les hêtres jusqu’à rejoindre à nouveau les abords du Genetey.

Dans la dernière partie de la remontée ramenant sur le haut du coteau et au Genetey.

Le sentier s’élargit en pénétrant entre deux bandes rivales de jeunes hêtres aux troncs aussi glabres qu’une peau prépubère. Une éclaircie, aussi vaine que brève tout à l’heure à Saint-Martin, n’a pu infléchir la courbe de la météo, décidément et définitivement morne aujourd’hui. Rien qui n’entache les sourires de Patrick et d’Élisabeth, nettement moins regardant que moi – que l’obsession de la lumière parfaite parasite – à ce sujet.

J’admire leur capacité à se satisfaire de l’instant présent quel que soit les conditions du moment tout comme à poser des yeux curieux et émerveillés sur chaque élément du décor. Aux miens, plus concentrés sur le balisage et les images, c’est l’expression d’une forme de sagesse.

ENCORE UN PETIT PEU DE GR®2

Aux fins de faire durer le plaisir de l’immersion en forêt, mais aussi d’éviter de revenir sur ses pas, l’itinéraire décrit un crochet avant de rejoindre le carrefour du Chêne à Leu, s’employant, dans la mesure du possible, à suivre des sentes à taille humaine plutôt que de larges chemins monotones. Une belle allée d’herbe rase ouvre ainsi un peu plus loin un généreux corridor qui déroule le fil grisonnant d’un sentier jusqu’à la croisée des routes forestières du Val et du Genetey.

Choix apprécié, pour le tracé, de privilégier quand c’est possible les sentes aux grandes allées.

On est toujours sous la conduite du GR®2 qui y prend son élan pour se lancer à l’assaut d’une ultime butte. Un dernier (petit) effort qui surprendra peut-être ceux/celles d’entre vous qui s’imaginent la Normandie aussi plate que la Terre à l’époque de Galilée. Parallèle à la piste forestière, un chemin de terre – ou, selon les conditions du moment, de boue ! – file clandestinement à travers un sous-bois de troncs grêles. Un terrain changeant et parfois plus facile à négocier à cheval comme le démontre le cavalier croisé sur cette section.

Il est parfois nécessaire de louvoyer à l’écart du chemin, entre pins et bouleaux, pour éviter les tranchées, grasses et promptes à aspirer le moindre pas, disséminées à intervalles réguliers. Revenu plus tard à une largeur plus modeste le sentier, ondulant comme une longue couleuvre à travers les arbres, finit par atteindre l’insolite kiosque édifié sur le parking du carrefour du Chêne à Leu, marquant la fin de cette boucle autour du Genetey.

Par temps humide, les chemins peuvent être amenés à devenir plus boueux qu’à l’accoutumée.

Pour en Faire Plus

Si, comme nous, il vous reste un petit peu de temps avant de retourner sur Rouen, poursuivez donc votre balade au Parc Animalier de Roumare, facilement accessible en véhicule depuis le Carrefour du Chêne à Leu. Au sein de ses 26 hectares en forme de trapèze, aménagés et labellisés Tourisme et Handicap, vous pourrez partir à la découverte des principales grandes espèces animales qui peuplent la forêt.

Dans d’immenses parcelles clôturées, vous apercevrez facilement les sangliers – une trentaine – ou les daims mais plus difficilement les deux autres principaux cervidés de France : les chevreuils et, surtout, les cerfs, au nombre de quinze pour chaque espèce. Le tour le plus court totalise seulement 2 kilomètres contre 4 pour le plus long.

VENIR EN SEINE-MARITIME

La Seine-Maritime, vous le savez peut-être, c’est 2h depuis Paris en voiture mais de 6 à 9h depuis Strasbourg, Toulouse ou Marseille ! Mais cela ne doit pas être un frein pour venir séjourner dans ce joli petit bout de France. Autrement, il faut venir à Rouen en train (5h30 à 8h30 pour 7/8 départs quotidiens depuis les trois métropoles précédemment citées à titre indicatif) et y louer une voiture. C’est la solution à laquelle j’avais souscrite lors de cette nouvelle tournée de reportages d’une petite semaine.

Accès à la Forêt de Roumare

Depuis le centre de Rouen il faut d’abord suivre la direction Le Havre et Dieppe par autoroute puis quand l’autoroute est annoncée sur les voies de gauche, serrer sur celles de droite en suivant la direction Canteleu et Duclair par la D982. Contourner Canteleu par cette route, franchir la cote pour atteindre la forêt et poursuivre tout droit au rond-point. Le Carrefour du Chêne à Leu se situe après 1,5 km environ, sur la gauche, au niveau d’un carrefour de route forestière. Prudence en coupant la route pour le rejoindre.

Le Genetey : le circuit pas-à-pas

Cet itinéraire est répertorié par la Métropole de Rouen sur Cirkwi. Il est ainsi possible d’en récupérer la trace GPX. Pour celles et ceux qui, comme moi, ne marchent pas au GPS, voici ci-après un topo explicatif pour compléter la lecture de carte.

Repérer le totem de départ de la boucle n°16 balisée en vert. Un chemin s’enfonce en forêt derrière celui-ci pour atteindre une piste forestière. La suivre à gauche. À une intersection, continuer tout droit, passer sous la ligne haute tension et rejoindre la Maison Forestière (1).

Un chemin part à droite avant celle-ci, encadré de beaux chênes, et arrondit derrière une petite mare avant de déboucher sur une petite route. On atteint la périphérie du Genetey en croisant la route du Moulin (2).

Option visite du Manoir de l’Aumônerie : suivre la route du Moulin à gauche. Au petit rond-point tourner à droite par le chemin Saint-Gorgon. Le Manoir se trouve au bout à droite (3) (voir la rubrique Hébergement plus bas). Retour par le même chemin jusqu’au point.

Traverser la route et poursuivre en face par le Chemin de la Passe des Biches (ou le prendre à gauche si on revient du Manoir de l’Aumônerie). Descendre tout en bas, sortir de la forêt et atteindre la route D67 au niveau d’un stop (4).

La suivre à droite et entrer dans Saint-Martin-de-Boscherville. Continuer jusqu’à rejoindre l’abbaye, sur la droite (5). Lui tourner le dos, traverser la place de l’Abbaye par un parking et, au bout, continuer par la Chaussée Saint-Georges. Rapidement les balises partent à gauche par le Chemin des Thuyas (6). Au terme de celui-ci, tourner à gauche et, au bout de la rue des Prés, tourner à droite par la route du Brécy qu’on remonte entièrement jusqu’à ce que, après un coude à gauche, elle recoupe la D67 (7).

La traverser pour monter par un chemin de terre en face et bien suivre les ronds verts qui ramènent sur le haut du plateau, au niveau d’une petite route (8). La suivre à gauche par le chemin du Coq à l’Âne puis, avant l’impasse, partir à droite pour bénéficier d’un coup d’œil sur l’ancienne tour ruinée. Rejoindre ensuite à nouveau la route. S’engager à gauche et atteindre un petit rond-point (9).

Prendre la 2ème sortie – celle de la RF Saint-Georges – et, au niveau de la maison forestière, tourner à droite (1b). Le chemin passe sous des lignes haute tension avant de rejoindre la route forestière du Genetey (10). La traverser et poursuivre par le chemin en face. Moins de 100m plus loin prendre à gauche par une allée rectiligne (11). Au bas de la descente prendre à gauche (12) par une sente parallèle à la piste et atteindre le carrefour du Chêne Saint-Martin (13).

Le traverser en biais pour emprunter le sentier escaladant la butte longeant la route forestière du Val. Le suivre intégralement jusqu’à rejoindre le parking du Carrefour du Chêne à Leu.

RECOMMANDATIONS PARTICULIÈRES & DIFFICULTÉ

Aucune difficulté quelle qu’elle soit à prévoir sur ce parcours accessible à tous. Juste, comme chaque fois lorsqu’il est question de parcours en forêt, j’attire votre attention sur la présence ponctuelle des tiques. Répulsif indispensable avant la randonnée et tire-tique vivement recommandé dans le sac à dos.

LIENS UTILES

Le Genetey c’est une fraction de ce que le territoire de Rouen Métropole a à offrir à ses visiteurs/ses. Rouen c’est une ville qui se bouge et qui a précisément envie de ressembler à tout sauf à une ville. La randonnée n’est pas, vous vous en doutez, la seule et unique thématique développée par l’agglomération. Aussi n’hésitez pas à faire un tour sur le site de Rouen Métropole pour, comme moi, vous laissez surprendre par cette ville dynamique et résolument tournée vers l’avenir.

HÉBERGEMENT ASSOCIÉ

Manoir de l’Aumônerie

Il est possible de dormir dans le petit gîte de la Crèmerie, dans l’enceinte du site. Situé au premier étage de l’ancienne crèmerie de la ferme, on y trouve tout le confort nécessaire : un salon, une cuisine ouverte, une chambre avec un lit double et en enfilade, une chambre avec deux lits simples. Également une douche avec WC. Les draps de lit en lin de la maison Embrin sont fournis, ainsi que les serviettes. Entièrement indépendant, le gîte est muni d’une cuisine équipée et de la WIFI. Par beau temps, vous pourrez profiter de la sérénité du site sur une table de jardin ou des transats. Tarifs à partir de 90 euros/nuit. Infos et réservation : contact@manoirdelaumonerie.fr ou +33 (0)6 64 33 27 48

Remarque : les informations données dans ce reportage « le Genetey» engagent uniquement la responsabilité de l’utilisateur/rice sur le terrain qui saura les adapter à son niveau et à son expérience. Carnets de Rando ne saurait être tenu responsable de tout accident survenant suite à un mauvais usage de ce topo ou à une mauvaise appréciation du niveau du/de la pratiquant(e) par rapport à celui requis.
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