Mont Beuvray : Partez à la Conquête de l’Olympe de la Gaule, dans les Pas de Vercingétorix

Le Mont Beuvray sonne comme l’un de ces sommets légendaires où le mythe le dispute à l’Histoire. C’est là que, 2000 ans plus tôt, a été érigée l’une des plus fameuses cités fortifiées gauloises que la Gaule ait connu : Bibracte. C’est aussi là que Vercingétorix unifia les tribus de Gaule contre l’impérialisme romain inaugurant les balbutiements du premier sentiment de nation de ce qui deviendrait, un jour, la France. Le Mont Beuvray c’est aussi un sommet de Nature, une explosion de forêts et le point de passage de grands itinéraires de randonnée. C’est un univers à lui tout seul qui vole souvent la vedette au Haut Folin alors qu’il n’est pas le point culminant du Morvan ! C’est cependant tout un symbole qui, au carrefour de l’Histoire et des chemins, invite le visiteur à une ascension sportive vers un belvédère sommital d’exception. Sans oublier la découverte d’un site historique passionnant. On en fait le tour du propriétaire dans ce nouveau reportage.

Difficulté : moyen | Distance : 14,5 km | Dénivelé : 535m | Durée : 5h | Chiens admis : oui (sauf dans le musée) | Carte : IGN TOP 25 1/25000è 2824OT Autun, Mont Beuvray, PNR du Morvan

MONT BEUVRAY, ROUND 2

Dans ma quête d’exploration des territoires, le rôle de Mon GR® Préféré a souvent été déterminant. Le tournage de la série m’a en effet permis d’entrouvrir des portes sur des horizons nouveaux en matière de randonnée, répondant ainsi à mon envie de valoriser tous les départements et pas seulement les plus spectaculaires. Aussi quand, en 2019, pour la réalisation de la troisième saison de l’émission, je débarque dans la Nièvre avec Gérard et Roxanne au pied du Mont Beuvray, c’est une découverte pleine et entière.

Juin 2019 : première visite au Mont Beuvray avec Mon GR® Préféré pour la séquence de fin de l’épisode. Une réussite malgré le temps couvert !

Toutefois, comme souvent avec Mon GR®, on n’a juste le temps que d’effeuiller le lieu, de le humer brièvement avant d’être déjà appelé vers le suivant. Alors, dans ce cas, je me note mentalement souvent d’y revenir pour Carnets de Rando. C’est parfois possible, parfois non. Cette fois la chance m’a souri car Bibracte était sur mon plan de route de cette session de reportages dans la Nièvre de l’an passé – 2021 – et allait me donner l’occasion d’approfondir cette expérience d’il y a deux ans grâce à une boucle exhaustive et enthousiasmante sur et autour de cette Olympe nivernaise qu’est le Mont Beuvray.

2019, tournage de Mon GR® Préféré et premier contact avec le Morvan, ici avec Roxanne.

J’avance donc en terrain connu ce matin-là quand je monte avec l’équipe en voiture au départ que j’ai fixé pour cette journée de randonnée. Je visualise exactement l’endroit d’où je veux partir : un petit espace le long de la route venant de Larochemillay, pile au démarrage du sentier partant à l’assaut de la face sud-ouest du Mont Beuvray. Je le connais car c’est précisément à cet endroit qu’on avait pique-niqué avant de nous attaquer à l’ascension en 2019.

J’aime revenir sur des lieux précédemment visités et jouer sur l’effet de surprise provoqué par leur découverte chez mes accompagnant(e)s

Lors de ce premier round, j’étais avec Gérard et Roxanne, de Trois Chiens pour une Traversée – Gérard pilotant le drone et Roxanne présentant l’émission – mais aussi de Danielle Labley – à l’époque présidente du Comité Départemental de la Randonnée de la Nièvre – et Anne Deny – attachée de presse de la FFRandonnée. C’était notre dernier jour de tournage sur l’épisode consacré au GR® de Pays du Tour du Morvan et le Mont Beuvray avait été choisi comme grand final de celui-ci. Autant dire qu’en 2021, fort de cette connaissance du lieu, j’ai déjà quelques atouts en poche pour les images de ce nouveau reportage.

La Pierre Salvée, un spot au sommet où j’espérais bien retourner filmer ce jour-là.

À L’ASSAUT DU MONT BEUVRAY

S’attaquer au Mont Beuvray de ce côté et depuis notre point de départ, c’est accepter de se passer d’échauffement ! Le sentier s’enfonce sans une once d’hésitation dans le sous-bois et s’attaque à la pente sans la moindre vergogne, contraignant le/la marcheur/se à un effort immédiat. J’y retrouve instantanément mes marques et mes souvenirs, étonné de leur précision : la moindre coupe forestière, le moindre virage, m’évoquent immédiatement une image.

Remarcher dans mes propres pas vers le sommet du Mont Beuvray me donne l’impression de repasser un vêtement apprécié que je connais déjà sous toutes les coutures.

Les choix de cadrage et de mouvements réalisés, à l’époque, avec le drone de Gérard s’imposent à nouveau avec une évidence naturelle pour celui d’Olivier. Et ma gestion de l’effort est invariablement calquée sur ma première expérience du Beuvray. J’y retrouve, à cet étage où s’amorce l’ascension, ces grandes pessières qui n’ont rien de naturelles et qui rappellent que le Morvan est intensément exploité pour la sylviculture. Une mention dont j’avais déjà parlé dans un précédent article consacré au Saut de Gouloux.

L’imagerie des pessières morvandelles : une grande classique atmosphérique ici

Pour Steph et Lea, mes invités pour cette session 2021, c’est une totale découverte et c’était d’ailleurs le but ! Après un court répit passé sur une courbe de niveau, la grimpette reprend de plus belle lorsque l’itinéraire s’engage dans ce qu’on appelle ici le Bois Brûlé. Sans doute une référence à ces stères inépuisables de bois à brûler que le Morvan livre aux Parisiens depuis des temps immémoriaux.

Au siècle dernier il faut imaginer les hommes et les chevaux s’activant pour couper et transporter les troncs jusqu’aux rivières où on les faisait ensuite flotter.

Un chapitre essentiel de l’Histoire du territoire qu’on se raconte encore de nos jours et sur lequel on peut approfondir sa connaissance en visitant, entre autre, la Maison du Parc du Morvan à Saint-Brisson. Aujourd’hui, si vous croisez des exploitants, vous les trouverez plus vraisemblablement à bord d’engins forestiers motorisés et équipés de tronçonneuses puissantes : moins romantique forcément !

Le Morvan est peut-être l’un de ces rares lieux où on peut affirmer que les pessières sont belles

Le Bois Brûlé était cependant silencieux lors de notre passage. Des stigmates de l’activité humaine y étaient néanmoins largement visibles. Des coupes sévères, que je n’avais pas observées en 2019, s’y découvrent désormais. Par endroit, la forêt a littéralement été éventrée sur toute sa longueur comme si une boule de bowling géante y avait fracassé les troncs en aplatissant tout sur son passage. Des scènes de désolation. Un surplus d’exploitation grossier dicté par le productivisme ? Pas le moins du monde. Ici le bois a de la valeur et le respect qui y est dû. Ce génocide est une purge forcée, un assainissement tragique mais nécessaire.

Cauchemar des épicéas, le scolyte a déjà coûté au Morvan un lourd tribut, modifiant profondément le paysage forestier du territoire.

Depuis bientôt trois ans, les forêts du Morvan sont victimes du scolyte, un insecte parasite qui s’en prend à l’épicéa en profitant des hivers doux et des sécheresses provoqués par le dérèglement climatique en cours. Les agents de l’ONF sont donc sur le pont et doivent procéder préventivement – quand c’est jugé utile – à des coupes massives pour limiter les dégâts issus de cette prolifération. La forêt morvandelle doit, elle aussi, faire preuve de résilience. L’âge de l’épicéa, planté massivement après la guerre pour reboiser le territoire, est révolu. À terme, c’est le Douglas, plus robuste, qui devrait lui succéder comme ici sur les pentes du Mont Beuvray.

À la frontière de la pessière et de la hêtraie, une centaine de mètres sous le sommet du Mont Beuvray

C’est au travers de ces pessières fragilisées et grandement menacées que le tracé du sentier se taille un passage vers le sommet. Steph et Léa y progressent toujours d’un pas vif, encadrés par une haie d’honneur de troncs massifs à côté desquels ils paraissent si petits. Le chemin se fait ensuite plus creux, séparant les résineux, à gauche, des feuillus plus jeunes, à droite. Une frontière d’essences sur laquelle se déroule patiemment le fil de l’ascension.

Résineux, feuillus. Sur les pentes du Mont Beuvray, chacun sait rester à sa place. Jusqu’à céder celle-ci à l’une des plus féeriques forêts de tout le Morvan.

Aux abords des 700 mètres – soit 121 mètres sous le sommet – les choses changent. C’est d’abord la pente qui, fatiguée d’avoir trop monté, se couche imperceptiblement. Et ce sont les armées de résineux, plantées en rangs serrés, qui stoppent brutalement leur progression, tenues soudainement en respect par un mur invisible, comme interdites d’accès au sommet. À leur place se dévoile une forêt plus aérée de hêtres aux formes abstraites. Un cap net qui transforme l’effort en émerveillement. Car c’est bien de merveilleux dont il est question sur le sommet du Mont Beuvray.

LÀ-HAUT SUR LA MONTAGNE

Je me rappelle très clairement ma première entrée dans cet Asgard végétal il y a deux ans. Après l’ambiance plus désincarnée de la pessière, l’univers lumineux de la hêtraie revigore. Exit l’uniformité de l’épicéa et place au fantasque créatif de Fagus Sylvatica qui se renouvelle à l’infini. Un plaisir pour les yeux qui peuvent désormais poser un regard sur un horizon plus libéré de sous-bois. Libérées de l’ombre, les couleurs éclatent avec intensité. Les verts tout particulièrement, comme ceux de ces tapis moussus qui enlacent les troncs glabres et cendré de ces arbres iconiques.

La forêt du Beuvray a des allures de sanctuaire. Il y plane une aura de sacré et de magie. On y imagine des cérémonies mystiques dédiées aux esprits de la Nature et psalmodiées aux matins du monde.

Je ne suis donc pas surpris d’apprendre, plus tard, que le Mont Beuvray a été choisi par des druides contemporains comme théâtre pour la célébration de Samonios, la fête la plus importante du calendrier celte, à la Toussaint qui a suivi mon premier passage en ces lieux, en 2019. Le Mont Beuvray fait définitivement partie de ces lieux où ressentir une puissante connexion à la Nature est possible. Rien d’étonnant à ce qu’il soit entré au club des Grands Sites de France, rejoignant ainsi Navacelles, le Fer-à-Cheval ou encore le Pont du Gard.

Le sommet du Mont Beuvray : des fenêtres spacieuses ouvertes sur la Bourgogne

Toute la partie sommitale du Mont Beuvray est parcourue par un réseau de sentiers qui permet d’en effectuer le tour complet. Sur la partie la plus orientale, des prairies et des espaces généreusement ouverts se dévoilent, paradis perchés des fleurs de printemps et des panoramas spectaculaires sur la Bourgogne. Le Mont Beuvray n’est peut-être pas le plus haut sommet du Morvan – c’est le Mont Folin, son voisin, avec 901 mètres – mais c’est sans aucun doute le plus visuel, celui dont la présence s’impose le plus naturellement dans le paysage.

S’il n’est pas le plus haut du Morvan, le Mont Beuvray est assurément celui qui concentre le plus d’aspects visuels spectaculaires. Et ce, qu’on le voit de près ou de loin.

C’est un authentique trône qui domine le reste du monde. Sa puissance évocatrice en a fait un haut lieu de l’Histoire de France. Le Beuvray reste, en effet, indissociablement lié à Bibracte – village gaulois dont on reparlera plus tad – et à un personnage clé : Vercingétorix. C’est ici, à son sommet, que le grand chef Gaulois a unifié les tribus en révolte contre Rome, devenant ainsi le leader de la coalition opposée à Jules César. Cela se passait en 52 avant Jésus-Christ. Un événement qui trouve un écho particulier dans notre époque moderne où planent, encore timidement, les perceptibles courants d’une forme de révolte.

Le belvédère du Mont Beuvray : la Bourgogne à vos pieds

Si, comme moi, vous êtes sensible à cette symbolique et à l’émotion qui peut en découler en réalisant que, il y a 20 siècles de ça, nos ancêtres foulaient déjà du pied le Mont Beuvray – dans d’autres circonstances sociales et politiques – prêts à faire fondre leur colère et leur hargne sur l’Empire Romain, vous vivrez sans aucun doute une expérience à part là-haut. Vercingétorix n’habitait pourtant pas à Bibracte qui était la capitale d’une autre tribu gauloise : celle des Eduens. Il appartenait au clan adverse : les Arvernes. Tout ce petit monde ne s’entendait donc pas forcément à merveille, beligérant assez régulièrement.

Incroyable de marcher ici dans les pas de Vercingétorix, l’un des tout premiers héros nationaux et un souvenir forcément marquant de nos manuels scolaires.

Un consensus fut cependant trouvé grâce aux Romains qui les utilisèrent pour défendre la Gaule contre les attaques des Hélvètes. Mais la politique impérialiste de César alla trop loin et déclencha le courroux des Arvernes qui, sous l’égide de Vercingétorix et après plusieurs campagnes victorieuses contre l’envahisseur, réussirent l’incroyable pari d’unifier les tribus de Gaule sous une seule et unique bannière. La bataille d’Alésia mit malheureusement fin à cet élan mais Vercingétorix demeure encore aujourd’hui reconnu comme le premier héros national. Un archétype et une source d’inspiration pour des générations à venir de guerriers révoltés et héroïques.

Une partie de Bibracte avec, au loin, la structure protégeant le parcours de fouilles ouvert au public

Traverser la chaume du Mont Beuvray – nom communément donné à ces prairies d’altitude, à l’instar de celles des Vosges – est une expérience douce et immersive. Il faut le faire avec une lenteur mesurée pour savourer les étendues de jacinthes, les belvédères aménagés au fil du chemin et le petit patrimoine vernaculaire dispersé tout autour du sommet. C’est par exemple la toute petite chapelle Saint-Martin, située sur l’emplacement d’un ancien temple gallo-romain et dont l’activité rituelle de près de 2000 ans perdure encore de nos jours.

L’histoire de Bibracte, intense durant près d’un siècle, s’est peu à peu évanouie dans le temps et la forêt jusqu’à être à nouveau exhumée par un membre érudit de la Société éduenne des lettres, sciences et arts d’Autun

C’est également le monument commémoratif en hommage à Jacques-Gabriel Bulliot, le découvreur de Bibracte en 1867 et à qui l’on doit toutes les premières découvertes du site. Proche de celui-ci s’ouvre un immense espace sur la plaine ondulante de la Bourgogne au centre duquel a été ancrée une solide table d’orientation en pierre massive. Un lieu qui invite à l’arrêt et à la contemplation, où la fureur gauloise s’est aujourd’hui dissoute dans le sol fleuri d’un nouveau printemps. Les humains du 21ème siècle ont troqué les casques et les boucliers contre des sacs à dos et des téléphones portables qui font voyager l’image de Bibracte au reste de la tribu désormais connectée 24h/24h.

Promenade détendue à travers les chaumes du sommet du Mont Beuvray

C’est à cet endroit qu’une autre rencontre se produit, moins épique certes mais humainement forte, puisque nous sommes rejoints par Patricia Lepaul, qui est assistante chargée de la communication sur Bibracte, et Laurence Gadrey-Guillaume, qui est chargée de la promotion touristique du site. Un duo de choc, débordant d’énergie et de savoir, qui va dès lors nous immerger plus profondément encore dans l’histoire de l’ancienne capitale gauloise. « Pour le public c’est un site naturel exceptionnel mais c’est aussi la mémoire de cette ville de 2000 ans avec des vestiges encore remarquablement conservés.« , nous raconte Patricia. « Pour les archéologues c’est une mine d’informations sur la façon dont toutes les villes étaient organisées au tournant de notre ère.« 

La capacité de projection et d’imagination du visiteur se doit d’être optimum pour se représenter cette capitale de près de 10000 habitants telle qu’elle était il y a 2000 ans au faite de sa puissance.

« Ici on a le prototype de ce qu’on appelle des oppida, autrement dit des villes fortifiées, qui sont apparues en même temps dans toute l’Europe celtique, avec des objets similaires démontrant la nature étendue du commerce entre celles-ci.« , poursuit Patricia. « Bibracte possédait deux remparts – qu’on estime plus réalisés pour le prestige que la pure défense – dont le plus grand couronnait tout le sommet sur 7 kilomètres. Sa construction a nécessité des tonnes de pierres et de bois. Le bois qu’on utilisait également pour les habitations et les ateliers, Bibracte étant une authentique cité industrielle. Il faut donc imaginer qu’à l’époque il n’y avait pas d’arbre sur le Mont Beuvray.« 

Avec Laurence Gadrey-Guillaume, à la découverte de la hêtraie qui coiffe le Mont Beuvray

Et imaginer également qu’entre 5000 et 10000 habitants s’activaient sur ce sommet reconquis aujourd’hui par 1000 hectares de forêt ! Quand on parle de capitale c’est aussi pour signifier que, derrière les murs aujourd’hui arasés de la cité, rayonnait un important centre artisanal, commercial et politique. Le site est encore très largement prisé par des équipes d’archéologues issues de toute l’Europe et qui en poursuivent la fouille. Une partie de la ville peut être visitée par le public grâce à des structures métalliques abritées autorisant un cheminement au-dessus de ce que fût Bibracte.

Bibracte, malgré son existence d’à peine un siècle, est un héritage précieux et aussi le témoignage d’une époque charnière pour la Gaule.

Bibracte c’est aussi un carrefour de sentiers. Le GR®13 y passe en traversant le Morvan, ainsi que deux itinéraires de Compostelle reliant Avallon à Autun et c’est aussi le départ – ou l’arrivée selon – des 120 kilomètres de la Bibracte-Alésia. Il y avait donc un sens supplémentaire, outre son histoire prestigieuse et fascinante, à passer par Bibracte aujourd’hui pour Carnets de Rando. Quel meilleur moyen que le pied et la randonnée pour faire honneur à ce prestigieux site ressurgi du passé ?

La Fontaine Saint-Pierre : l’un des spots remarquables à découvrir au sommet du Mont Beuvray

La visite de Bibracte ne saurait être complète sans celle de son incroyable musée dont l’architecture extérieure, évoquant par le choix de ses matériaux, l’évolution des âges de l’humanité, vaut à elle seule le détour. Elle est l’œuvre de Pierre-Louis Faloci qui, sur deux niveaux, a su jouer avec la transparence afin d’immerger le bâtiment dans la forêt qui l’accueille aujourd’hui. Le musée de Bibracte est une caverne d’Ali-Baba en terme de quantité de contenus et un Louvre nivernais en matière de présentation. L’aménagement des espaces a lui été savamment soigné et la qualité des textes informatifs tend à l’exhaustivité.

Objets, maquettes, reconstitutions, documents, graphiques et archives s’exposent à travers différents espaces thématiques pour dresser un portrait dense et minutieux de ce que fut Bibracte.

Aucun détail n’a été omis pour partager les résultats de près d’un siècle et demi de fouilles avec le public. Le travail réalisé ici pour faire ressurgir la cité et l’expliquer à l’homme contemporain force le respect. Une visite guidée, pour aider à synthétiser l’essentiel, est vivement recommandée. C’est ce que nous avons eu la chance de faire avec Élodie Delhommeau dont les connaissances, l’aide à la projection et la brillante élocution nous ont littéralement permis de plonger dans la vie des Eduens d’avant le 1er siècle.

Visite du passionnant Musée de Bibracte sous la conduite savante d’Élodie Lhommeau

DANS LES COULISSES DU MONT BEUVRAY

La journée est déjà bien avancée lorsqu’on sort du musée mais je me refuse à quitter le sommet sans être repassé par la Pierre Salvée, ce site païen qu’ont consacré les druides jadis et qui offre à découvrir une intéressante aiguille rocheuse de deux mètres de haut surgie du sol dans une clairière bien lumineuse et sur laquelle j’avais assise Roxanne pour le générique de Mon GR® Préféré. Sauf que je n’arrive plus à la retrouver et qu’à la place je tombe sur celle de la Wivre qui sied finalement tout autant aux images.

En marge du site de Bibracte, des vestiges de lieux de culte païens et d’intrigantes formations végétales en ajoutent encore dans l’interminable liste des points d’intérêt à visiter au sommet.

Sur le chemin du retour vers la sortie du site, Steph et Lea sont intrigués par de drôles d’arbres qui semblent avoir été pliés, offrant aux marcheurs de passage une allure étrangement torturée. Ce sont des queules, une expression entièrement locale de la haie, qui consistait à tresser entre elles les jeunes branches des hêtres pour délimiter les prés et les champs. La méthode n’interrompait pas la croissance de l’arbre et, à long terme, finissait par donner des arbres aux formes improbables. C’est l’une des spécificités du Morvan et une aubaine pour les amateurs d’ambiances et d’arbres originaux.

Les queules, ces drôles de hêtres du Morvan qu’on utilisait jadis comme haies

Un petit chemin un peu secret est ensuite récupéré longeant le musée et s’orientant nord-ouest à travers la forêt pour crocheter plus loin le tracé du GR®13. Petit à petit le sentier glisse vers l’orée de celle-ci, révélant des paysages agricoles vallonnés et plus ouverts. On surgit brusquement quelques mètres au-dessus du col routier situé sous le petit hameau de l’Échenault, rattrapés par le printemps qui pousse sur des parcelles couvertes d’un vert vigoureux.

La Gaule est derrière nous. La Nièvre rurale moderne impose à nouveau son calme au débouché de la forêt.

Ces étagements agricoles du Morvan ont de la douceur à revendre. Des dégradés arrondis, aux nuances de vert infinies, coiffés de toisons forestières plus sombres. Les insectes y bourdonnent joyeusement de fleur en fleur, parfois poursuivis par une alouette embusquée. Le spectacle de la Nature à cette saison est foisonnant pour qui a l’œil exercé et curieux. Une longue piste nous expédie ensuite sud-ouest, nous plaçant dans l’axe du chemin du retour, jusqu’à nous autoriser à décrocher jusqu’au thalweg dans lequel coule le petit ruisseau du Moulin de la Chaute.

C’est la dernière partie de la boucle et celle qui me rendait, sur le papier, le plus curieux. Car je connaissais déjà Bibracte et le Mont Beuvray, ainsi que je l’ai expliqué. En revanche je n’avais pas pu explorer leurs alentours qui me semblaient injustement délaissés par les visiteurs qui capitalisent tout sur le sommet. Je voulais donc vraiment disposer d’une vision d’ensemble pour évoquer l’endroit et ce retour, plus confidentiel, allait finalement me le permettre.

Peu connu, le ruisseau du Moulin de la Chaute se contorsionne dans le creux de beaux espaces délicatement boisés, conférant à la randonnée une intimité appréciée avec ces coulisses du Mont Beuvray.

Ici on se sent dans le secret d’une nature à l’abri des regards. Des chemins creux, taillés entre deux haies, ne font qu’en ajouter à cette impression plaisante de faire partie de ces rares privilégiés à qui on a confié les clés du domaine. C’est une campagne séduisante, délimitée ici et là par des clôtures de piquets de bois avec, toujours en fil rouge, le petit cours qui suit son cours entre des champs victimes de poussées jaunes de fièvres d’épervières et de pissenlits.

D’agréables ambiances dans ce petit vallon du Moulin de la Chaute, antichambre plus intimiste du Mont Beuvray

On finit par y rejoindre le goudron de la route étroite conduisant au hameau de Petiton. Petiton, un petit bout de Nièvre qui paraît vouloir se faire oublier du reste du monde dans ce vallon fermé, au sud, par la longue crête boisée qui descend du Mont Beuvray ; celle-là même le long de laquelle nous sommes montés ce matin au sommet. Même si l’espace ici semble confiné, il semble cependant suffisant à pourvoir aux besoins élémentaires d’une vie simple au contact de la nature. Sans artifice.

Le vallon de Petiton révèle une poche de nature sous cloche qui semble préservée et volontairement ignorante des malheurs du reste du monde.

Une belle voie verte succède au hameau, encadrée de champs élégamment clôturés où des vaches curieuses ont tenté d’établir le contact avec ces randonneurs de passage. Une communication impossible malgré une volonté évidente des deux camps. Un bel instant, amusant et aussi touchant, qui nous a doucement fait glisser vers la fin de la journée. J’éprouve enfin le sentiment d’avoir complété mon exploration du Mont Beuvray. La sensation du travail bien fait m’inonde, doublée du plaisir d’avoir réalisé une randonnée riche et gratifiante. J’allais, cette fois, pouvoir rentrer chez moi l’esprit tranquille.

Vaches curieuses et curieux de vaches se rencontrent sur le dernier kilomètre de la randonnée

VENIR DANS LA NIÈVRE

Si vous regardez bien votre carte de France, vous noterez que la Nièvre est un département assez central, posé tout au-dessus du Massif Central, à quasi équidistance de Paris et de Clermont-Ferrand. Pour les sudistes – dont je fais partie – ça ne fait généralement pas partie des choix premiers de destination. Et c’est bien dommage et j’espère que les différents reportages du blog vous convaincront qu’il pourrait être judicieux de revoir cette copie erronée !

Pour celles et ceux qui remontent donc depuis le sud et la vallée du Rhône, il faudra suivre l’autoroute jusqu’à Châlon-sur-Saône et, de là, tirer par la D978 vers Nevers via Autun et Château-Chinon. Depuis le Languedoc et le sud-ouest, le mieux est de viser Clermont-Ferrand puis de rejoindre Nevers via Moulins. Le grand ouest, quant à lui, préférera converger par autoroute vers Bourges pour rallier ensuite Nevers par la D976. Enfin, le nord et la région parisienne, pourront eux emprunter l’A77 directement jusqu’à Nevers.

VENIR AU MONT BEUVRAY

En voiture

Pour rejoindre Bibracte depuis Nevers, il faudra suivre Autun et Château-Chinon par la D978 avant de partir par la D18, direction Anlezy et Moulins-Engilbert, après la zone commerciale de Saint-Éloi. Une fois dépassé Moulins-Engilbert, continuez sur la D18 – qui croisera la D27 – jusqu’à repérer la bifurcation se dirigeant vers Bibracte à gauche par la D500. Si vous arrivez depuis la vallée du Rhône – Dijon, Châlon – le mieux est de converger vers Autun, puis de suivre Luzy par la D681 et, à mi-chemin, de virer à droite par la D61 direction Saint-Léger-sous-Beuvray puis Mont Beuvray par la D3. Stationnement au parking du musée.

En train

La longue histoire qui lie l’Île-de-France à la Nièvre lui permet une desserte encore excellente en train depuis Paris. Des Paris-Nevers en seulement deux heures et pour moins de trente euros, vous en trouverez sans peine. Même chose pour Paris-Avallon. Depuis Marseille, Montpellier, Rennes ou Bordeaux, c’est plutôt en 5h à 6h et pour, en moyenne, deux à trois fois plus cher. Mais la ligne existe et la fréquence quotidienne est correcte. Ensuite il faudra prendre un TER pour Étang-sur-Arroux. Vous n’irez pas plus loin en train. Le taxi sera ensuite nécessaire pour vous rendre à Bibracte.

En bus

En bus même ambiance. Depuis Nevers, la ligne 501 vous emmènera jusqu’à Château-Chinon mais, de là, seul un taxi pourra vous conduire jusqu’au Mont Beuvray.

Le Theurot de la Wivre, l’une de ces formations rocheuses singulières à découvrir sur le parcours arrondissant autour du sommet

BIBRACTE ET LE MONT BEUVRAY : LE TOPO PAS À PAS

Si nécessaire, je possède la trace GPX de cette randonnée. Vous pouvez me la demander par mail en m’écrivant à l’adresse contact_at_carnetsderando.net

Depuis le parking (D/A), se rendre devant l’entrée du musée, au départ de la montée vers Bibracte et repérer un petit chemin qui longe le musée par les bois. Il finit par rejoindre le GR®13 (1) : le suivre à droite jusqu’à sortir du bois sur un chemin plus large. Descendre par ce chemin à droite et rejoindre la route (2).

La suivre à gauche jusqu’au carrefour. S’engager alors à gauche sur un chemin encadré par deux haies. Au bout de celui-ci, après avoir atteint à nouveau les sous-bois, repérer un sentier qui descend à droite en quittant le chemin principal (3). Le suivre pour rejoindre plus bas le torrent du Moulin de la Chautte.

Suivre le sentier qui longe le cours d’eau en rive gauche d’abord puis en rive droite après Vers-les-Beaux. On atteint une petite route qui monte ensuite à Petiton (4).

Dans Petiton descendre à gauche pour croiser la D507 et continuer en face par le GR®13 qui descend en pente douce jusqu’à Montvernot (5). Bien crocheter à gauche pour passer entre les maisons, franchir le ruisseau de la Roche et rejoindre à nouveau la D507. La suivre quelques mètres à gauche et repérer le GR®13 qui s’échappe en montant à droite à travers bois : s’y engager.

Dépasser une coupe bien nette, plus loin, à main droite et atteindre un chemin à plat sur une courbe de niveau. Le suivre à droite jusqu’à croiser une borne « Bois Brûlé » qui marque le moment où le GR®13 s’engage à nouveau en montée à gauche (6). Reprendre l’ascension.

À l’intersection du point coté 756 (7) poursuivre tout droit jusqu’à rejoindre la petite route. La traverser et se diriger sur la droite pour suivre un beau chemin qui va arrondir en direction du Mont Beuvray. Croiser et dépasser la chapelle Saint Martin (8) pour atteindre l’esplanade de la table d’orientation (9).

Lui tourner le dos, dépasser le mémorial et couper à travers la forêt pour recroiser la route, la traverser et continuer de l’autre côté jusqu’à la Fontaine Saint-Pierre (10).

Suivre un sentier à droite qui part à flanc et arrondit sous le Theurot de la Roche en passant à la Roche Salvée (11). Continuer sur ce chemin et recroiser la route. La traverser à nouveau pour s’aventurer dans les ruines (12).

À leur sortie, revenir franchement vers la route pour trouver, de l’autre côté, le chemin descendant à la Fontaine de l’Écluse. À la fontaine, suivre le chemin de droite qui arrondit et repique au Theurot de la Wivre (13). Un balisage jaune le prolonge jusqu’à la Porte du Rebout.

Passer la Porte et repérer ensuite, à droite, un petit sentier qui quitte la route (14) pour ramener au musée et au point de départ.

RECOMMANDATIONS PARTICULIÈRES & DIFFICULTÉ

Vous aurez peut-être noté que, par rapport au récit, j’ai choisi de faire du musée mon point de départ. À l’usage c’est ce qui me paraît le plus pratique si vous venez en voiture à Bibracte. Mon petit espace, transformé en aire de stationnement, que je mentionne dans l’article n’est pas adapté pour accueillir les voitures en nombre. Je préfère vous diriger vers une zone dédiée spécialement au stationnement. Par ailleurs partir de Bibracte permet deux choses intéressantes : d’abord de vous échauffer avant de commencer l’ascension ; ensuite de pouvoir profiter du sommet en fin de journée, en prenant votre temps, et aussi d’aménager le temps que vous souhaiteriez consacrer à la visite du musée.

Cette boucle ne présente pas de très grosse difficulté. L’ascension du Mont Beuvray pourra cependant surprendre si vous n’êtes pas familier(e) de l’effort. Ce n’est pas une ascension très longue – moins de 600m de dénivelé – mais elle est assez courte et donc soutenue dans son degré de pente. Songez-y si vous souhaitez vous y attaquer ! Ce n’est pas une promenade de santé ! Je recommande donc au moins sportifs d’entre vous de peut-être privilégier uniquement une randonnée sur le pourtour du sommet. Pour les habitué(e)s de la rando et de la montagne, aucun souci à se faire ! Au contraire ce sera même un temps fort de la boucle.

La compagnie des vaches. Qui a dit que la campagne c’était laid ?

L’itinéraire est donné à titre indicatif sur le sommet. J’ai essayé de tracer quelque chose qui passe par les principaux spots du Mont Beuvray. Libre à chacun(e) de l’adapter à ses envies pour profiter du sommet à sa façon. Il y a mille manières d’aborder la partie sommitale quitte à repasser par le même endroit plusieurs fois. C’est une zone assez facile à couvrir et sur laquelle on se repère, je trouve, assez bien. Du moins sur la partie orientale par rapport au tracé de la route. À l’ouest c’est plus densément boisé et on peut moins facilement traverser le sous-bois à vue.

On a effectué ce reportage au printemps et plus spécifiquement au mois de mai. Le printemps est une très belle époque pour profiter du Mont Beuvray et de la nature nivernaise. Les verts des forêts et des prairies sont radieux et fleuris mais les chemins peuvent aussi être un peu boueux. Le Mont Beuvray est un endroit assez fréquenté. Ne vous attendez pas à vous y retrouver tout seul ! Merci d’essayer au maximum de respecter la tranquillité du lieu et de le garder propre.

La campagne du Morvan au printemps : un véritable petit paradis sur herbe

LIENS UTILES

L’article ci-dessus ne fait que survoler l’immensité de Bibracte. Pour en savoir plus et préparer votre visite, vous trouverez toutes les informations utiles sur le site officiel de Bibracte.

Si vous projetez un séjour au-delà d’une seule visite à Bibracte et au Mont Beuvray, le site de Nièvre Tourisme sera un compagnon bienvenu pour découvrir le territoire et organiser votre venue, que ce soit en terme de visites à faire, de lieux à découvrir ou d’hébergements.

Et si ce sont des randonnées que vous recherchez et que la sélection nivernaise déjà présente sur Carnets de Rando n’y suffit pas, vous trouverez le détail de toutes les randonnées du territoire sur la page Découvrir la Nièvre à pied. À ce sujet, je signale l’existence du topo-guide La Nièvre… à pied, édité par la FFRandonnée et qui propose 40 itinéraires, du débutant à l’expert, pour rayonner à travers le département.

DORMIR AU MONT BEUVRAY : HÉBERGEMENTS ASSOCIÉS

Le Gîte du Mont Beuvray (non testé)

Situé à Glux-en-Glenne, à quelques kilomètres de Bibracte, ce gîte rural dispose d’une flopée de chambres de 1 à 5 personnes. Une capacité d’accueil conséquente incluant l’accès à la cuisine, les serviettes de toilette, le chauffage, l’électricité, l’eau et le bois pour la cheminée. Possibilité de souscrire au petit-déjeuner et/ou à un panier repas. Également de manger à La Petite Auberge voisine en formule Entrée, Plat, Fromage pour 21,50 euros (ou 25,50 euros avec le dessert). Les tarifs courent de 38 à 120 euros selon la chambre. Infos et réservation : 06.48.10.05.66 ou par mail bonjour@gitedumontbeuvrayglux.fr

Gîte La Presle (validé et approuvé)

Bon nous on était à l’extérieur du Morvan, plein ouest, parce que, vous ne le savez peut-être pas, mais j’aime bien être posé central quand je fais mes tournées de reportage dans un endroit. Et la Presle était tellement bien située, bien isolée dans sa campagne verdoyante et vallonnée, que j’ai dit banco de suite. C’est une ancienne fermette super bien restaurée avec deux chambres et un vaste espace salon-cuisine où on adorait se retrouver avec l’équipe le soir autour d’un repas. Vous n’y serez pas dérangés par les voisins et ça devrait plaire à celles et ceux d’entre vous qui aimez les demeures authentiques. Ça se loue (pas cher pour ce que c’est) à 43 euros la nuitée ou un peu plus pour la semaine !

Remarque : les informations données dans ce reportage engagent uniquement la responsabilité de l’utilisateur/rice sur le terrain qui saura les adapter à son niveau et à son expérience. Carnets de Rando ne saurait être tenu responsable de tout accident survenant suite à un mauvais usage de ce topo ou à une mauvaise appréciation du niveau du/de la pratiquant(e) par rapport à celui requis.
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