Anterne : Mode d’Emploi… Ce qu’il faut savoir pour éclairer sa (L)anterne sur ce petit paradis de montagne

Anterne c’est un rêve de montagne. Un paysage de carte postale ancré dans la réalité. C’est un peu l’un des passages obligés pour l’aspirant randonneur dans le Haut-Giffre qui aura croisé l’éclat de son lac sur une photo, dans un article de presse ou encore un office de tourisme. L’apercevoir, blotti dans cet espace dominé par la fascinante muraille des Fiz, c’est déjà en soi y être parti. C’est d’abord l’esprit qui y cavale en imagination avant d’être rattrapé par les jambes. À Anterne on cueille du plaisir et on abandonne ses soucis à la montagne. En plein cœur de la Réserve Naturelle de Sixt-Passy, on y goûte une forme d’absolu qui connecte le visiteur à l’identité du Grand Massif. Classique indémodable pour s’approprier une partie de l’âme du Haut-Giffre, je vous y propose une boucle dense qui, à défaut d’être exhaustive, devrait cependant bien remplir votre journée.

Difficulté : difficile | Distance : 18,5 km + 4,5 km | Dénivelé : 1470m + 200m | Durée : 9h50 ou 1,5 jours | Chiens admis : non | Carte IGN : TOP25 1/25000è 3530ET – Samoëns / Haut-Giffre

UN DÉPART SOUS HAUTE TENSION

Derrière les vitres du monospace, le Giffre défile à toute vitesse et les Gorges des Tines ne sont déjà plus qu’un vieux souvenir lorsque le véhicule s’attaque, pleine puissance, à la montée vers le Lignon. Rodolphe est un conducteur efficace pour qui l’horaire est une religion. Alors, comme le départ de Samoëns et Neige & Roc – où on a passé la nuit – a été quelque peu retardé, le dynamique gérant d’Alps Direct, l’entreprise de transport locale qui assure notre liaison vers le départ de la randonnée, se donne à fond pour rattraper le temps perdu. La conduite est précise et maîtrisée tandis que pointent les derniers lacets de la petite route après le passage devant la cascade du Rouget.

Il y a déjà foule de véhicules stationnés de part et d’autre de la route, ce qui confirme la notoriété de ce lieu où se pressent, toute la saison, des processions de randonneurs/ses.

Le Lignon dessert tout autant l’accès au refuge de Sales et au désert de Platé que celui d’Anterne, de son lac et de ses grands espaces. Deux secteurs distincts, voisins et majeurs pour s’imprégner de l’identité paysagère du Haut-Giffre. Le tout au prix d’un effort somme toute abordable qui explique l’afflux de visiteurs en ces lieux parfaitement spectaculaires. Malgré la circulation difficile, Rodolphe, très professionnel, nous monte au terminus de la route mais ne s’étend cependant pas en tergiversations inutiles, déjà appelé pour récupérer sans attendre un nouveau client à la gare de Cluses.

La Cascade du Rouget, superbe et accessible au saut de la voiture : un premier arrêt nécessaire avant de mettre le cap sur Anterne ou Sales

LE TEMPS DES SOUVENIRS

Le matin le secteur est largement à l’ombre. Le soleil peine à franchir les énormes barres rocheuses qui dévalent sèchement sous le sommet du Collet d’Anterne et au-dessus desquelles s’élève, plus haute encore, la Pointe de Sales (2497m), péninsule septentrionale de la longue falaise des Fiz. D’ici une heure et demie, notre itinéraire passera exactement entre ces deux-là, sur la route du chalet d’Anterne. Ce n’est pas mon premier passage par ici, même si le précédent remonte à un sacré bout de temps. L’itinéraire grimpant vers le refuge Alfred Wills marche en effet main dans la main avec le tracé du GR®5.

Pour celles et ceux d’entre vous qui sont encore fâché(e)s avec les numéros des GR®, je rappelle que le GR®5 est celui qui traverse toutes les Alpes françaises, du nord au sud. Mais pas que !

Le GR®5 vient de loin ! Si d’aucun savent que, pour atteindre les Alpes, il est descendu en droite ligne des Vosges, puis du Jura, peu sont en revanche au courant que sa source véritable est à chercher du côté des Pays-Bas, à Hoek van Holland plus exactement, une petite ville côtière qui a les pieds dans la Mer du Nord. Car davantage que la traversée des Alpes à laquelle il est souvent réduit, ce GR® de longue haleine relie en fait la Mer du Nord à la Méditerranée en 2200 kilomètres !

Sortez les archives ! Retour en 2004 lors du passage du Brévent lors de mon aventure en solo sur le GR®5

Et si je parle de ça c’est parce que j’ai justement parcouru toute sa partie française, de Wissembourg, à la frontière franco-allemande, jusqu’à Menton, dans les Alpes-Maritimes, en 2004 et en un peu plus de deux mois. Je me rappelle donc encore très bien ma nuit au camping de Samoëns, à l’époque, et mon étape traversante en direction de la vallée de Chamonix, via le col du Brévent. C’était il y a 18 ans et les blogs n’existaient pas. Encore moins les réseaux sociaux. L’aventure était donc restée parfaitement anonyme mais mes souvenirs restent, eux, encore très largement intacts.

Pour cette mission dans le Haut-Giffre, j’ai deux solides acolytes avec moi, chacun bercé par un amour mutuel pour la montagne et affublé d’une énergie folle quand il s’agit de marcher et de grimper.

Fini le solo. Avec moi en 2022 j’ai Loïc, un enfant du pays doublé d’un montagnard déjà aguerri au physique impressionnant. Mike, lui, est un marcheur tout aussi sérieux et passionné que j’avais rencontré au cours du Trek du Landmannalaugar en Islande et avec qui je n’avais, depuis, jamais rompu le contact. Si, pour Loïc, la participation à un reportage de Carnets de Rando est une première, ce n’est pas le cas de Mike qui m’avait déjà accompagné entre le Pas de l’Oeille et les Deux Soeurs, dans le Vercors, puis, à raquettes, l’hiver, vers le sommet de la Grande Sure en Chartreuse.

Loïc et Mike en pause photo de courte durée au Belvédère de la Pleureuse

ANTERNE : BIENVENUE AU PARADIS !

De l’autre côté du Vallon de Sales, le soleil commence à donner de gros coups de projecteur sur l’arrondi de falaises s’incurvant sous la Pointe Perfia. Notre trio a déjà pris pied au Belvédère de la Pleureuse, une autre belle représentante des cascades du Haut-Giffre. C’est ici que les chemins des uns et des autres divergent, certains choisissant de poursuivre par le GR®96 en direction du refuge de Sales quand d’autres, comme nous, vont tenir le cap du GR®5 jusqu’à Anterne.

La pente se fait plus sérieuse après avoir laissé le GR® 96 et impose de modérer une cadence jusqu’alors, avouons-le, assez frénétique

La forêt, encore omniprésente jusqu’alors, se fait progressivement plus disparate, cédant du terrain aux versants herbeux qui la contiennent sur le versant nord-ouest de la Pointe de Sales. Un ciel bleu immense projette maintenant un toit d’azur au-dessus de nos têtes. La promesse d’une lumière chaude et généreuse est imminente à l’approche du Collet d’Anterne. Salvagny et Sixt semblent déjà bien loin et bien bas lorsqu’on dépasse, en sueur, la base de l’immense pylône électrique qui y est ancré. Une verrue nécessaire doublée, en local, d’une histoire politique du genre à faire grincer des dents.

Après l’effort de la montée, le randonneur fait irruption dans les grands espaces Anterne, sous contrôle des Fiz et de l’impressionnante Pointe de Sales.

C’est – déjà – la fin de la première salve d’effort. L’heure est au bain de soleil et à la contemplation d’un décor renouvelé et largement révélé. À commencer par celui des Fiz, cette impressionnante dorsale rocheuse qui déploie des falaises abruptes au-dessus du vert accueillant des pelouses. Un ensemble saisissant entre douceur et raideur que domine la tour aux allures inexpugnables de la Pointe de Sales.

Les Fiz ont ici des allures de Vercors, défiant quiconque d’oser se frotter à leurs redoutables défenses verticales.

Le tableau fascinera invariablement le/la marcheur/se qui pénètre le vallon d’Anterne et qui se plaît à jouer avec les écarts de proportions. Ici, tout est très vite démesuré. À l’image du dôme sommital du Mont-Blanc qui émerge sans mal, du haut de ses 4810 mètres, derrière le col d’Anterne. On se laisse glisser en douceur vers le cœur de ce vallon, simplement subjugué par l’envergure de ce décor unique. Assurément une section majeure du GR®5 à laquelle succombera tout(e) randonneur/se sans le moindre doute.

À l’instar de celles du Vercors, les Fiz entrent séance tenante dans la catégorie des murailles rocheuses marquantes de France

Ce n’est pas par hasard si le refuge Alfred Wills – également appelé Chalet d’Anterne – a été bâti ici dans les années 80. Pour la petite histoire sachez que ce Alfred Wills est un personnage emblématique du Haut Giffre dont il était tombé amoureux au point de s’y faire construire un chalet d’été en 1858. On en reparlera un peu plus tard. C’était un juge, doublé d’un alpiniste, d’origine britannique, qui a écumé les sommets et écrit quelques belles pages de l’Âge d’or de l’alpinisme anglais.

Alfred Wills était une silhouette familière, à l’époque, des habitants de la vallée qui avaient fini par adopter ce drôle de juge de la bonne société britannique qui ne rêvait que des montagnes des Alpes.

Rien d’étonnant à ce que son nom et son souvenir perdurent de nos jours dans la toponymie locale. Posé dans le creux des méandres du torrent de Font d’Anterne, le refuge Alfred Wills est l’un de ces petits coins de paradis que s’offrent, en objectif, une grande majorité de visiteurs quand la saison d’été bat son plein. La vue sur les Fiz y est imprenable et la pause une tradition. Il fait partie de ces très bonnes adresses du Grand Massif et une nuit ici, avalé par l’espace et l’altitude, s’inscrira durablement au rang de vos meilleurs souvenirs de montagne.

Si vous êtes en quête de déconnexion, un passage par le refuge Alfred Wills devrait agir comme une thérapie instantanée et vous faire faire l’économie, ainsi, de plusieurs séances de coaching

Pour le coup je n’y sacrifie pas à la tradition de l’arrêt, préférant poursuivre les images jusqu’au lac, voire même jusqu’au col, par crainte d’un brutal changement de temps. Si le soleil nous éclaire encore de sa généreuse présence, la fin de l’après-midi est clairement annoncée comme plus orageuse. On aura tout le temps de goûter la tarte aux myrtilles de Bruno à notre retour. D’un signe entendu, notre trio se remet donc en ordre de marche pour rejoindre l’étage supérieur : celui du lac d’Anterne.

Encore une image d’archives ! C’est bon de les revoir ! Rien n’a pourtant changé dans le paysage depuis 2004. Les Chalets d’Anterne dans leur écrin d’alpages.

LE LAC D’ANTERNE : LA VEDETTE DU CIRQUE

Si quelques-un(e)s, peu familiarisé(e)s avec la pratique de la randonnée, se contenteront déjà de la vue sur les Fiz depuis le refuge Alfred Wills, beaucoup vont faire l’effort d’atteindre le lac, à une grosse heure de marche de là. Il faudra, pour cela, s’affranchir de près de trois cents mètres de dénivelé supplémentaire. Rien d’insurmontable pour les randonneur/ses au long cours qui s’acquitteront de l’exercice comme d’une simple formalité. C’est un parcours « bossu » mais au sentier toujours aussi impeccablement déroulé à travers les pelouses. Loïc y imprime un rythme sportif qui nous fait vite nous envoler.

Le Haut-Giffre, ici, c’est un décor assez incroyable de super-production qui ne souffre pas l’indifférence.

Les toits d’Alfred Wills se réduisent rapidement, permettant d’observer à quel point le spot est infiniment petit dans ce colossal espace qu’est Anterne. Colossal également est le sommet du Buet qui gonfle les muscles au-delà de la ligne verte des alpages : c’est l’objectif du lendemain et la promesse d’une journée épique et sacrément soutenue, nonobstant le point d’interrogation de la météo. Quand on marche ici, on est investi émotionnellement avec le paysage. On en fait partie intégrante. L’extase et l’effort s’y conjuguent sous l’égide invisible d’un équilibre subtil.

L’arrivée libératrice et immensément visuelle sur le Lac d’Anterne

Les dernières contorsions du sentier finissent par atteindre les reliefs moutonnants précédant le lac. Un passage où souffler un bon coup prend tout son sens avant que ne soit révélée, enfin, l’étendue d’eau chromée d’origine glaciaire qui luit dans le fond d’un large cirque. Le Lac d’Anterne c’est un splendide miroir sur la muraille des Fiz. Dix hectares de réflexion bleutée qui inspirent des élans de méditation. Ou des envies de bivouac. Dans le respect, évidemment, de la réglementation de la Réserve Naturelle de Sixt-Passy à laquelle appartient pleinement le site d’Anterne.

La beauté légendaire du lac d’Anterne n’est certainement pas usurpée. La majesté paisible du lieu, réfléchissant certains jour les raides parois des Fiz, convie le beau et le serein au menu de cette randonnée.

C’est un endroit qui incite naturellement à un silence respectueux – bien que je ne sois pas tout à fait certain que ce ressenti soit partagé par tous selon l’époque… – et qui cultive avec sagesse les vertus de la montagne. C’est également une frontière entre l’alpage et le minéral qui s’élève en murs sombres à l’extrémité du lac. Des sentes étroites ont fini par se créer pour en rejoindre les rives, sinuant entre de maigres bras d’eau bordés de linaigrettes. Un élément floral qui crée instantanément un paysage de carte postale.

La paix profonde qui se dégage de cet endroit harmonieux, perché à 2063 mètres d’altitude, suffit généralement à convaincre celles et ceux qui arrivent jusque-là à ne pas aller plus loin.

Je laisse tourner la caméra pour saisir la course lente de l’ombre des nuages qui glisse sans bruit sur les arrondis herbeux ceinturant le lac. Le Lac d’Anterne est une invitation à la paresse et la muraille nue et grise à l’assaut de laquelle part ensuite le sentier découragera sans doute les ardeurs des plus hésitant(e)s. Les autres, forçats de la marche, itinérant(e)s ou curieux/ses de savoir ce qu’il y a derrière, feront comme nous et s’enchaîneront pour un dernier coup de dénivelé jusqu’au col d’Anterne.

Le Lac d’Anterne vu d’un peu plus haut, en se désaxant du sentier menant au col d’Anterne

LE COL D’ANTERNE : DU RAB POUR LES PLUS AFFAMÉ(E)S

Le col d’Anterne, c’est une marche d’escalier haute de 200 mètres. Ça peut être à la fois peu et à la fois beaucoup selon l’état dans lequel vous arrivez sur les berges du lac. Pour Mike et pour Loïc, infatigables marcheurs, c’est passé comme une lettre à la Poste. L’allure a été d’autant plus sportive que des panaches nuageux inquiétants menaçaient le panorama élargi sur le Mont-Blanc. Comme très – trop – souvent, je pense aux images avant de penser à moi. Pas question de s’épargner donc. Le changement de temps est en cours. La marge reste confortable mais le beau temps ne durera clairement pas.

Pour celles et ceux qui veulent se confronter à la spectaculaire ligne du Mont-Blanc et de ses sommets voisins, la montée au col d’Anterne s’impose assez naturellement

Autour de nous, la pierre nue s’inscrit davantage dans le paysage. Les pierriers, répandus en larges coulées sous les falaises de la Pointe d’Anterne, ont posé une seconde couche sur des versants où l’herbe se fait plus rare. Une végétation de type sub-alpine s’y substitue, plus coriace, plus discrète et diablement plus adaptée aux conditions hostiles de l’altitude. Le col est atteint et franchi en force. On y est cueilli par un air dénué de chaleur et une lumière en berne.

Les abords du col d’Anterne rompent avec l’ambiance verdoyante des alpages en imposant à nouveau le minéral dans le paysage

Le GR®5 y bascule vers le refuge Moëde-Anterne, une institution poussant sa capacité d’accueil jusqu’à 91 personnes ! Je me rappelle y avoir dormi en 1994 lors de ce Tour des Aiguilles Rouges réalisé avec l’UCPA. On n’y descendra pas aujourd’hui en tout cas. La part du contrat s’arrête ici, face à la Pointe Noire de Pormenaz et, au-delà, au Brévent. Les glaciers du Mont-Blanc apparaissent par intermittence dans des trouées nuageuses. Le géant des Alpes ne se montrera plus aujourd’hui. Le scénario météo suit son cours selon des étapes immuables et un dénouement connu d’avance.

Le col d’Anterne est une frontière qu’on ne franchira pas. J’y vois la possibilité de rejoindre le Buet par un enchaînement de crêtes attirantes. Ce n’est malheureusement pas le programme d’aujourd’hui.

Une fois le panorama largement digéré, le groupe revient sur ses pas, non sans improviser quelques détours sur les proéminences dominant le lac. Des crochets à vue et sans risque pour bénéficier d’un point de vue en hauteur sur la belle étendue platine. De quoi faire un petit plein d’images de montagne supplémentaires pour mon escarcelle déjà très largement remplie avant de rejoindre en petites foulées le refuge Alfred Wills où nous attend, cette fois pour de vrai, un moment de pause nécessaire.

Depuis le col d’Anterne, ouverture sur Moëde-Anterne dans le vallon suivant et plus haut, à droite, sur la Pointe d’Anterne

D’ANTERNE AUX FONTS : LE POINT DE BASCULE DU PETIT COL

La journée est cependant loin d’être terminée. La boucle prévoit en effet le passage par le Cirque des Fonts, autre lieu sensiblement identitaire de ce Haut-Giffre qu’on a envie de dévorer tout entier. La météo a fait son choix en basculant du côté obscur lorsqu’on reprend notre route. Le bleu éclatant n’est plus qu’un éclat gris et diffus qui ne renvoie plus le moindre contraste à l’image. Quant aux nuages, ils se sont répandus sur tous les Fiz, pourléchant déjà le rebord supérieur des falaises, comme prêts à fondre en cascades évanescentes sur Anterne.

Des marmottes prudentes font le gué à l’entrée de leurs terriers, parées à y disparaître à la moindre alerte orageuse.

Loïc ouvre encore le passage, grimpant sans le moindre signe apparent de fatigue en direction du Petit Col d’Anterne, quelques 250 mètres au-dessus du refuge. Du rab de grimpette pour finir les mollets qu’une tarte aux myrtilles au refuge avait déconnectés de l’effort. Moins fréquenté que le GR®5 en contrebas, ce petit PR® balisé jaune fait partie intégrante de ce réseau de sentiers secondaire qui permet d’avoir une approche différente d’Anterne. Moins éclatant que la zone du lac, il n’en reste pas moins un passage-clé pour communiquer avec le Cirque des Fonts.

Ambiance nettement plus nuageuse quand s’opère la bascule vers le Cirque des Fonts

Les nuages font maintenant obstruction totale au paysage, effaçant jusqu’aux plus hautes montagnes. Sans ces repères massifs qui donnent la profondeur nécessaire au décor, on pourrait tout aussi bien être, à ce moment précis, quelque part en Auvergne, dans les brumes du GR®400 ! À l’approche du col pourtant, la brutale rupture de pente laisse toutefois entrevoir les profondeurs du cirque, près de 700 mètres plus bas, ainsi que les chalets, disposés dans une trouée verte où le derme de la forêt semble avoir été pelé comme celui d’une pomme.

Qu’on descende sur les Fonts ou qu’on retourne au Lignon, le passage par le Petit Col reste une alternative plaisante pour profiter encore différemment du grand secteur d’Anterne

C’est pour rejoindre les chalets que le sentier verse à son tour sur le versant opposé, déambulant en sinuant au fil de gradins cascadant sur un terrain nettement plus accidenté et abrupt que côté Anterne. Tout autour de nous l’orage prend ses quartiers, menace sourde préparant une entrée fracassante. L’ombre rogne avec insistance sur de tenaces trouées ensoleillées qui éclairent encore certaines parois du cirque. On savoure une dernière fois cette vue parcellaire sur le site qu’une invasion plus dense de nuages finit par définitivement occulter.

Plus petit que son voisin le Fer-à-Cheval – voir à ce sujet l’article déjà paru sur Carnets de Rando – le Cirque des Fonts n’en est pas moins un tout aussi prestigieux garant de la nature immensément grandiose des cirques du Grand Massif.

Le rideau est tombé, suivi presque dans la foulée d’un premier coup de tonnerre qui sonne le glas des images. Quelques minutes suffiront pour conditionner le matériel de tournage aux intempéries éventuelles. Récupérant une indispensable mobilité, je rejoins Loïc et Mike et plonge avec eux sans tarder vers le fond des Fonts. Demain, après une nuit au refuge des Fonts, nous remonterons vers le Lignon pour rejoindre le point de départ de cette longue boucle. Ce soir je brûlerai un cierge : les dieux d’Anterne ont été avec nous, nous fermant la porte de leur paradis une fois seulement nos images réalisées. Une belle connivence !

Entre chien et loup, le Cirque des Fonts se prépare à l’orage. On aperçoit les chalets en bas à gauche.

VENIR DANS LE HAUT-GIFFRE

À moins d’habiter à Chamonix – et de remonter sur Cluses par l’A40 – ou les rives sud du Léman et, dans ce cas, de descendre sur Taninges par la D902, il y a une forte probabilité pour que vous rejoigniez le Grand Massif et Samoëns par l’A40 – depuis Genève : concerne la Franche-Comté et le Grand Est – ou depuis l’A410 – pour tout le reste. Il faudra prendre la sortie Cluses et suivre ensuite la direction de Taninges. Une fois Taninges rejoint, suivre la D907 en direction de Samoëns, coeur palpitant du Grand Massif.

Accès au parking du Lignon

Dans le centre de Samoëns, il faudra suivre la direction de Sixt-Fer-à-Cheval en empruntant la D907. Une fois dans Sixt, tournez à droite par la D29 direction Salvagny. Dans Salvagny, laissez la D29 qui monte à gauche direction les Fonts pour continuer tout droit, par la D429, en direction de la cascade du Rouget. Dépassez la cascade et poursuivre jusqu’au terminus de la route. Si vous commencez à voir des véhicules stationnés au bord de la route et des deux côtés, il y a peu de chances que vous trouviez une place. Faites demi-tour – parfois difficile – et descendez vous mettre à la suite des dernières voitures. Il faudra ensuite remonter à pied jusqu’au terminus de la route.

Marcheurs vs Fiz : un match à armes inégales en matière de proportions !

D’ANTERNE AUX CHALETS DES FONTS : LE TOPO

Je dispose des traces GPX de l’aller et du retour de cet itinéraire. Si ça vous intéresse, merci de m’en faire la demande en commentaire.

Depuis le parking du Lignon suivre la direction « Refuge d’Anterne » via le GR®5 et le GR®96 et monter jusqu’à l’intersection située peu après le belvédère de la cascade de la Pleureuse (1).

Tourner à gauche pour continuer de suivre le GR®5. Continuer à monter jusqu’à la sortie au Collet d’Anterne où on rejoint les alpages d’Anterne (2). Passer sous la ligne électrique et descendre doucement dans le fond du plateau. Après une petite passerelle (3), le GR®5 se poursuit en rive droite du torrent de Font d’Anterne et atteint le refuge Alfred Wills (4).

Dépasser le refuge et, au niveau de l’intersection, continuer par le GR®5 pour gravir une pente marquée et, après quelques lacets, atteindre une zone de reliefs moutonnés, la traverser et surgir dans le cirque abritant le lac d’Anterne (5).

Depuis le lac d’Anterne, possibilité – optionnelle – de continuer par le GR®5 jusqu’au col d’Anterne avec vue sur le Mont-Blanc (6). Revenir ensuite par le même itinéraire jusqu’au refuge. Écart possible sur un point haut pour bénéficier de la vue sur le lac (7).

Du refuge, prendre cette fois à droite le sentier jaune montant au Petit Col d’Anterne (8).

Dépasser le col et faire la bascule côté nord en passant quatre fois sous la ligne électrique. Ensuite le chemin traverse tout le versant nord, atteint la forêt et rejoint le versant est. Il poursuit sa descente, franchit le ravin des Chaux par le Pont des Mitaines (9) et finit par atteindre le refuge des Fonts (10).

Retour

Depuis le refuge des Fonts, prendre la piste carrossable qui suit le Giffre en rive droite. La quitter au niveau de la Célière (11) par un sentier qui plonge à gauche de la piste. Il franchit le Giffre plus bas avant de remonter au niveau du premier parking du Lignon (12). Selon là où vous êtes stationné, suivre plutôt la route ou le GR®5.

RECOMMANDATIONS PARTICULIÈRES & DIFFICULTÉ

Soyez prévenu(e)s : la boucle complète à la journée vous satellisera aux alentours des 10 heures de marche pour plus de 1600 mètres de dénivelé. Explosif ! Même en faisant étape au Refuge des Fonts – essentiel à mes yeux, voir plus bas la rubrique « Hébergements » – on a déjà terminé à plus de 8 heures de marche et un peu moins de 1500 mètres de dénivelé. Copieux ! Cette boucle costaude sera donc à réserver à celles et ceux qui ont une caisse d’enfer histoire de tenir l’horaire et, surtout, de tenir physiquement le cap.

S’il n’y a pas de difficultés techniques à prévoir sur ce parcours au tracé clair et au sentier parfaitement dessiné, il faudra cependant avoir de la ressource pour prétendre le boucler en une seule fois.

Fort heureusement, Anterne n’est pas l’apanage des grosses cylindrés et il est possible d’en profiter à son niveau. Un minimum d’endurance est cependant requis pour s’acquitter des presque 700 mètres de dénivelé obligatoires pour rejoindre le refuge Alfred Wills, premier camp de base logique à atteindre. Cela prendra peut-être du temps – plus que les 2h30 estimés du panneau – pour les moins entraîné(e)s d’entre vous.

À mi-chemin entre le lac et le col d’Anterne avec, en toile de fond, la formidable muraille de la forteresse des Fiz

Situé 300 mètres au-dessus, le lac d’Anterne pourra être une option supplémentaire et un objectif final digne de ce nom pour beaucoup. On a déjà goûté à l’essentiel de la zone d’Anterne quand on arrive ici. On peut alors se contenter de faire sagement demi-tour par le même chemin pour retourner au Lignon, ce qui clôture déjà très honorablement la journée à 15km et presque 1000 mètres de dénivelé.

Ne partez pas sans un peu de liquide sur vous car vous aurez peut-être soif – ou faim, ou les deux – en passant à Alfred Wills. Il y a, sachez-le, une source pour remplir vos gourdes si elles venaient à être vides. N’oubliez pas non plus la crème solaire, ni un chapeau/une casquette car il peut cogner très fort dans ces grands espaces sans rien pour pouvoir se protéger.

Informez-vous bien de la météo avant de commencer cette randonnée. Le changement de temps et l’arrivée de l’orage peuvent vous rendre la vie difficile, voire compromettre votre sécurité si vous ne l’avez pas bien préparée et/ou que vous n’êtes pas convenablement équipés pour y faire face. En cas de doute, demandez la météo aux gardiens du refuge.

« Sombre est l’eau du Kheled-zâram et froides les sources du Kibil-nâla. Mon coeur tremble à la pensée de les voir bientôt » disait avec émotion Gimli dans le Seigneur des Anneaux. Le célèbre nain aurait tout aussi pu parler d’Anterne.

ANTERNE : HÉBERGEMENTS ASSOCIÉS

Refuge Alfred Wills (non testé)

À 1810 mètres d’altitude, Alfred Wills est, disons-le franco, un spot de rêve et une institution. Ici, on mange en tête-à-tête avec la muraille des Fiz, isolé en périphérie d’immenses alpages, en apesanteur au-dessus de la vallée, parfaitement invisible d’ici. Toute la journée, Bruno Pezet, le gardien, et son équipe, vous accueillent pour un rafraîchissement, un petit en-cas ou un vrai repas. Ici l’esprit montagne prévaut, dans la rusticité et la convivialité. Une excellente adresse, avec 47 couchages, plébiscitée par un grand nombre de marcheurs/ses et un arrêt obligatoire sur le chemin du lac ou du col d’Anterne. Infos et réservations : 06.70.63.12.45 ou bpezet@orange.fr

Refuge des Fonts (testé et approuvé)

Un peu au-dessus du Nid d’Aigle, le chalet originel d’Alfred Wills de 1858, le refuge des Fonts est un témoin vivant de la vie en altitude dont cet ancien hameau était coutumier au siècle dernier. On y est accueilli par Nathalie et Benoît qui savent transmettre la passion qu’ils ont pour ce lieu hors du temps. C’est déjà la quatrième génération de gardiens qui se succèdent ici pour perpétuer la tradition de l’accueil. Le refuge se scinde entre un chalet « restauration » et un « dortoir » pouvant accueillir jusqu’à 32 personnes. On a passé un très agréable moment avec Benoît, à parler de tout, de rien, de nos vies, de la vallée et de l’histoire de l’alpage. Une authentique pépite où infuse l’amour de montagne. Infos et réservations : 04.50.34.12.41 ou refugedesfonts@gmail.com

Remarque : les informations données dans ce topo « Chemin de Compostell » engagent uniquement la responsabilité de l’utilisateur/rice sur le terrain qui saura les adapter à son niveau et à son expérience. Carnets de Rando ne saurait être tenu responsable de tout accident survenant suite à un mauvais usage de ce topo ou à une mauvaise appréciation du niveau du/de la pratiquant(e) par rapport à celui requis.
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4 Comments

  1. Flavien Répondre

    Bonjour,
    Surperbe description, qui nous motive à la tenter ce weekend.
    Tres belles photos meme si je n’ai pas voulu trop me spoiler!
    Est-il toujours possible d’avoir le .gpx?

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