Val de Scie, Arbalète & Bosmelet : Scie Flaubert m’était conté…

La Vallée de la Scie, c’est encore une carte postale de cette Seine-Maritime discrète qui s’efface avec dignité devant la postérité de la Côte d’Albâtre. Ici on fait des appels du pied à des touristes en recherche d’intimité et d’histoires secrètes à conter, loin du spectacle des falaises et d’Étretat. Et, s’il y en a une qu’on aime particulièrement raconter par ici, c’est celle de Flaubert et de Madame Bovary. Ce pilier de la littérature française, offensive magistrale au sentimentalisme romantique, compte en effet parmi ses décors celui de ce petit terroir cauchois qu’il s’emploie à détailler avec une authenticité, parfois contestable, mais cependant remarquable. Je pars donc écrire de nouveaux chapitres accompagné de Charles et d’Emma, à la rencontre d’une Normandie vraie et avec, sur ma route, deux grands temps forts : la visite d’Auffay et, surtout, du château de Bosmelet et de son hôte aussi célèbre que surprenant. Bienvenue sur le circuit de l’Arbalète et du Bosmelet !

Difficulté : moyen | Distance : 12 km | Dénivelé : 200 m | Durée : 3h | Chiens admis : oui (sauf château) | Carte : IGN TOP 25 1/25000è 2009OT – Forêt d’Eawy, Neufchâtel-En-Bray

UN LIVRE, UNE RANDO

Selon l’humeur, la saison et le territoire, j’aime à me défaire de l’image de la randonnée sportive pour une approche plus pondérée et béate de l’activité. L’apport d’un livre dans le sac à dos, à dégainer lors d’une pause, calé à l’ombre d’un arbre, m’aide à renforcer ce coup de frein à la précipitation et à la consommation effrénée de sentier. Mieux encore, parfois, marcher installe le décor propice à transformer la lecture en une expérience immersive et cathartique.

Randonnée et littérature font bon ménage. La première agit en effet comme un terreau fertile permettant à la seconde de s’incarner dans le réel.

Oublié du monde dans un recoin dissimulé de nature, le/la randonneur/se peut faire corps avec son ouvrage et transcender l’expérience de lecture en une projection totale de l’esprit entre les lignes. Qu’il s’agisse de s’identifier à un personnage ou de faire s’animer des descriptions, la lecture dans la nature révèle des fragrances de mots plus subtiles qu’à l’accoutumée. Et lorsque le territoire parcouru fait spécifiquement écho au récit, l’écart entre la réalité et la fiction s’étrécit jusqu’au troublant. Et c’est le cas ici, en Seine-Maritime et, plus précisément encore, en Terroir de Caux.

Au départ de la randonnée du jour à Vassonville.

Je suis en vallée de la Scie, à seulement une dizaine de kilomètres à l’ouest de la Forêt d’Eawy. La Scie est un petit fleuve côtier, de moins de 40 kilomètres, qui se jette dans la Manche tout près de Dieppe. Le cours d’eau, modeste, est pourtant à l’origine d’une histoire locale riche qui a vu passer sur ses berges bon nombre d’illustres personnages. Parmi eux, une figure de la littérature française, côtoyée sur les bancs du lycée trop jeune, dont la plume et les thématiques parlent aujourd’hui avec plus d’acuité à l’adulte que je suis devenu : Gustave Flaubert.

Si elle a inspiré une grande partie de son œuvre, la Normandie à la fois imaginaire et réelle de Flaubert, ne fait pas toujours l’objet d’un portrait flatteur. Amusant paradoxe qu’il soit aujourd’hui considéré comme l’un de ses grands ambassadeurs !

C’est là, dans cette vallée de la Scie, qu’un ancien prieuré, transformé en ferme et ayant appartenu à sa famille, va servir de décor à la rencontre entre Charles et Emma dans le classique et cultissime Madame Bovary. L’œuvre de Flaubert est imprégnée de Normandie. Et Madame Bovary, tout du moins dans sa première partie, est littéralement imprégnée, elle, de ce Terroir de Caux. Aussi, randonner avec les presque 500 pages du fameux roman au fil des 12 kilomètres que compte l’itinéraire dit de l’Arbalète et du Bosmelet, me paraît totalement justifié.

Flaubert : le compagnon de marche inattendu pour cette journée autour du Val de Scie

AUX ORIGINES DE LA FERME DES BERTAUX

Depuis 2020, plusieurs panneaux d’interprétation décrivant le lien particulier entre l’auteur et le lieu dévoilé ont été ajoutés au fil du chemin que nous allons parcourir. Lors de mon passage, alors accompagné d’Olivier et de son drone, de Clément de Helloways et d’Éléonore, chargée de mission randonnée pour l’Office de Tourisme Terroir de Caux à Auffay, nous avons assisté à la pose du tout premier de ces panneaux sur le site du Moulin de Vassonville.

Vassonville et son église au clocher en forme de pointe d’obsidienne sont le point de départ de ce circuit dans les pas de Flaubert.

L’événement peut paraître anodin au lecteur mais c’est pourtant une valorisation supplémentaire pour ce circuit et pour un territoire qui, en 2021, a fêté le bicentenaire de la naissance de Flaubert. Plus que jamais la randonnée se fait littéraire, tout comme la géographie. Le marcheur/lecteur va pouvoir, en effet, s’amuser à comparer la réalité du terrain à celle, parfois très fictionnelle, de l’œuvre romanesque.

Marcher comme dans un livre à travers les paysages de la campagne normande ? C’est possible !

1828 : le père de Gustave achète un corps de ferme près de Vassonville, doté d’une très belle rentabilité, pour compléter ses revenus de chirurgien à l’Hôtel Dieu de Rouen. La ferme, considérée comme la plus opulente de la localité, est revendue en 1839 alors que Gustave a 18 ans et vit à Rouen. Est-ce celle que nous contemplons actuellement, appuyés sur la rambarde du petit pont qui enjambe la Scie, face à ce lieu enchanteur, baigné de verdure et de soleil normand ?

J’ai envie de croire que c’est bien ici, au Moulin de Vassonville, que Charles, arrivant de Tôtes à cheval au petit matin pour soigner une jambe cassée chez les Rouault, a croisé pour la première fois le chemin d’Emma.

Des incertitudes demeurent mais tout laisse cependant à penser que Flaubert s’est inspiré du lieu pour concevoir la ferme des Bertaux, bien qu’aucun indice n’ait été retrouvé dans ses correspondances pour le confirmer. Ici le désir romanesque l’emporte sur l’analyse stricte des valeurs kilométriques indiquées dans les pages du livre qui, il faut le reconnaître, confinent à l’anomalie. L’endroit, aujourd’hui, est en tout cas privé et il faudra réfréner ses envies d’y tremper les pieds dans les eaux claires de la Scie. À goûter avec les yeux uniquement !

Le petit paradis d’eau et de verdure du Moulin de Vassonville

Un peu plus loin le chemin enjambe la voie ferrée qui relie Rouen à Dieppe puis, après un bref effort en sous-bois, jaillit, au débouché d’un couloir végétal, à la lisière d’un assez vaste champ. Le genre de passage amoureusement préservé qui rentre dans l’intimité des campagnes françaises. Le corps de ferme qui apparaît plus loin, à droite, à proximité du lieu-dit Ordemare, est ce qui reste de la propriété des Flaubert, devenu aujourd’hui gîte rural.

La relation ambiguë qui liait Flaubert à la Normandie n’a pas empêché l’écrivain de mettre en mots mieux que personne la réalité rurale locale au 19ème siècle.

« C’était une ferme de bonne apparence.« , nous dit le roman. « On voyait dans les écuries, par le dessus des portes ouvertes, de gros chevaux de labours qui mangeaient tranquillement dans des râteliers neufs.[…] La bergerie était longue, la grange était haute, il y avait sous le hangar deux grandes charrettes et quatre charrues avec leurs fouets, leurs colliers, leurs équipages complets dont les toisons de laine bleue se salissaient à la poussière fine qui tombait des greniers.« 

La section de chemin très agréable qui précède l’arrivée à la ferme des Bertaux

LE MOULIN DE L’ARBALÈTE

Depuis Flaubert les lieux ont changé en douceur : des constructions en bois sont sorties de terre, morcelées en parcelles grillagées où quelques biquettes curieuses viennent à la rencontre des randonneurs de passage. Puis la nature reprend ses droits. Le chemin s’ouvre un passage en ligne droite sous les frondaisons des arbres en se piquetant de soleil là où les hommes ont ouvert des fenêtres sur leurs cultures, essentiellement de maïs ici.

Et au milieu coule une rivière – ou plutôt un fleuve – dont le courant se remémore l’intense exploitation des tanneurs et des moulins il y a de ça 200 ans

Éléonore nous fait sortir de la trace balisée pour un aller-retour vers l’ancien moulin de l’Arbalète, qui a donné pour moitié son nom au circuit de randonnée. L’Arbalète tient en un petit regroupement d’habitations adossées au coteau et mouillant dans ce qui sont ici les premiers émois de la Scie, tout juste sortie de terre en aval de Saint-Maclou-de-Folleville. Le fleuve, jadis exploité par les tanneurs, fraye aujourd’hui sereinement à travers de larges prairies verdoyantes.

Les beaux espaces de campagne qui conduisent, en aller-retour, au Moulin de l’Arbalète

Posé sur une fondation de briquettes et dressé sur deux étages, le vieux bâtiment du moulin est toujours actif et se visite même lors de journées spéciales qui sentent bon l’odeur du froment et des céréales broyés à la meule. « La valorisation du lieu, on la doit aux moines de Saint-Victor-en-Caux au 12ème siècle.« , nous explique Éléonore. « La production électrique assurant l’activation permanente des meules de la minoterie, en revanche, ne voit le jour qu’au 19ème siècle.« 

Le Moulin de l’Arbalète compte parmi les derniers moulins encore en activité sur la Scie.

À cette époque, on dénombre jusqu’à 43 moulins sur la Scie. En plus des céréales, on fabriquait également du tan : c’était une écorce de chêne qu’on réduisait en poudre pour le tannage des peaux. On aurait aimé être un jour de fête pour assister à la fabrication du pain dans le four à gueulard qui équipe ce lieu issu d’un temps immémorial. De quoi saliver, juste avant le pique-nique, surtout quand on a emporté un Neuchâtel tout frais dans le sac à dos !

Vue d’ensemble du Moulin de l’Arbalète à hauteur de drone

DANS LES PAS DU CHASSE-MARÉE

Retour sur le GR®210 qui épouse le balisage local de pastilles bleues pendant encore quelques mètres. Dérivée du GR®21, cette itinérance qui prend son élan depuis Dieppe rejoint Rouen en trois ou quatre jours et 86 kilomètres en suivant le parcours historique du Chasse-Marée. Imaginez, du Moyen-Âge jusqu’au 19ème siècle, un convoi de voitures tirées par des chevaux boulonnais et chargées d’acheminer la pêche de Dieppe à Rouen, puis Paris, en une seule nuit !

5000 trajets par an et jusqu’à 200 livres de poissons livrées ! L’aventure du Chasse-Marée entre Dieppe et Paris prend des allures de Travaux d’Hercule !

Seul le chemin de fer, arrivé en 1848, mettra un terme à l’extraordinaire périple de ces voituriers de la mer. Une fois rejoint Ordemare, les petits ronds bleus nous envoient sur le bitume d’une départementale. Goudron chagrin mais néanmoins nécessaire pour rester cohérent par rapport à Flaubert. Nous voici en effet au lieu-dit La Pierre, à l’emplacement d’un nouveau totem consacré à l’auteur.

Ce dont on parle ici, à La Pierre, concerne les festivités de la noce entre Emma et Charles, localisées dans les quelques lieues jouxtant la ferme des Bertaux.

Imaginez-vous, marchant au milieu des champs avec le cortège, le ménétrier et son violon en tête, puis les mariés, les parents et les amis venus des localités voisines, pour fêter le mariage de Charles et Emma ! Pour peu qu’on soit au mois de juin, ce sera peut-être un horizon bleu de fleurs de lin qui vous guidera jusqu’à la ferme des Pâtis avant d’abandonner Flaubert et sa troupe quelques temps tandis que s’avance l’entrée du Bois de Heucleu.

Le Bois du Heucleu à l’horizon : l’ouverture du chapitre de Bosmelet est proche

LE CHÂTEAU DE BOSMELET

Ici s’ouvre une parenthèse boisée qui tire, par des allées rectilignes, des angles droits, des routes rurales désertes et des brasses à travers champs, vers le grand temps fort de cet itinéraire où la culture s’entrelace plus intensément à la nature normande. Le château de Bosmelet est tout proche. Le site, classé aux Monuments Historiques, arbore le style distingué et fastueux de l’architecture Louis XIII en vogue au 17ème siècle. Seulement deux jours après celui de Mesnières-en-Bray, nous voici à nouveau à mettre en scène un château à la manière d’un Moulinsart.

Il faudra quitter l’itinéraire balisé pour vous rendre au château de Bosmelet mais, soyez-en certains, le détour le vaut, à condition d’avoir, au préalable, prévenu de votre visite.

Mais Bosmelet est un lieu à part. De par son nouvel usage et, essentiellement, de par son hôte. Nouvellement dédié à la culture, il est désormais le lieu d’exposition de la collection d’arts du spectacle du fonds Alain Germain qui y accueille et guide en personne chacun de ses invités. Alain Germain, c’est une vie trépidante de spectacles et d’opéras dans des lieux aussi prestigieux que l’Opéra de Paris, le Wadworth Theatre de Los Angeles ou encore le Whitehall Palace de Londres. Chef d’orchestre d’une compagnie qui a fait du mariage des genres une spécialité, Alain Germain a aujourd’hui posé ses valises au château de Bosmelet.

L’arrivée au château de Bosmelet, par l’allée en pavée de la façade est : un nouveau clin d’œil à Tintin et à Hergé après Mesnières-en-Bray

Il nous accueille ce jour-là sur le pas de la double entrée traversante de la demeure, au terme d’une allée pavée achevée par une volée de huit marches en pierre. À compter de cet instant, le temps a échappé à notre contrôle, jusqu’alors assez strict, tournage oblige. Alain Germain est un catalyseur d’attention, un puits d’érudition. En sa présence, on pénètre dans bien davantage que dans un château : c’est un voyage vivant dans le monde des Arts, de l’Opéra et du Spectacle auquel on est convié.

La vie d’Alain Germain est un voyage à part entière et chaque pièce de Bosmelet en est une représentation, méthodiquement agencée selon une chronologie définie et où chaque accessoire est à sa place sans que le hasard n’y soit le moins du monde pour quelque chose.

La bienveillance du personnage, son goût immodéré pour le partage, ses talents de narrateur et la somme astronomique d’anecdotes associées au moindre objet exposé à Bosmelet font de la visite une expérience d’immersion profonde dans un univers de création graphique échevelée, de strass et de scène, de tonnerres d’applaudissements et de nuits blanches où se croisent journalistes célèbres, chefs d’État et ministres, stars de cinéma et écrivains de renom. Et l’homme, tout en humour et en modestie, met au niveau de chacun(e) ce passé tourbillonnant pour leur dévoiler une vie qui en paraît mille.

Chaque objet et accessoire présenté donne l’occasion d’évoquer des souvenirs de la carrière flamboyante d’Alain Germain

Au détour de ses milliers de souvenirs, Jean Cocteau, Jean Marais, Jacques Chirac ou encore Catherine Deneuve s’invitent pêle-mêle avec nous à Bosmelet. Le temps s’est arrêté et le château lui-même semble trop petit pour contenir l’imaginaire et les créations passées comme futures de notre hôte. Avec Alain Germain, Bosmelet écrit un nouveau chapitre d’une histoire commencée des siècles plus tôt, au cours de la Guerre de 100 ans. Le château actuel émerge en 1632 sur les ruines du château fort précédent dont Alain Germain nous montre les fondations encore présentes dans les caves.

Nouveau propriétaire du château de Bosmelet, le personnage d’Alain Germain sied à la perfection à l’enrichissement de l’histoire d’un lieu lui aussi rempli des souvenirs de cinq siècles d’existence.

L’endroit se fait vite fastueux, à l’image des riches propriétaires, proches de la Cour sous l’Ancien Régime, qui l’ont occupé. À l’inverse, Bosmelet sera défiguré à la Seconde Guerre Mondiale, bombardé 28 fois par les Alliés pour tenter de détruire une rampe de lancement de missiles V1 destinés à atteindre Londres et qu’Alain Germain nous présente alors que notre visite se poursuit à l’extérieur du château. Il faudra attendre 1946 et son classement aux Monuments Historiques pour entamer les restaurations nécessaires et permettre à Bosmelet d’adopter son visage actuel peu avant les années 70.

Les tilleuls trois fois centenaires de la trouée verte du Bosmelet : des colosses !

La visite se termine dans les beaux jardins clos du château, labellisés Jardins Remarquables, tout près de la trouée verte du Bosmelet, dessinée il y a trois siècles par Colinet, premier jardinier de Le Nôtre, que borde une des plus longues allées de tilleuls d’Europe. J’y reprends mes esprits en douceur, encore sous le charme de cette rencontre incroyable. L’esprit en ébullition d’Alain Germain fourmille encore de mille projets et envies. Bosmelet, en 2020, n’est pas seulement un voyage au centre de la tête de son charismatique propriétaire : c’est aussi un espace d’accueil et de partages culturels pour le territoire.

Le château de Bosmelet m’apparaît comme une ancre solide pour faire rayonner la culture et l’art en Terroir de Caux et, plus largement encore, en Normandie.

Concerts, spectacles, expositions, colloques, conférences : toute l’année, le château met un point d’honneur à offrir un agenda culturel varié pour lever les barrières de cet univers atypique et permettre à un public parfois intimidé de faire connaissance avec cet art vivant. Autour de nous les ombres s’étirent en douceur en nous poussant vers la sortie. Le tonus d’Alain Germain me stupéfie autant que son accessibilité. Chacun de nous le remercie chaleureusement pour ce moment unique. La randonnée peut décidément être pleine de surprise et celle-ci était assurément de taille. Il reste néanmoins une poignée de kilomètres à parcourir pour retourner à Vassonville. Show must go on !

Infos : le château et les collections peuvent se visiter de fin juin à début octobre, du lundi au vendredi, à partir de 13h30 en compagnie d’Alain Germain et seulement sur inscription. Tarif : 20 euros. Autres formules et renseignements sur le site du Château de Bosmelet.

Le château de Bosmelet, vu du ciel, dans son écrin de verdure et de bois

UN P’TIT TOUR PAR AUFFAY

Selon l’horaire et le nombre de fourmis dans les jambes que vous pourrez avoir après la visite, il vous viendra peut-être l’envie de crocheter vers Auffay plutôt que vers Saint-Denis-sur-Scie, comme le propose le tracé du circuit. C’est à vous de juger mais, si votre soif inextinguible de découvrir le territoire n’a encore été épanchée ni par Flaubert, ni par Alain Germain, un crochet par Auffay, la ville où a grandi Thomas Pesquet, pourra peut-être remplir les derniers coins de votre appétit de randonneur au même titre qu’un bon café gourmand.

Auffay, c’est la cerise sur le gâteau d’une randonnée découverte de la vallée de la Scie. Un petit plaisir qu’il serait inopportun de se refuser.

Visiter Auffay reste cohérent : la commune, née au 11ème siècle sous l’impulsion du petit neveu de Guillaume Le Conquérant Gilbert d’Heugleville – qui s’y vit offrir des terres par son père – garde les pieds dans la Scie, à l’instar de Saint-Denis et Vassonville, traversées par l’itinéraire. Et même si la petite bourgade de moins de 2000 habitants n’est « qu’une tête d’épingle sur la carte mondiale » comme le dit son maire Christian Suronne, elle n’en n’a pas moins quelques de belles richesses à offrir à son visiteur.

Le petit bourg d’Auffay-Val de Scie vu depuis le ciel

Centrale, impérieuse, immanquable : la Collégiale Notre-Dame d’Auffay, ce joyau architectural de près de 1000 ans d’âge et qui lance son clocher à 77 mètres au-dessus du centre, constitue le premier centre d’intérêt d’une petite boucle de randonnée tracée dans les rues de la commune. Une boucle dans la boucle. Tous les quarts-d’heure, deux drôles de personnages émergent en costumes d’époque d’une tourelle adossée au transept comme deux coucous d’une horloge suisse. « Je vous présente Houzou Bénard et Paquet Sivière, nos deux jacquemarts !« , nous explique Virginie Mulard, du bureau touristique d’Auffay.

Toutes les 15mn, Houzou et Paquet, les célèbres jacquemarts d’Auffay, font le spectacle à la Collégiale pour le plus grand bonheur des habitants et, surtout, des touristes de passage

« L’histoire veut qu’ayant outragé la foi catholique, ces deux-là aient été condamnés à sonner éternellement les heures et les offices. » Une tradition chère à la commune et à ses habitants. Ici on ne plaisante pas avec les jacquemarts ! Mais Auffay, ce sont aussi des maisons cauchoises typiques, tout en colombages, en briques et en torchis, un agréable jardin public labellisé par la LPO et rebaptisé au nom du célèbre astronaute local en 2019 ou encore le « carreau » et sa vieille halle où se sont installés la mairie et les jacquemarts d’origine. Sans oublier l’espace Monreal Del Campo, une ancienne friche industrielle réhabilitée aujourd’hui en espace de promenade avec la Scie en compagnie.

La pipe au bec, les deux Jacquemarts d’Auffay sonnent tranquillement les quarts d’heure du village

Un gong retentit dans notre dos. Houzou et Paquet nous rappellent l’inéluctable course du temps. Il est 16h30 et il reste encore 3,5 kilomètres jusqu’à Vassonville. Nous repartons par la rue d’Ordemare jusqu’à croiser sur notre gauche le chemin de la Trompette. Un cul-de-sac pour les véhicules au-delà duquel les marcheurs/ses seront autorisé/es à poursuivre à travers champs en suivant les balises retrouvées du Chasse-Marée. À la sortie d’un petit bois, où on raccroche l’itinéraire abandonné à la sortie du château de Bosmelet, le voilà qui bascule dans le vallon de la Scie après avoir enjambé la voie ferrée.

Le décor de l’univers de Flaubert et d’Emma Bovary, mis de côté ces dernières heures, semble à nouveau vouloir se reconstituer pour ces ultimes foulées.

Les balises dégringolent ensuite très vite par le chemin de l’Ancienne Laiterie de Saint-Denis-sur-Scie. Le cheminement le long de la départementale vient un peu rompre le charme des heures précédentes. C’est malheureusement la seule manière de boucler jusqu’à Vassonville. Une section qui réclame de la prudence mais dont la brièveté – moins d’un kilomètre – ne saurait cependant ternir la carte des plaisirs savourés tout au long de cette journée de randonnée dense en sensations. Un livre, une rando : un concept éprouvé ce jour-là dont la réussite m’en fait résolument appeler d’autres.

Fin de journée aux Jacquemarts Normands avec Benoît et, à la clé, la promesse d’une belle soirée

VENIR EN SEINE-MARITIME

La Seine-Maritime, vous le savez peut-être, c’est 2h depuis Paris en voiture mais de 6 à 9h depuis Strasbourg, Toulouse ou Marseille ! Mais cela ne doit pas être un frein pour venir séjourner dans ce joli petit bout de France. Autrement, il faut venir à Rouen en train (5h30 à 8h30 pour 7/8 départs quotidiens depuis les trois métropoles précédemment citées à titre indicatif) et y louer une voiture. C’est la solution à laquelle j’avais souscrite lors de cette nouvelle tournée de reportages d’une petite semaine.

Accès à Vassonville

En voiture, depuis Rouen, prendre l’A150 direction Le Havre puis, plus tard, la quitter pour l’A151 direction Dieppe et Malaunay. Rester sur l’A151 qui devient plus tard N27. La suivre jusqu’à la sortie Tôtes, Yerville, Saint-Saëns et Yvetot, par la D927. Traverser intégralement Tôtes jusqu’au rond-point d’Intermarché. Suivre alors à droite la D22 direction Auffay et Saint-Denis-sur-Scie. Après environ 2 km, repérer une petite route qui part à droite et qui indique le Bois du Fil. La suivre jusqu’à atteindre Vassonville et son église. Stationnement sur le parking de l’Église.

Option Mobilité Douce

Ce n’est pas la solution la plus simple, malheureusement, mais il est possible d’atteindre Vassonville par une combinaison de bus et de train. Pour ça il faudra prendre l’un des 16 TER quotidiens qui relient Rouen à Auffay en environ 30 minutes et pour moins de 10 euros. Il faudra vous caler pour arriver à peu près au moment du passage du bus Nomad de la ligne 75 dont je n’ai pas réussi à avoir des horaires actualisés plus récents que ceux valables jusqu’en juillet 2020…

L’ARBALÈTE ET BOSMELET : LE TOPO

Depuis le parking de l’église de Vassonville, descendre au niveau de la départementale, la traverser et la suivre prudemment à gauche quelques mètres. Après la maison en briquettes rouges – le 228 – s’engager par une petite voie à droite qui rejoint le chemin de la Ferme. S’y engager à droite et le suivre jusqu’au bout.

Un petit sentier succède au goudron et mène au petit pont face au moulin de Vassonville (1). Le franchir, continuer par le chemin qui vire plus loin à droite en enjambant la voie ferrée. Il part en sous-bois, en montée d’abord puis à flanc de coteau jusqu’à une route et à un corps d’habitations abritant le Gîte de l’Arbalète (2).

Suivre la route mais la quitter rapidement à droite par un nouveau chemin en sous-bois. On rejoint une intersection, au niveau du point coté 120 sur l’IGN (3) : possibilité de se rendre en A/R au moulin de l’Arbalète (4) en partant à droite (40mn environ) ou continuer à gauche par le GR®210. Atteindre une route qu’on remonte jusqu’à un croisement au lieu-dit Ordemare (5).

Continuer sur la D3 à droite jusqu’au prochain carrefour (6). Prendre alors à gauche par la route de La Pierre. Suivre longuement cette route qui circule à travers champs, passe devant la ferme des Pâtis et rejoint la D96 (7).

La traverser et poursuivre en face par le chemin forestier qui traverse le Bois de Heucleu. À son extrémité, rejoindre la maison forestière de la Petite Garenne puis l’intersection avec la D48 (8). Suivre cette route à gauche encore un moment jusqu’à repérer, à gauche, le balisage qui part via un chemin entre deux champs (9). Il approche du domaine de Bosmelet et atteint l’entrée d’une grande allée de platanes (10).

S’y engager et rejoindre une route. Pour visiter le château de Bosmelet il faudra tourner à gauche, marcher 500m sur la route et tourner à nouveau à gauche pour rejoindre la grille d’entrée du site (11). Autrement, tourner à droite par la route puis très vite la quitter à gauche par un chemin à travers champs. Rejoindre la D3 (12).

Prendre à droite jusqu’aux premières maisons du lieu-dit Le Bocage (13). Là, prendre à gauche et amorcer la descente vers le Val de Scie. On rejoint le GR®210 qui arrive de la droite plus bas (14). Continuer tout droit, traverser la voie ferrée puis rejoindre Saint-Denis-sur-Scie et la route départementale par le chemin de l’Ancienne Laiterie (15).

Suivre prudemment la route à gauche pour revenir vers Vassonville. À l’entrée du village, s’échapper pour les derniers mètres de la départementale en montant à droite par le chemin de l’Église (16) qui ramène au parking du départ.

À l’ombre des immenses hêtres qui bordent la partie occidentale du domaine du château de Bosmelet

VARIANTE PAR AUFFAY

Avec ou sans la visite du château de Bosmelet, il faudra revenir au point (10) à l’entrée de la grande allée de platanes et suivre le chemin balisé qui tourne le dos au château et rejoint la D96 (17). La suivre à droite et, juste après le bâtiment de l’entreprise Sauval, repérer un chemin qui part à gauche en passant en-dessous des habitations puis du collège (18). Le suivre toujours tout droit jusqu’à toucher la rue Isidore Mars à Auffay. Au bout de celle-ci tourner à gauche et rejoindre le centre d’Auffay (19).

Retour : depuis la Collégiale, remonter le grand boulevard plein sud jusqu’à l’entrée du Jardin Public (20). Suivre la D3 à gauche sur 500m et la quitter par la droite et le chemin de la Trompette (21). On y retrouve le balisage du GR®210. Le suivre jusqu’à retrouver l’itinéraire décrit ci-dessus au point (14) .

À noter qu’il existe un descriptif pour les deux boucles pédestres de découverte d’Auffay. Voici le lien pour les récupérer.

La Mairie d’Auffay, dans le prolongement du carreau des anciennes halles

AUTRE VARIANTE : 10 km – 2h40

Pour celles et ceux que la partie bitume à travers champs entre La Pierre et Bosmelet rebuterait, je vous propose une alternative.

Au niveau d’Ordomare, point numéro (5) , tourner à gauche et suivre la route jusqu’au point (12) . Tourner à droite par un chemin entre deux cultures et atteindre une route. De ce point deux possibilités :

1 – visiter le château de Bosmelet : en tournant à droite, puis 500m sur la route et à gauche jusqu’à l’entrée grillagée (11). Retour par le même itinéraire.

2 – continuer la boucle : dans ce cas tourner à droite puis rapidement quitter la route à gauche par la grande allée de platanes. Rejoindre l’extrémité de celle-ci au niveau du point numéro (10) et se reporter à la variante par Auffay pour la suite du descriptif.

Balade dans le Monreal del Campo à Auffay, entre terre et Scie

L’ARBALÈTE ET LE BOSMELET : L’ESSENTIEL

Pas vraiment de difficulté à prévoir sur cet itinéraire au dénivelé maîtrisé et à la longueur raisonnable. Une présence parfois un peu trop marquée de sections sur bitume pourra cependant, chez certain(e)s marcheur/ses, être rebutante. Gardez toutefois à l’esprit que l’important ici n’est pas le chemin mais la façon de l’arpenter. L’Arbalète et le Bosmelet, davantage qu’une randonnée, sont une invitation à plonger dans le réalisme contemporain de la campagne normande, à la rencontre de lieux, de paysages et de personnages tels que Flaubert aurait pu les décrire s’il avait été encore en vie. En choisissant de ne pas travestir la réalité, l’auteur avait précisément visé juste et, à l’instar du lecteur, le randonneur aujourd’hui pourra, en mettant tous ses sens aux aguets, en creusant au-delà de la surface des choses, toucher du doigt cette Normandie authentique, profondément humaine et riches d’histoires à partager.

Simplicité et honnêteté. L’Arbalète et le Bosmelet invite à un voyage vers une Normandie littéraire à la splendeur sans artifice.

Nul besoin d’être un littéraire émérite ou même d’avoir jamais lu un seul ouvrage de Flaubert pour s’aventurer sur cet itinéraire. Venir marcher ici, vierge de tout savoir romanesque, ne vous privera aucunement de la satisfaction de découvrir, hors contexte culturel et historique, le très bel endroit du moulin de Vassonville. Et puis, bien sûr, l’essentiel qui est à Bosmelet. Si Madame Bovary est le fil rouge de cette boucle, le château de Bosmelet en est assurément le pivot central. À condition de ne pas manquer la visite faite par le maître des lieux : monsieur Alain Germain dont la gentillesse, la personnalité, les histoires magiques et l’enthousiasme communicatif transforment une simple visite en une expérience plus immersive que n’en seront jamais capables les outils de réalité virtuelle du futur. Le Val de Scie est résolument une parenthèse dans l’agenda du marcheur, une pause à savourer entre deux tranches de randonnée bien sportive.

Les vitraux de la collégiale Notre-Dame d’Auffay

HÉBERGEMENT(S) ASSOCIÉ(E)S

La Vassonvillaise

Difficile d’être plus proche du départ de l’itinéraire qui est juste de l’autre côté de cette ancienne maison de maître jouxtant une ferme attenante et qui propose au randonneur de passage deux chambres douillettes. Labellisée Rando Accueil, cette chambre d’hôte colle au plus près à l’esprit de cet itinéraire de randonnée, poursuivant une volonté de contact avec les habitants de ce petit bout de Seine-Maritime où la terre est la principale richesse. Rustique mais 100% authentique ! Attention, pas de demi-pension ! Tarif : à partir de 50 euros la nuit pour une personne, petit déjeuner inclus. Infos et réservations : 02.35.32.71.53 /06.22.82.09.12 ou mail : chantal.lerond@orange.fr

Les Jacquemarts Normands

Pour coller à l’esprit littéraire de cet article – et à l’usage de celles et ceux à la recherche d’un hébergement cocooning et raffiné – je vous mets aussi la chambre d’hôte de Benoît, carrément trop bien calée à Auffay : un jardin verdoyant, une ancienne maison de maître, un goût certain pour la décoration – ils fabriquent et vendent leur propre linge de maison – une table copieuse et garnie de bons produits locaux, un accueil enthousiaste qui fait se sentir comme à la maison et, bien sûr, 4 chambres aux noms d’écrivains célèbres. Dont l’ami Flaubert ! Une très bonne adresse que je vous recommande chaudement. Tarif : à partir de 60 euros pour une personne, petit-déjeuner compris. Infos et réservations : 06.08.99.90.43

Dernier conseil bonus : si vous cherchez un restaurant pour manger sur Auffay, nous on a mangé au Scie Gare et on a passé un excellent moment. Une carte sympa, une équipe super accueillante, de bons vins : de quoi clôturer une belle journée de randonnée sous les étoiles de la Seine-Maritime.

Une petite dernière promenade dans les jardins du château de Bosmelet
Remarque : les informations données dans ce topo engagent uniquement la responsabilité de l’utilisateur/rice sur le terrain qui saura les adapter à son niveau et à son expérience. Carnets de Rando ne saurait être tenu responsable de tout accident survenant suite à un mauvais usage de ce topo ou à une mauvaise appréciation du niveau du/de la pratiquant(e) par rapport à celui requis. Je ne suis par ailleurs pas en possession de la trace GPX de cet itinéraire que vous pouvez cependant trouver ici : merci donc de ne pas me la demander !
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One Comment

  1. Zoë Répondre

    Superbe article, merci beaucoup ! L’équipe de l’office de tourisme est ravie que cette rando t’ait plu !
    Petite info subsidiaire, les Jacquemarts ont déménagé à Belmesnil mais les chambres d’hôtes gardent tout leur cachet dans une nouvelle maison ! Le Scie gare fait également hôtel donc c’est une autre possibilité d’hébergement à Auffay !
    A bientôt sur le Terrroir de Caux !

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